CHAPITRE XII
Paoli chercha encore à empêcher l'ennemi de pénétrer dans la province de Gasinca. Mais c'était trop tard. Tout le deçà des monts tomba en peu de jom^s au pouvoir des Français. On sentait partout que la résistance était inutile et, dans les moments critiques, ce sentiment instinctif entraine souvent les masses d'une manière irrésistible. 11 manquait un homme comme Sampiero. Paoli désespéra. 11 courut à Corte et l'idée lui vint de quitter le pays. Le brave Serpentini tenait, il est vrai, dans la Balagne, Clément Paoli était résolu à combattre jusqu'au dernier soupir, AbbatQcci enfm se défendait encore de l'autre côté des monts avec une poignée de braves patriotes. Tout n'était donc pas perdu ; du moins l'on pouvait se jeter dans les montagnes et y continuer la guerre, comme l'avaient fait jadis Rinucello, Vincentello et Sampiero. Mais un homme tel que Paoli ne pouvait avoir la fière ténacité de ces hommes d'un âge de fer, ni ne voulait, lui le législateur et le Pythagore de son peuple, descendre à l'humble rôle de chef de bandes. Effrayé en songeant aux flots de sang que la continuation de la guerre ferait couler dans son pays, il renonça à la lutte et s'abandonna à son sort. A lui se joignirent son frère Clément, Serpentini, Abbatucci et d'autres compatriotes, au nombre de cinquante. Cette petite troupe de fugitifs courut en toute hâte à Vivario et de là au golfe de Portovecchio (11 juin), pour s'y embarquer sur un navire anglais fourni par l'amiral Smittoy. Arrivés en Toscane, ils passèrent en Angleterre, pays qui depuis ce temps jusqu'à nos jours n'a cessé d'être pour les exilés des nations malheureuses un asile inviolable, mais qui jamais n'a donné l'hospitalité à de plus nobles fugitifs.
Bien des gens, se reportant aux temps héroïques de l'histoire de Corse,- ont accusé Paoli de faiblesse. Ses paroles nous montrent comment il se jugeait lui-même. Voici ce qu'il dit dans une lettre : <.( Si Sampiero avait » existé de mon temps, la délivrance du pays m'eût coûté
» moins de peine. Ce que nous avons tenté pour fonder » notre nationalité, il l'aurait accompli. Il fallait alors » un homme hardi et entreprenant, qui jetât l'effroi » dans les comptoirs de Gênes. La France ne se serait » pas mêlée à la lutte, ou du moins elle aurait trouvé un » adversaire plus redoutable que tous ceux que je pouvais » lui opposer. Que de fois ne l'ai-je pas regretté ! A coup » sûr, ce n'est ni le courage, ni la constance qui man- » quaient aux Corses, mais un chef qui pût combiner et )■) conduire les opérations militaires en présence de géné- » raux expérimentés. Nous nous serions partagé cette » noble tâche ; pendant que j'aurais travaillé à un code, » qui répondit aux mœurs et aux besoins dn pays, sa » vaillante épée aurait défendu l'œuvre commune. »
Le 12 juin 1769, le peuple corse cédait la place aux Français ; mais au milieu de la grande douleur que lui causait la perte de^sa chère liberté, pour laquelle il avait soutenu pendant des siècles une lutte sans exemple, au milieu du bruit môme des années françaises qui occupaient les deux côtés des monts, le peuple corse, dans son héroïque fécondité, enfanta, le 15 août, Napoléon Bonaparte, qui anéantit Gênes, subjugua la France et vengea son pays. C'est une satisfaction que le sort voulut donner aux Corses dans leur chute, en terminant ainsi leur tragique histoire par une expiation.
FIN DE l'histoire DES CORSES.
APPENDICE
HÉRODOTE, Hist., Liv. I.
