‹ Histoire des CorsesChapitre 396 sur 408 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

se trouva, pauvre gueux, tristement assis au fond de la Tour de Londres, où ses créanciers l'avaient fait jeter ; et songeant à sa royale et aventureuse existence, il récriminait contre les marchands anglais qui le condamnaient à languir dans un cachot ; et ses plaintes étaient non moins amères et non moins douloureuses que celles que fit entendre plus tard Napoléon sur le rocher de Sainte-Hélène où l'Angleterre l'avait confiné. Lui aussi était une grandeur déchue, un personnage tragique.

Le ministre Walpole fit une pieuse collecte en faveur du pauvre roi des Corses et le délivra de sa prison, et le roi, par reconnaissance, lui envoya le grand sceau de son royaume. Gomme Paoli et Napoléon, Théodore mourut sur la terre anglaise (1756). Il est inhumé à Westminster au cimetière de Sainte-Anne. Ce fut un homme d'une rare audace, un génie fantastique et bizarre, doué de ressources inépuisables, plus constant que son étrange fortune. De tous les aventuriers qui s'illustrèrent par leur bravoure, c'est le plus digne des éloges de la postérité, car il employa sa force et son intelligence à l'affranchissement d'un peuple valeureux. Les contrastes les plus violents, le trône et la prison pour dettes où le pain même lui manquait, il les a éprouvés dans sa vie. Nous autres Allemands, nous lui accorderons volontiers une place parmi nos braves : que ces quelques lignes consacrées à mon vaillant compatriote, servent à en raviver le souvenir !

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