CHAPITRE IV
leurs propres entants. (') Alors commença pour l'île une période de luttes incessantes ; pendant de longs siècles son histoire est un combat continuel, que chaque citoyen soutient pour défendre, avec sa vie, l'indépendance du sol
natal.
En 713, la Corse vit paraître les premières hordes de Sarrasins. Après la conquête de l'Espagne par les Maures, les Mahométans se répandirent dans toutes les îles de la Méditerranée, où ils promenèrent le meurtre et le pillage ; sur quelques points ils établirent leur domination d'une manière durable. Les empereurs grecs, occupés en Orient, délaissèrent l'Occident, qui trouva chez les Francs, plus tard, des protecteurs et des maîtres. Que Charlemagne ait eu des démêlés avec la Corse, ou du moins avec les Maures de l'île, c'est ce qui résulte du récit de son biographe Eginhard. Celui-ci nous dit que l'Empereur envoya le comte . Burkhard avec une flotte, pour défendre la Corse contre les Sarrasins. Nous savons aussi que Charles, fils de Charlemagne, battit les Sarrasins (810) aux environs de Mariana. (-)
Le souvenir de ces combats s'est parfaitement conservé dans les traditions populaires. On y voit figurer, notam-
(1) Corsica vero insula tanta mmielate oxujenlium rt ijravamim premHur exactionum, ut ipsi qui in illa sunt eadem quœ exiguntur complere, vix filtos auos vendenJo suffisant ; umh fit ut, dcrelicta republwa, possessores ejimlem insulœ ad nefandissimam Lonqobardorum <jentem coijantur rffugere. Quid envn .jravius, qmd cnuldius a Barbaris pati passant, quani ut conslrictt alque compressi suus vendcre fiiios compellantur !
(Lettre de St-Grégoire-lp-Grand ii l'Iuipératrice de Constantinople, 595). (Lib. 5. ep. H).
(2) In hoc anno (8 1 0) Maun de tota llispania. maxima classe comparata, pnmo Sardiniam, deinde Corswam appulerunt, nulloquc prœsidioineainvmlo, insutam pœne lotam subegerunt {Eginhard, vitn Caroii Magni).
Ce serait vers la fin de cette même année (810) que Charles, fils aîné de Charlemagne, aurait battu les Sarrasins aux environs de Mariana, ou plutôt entre Âlesani et Aleria.
ment, Hughes Colonna, noble romain, rebelle au pape Etienne IV, qui l'avait envoyé en Corse pour se débarrasser de lui et de ses adhérents Guido Savelli et Amondo Nasica. Colonna conquit d'abord Aleria, à la suite d'un combat que trois paladins soutinrent contre trois Maures d'après les règles indiquées par les romans de chevalerie, puis il battit, près de Mariana, le roi Nugalon, et força tous les infidèles à recevoir le baptême. Le Chroniqueur corse donne à Hughes Colonna, pour compagnon d'armes, Ganelon, neveu de Ganelon de Mayence, lequel serait allé en Corse pour laver dans le sang des Maures la honte de sa famille.
Boniface, marquis de Toscane, anéantit dans une bataille livrée près d'Utique la puissance des Sarrasins ; au retour de son expédition sur les côtes africaines, il débarqua, dit-on, à l'extrémité méridionale de la Corse, y bâtit sur des roches crayeuses une forteresse qui prit de lui le nom de Bonifacio (828), et reçut l'ile en fief des mains de Louis le Pieux (833).
Ainsi, pour la seconde fois, l'Etrurie étendait sa domination sur la Corse, sa voisine. L'ile, cela est certain, fut gouvernée par les marquis de Toscane jusqu'à Lambert, dernier marquis de Toscane de la famille Boniface. Lambert mourut en 951.
Après avoir été possédée par Bérenger et Adalbert de Frioul, (^) la Corse fut donnée par l'empereur Othon H à Hughes de Provence, marquis de Toscane (910), l'un de ses partisans. L'histoire des événements ultérieurs, jusqu'à la domination pisane, est obscure, inextricable.
A partir de cette époque jusqu'au commencement du onzième siècle, il se forma dans file, comme dans tous les pays italiens, une noblesse arrogante et féroce. Cette noblesse, dans laquelle les Corses ne durent entrer qu'en très faible partie, étendit partout sa domination tyranni-
(1) Adalbert était roi d'Italie et duc de Frioul.