CLXV. Oi o£ «^wxaiÉEç, £7reixe ccpi Xtot tàç vriCou; xàç Olvoûaaa; xaXeuiAEvaç oC)c £(5ou>.ovTO mv£U[jL£voiai 'rrwX££iv , OEifxaivovTEç, [j.ïi al jxÈv £[X7:o'ptov ys'vwv- Tai, ^ 0£ aÙTwv vvjffoc àTcoxXriïcO^ toutou Eivcxev , irpoç Tauxa oî «iJccxaiEEi; ec?teXXovto ic, Kupvov £v yà? xtI Kuavw eÏxogi sTEffi TrpoTEpov to'jtwv e'x ÔEOirpoTtiou dve(TTr,(TavTO TTÔXiv , Tïi ouvoua ^v 'AXa^ir). 'ApyavOwvioç Se Trivixauta ïiûYi te- TEXsuTTixEe. 2;T£XXo[A£vot SE ETTi Ty,v Kupvov , TTpcoTa xaxaTrXtùffavTs; Eç T71V Owxaïav xaTEcpovEuaav twv IlEpffEWv tyiv cpuXaxr,v , vi IcppoupES 7rapaSE^a(X£'vyi iiap' 'ApTrâyou x^iV irôXiv. MExà ÔÈ , to; toïïto g'M ÈçÉpYauxo , luoiviffavxo 'KT^'^e*'; xaxàpaç xcTj UTroXenrous'vw Iwuxwv xoîi ffxoXou. IIpo; 8e xaÛTr.ai xa\ [xuSpov (iiSripEOV xaxsTCOVXtodav , xat ôiaocav [;t.-/i Tcpiv e; «tcoxatav viçEtv Trptv -In ^ôv ixuopov xoOxov àvacpvivai. IteXXouevojv Se auxÔJv ettI xy)v Kupvov , uTtÈp ri[xîff£a; xwv
HÉRODOTE, Hist., Liv. 1.
CLXV. Les Phocéens demandèrent à acheter les îles Œnusses ; mais voyant que les habitants de Chios ne voulaient pas les leur vendre, dans la crainte qu'ils n'y attirassent le commerce au préjudice deleurile, ils mirent à la voile pour se rendre en Cyrne, où vingt ans auparavant ils avaient bâti la ville d'Alalie pour obéir à un oracle. D'aiUeurs Arganthonius était mort dans cet intervalle. Ayant donc mis à la voile pour s'y rendre, ils allèrent d'abord à Phocée, et égorgèrent la garnison qu'Harpage y avait laissée. Faisant ensuite les plus terribles imprécations contre ceux qui se sépareraient de leur flotte, ils jetèrent dans la mer une masse de fer ardente, et flrent serment
n APPENDICE
àfftwv éXaés ito'Ooç te xat oîxtoi; Tr,v iroXio; xa\ tÎov -^Ôscov t^ç yJ^f^pTlç , '}^i\J^6px.ioi SèyEvoixEvoi à7t£7rXo)ov OTrtaw 1; "rrjV Owy.otiav. Oî Sï auTÔiv to opxiov l^iiXaffirov,
(ZEpOÉvTE!; Ix TWV OîvOUCaÉWV £-7:À0dOV.
CLXVI. 'Etteite Sa Iç triv Kupvov aTrîxovTO, otxtov xoivr, iieik twv Trpotepov xojAEVWv Itc' ETea itevte, xai tpà eviopucavro. Kai •;^y°^ Y^P °^ ''°''' £f spov foù; àTrirspioi'xouç ocTtavTaç • crpaTEuovTai wv etc' aitoù; xoivw Àôyo) y pvjfrâijiEvoi Tup- (7>ivoi xa\ Kapy-/;Sôvioi, vr,uai ixaTEpoi éçr'xovxa. Ot oà <^wxai££ç TrXy)pwffavTEç xai aÙTOt xà TrXoTa, Eovra (xpi6aov É^-/îxovTa , àvTtctÇov eç to Sapoovtov xaXEuuEvov TrE'XayoÇ- 2u[jL[7.iaY0VTWv os tÎ) vauaayiyi KaouEiY] xiç vtxv) Toïci «tojxaiEuai Èyevîto" ai jjlsv y«P TEdcrepâxovTa c^ici vee; otsçOaprjaav , aï os eixoui ai TtEpiEOÛaai Eaav c('/pr,(yTOi • (XTrEcxpacoaTO yoio Toùç laÇdXou!;. KaTaTrXtocavTS; Bï e; t-/)v 'ÂXaÀîr,v àvÉXaSov xà te'xvk xai Taç y^vaixaç xat ttjv aXXviv XTÎjffiv oarjV otai te Eyivovro ai ve'eç coi ày^iv, xat etteitev aTrÉvxE; TrjV Kupvov eirXwov s; 'P'^y'-°^-
de ne retourner jamais à Phocée, que cette masse ne revint sur l'eau. Tandis qu'ils étaient en route pour aller en Cyrne, plus de la moitié, toucliés de compassion, et regrettant leur patrie et leurs anciennes demeures, violèrent leur serment, et retournèrent à Phocée. Les autres, plus religieux, partirent des îles Œnusses, et continuèrent leur route.
