LES PÈRES DE L'ORATOIRE
Nous avons tout lieu de croire que ce chiffre des charges grevant les revenus du prieuré et porté à 7,523 livres, était enflé par les moines de Savignieu; car ce chiffre avait été établi dans une demande adressée à Tarchevêque de Lyon pour obtenir une réduction des décimes diocésains (impôt proportionné au revenu net de chaque établissement).
Le revenu net du prieuré de Savignieu, porté à 777 livres, eût été en effet d'un mince secours pour le collège; car ce revenu était encore grevé du service religieux do la paroisse de Savignieu, service qui devait être fait par un Oratorien du collège.
Depuis la réunion en principe du prieuré au collège des Oratoriens, les contestations, qui avaient autrefois surgi entre le prieur et le curé, réduit à la portion congrue, prirent une plus grande vivacité et donnèrent lieu à plus d'un conflit regrettable. Pour mettre un terme à cet état de choses, le R. P. Dupleix, procureur général des prêtres de l'Oratoire, demanda et obtint la réunion de la cure de Savignieu au collège de Montbrison , sous la condition que les Oratoriens, titulaires de cette cure, ne pourront ni la résigner ni la permuter, et qu'en cas de vacance, la congrégation présentera à l'archevêque de Lyon trois sujets du nombre de ses membres, dont l'un sera pourvu de la cure. Ce décret d'union fut rendu le 4 décembre 1785 par l'archevêque Antoine Malvin de Montazet, après l'accomplissement de diverses formalités, telles qu'enquête, adhésion des intéressés et avis favorables donnés par huit des ordres ou corps d'état les plus considérables de la ville de Montbrison »
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La réunion de cette cure au collège des Oratoriens offrait plusieurs avantages : elle mettait fin d'abord aux nombreuses contestations qui avaient existé entre le curé et le prieur de Savignieu^ elle rendait le service de la cure plus régulier^ c attendu ^ disent les « considérants du décret de réunion^ que le curé sera « un prêtre de TOratoire, et qu'il lui sera facile^ en <t cas de maladie^ d'être toujours remplacé par l'un ce des prêtres de ladite congrégation qui dessert le a collège de Montbrison. j> Mais le principal avantage était^ sans contredit^ l'augmentation de revenus que cette cure, quoique peu importante, apportait au collège. Toutefois, cet avantage devait être balancé par l'éloignement du curé qui, retenu au collège par ses fonctions journalières, pouvait tout au plus aller dire chaque matin la messe dans l'église de Savignieu, située à plus d'un kilomètre du collège.
Quoi qu'il en soit, le décret d'union ne souleva pas une trop grande opposition; mais il ne fut pas de suite exécuté dans son entier : M" André Rat de Mondon, dernier prieur commandataire, conserva sa part dans les revenus de son bénéfice jusqu'à son décès arrivé en 1785. Toutefois, dès le 4 juillet 1783, devant Barrieu et Goyet, notaires à Montbrison, les sieurs Cibot et Riboulet, fermiers pour M" Mondon de la rente noble de Savignieu, firent en son nom remise au P. Renaud, supérieur des Oratoriens de Montbrison, de tous les terriers de cette rente commençant au 30 août 1312 et finissant à l'année 1674. Quels renseignements précieux nous aiu^aient fourni ces terriers s'ils étaient arrivés jusqu'à nous.
LES PÈRES DE l'OIUTOIRE. 67
M. Manaud^ curé de Savignieu avant le décret^ continua à remplir ses fonctions jusqu'à sa mort, en 1789. M. Oudet, un des Oratoriens du collège, lui succéda en 1790.
En 1791, une nouvelle contestation surgit encore entre les chanoines de Montbrison et les Pères de rOratoire, au sujet des revenus attachés au canonicat préceptorial. Elle fut portée devant le bureau de conciliation et de jurisprudence charitable (nom que Ton donnait alors aux justices de paix nouvellement établies). Nous n'avons pu savoir comment finit cette contestation; mais quelqu'en ait été le résultat, il no profita ni aux chanoines ni aux Oratoriens. Le jour était venu où ces deux institutions religieuses devaient périr ensemble dans la même révolution.
