‹ Histoire des CorsesChapitre 44 sur 408 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

» patrie vous appelle et vous offre un tombeau et l'immor- » talité ! ))

Ils accoururent de tous côtés, de Toscane, de Rome, de Naples, de Marseille ; chaque jour il en arrivait, et ceux qui ne pouvaient combattre tâchèrent au moins d'envoyer de l'argent et des munitions. Félicien Leoni de Balagne, capitaine au service de Naples, revint ^ussi de l'exil ; il débarqua à St-Florent au moment même où son vieux père Geronimo traversait la ville avec des troupes pour aller attaquer la tour de Nonza. Le père et le fils s'embrassèrent en pleurant ; puis le vieillard dit : « Mon fils, tu as » bien fait de venir ! Va à ma place chasser les Génois de » la tour. » Le fils partit sur le champ avec sa troupe ; le père resta attendant l'issue du combat. Leoni s'empara de Nonza ; mais une balle étendit sans vie le jeune vainqueur. On courut porter au père cette triste nouvelle. Le vieillard, voyant venir le messager, lui demanda le résultat de l'expédition. — « Triste ! lui répondit-il, ton fils est mort ! » — « La tour est-elle prise ?» — « Elle est prise ! » — « Eh bien ! s'écria le vieillard, vive la patrie ! )>

Pendant que Camille Doria dévastait le pays, semant partout des ruines sur son passage, le général Wachtendonk s'avançait dans l'intérieur pour soumettre la Balagne. A San Pellegrino, au milieu des montagnes, il fut cerné par les troupes indigènes qui lui tuèrent beaucoup de monde. Le malheureux général ne pouvait plus ni avancer, ni reculer; il était perdu. Des voix nombreuses demandèrent hautement le massacre de tous les étrangers ; mais le sage Giafferri, qui ne voulait pas attirer sur son pauvre pays la colère du puissant Empereur, renvoya à Bastia Wachtendonk sain et sauf avec son armée, à la seule condition que le général exposerait à Charles VI les griefs du peuple corse. Wachtendonk le lui promit sur l'honneur, et la magnanimité de ces hommes qu'il était venu soumettre comme une horde sauvage de rebelles le rempUt d'étonnement.

On conclut un armistice de deux mois. Les Corses formulèrent leurs réclamations, que Wachtendonk transmit à Vienne. Mais la trêve expira avant l'arrivée de la réponse, et la guerre recommença.

Quatre mille Allemands, la seconde moitié des troupes auxiliaires fournies par l'Empereur, débarquèrent alors dans l'ile. Après avoir été battus en mainte rencontre, les impériaux, commandés par Doria et de Vins, furent enfin exterminés dans la sanglante bataille de Calenzana (2 février 4732).

La République, saisie d'effroi, supplia l'Empereur de lui envoyer encore quatre mille hommes. Mais le monde commençait à manifester hautement sa vive sympathie pour ce brave peuple qui au milieu de l'abandon le plus cruel, dénué de tout, avait pu, avec la seule force que lui donnait le patriotisme, opposer une glorieuse résistance à deux ennemis si puissants.

Une nouvelle armée impériale partit pour la Corse. A son arrivée le prince Louis de Wurtemberg, qui la commandait, promit une amnistie générale, à condition que le peuple déposerait les armes. Les Corses refusèrent de traiter sur cette base. C'est pourquoi Wurtemberg, le prince de Culmbach, les généraux Wachtendonk, Schmettau et Waldstein, après avoir arrêté en commun leur plan d'opérations, s'avancèrent aussitôt vers l'intérieur. Les Corses se retirèrent dans les montagnes, décidés à fatiguer l'ennemi par une guerre de partisans. Mais tout à coup arriva la réponse de Vienne, et le prince de Wurtemberg reçut l'ordre de s'arranger à l'amiable avec le peuple corse, que l'on reconnaissait avoir été lésé dans ses droits.

Le 11 mai 1732, la paix fut conclue à Corte aux conditions suivantes : 1° Amnistie générale ; 2*' Renonciation à toute indemnité pour les frais de la guerre; 3° Abandon de tous les impôts échus ; ¥ Admission des Corses à tous les emplois, civils, militaires, ou ecclésiastiques ; 5° Droit

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