CLXVI. Lorsqu'ils furent arrivés en Cyrne, ils élevèrent des temples, et demeurèrent cinq ans avec les colons qui les avaient précédés ; mais comme ils ravageaient et pillaient tous leurs voisins, les Tyrrhéniens et les Carthaginois mirent les uns et les autres en mer, d'un commun accord, soixante vaisseaux. Les Phocéens ayant aussi équipé de leur côté pareil nombre de vaisseaux, allèrent à leur rencontre sur la mer de Sardaigne. Ils remportèrent la victoire, mais elle leur coûta cher ; car ils perdirent quarante vaisseaux, et les vingt autres ne purent servir dans la suitC; les éperons ayant été faussés. Ils retournèrent à Alalie, et prenant avec eux leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu'ils purent emporter du reste de leurs biens, ils abondonnèrent l'Ile de Cyrne, et firent voile vers Rhégium.
CLXVII. Tôiv Se Siacfi9o(p£ia£o)v vswv touç avSpai; oi te K«p/r,oovtot XKi ot Topffr,voi ***£Xa-/^ov -re auTwv ttoXXw TtXeuvaç, xat toutou; èlv.'^a.^ô^iiic, xaxéXEuçav. MsTa Se 'AYuXXai'oiffi iroévxa xà irapiôvTa rbv ywpov ev t(o ot «l'ioxaiEEç xaTaXEUffOÉvTEi; sxE'aio syivETO Stafftpo'^a xa\ Ejxuyipa xai aTro'TuXriXTa , ojjloiwç TTpo'ëa-za xat utto^uy"* '^*'' avOpwTroi. Ot ôc WyuKX'xloi e; AsÂcpoùç ETrsfjtTtov, PouXoixevoi axsffcaOai tvïv àfjLaptaoa. 'H os IluQîï] dïis'aç exeXeuce ttou'eiv xà xotl vÏÏv 01 'AyuXXkîoi ETi ÈTTiTeXÉouaf xat yàp E^ayiCouct cxii [XEyaXojç xat ayôiva yujAVtxov xot ÏTtTTtxbv lirtffxSEffi. Kat oOxot [jlsv xtov <I>wxai£'i>jv xoiouxti) fJiopii) Bisy^ pr^Tavxo , ot 8e aùxôiv Èc xb 'P-^yiov xaxa'puyo'vxEç evOeuxev ôp[^.£o')u.Evot Ixxi ffav Tto'Xiv yy)ç xyÎç OîvwxptT,ç xauxr,v vixiç vtiv 'Ve'Xvi xaXs'Exai. "Exxiuav oÈ xauxrjv irpbi; àvopbç IIoffEiôwviv^xEw [xaôo'vxEç w; xbv Kupvov ccpt yj Iluôir) e^P'^i'^e xxt'ffat -/îpwv Eovxa, àXX' ou xtjv VTiaov.
CLXVII. Les Carthaginois et les Tyrrhéniens ayant tiré au sort les Phocéens qui avaient été faits prisonniers sur les vaisseaux détraits, ceux-ci en eurent un plus grand nombre. Les uns et les autres les ayant menés à terre, les assommèrent à coups de pierres. Depuis ce temps-là, ni le bétail, ni les bêtes de charge, ni les hommes même, en un mot, rien de ce qui appartenait aux Agylléens ne pouvait traverser le champ où les Phocéens avaient été lapidés, sans avoir les membres disloqués, sans devenir perclus ou sans tomber dans une espèce d'apoplexie. Les Agylléens envoyèrent à Delphes pour expier leur crime. La Pythie leur ordonna de faire aux Phocéens de magnifiques sacrifices funèbres, et d'instituer en leur honneur des jeux gymniques et des courses de chars. Les Agylléens observent encore maintenant ces cérémonies. Tel fut donc le sort de ces Phocéens. Ceux qui s'étaient réfugiés à Rhégjium, en étant partis, bâtirent dans les campagnes d'Œnotrie la ville qu'on appelle aujourd'lmi Hyèle. Ce fut par le conseil d'un habitant de Posidonia, qui leur dit que la Pythie ne leur avait pas ordonné, par sa réponse, d'établir une colonie dans file de Cyrne, mais d'élever un monument au héros Cyrnus.
