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ENTRÉE EN CORSE

Lasfiale ogni spemnzn, voi cK enlrafe ! Dante {Enf., c. III.)

De Livoiirne en Corse la traversée est plus intéressante que de Livourne à Gènes : elle offre constamment le spectacle des îles du canal de Toscane. — Derrière nous était Livourne avec sa forêt de mâts au pied de Montenero ; devant nous la tour solitaire et ruinée de la Meloria, petit écueil perdu dans la mer, où les Pisans, sous les ordres d'Ugolino, furent anéantis par les Génois, de sorte que leur puissance maritime ayant disparu, la Corse passa entre les mains de leurs vainqueurs ; plus loin l'île rocheuse de la Gorgona ; près de là, à l'Ouest, l'île de Capraia. Cette vue rappelle les vers de Dante dans le chant d'Ugolino (1) :

(1) Ah ! Pise ! déshonneur de la belle patrie

Où résonne le si ! de ton ignominie Puisqu'ils sont, tes voisins, si lents à le punir.

Puissent marcher ensemble ei Gorgone et Caprée ! Qu'aux bouches de l'Arno leur masse conjurée Le fasse refluer sur toi pour t'engloutir.

(Dante, Enfer, ch. XXXIII. Trad. de L. Ralisbonne).

Ahi Pisa, vituperio délie genti Del bel paese là dove il si suona ; Poichè i vieilli a te punir son lenti,

Muovasi la Capraia e la Gorgona, E faccian siepe ad Arno in su la foce, Si ch'egli annieghi in te ogni persona.

L'île de Capraia masque l'extrémité occidentale de la Corse ; mais au delà, sur une vaste étendue, l'on voit émerger les cimes bleues du Cap-Corse ; plus loin encore, à l'Ouest, l'ile d'Elbe dont les montagnes, aux puissants reliefs, s'abaissent du côté de Piombino, que de faibles lignes dessinent à peine à l'horizon.

La mer, d'un bleu foncé, rayonnait d'un éclat de pourpre et le soleil, se couchant derrière Capraia, répandait une douce teinte rose sur les voiles qui passaient. — Naviguer dans ce bassin de la Méditerranée, c'est voyager à travers l'histoire même. Je me représentais sur cette belle mer les flottes des Phéniciens et des Grecs qui la peuplèrent jadis, les vaisseaux de ces Phocéens qui s'y livrèrent un jour à leurs courses vagabondes, puis Asdrubal et les Carthaginois, les Etmsques, les Romains, les Maures et les Espagnols, les Pisans et les Génois.... Mais la vue de l'île d'Elbe et de la Corse éveille surtout le poignant souvenir du plus grand drame historique des temps modernes, et ce drame porte le nom de Napoléon. Les deux îles s'étendent paisiblement côte à côte ; on dirait le berceau d'un homme tout près de son tombeau. La Corse, qui enfanta Napoléon, apparaît grande et spacieuse ; l'île d'Elbe est petite. C'est donc au milieu de ces montagnes étroites qu'on voulut, comme dans une camisole de force, enfermer le géant ! Il rompit ses entraves aussi facilement que Samson avait autrefois brisé les liens des Philistins. Puis, il tomba à Waterloo. — En quittant Tile d'Elbe Napoléon n"était plus qu'un aventurier. C'est

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