Dès le mois de septembre 1 790 un premier inventaire fut dressé par la municipalité du mobilier personnel aux Oratoriens (1). Ce mobilier était de peu de valeur; la bibliothèque seule avait une certaine importance. Elle comptait plus de 5,000 volumes, bien que, ajoute le procès-verbal, plusieurs ouvrages fussent incomplets par suite des pertes que Ton avait éprouvées dans Tincendie de 1775. Ces ouvrages étaient en grand désordre, faute d'un local suffisant pour les caser. Aujourd'hui cette bibliothèque compose en partie celle de la ville de Montbrison et celle de la société la Diana, Sur plusieurs des ouvrages se lit encore la mention suivante : A Vtisage des
(1) Archives modernes da déparlement de la Loire, série V, n* 24.
Oratoriens de Montbrison. Outre cette mention, un grand nombre de ces volumes portent gravés sur la couverture une croix engrelée d'or sur un champ
de surmontée d'une couronne de marquis. Ces
armes/ qui sont celles de la famile de Sugny, nous permettent de croire avec assez de raison qu'un membre de cette ancienne famille, éteinte depuis longtemps, avait fait donation de sa bibliothèque aux Pères de l'Oratoire.
Cet inventaire constate dans le mobilier religieux de la chapelle deux calices, un ostensoir, un ciboire, une boîte aux saintes huiles^ deux burettes et leur bassin, une navette et son cuiller, le tout en argent. Tous ces objets furent saisis par la municipalité. Sur la réclamation des Pères, on leur rendit un calice^ un ostensoir, un ciboire et la boîte aux huiles, comme seuls nécessaires au service du culte, et en conséquence exceptés de la saisie faite au nom de la loi. Cette exception ne fut pas de longue durée. Dès l'année 1792 leur collège était supprimé, leur mobilier vendu, et l'administration du district de Montbrison (département de Rhône- et -Loire) s'installait dans les bâtiments du collège, qui du reste, il faut le reconnaître, étaient la propriété de la ville. Ce beau bâtiment existe encore, la sous-préfecture y est établie. Le vaste jardin des Oratoriens en fait encore le plus bel ornement, et la place ou square établi en face, sur lancien couvent des Sainte-Claire, a dégagé sa façade et permet d'en suivre les lignes régulières et simples, mais d'une belle proportion.
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Quant aux autres immeubles des Oratoriens, ils furent adjugés :
Le domaine de Chalain-le-Comtal, le 27 messidor an IV, à Michel Portier, chapelier à Montbrison, au prix de 29766 liv.
Celui de Saint-Bonnet-le-Coureau , le 26 du même mois, à Grange, de Saint-Jean-la- Vestre, au prix de 18077 »
Celui de Dovezy, paroisse de Lézigneux, le 2 messidor an IV, à M. Antoine Forest, marchand cremailler à Montbrison, au prix de 19252 »
Celui de Montet, paroisse de Roche, le 24 fructidor an IV, au sieur Juliard aîné, au prix de 15150 »
La terre de Montrouge fut vendue en deux lots : le premier adjugé, le 28 thermidor an IV, au sieur Thomas Clair, de Montbrison, au prix de 1232 »
Le deuxième lot, le 12 fructidor an IV, à M. Damien Chantemerle, de Montbrison, au prix de 1201 »
Total 84678 liv.
Les immeubles ainsi vendus étaient affermés à la même époque au prix de 1762 liv., ce qui nous confirme dans la remarque que nous avons faite bien des fois que les biens des communautés étaient affermés à vil
A reporter 84678 liv.
Report 84678 liv.
prix et en conséquence mal cultivés. Le prix de ferme représentait en effet le revenu payé à raison de 2 7©; encore devonsnous ajouter que ces biens, quoique vendus aux enchères, étaient loin d'atteindre le prix de leur valeur réelle, par la raison qu'un grand nombre de personnes avaient scrupule d'acheter des biens d'église.
