‹ Histoire des CorsesChapitre 72 sur 408 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

indépendante, et des citoyens libres, régis par les plus morales des institutions étaient marchandés comme un troupeau de brutes. Gènes avait mis à son marché cette condition honteuse : elle se réservait de reprendre la Corse le jour où elle serait en mesure de payer à la France les frais d'occupation.

Mais avant que l'expédition française quittât les ports de la Provence, le secret de ce pacte se divulgua rapidement en Corse. Le 22 mai Paoli convoqua à Corte l'assemblée générale, qui décida à l'unanimité qu'il fallait procéder à la levée en masse pour se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Charles Bonaparte, secrétaire de Paoli, prononça dans cette séance un discours énergique et plein de feu.

Le comte Narbonne débarqua à Ajaccio avec des troupes et, sous les yeux de la population stupéfaite, il fit abaisser la bannière génoise et arborer le drapeau blanc. Toutefois les Français niaient encore le véritable but de l'expédition ; ils cherchaient à tromper les Corses par des promesses fallacieuses jusqu'à l'arrivée à Bastia de l'armée toute entière, que commandait le marquis de Chauvelin.

Le 7 août devait expirer le terme de quatre ans fixé par les traités à foccupation française ; on s'attendait en ce jour au commencement des hostihtés. Mais déjà le 30 juillet, 500 Français, sous les ordres de Marbeuf, sortirent de Bastia pour marcher contre Saint-Florent et, après un combat inégal, s'emparèrent de quelques positions dans le Nebbio. Il devint alors évident pour les Corses que leurs dernières destinées allaient s'accomplir ; ce malheureux peuple a toujours vu, au moment de briser ses chaînes, quelque despote étranger s'interposer violemment entre lui et les Génois, pour le rejeter dans l'ancienne servitude.

Pascal Paoli courut dans le Nebbio, à la tête d'un petit corps de milice ; son frère Clément s'y était déjà établi avec 4,000 hommes ; mais ils ne purent empêcher Marbeuf de soumettre le Cap-Corse. Alors parut aussi ChauveUn ;

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il commandait les 15,000 soldats que la France venait d'envoyer pour soumettre le peuple le plus libre, le plus brave du monde. Un traître l'accompagnait ; c'était Mathieu Buttafuoco de Vescovato, le premier Corse qui subit la honte d'accepter de l'ennemi titres et salaire. Ghauvelin attaqua Furiani, village soUdement fortifié. Deux cents Corses, commandés par Saliceti et Ristori, occupaient seuls la place. Ils luttèrent avec acharnement, et ne se rendirent pas même lorsque le village eut été réduit par les boulets ennemis en un monceau de ruines ; mais, la nuit, se frayant un passage les armes à la main, ils purent atteindre la côte.

Un combat également meurtrier eut Ueu dans la Casinca, sur le pont du Golo. Les Français furent battus et Clément Paoli se couvrit de gloire. Clémgnt Paoli et Pietro Colle figurent dans l'histoire comme les plus braves héros des derniers combats que les Corses aient soutenus pour la liberté.

Les débris de l'armée française se jetèrent dans Borgo, perché sur les hauteurs qui dominent la plaine de Mariana, et renforcèrent la garnison de ce village. Paoli voulant à tout prix s'emparer de cette importante position, l'attaqua pendant-la nuit du 1" octobre. Ce fut le plus brillant fait d'armes des troupes nationales. Ghauvelin accourut de Bastia pour soutenir Borgo ; Clément alla lui barrer le chemin ; Colle, Grimaldi, Agostini, Serpentin!, Pascal Paoli, Achille Murati donnèrent l'assaut au village. Des deux côtés on réunit toutes ses forces. Trois fois l'armée française fit une attaque désespérée, et trois fois elle dut battre en retraite. Les troupes indigènes, bien inférieures en nombre, uniquement composées de milices, rompirent les épais bataillons d'une armée régulière, qui depuis Louis XIV passait pour la mieux organisée de FEurope. On voyait parmi les Corses des femmes habillées en hommes se jeter, le sabre et le mousquet à la main, au milieu des ennemis. Enfin les Français se retirèrent sur

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