‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 24 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Fondation par Emmanuel d'Urfé , marquis de Bagé , du deuxième couyent des Ursulines de Montbrison en 1651. — Revenus de ce couvent. — Incendie de ce couvent. — Sa reconstruction. — Sa suppression. — Vente de ses bâtiments à l'hospice de la Charité. — Liquidation de sa succession.

La fondation des quatre couvents dont nous venons de parler n'eut pas pour résultat de diminuer le personnel de la maison-mère; au contraire, il étendit la réputation de Tordre des Ursulines dans la province et attira dans le couvent de Montbrison un plus grand nombre de religieuses. Ce fut au point que dès Tannée 1648, dix ans environ après la fondation des succursales de Sainfc-Sy mphorien-le-Château et de Peurs , le couvent des Ursulines de Montbrison se trouvait déjà surchargé de religieuses et son local insuffisant pour faire droit aux nombreuses demandes d'admission.

Une ordonnance de Tarcheveque de Lyon Camille de Neuville prescrivit plus tard, en 1684, de ne pas recevoir dans les couvents de femmes plus de quarante religieuses.

En 1648, un membre d'une des plus grandes familles de Forez, Emmanuel' de Lascaris d'Urfé, marquis de Bagé , appréciant les services que rendait l'ordre des Ursulines à Montbrison , soit sous le rap-

port de l'instruction des filles^ soit à cause d'un asile que leur couvent ouvrait aux jeunes filles de toutes les classes de la société, offrit de fonder à ses frais dans Montbrison un second couvent d'Ursulines. Le 23 juin 1648, cette offre fut soumise à l'approbation des notables habitants, ainsi que le constate le procèsverbal qui suit :

«c Pardevant nous, Jean Croppet , conseiller* du roi « et président au bailliage et présidial de Montbrison, a Jean Papon, conseiller dU roi et lieutenant de la « ville et prévôté de Montbrison, en l'hôtel du sieur « Croppet et en la présence de M. Claude Henrys, « premier avocat du roi (1)^ du procureur du roi et a des notables habitants de Montbrison soussignés , « MM. Jean Tissier du Soleillant, Pierre Gueynard a et Biaise Ganieu, tous trois échevins de la ville de a Montbrison, ont dit par la voix du sieur duSoleil- « lant : Que le marquis de Bagé, ayant su qu'on a parlait d'établir un deuxième monastère de reli- (c gieuses de Sainte-Ursule en la présente ville, à a cause que le monastère qui y est se trouve suret chargé de religieuses et ne peut recevoir toutes les « filles de la présente ville qui se présentent pour y « entrer, il avait offert de s'en rendre fondateur, à la « charge que sa fille y sera reçue et qu'elle aura les « honneurs et privilèges des fondateurs, ce que les a dits sieurs échevins ont charge de présenter aux oc habitants, pour avoir sur ce leur avis; et, à cet

(1) Voir Henrys, l*^ vol , chap. XXXVHI,

<r effets ils avaient convoqué l'assemblée des habitants a en la salle des Révérends Pères Cordeliers, à la ce manière accoutumée; mais^ parce qu'il n'y eut pas <c nombre d'habitants suffisant^ ils renvoyèrent à ce a jourd'hui la dite assemblée par devant nous^ en d notre hôtel y à cause de notre incommodité; et parce <c qu'il y a ici nombre de notables et plus considé^ « râbles de la ville et qui sont la plus grande et saine « partie d'icelle^ ils requièrent à ce qu'ils aient à « prendre leur résolution sur la proposition du dit « sieur marquis de Bagé; sur laquelle les dits noce tables et habitants soussignés, ayant été ouïs l'un « après l'autre, ont dit unanimement qu'encore qu'en « la dite ville de Montbrison il y ait trois monastères « de filles (1) , on ne doit pas laisser de consentir « l'établissement d'un second monastère de reli- « gieuses de Sainte-Ursule, puisque c'est pour le <c bien et soulagement des familles, et qu'en effet les c monastères qui sont dans la dite ville ne sont pas « capables de recevoir toutes les filles qui se préce sentent, parce que cette ville étant la capitale du ce pays et où le siège de toutes les juridictions est ce établi , ceux de la province qui ont des filles désirent ce plutôt les mettre en religion dans la dite ville ce qu'ailleurs; et puisque le sieur marquis de Bagé ce est dans la volonté de se rendre fondateur, et de ce donner poiu* cet effet une somme convenable, sont ce les habitants d'avis qu'on accepte cette bonne vo- — '■'■' 1 1 II ■ ■ , . , ^