Quant aux vastes bâtiments du prieuré de Savignieu, l'église, la cure, les jardins et l'enclos qui l'entouraient, ils furent adjugés, le 29 pluviôse an V^ à M. Antoine Forest, dont nous venons de parler, au prix de 86446 »
Nous n'avons pas retrouvé les adjudications des deux domaines de Vergnon, ni du bel étang de Savignieu, ni du grand pré de Foris, ni d'une maison rue des Bouchers; mais ils eurent le sort des autres propriétés des Oratoriens. Le revenu de ces derniers immeubles, qui était alors de 3,000 livres, permet de croire que le produit de leur vente dut arriver au chiffre d'environ 100000 »
Ensemble. 273124 liv.
De cette maison dont nos grands-pères ont conservé le souvenir (souvenir heureux de leur jeunesse), que la municipalité d'autrefois avait fondée avec tant
LBS PÈRES DB L'ORàTOIRE. 71
de soin, qu'elle avait deux fois relevée des ruines de l'incendie, et qu'elle s'efforçait de protéger avec zèle contre les maisons rivales de Notre-Dame-de-Grâces et de Roanne, il ne reste plus rien qu'un bâtiment approprié à une nouvelle destination.
De qaelques Oratoriens du collège de Montbrison.
1629 CouRTiN, Il assista avec zèle et courage les malades atteints de la peste en 1629 et 1630, et fut désigné pour recevoir les testaments en l'absence des autres prêtres gui étaient morts ou avaient déserté la ville.
1637 Desmollins, Supérieur,
— Labbat (Jean-Marie).
— Bourre (Gaspard).
— Lesieur (Nicolas).
1646 Vallenson (Pierre- Jean) , Supérieur.
1644 à 1662 Chapuis (Pierre) , Supérieur. Il fut un des principaux bienfaiteurs du collège, et y fonda notamment une chaire de théologie.
— Chapuis (Jean).
1551 Desmarest (François), Forézien. Il professa pendant quelque temps les humanités à Montbrison, puis à [Paris, à Saint-Magloire , pendant 30 ans. Une assemblée générale de l'ordre le désigna pour publier les œuvres posthumes du P. Morin de l'Oratoire. (Paris, 1703, in-4^)
1664 Paulmier (Pierre), Supérieur.
— Chapuis (Gabriel). Il cumulait les fonctions de
curé de Saint-Pierre à Montbrison.
LES PËRBS D£ L'ORATOIRE. 73
1674 De la Toub (Pierre). Le 6^ général de Tordre de$
Oratoriens, mort en 1733, portait le nom de PJerre-FrancoisdelaTour. M. de la Roa, dans ses Portraits foréziens (p. 9) , le nomme Arrère de la Tour.
1675 DuGUET (Jacques-Joseph), ami du célèbre jansé- « niste Arnaud, auteur de nombreux ouvrages.
16. . Massillon (Jean -Baptiste ) , prédicateur célèbre, plus tard évéque de Clermont.
1692 De Crouy (Jean), Supérieur.
1695 FoRBST (F****) , Supérieur, docteur en théologie.
— Rambaud (Pierre).
— BoTER. Un de ses frèresétait curé de Saint-André
à Montbrison.
1701 Olivier (Antoine), Supérieur,
1708 YVARD.
— Laurent.
— Leber.
— GONDARD.
1715 De Grout (Jean), Supérieur pour la 2^ fois.
1716 Batterel (Louis), Supérieur.
1725 et 1726 Richer (Claude), Supérieur, il Tétait encore en
— Chapuis de la Goutte (Ayinard), préfet d'étude,
plus tard chanoine de Montbrison.
— DoÉ (Louis), professeur de théologie.
— Mazst (Jacques), professeur de physique.
— Merle (Benoit), professeur de rhétorique.
— Merle (Claude), régent de seconde.
— Sauvageon (Amable- Bénigne), régent de 3*.
— BosT (Louis), régent de 4*.
— Rosier (Joseph), régent de 5*.
1738 Du Couret (Jean- Baptiste) , Supérieur.