(Traduction de LARCHER)r^.
DIODORE DE SICILE, Liv. V.
ovO{jLaCeT«i SE Gtto j/èv tc5v 'EXXv^vojv Kupvoç, utto Se 'Pwfjiaiojv xai twv ly/ojpiwv Kopgixa. AStïj os r) vvîcoç EvTrpoço'paKJTOç ouffa xdXXi(7T0v s/si XijxÉva tov ôvofxa^OLiEvov — upaxo'iTtov. 'TTrocp/^ouci o' Iv auiî] xat iroXeiç àçiôXoyot Suo , xai TOUTojv v; [i.£v KocXapiç, v^ oÈ N(xaia TipoçayopsuETai. Ïouto)v 2= r/jv jjiÈv KdcXapiv ^oixasTi; IxTiaav, xa\ Jq6\o-^ Tivà xaTOtxy-iCavTEç utto Tupp-/ivwv IçeêX-oâïjdav ex T^; V7-j(î0u. Tvjv G£ Ni'xaiav Exxiffav Tufpr|Vol ôaXaTToxpaxo'ijvTEç xatTa; xarà xvjv Tuppr,vtav x£i[j.£'vaç vv^couç loiOTTOtoûjxEvoi* £7:t OE Tiva; ypovoui; twv ev tîj Kupvw ttoXewv xupiEuovTEç EXotaéavov Trapà twv ly/ojptojv cpôpouç p-/]Tivr|V xal xr,pov xat [aÉXi, (puoaÉvwv toÛtcijv Sa'J/iXwv ev tt) vr'co). Ta oï àvopaTtoSa Ta Kupvia otacpspEiv SoxEt Twv dfXXwv couXoJV Et; xàç xaxà xov pîov ypEi'aç, c&uffixr,ç xauxT,; xt); ioio'xïjtoç
DIODORE DE SICILE, Liv. V.
XIII A trois cents stades (*) environ de File d'Ethalie,
est une autre île que les Grecs appellent Kyrnos, et les Romains Corsica. L'abord de cette ile est très facile ; on y trouve un très beau port, connu sous le nom de port Syracusain. {^) 11 y a deux villes considérables, Caralis (^) et Nicée. (*) Caralis fut fondée par les Phocéens, qui, quelque temps après, furent chassés de l'Ile par les Tyrrhéniens dans le temps où, maîtres de la mer, ils s'approprièrent les îles situées dans la mer tyrrhénienne. Pendant leur domination sur les villes de Kyrnos, ils recevaient des habitants, sous forme de tributs, de la cire et du miel, qui sont des produits très abondants dans cette île. Les esclaves Kyrniens ne sont pas aptes, à cause de
(1) Environ 56 kilomètres.
(2) Aujourd'hui Portovecchio.
(3) Aleria.
(4) Mariana (?)
Trapo(xo)vOuOoû'Trj<;. 'H S' oXy] vrjaoi; tùiJ.t^i^ri<; oùaoi tcoXXyjV t^ç "/wpai; opeivrjv i-^Ei, T:£7ruxaCT[j.£vviv opupioïç cuvE/Jffi XKi 7roTa[xoî; oiappEO|J.£vr,v [xtxpoï;.
