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CHAPITRE V

Leurs noms réveillent les plus terribles souvenirs de la guerre civile, et viennent ici alourdir l'atmosphère.

Je cherchai les ruines de Mariana. Elles sont à une heure de la grande route, du côté de la mer : comme à Aleria, ces décombres occupent une vaste surface ; le sol en est jonché. On les parcourt avec un sentiment de tristesse, car ces pierres formaient jadis une cité populeuse où, pendant des siècles, la vie a circulé. On voudrait avoir la lyre d'Amphion pour harmoniser ces débris épars et faire surgir encore une fois l'antique ville avec ses mystérieux habitants. Qu'étaientils? A quelle époque faut-il les placer?... Les ruines de Mariana sont encore moins importantes que celles d'Aleria. Il n'est guère plus possible d'en reconnaître la date. Le Corse aime bien à voir ici des restes de constructions romaines, et le voyageur lui-même peut se donner cette illusion : assis là sur un tas de pierres, il peut se représenter Marins sur les ruines de Garthage, déplorant la chute de cette grande cité.

Il n'y a que deux églises dévastées qui soient vraiment dignes d'attention. Ce sont les ruines les plus remarquables de la Corse au moyen-âge. L'une est une chapelle (1) dont la nef, oblongue, est bien conservée. Elle a une abside ornée, à l'extérieur, de six colonnes arrondies d'ordre corinthien. Des sculptures d'un travail très simple sont appliquées au chambranle de la porte latérale. A un mille plus loin, se trouvent les restes d'une église plus grande, dont les murs sont également restés debout. On l'appelle la Canonica. C'est une basilique à trois nefs avec une rangée de pilastres d'ordre dorien et une abside flanquée de chapelles gothiques. La niche aussi présente extérieurement des pilastres doriens. La longueur de la nef est de 110 pieds, sa largeur de 50. La

(1) San-Perteo.

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façade est à moitié détruite, mais on y reconnaît encore le style pisan. Sur le cintre du portail sont des griffons, des chiens poursuivant un cerf, et un agneau, d'un travail si grossier qu'il pourrait bien remonter au Ville siècle. On a voulu voir dans la Canonica un temple romain, transformé en mosquée par les Maures, et devenu plus tard une église chrétienne lorsque Ugo Golonna eut conquis Mariana sur les Sarrasins. On reconnaît bien que l'édiiice a été complètement renouvelé ; mais rien ne nous dit qu'à l'origine il fût romain. Tout nous le montre, au contraire, comme une basilique pisane. Son architecture est noble, simple, harmonieuse, ce qui, joint à la pureté du marbre corse dont l'église est revêtue, lui donne l'apparence d'un monument antique.

En pénétrant à l'intérieur, j'y trouvai à genoux une communauté bien étrange : de sveltes sauvageons alignés dans les nefs de l'église, avançant les uns derrière les autres leur tête verdoyante. Un grand bouc barbu était planté devant la tribune sans toucher à un fil d'herbe et comme occupé plutôt par des réflexions morales. Non loin de là, des bergers faisaient paître leurs troupeaux de chèvres.

Je les interrogeai vainement sur les médailles. Et pourtant ces lieux, ainsi que d'autres en Corse, ont fourni un grand nombre de monnaies romaines du temps de l'empire. Ces pièces ne sont pas rares d'ailleurs ; la moitié du monde en est inondée.

C'est de cette ancienne colonie de Marins, fondée avant celle d'Aleria, que partait l'unique route romaine de la Corse : elle traversait Aleria et menait à Prxsidium^ à Portus Favoni et à Palss, ville qui occupait sur le détroit à peu près la place où se trouve actuellement Bonifacio. La Corse était donc à cette époque encore plus impraticable que de nos jours. Les Romains n'ont jamais pénétré dans les montagnes de l'intérieur.

Bastia m'apparaît d'ici dans le lointain, etje vais terminer

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