CHAPITRE III
Les Corses ont à combattre les Allemands et les Génois; leur situation fâcheuse ; its rappellent les exilés qui reyitrent en grand nombre; ils triomphent de leurs ennemis à San Pellegrino et à Calenzana ; traité de paix {1732).
Le chanoine Orticoni fut envoyé sur le continent pour demander la protection des puissances étrangères, et Giafferri se rendit en Toscane pour se procurer les armes et les munitions qui mantiuaient.
Sur ces entrefaites l'armistice étant expiré, Gênes, bien loin de se montrer plus accommodante, exigea qu'on se rendit à discrétion et qu'on lui livrât les deux chefs. L'incendie devint alors général. Après avoir enlevé plusieurs points fortifiés, les Corses bloquèrent étroitement Bastia, Ajaccio et Calvi ; et la République, reconnaissant la grandeur du danger, implora le secours de l'empereur Charles VI. L'Empereur mit à sa disposition un corps de huit miUe Allemands et conclut avec elle un véritable marché, un contrat formel de vente. C'est à cette époque que les princes d'Allemagne commencèrent à vendre pour de l'or le sang des citoyens, à en faire l'instrument du despotisme étranger ; mais c'est alors aussi que les masses se réveillèrent et qu'un nouvel esprit, l'esprit démocratique, parcourut le monde : aux Corses l'éternel honneur d'avoir inauguré cette ère nouvelle.
L'Empereur avait vendu ses Allemands à des conditions
très avantageuses : la République s'engageait à les entretenir à ses frais, à payer 30,000 florins par mois et à donner pour chaque homme tué ou disparu une indemnité de cent florins. Aussi, toutes les fois que les Corses tuaient un allemand, ils s'écriaient : « Gênes, cent florins ! » . Les Allemands arrivèrent en Corse le 10 août 1731. Ils n'étaient que 4,000 : Gênes, espérant en avoir de reste, avait refusé l'autre moitié. Ils étaient commandés par le général Wachtendonk. A peine débarqués, ils tombèrent sur les mihces nationales, qu'ils forcèrent à lever le siège de Bastia.
Cependant les Corses voyaient avec une douloureuse anxiété l'Empereur lui-même venir grossir le nombre de leurs oppresseurs. Ils manquaient des choses les plus nécessaires : sans armes, presque sans vêtements, nu-tête, nu-pieds ils couraient au combat. A qui devaient-iïs demander un appui ? Ils ne pouvaient compter à l'étranger que sur leurs compatriotes exilés. C'est pourquoi le peuple assemblé décida de rappeler ceux qui se trouvaient encore sur le continent et leur adressa la proclamation suivante :
« Compatriotes ! Tous nos efforts pour obtenir une » juste réparation étant restés infructueux, nous avons » résolu de conquérir notre liberté par les armes. Plus » d'hésitation ! Ou nous sortirons de l'état d'abaissement » et d'abjection honteuse dans lequel nous sommes » tombés, ou nous mourrons en noyant sous des flots de » sang et nos douleurs et nos chaînes. S'il n'y a point de » prince qui, touché par le récit de nos infortunes, écoute » nos plaintes et nous protège contre nos oppresseurs, » il est dans le ciel un Dieu tout-puissant, et c'est au » nom de la patrie et pour la défendre que nous avons » pris les armes ! Accourez, vous tous, enfants de la Corse, )) que le sort a éloignés de nos rivages ! Venez combattre » auprès de vos frères, et avec eux vaincre ou mourir ! » Que rien ne vous arrête ! Prenez les armes, venez ! La