XIV. Oi S' £Y/o')ptoi xpocpaï; [isv /^pwvxai YaXaxti xat p-ÉXiTi xai xpÉact, Sa- '^iMç iravra tauxa 7rap£-/^0[;.£V7]ç Tvîç'/topaç, xà 8È Trpoç àXXr^Xoui; |3iou(iiv Emeixoj; xotl £ixatoj; 7:apà Ttàvraç g/eogv toÙç àXXoui; papêotpou;. Ta te Yàp xaià tyjV
OpEtVYlV £V TOt; Ot'vOpEfflV £Upl(JXO;A£Va XYipi'a TWV TrpWTOJV £6piffX0VTOJV IdTl, [/.r,-
Sevoç ajjtcpiaêTirûïïvTOi;- toc te Trpo'êaTa ffYi{A£i'ot; oteiX-/;txu.Éva , xàv [i.7)0£iç tp uXaTTï) , cio^Etai Toïç XEXTYiUEVOt?, £v TE Taîç aXXat; TaTç £v Tio [îiw xaTa (xÉpoç oîxovoa(ai(; 6aup.affTW<; irpoTif/wci to oixaioTrpaYEtv. IlapaooqoTaTOV 8' Effxi irap hOtoïç to Yivo'y.EVov xaxà Ta; twv te'xvwv y^vecteiç. "Oxav Y«p '^i '{^'^r^ 'fî''^^ > '^o"^- Trjç (xÈv oi5E[;ita Y^VETai TTEpi Trjv Xo^j^Eiav ETriijLÉXsta, 5 S' àvyjp auTÎjc; àvaTiEatùV (oç voacov Xoy^EUETat TaxTaç TjfAE'pa;, w; tou ffioi/aTO;; auTtô xaxoTraGouvTOç. <I>uETai Bï xaTa Trjv v^dov TauTyjv xal ttuçoç TcXEiffir) xai oiaa)opoç, oi' -^v xat to [xÉXi TO Yivôp.£vov Èv auTY) uavrEXcoç YivExat utxpov. KaTOixoutn o' aÙTr,v (îap-
leur caractère naturel, aux mêmes travaux que les autres esclaves. L'ile est très grande, montagneuse, pleine de bois touffus, et arrosée par de petits fleuves.
XIV. Les habitants de cette ile se nourrissent de miel, de lait et de chair, que le pays leur fournit abondamment. Ils vivent ensemble selon les règles de la justice et de l'humanité, contrairement aux mœurs de presque tous les autres barbares. Celui qui trouve le premier des ruches de miel sur les montagnes et dans le creux des arbres ne se voit disputer sa propriété par personne. Les propriétaires ne perdent jamais leurs troupeaux marqués par des signes distinctifs, lors même que personne ne les garde. Du reste, dans toutes les rencontres de la vie, ils cultivent la pratique de la justice, A la naissancfe de leurs enfants, ils observent une coutume fort étrange : ils n'ont aucun soin de leurs femmes en couches ; dès qu'une femme a accouché, le mari se couche sur le lit, comme s'il était malade, et s'y tient pendant un nombre fixe de jours comme une accouchée. Il croît dans cette île une grande quantité de buis d'une espèce particuhère, qui rend amer le miel que l'on y recueille. Les barbares qui habitent
Capot, TV StaXexTOv t/p\xz(;, l\-r^X(i.^(\j.ivr{^ xoti ou(;xaTavor,Tov • -rôv o\ àpi6[jt.ô)»
UTtdîpy^^OUaiV UTlâp TOÙÇ Tpl^JiUpiOUÇ.
STRABON, Liv. V, Ch. Il, 7.
7. 'H oÈ Kupvoç &TTÔ Twv 'P(.)aa(o)v xa}>£TTott Kopfjt'xa. oixeitai Se cpœuXo);, xpajfeTa te oùaa xa\ toïç rXei'cToiç jAspeci oudêaTOç teXewç, w5T£ touç xau'/ovToç xà opy) xai txTro Âvjcîïipûijv ^wvtaç ttypicuTEpoui; sîvai ÔYipi'oiv. ÔTrôtav yoûv ôpuT^- (Tcoffiv ot TWV 'Pojuiaiojv ffTpaTï^yo'j ^^^à TrpotJTrsdovTcç toT; £pû(/.a5i iroXù ttX-^Oo; eXwffi TWV àvopaTTOOojv, 6pav ecttiv ev tÎ] 'PcÔiat] xai Oau|/.à^Eiv , ocov ÈacpaivETai To 6r,piwû£(; xat to poffxrjuiaTwSci; ev auToIç. vj -(h.^ ovy^ inrofAEVouci !^^v vj Çwvteç (XTraOéia xai (xvaia8r,i7ia touç wv/jdaijLEVouç eiriTpiêoudiv , todTe xaiTrîp to xuyov xaTaêaXoîîatv ÔTrèp h'jtwv ouwç (j.eTau.£'Xetv. ecti 8' oi^icoç oîx'/icrijjiâ Ttva [j.E'pr, xai TToXiat^aTa ttou BXr,aîvwv ts xai Xecpa; xai 'Evtxoviai xai OùàiravEç. p.r,xoç os
cette île sont au nombre de plus de trente mille. Ils. parlent une langue particulière et difficile à comprendre.
(Traduction de Ferd. Hœfer).
STRABON, Liv. V, Ch. II, 7.
L'ile de Gyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C'est ce qu'on peut, du reste, vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains font des descentes dans l'ile, attaquent à l'improviste quelques-unes des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d'esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les bêtes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s'ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu'à
TÎiç vviffou cpr,<îiv 6 ywpoypâtpoc [xîXia éxaTOv tç-zi/ovra, ir^â-ro; oè léôofXïixovxa • Zapoovoç oè tAr.xo; 8iaxocria £Ïx.ocjt, uXoctoç oè evevtixovtk oxtio. xaT' àXXou; Se Kûpvou (jLÈv TTspifxeTpoi; Tuept [Tpicr]x iXiouç XÉYeTat xal oiaxoaiou; cxaSi'ou;, tï); Ss ISlapoôvo; xat TSTpaxia-^iXioui;.
PAUSANIAS, Liv. X, Cii. XVII.
'Effxi Si vïîffoç où TToXù (xTO/ouffa TÎiç Sapoou;, Kupvo; utto 'EXXvwv , uTtà oe Aiêiioiv Twv evoixouvTwv xaXoufxévr, Kopsixi]. 'Ex xauTïiç [XoTpa oOx eXayjffTYi CTocffEi in£c9£î(7a àcoixSTO Iç tV -apSto , xa\ wxTicav xî]? -/.''^pa; à7roT£[^.ô[A£voi TÎ)ç £v Toîç opectv UTto [xévTOi TWV £v tÎ) SaoSoï TÔ) ovoaaTi ovofxaCovTai tw oixoôsv Kopffot, (9) Kap/;/ioovioi Se ois vauTtxw j^âXtdTa ïff/^uaav , xaTEaTpé'^avTO [jlIv xat airavTaç Toùç èv t^ SapSoT , ttXïiv 'IXtlcov te xat Kopffwv , -couxoiç oè iayi £<; ôouXeiav uitayO^vai xo e/^upàv rjpxeffs xcov ôpwv, wxtffav Se £V x9) vrjffw xal aùxot TxôXiv 01 Kapx.TiSovioi KâpaXt'v x£ xai -ûXxouç, xoû os eirixouptxoïï xîov
leur faire regretter le peu d'argent qu'ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l'ile qui sont, à la rigueur, habitables, et où l'on trouve même quelques petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiœ et Vapanes. Quant à ses dimensions, elles sont, au dire du Chorographe, de 160 milles en longueur et de 70 milles en largeur. Or le même auteur prête à la Sardaigne une longueur de 220 milles et une largeur de 98. Suivant d'autres, Cyrnos aurait environ 3,200 stades de circuit, et la Sardaigne en aurait 4,000.
(Traduction d'Amédée Tardieu).
PAUSANIAS, Liv. X, Ch. XVIL
Non loin de la Sardaigne, il est une île appelée Gorsica par les Libyens indigènes et Cyrnos par les Grecs. Un grand nombre de ses habitants émigrèrent en Sardaigne à la suite d'une révolte, et s'y établirentdans les montagnes; les Sardes leur ont conservé leur nom de Corses. Les Carthaginois, maîtres de la mer, soumirent tous les habitants de la Sardaigne, à l'exception des Iliens et des
Kap/y]oovtcov At'6u£; ^ 'lê-zipeç Iç à|jLSiCTÇr^T/jffiv Àacpûpwv acpixo(X£voi , xal wç £t/Gv opyrit; aTrodTavTSÇ eawxtaavTO Iç Tii 6<}r,)ià xat oStoi rr^ç vy](T0'j • BaXapoi to ovoaà £(7Ttv aÙToTç xatà Y^waaav t/jV Kupvi'wv • BaXapoùç yàp toùç cpuyotoaç xs- Xoûoriv oî Kûpvtot.
(torses, qui leur résistèrent au milieu des rocs inaccessibles où ils s'étaient retranchés. Les Africains fondèrent en Sardaigne deux villes, Garalis et Sylcos. Mais leurs alliés, Libyens ou Ibères, se prirent de querelle avec eux pour le partage du butin, et, les quittant avec rage, ils allèrent occuper les hautes montagnes de l'intérieur de l'ile ; les Corses les appelèrent Balares, mot qui dans leur langue signifie exilé.