(1) Les tJrsuIines, les Visitandlnes et Içs Sainte-Çlur^

a lonté, et qu'on lui accorde les honneurs et préro- « gatives qu'ont les fondateurs, sous le bon plaisir (( de Monseigneur Téminentissime cardinal de Lyon; « et, au cas qu'il agrée le nouvel établissement, a estiment néanmoins les dits habitants que le dit <c monastère nouveau se doit plufôt bâtir au faubourg (( de la Croix, ainsi qu'on a proposé, qu'en un autre « endroit , afin que les bâtiments de la ville demeurent « plus libres, toutefois sous le bon plaisir de Mon- (( seigneur le cardinal. A cet effet donnent les dits (c notables et habitants pouvoir aux dits échevins a d'en donner les consentements nécessaires, les ce quels, en tant que de besoin, les dits notables et ce habitants donnent par le présent acte. A quoi les <c dits avocat et procureur du roi ont pareillement a adhéré pour l'intérêt de Sa Majssté et du public. (( Dont et du tout, nous président et lieutenanta général au dit bailliage et présidial et nous lieute- (c nant en ladite ville, avons octroyé acte pour servir « ce que de raison.

« Signés : Croppet; Papon, lieutenant; Girard, <( procureur dn roi; Chassain, président; Tissier, « échevin; Gueynard, échevin; Ganieu, échevin; Li- « vet, lieutenant particulier; Pouderoux, conseiller (( au présidial; Chapuis de la Salle et Chapuis de la a Goutte, conseillers au présidial ; Pouderoux, pré- « sident en l'élection; Duguet, procureur du roi en «c l'élection; Du Rosier, lieutenant en l'élection; « Chirat, élu; Guingard, Montaigne, Papon, Poculot, a tous avocats; Bonnet et Gaulne, procureurs. »

Le cardinal-archovêque de Lyon approuva la fondation d'un second couvent de Sainte-Ursule le 21 juillet 16&i; et le 9 août suivant, cette seconde communauté fut provisoirement établie dans une maison située au faubourg de la Madeleine^ appartenant à Messire Claude Martin. Elle était composée, outre les novices et prétendantes, de huit religieuses professes tirées de Tancien couvent : l"" Mad™* Jeanne Ducasson du Crozet (39 ans), sœur de Jésus, fille de noble Jean, seigneur du Crozet, supérieure; 2** Mad"" Yolande Tantillon (34 ans), sœur Saint- Alexis, fille de feu M" François, de Montbrison; 3* et 4^ Mesd"*** Anne (24 ans) et Marie Papon de Coutelas (26 ans), filles de noble François, sieur de Coutelas, et de Demoiselle Catherine Girard; 5" Mad™ Florie Callemart (26 ans), sœur Marie-Jésus, fille d'Antoine, notaire à Rosinieux, et de Dame Marguerite Pi net; 6** Mad"*' Florie Pupier (27 ans), fille d'honnête Pierre et de Poncette Duret; 7*^ Mad"*^ Catherine Rival (25 ans), fille de noble Guillaume, conseiller du roi, président en l'élection de Forez, et de Demoiselle Catherine de Chaumont; 8^ Mad"" Anne Papon (23 ans) , fille de noble Jean, conseiller du roi, lieutenant en la châtellenie et prévôté de Montbrison, et de Demoiselle Louise Gayot.

Ce nouvel essaim, en se séparant de la ruche-mère, reçut du premier couvent : 1" un capital de 12,000 livres dû en grande partie pour la dot des sœurs qui allaient fonder la nouvelle colonie; 2"" les vignes de Saint-Rambert; 3'' et le grand enclos appelé Tantillon,

situé au faubourg de la Croix ^ réuni à ceux acquis des sieurs Chovet et Pralier. Le règlement de ces créances et cessions ainsi que l'installation des religieuses eut lieu le 13 septembre 1651, devant Granjon, notaire, en présence de Messire Mathieu Girard, doyen du chapitre de Montbrison et commissaire député par Monseig^ le cardinal-archevêque de Lyon, Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu. Dans les créances cédées par le premier au deuxième couvent, nous avons remarqué celle de 1,575 livres due par le seigneur marquis de Saint-Priest pour le contrat de réception de Catherine Rival, sœur Saint-Louis.

Cette installation, comme nous venons de le dire, ne fut que provisoire; les bâtiments du nouveau monastère devaient être construits, suivant le désir exprimé par les habitants dans l'assemblée générale du 13 juin 1648, en dehors de la ville, dans le faubourg de la Croix; c'est ce qui eut lieu en effet; les bâtiments furent construits au bord d'un vaste enclos provenant du sieur Tantillon, d'une contenance de trento-deux cartonnées, confiné au nord par le chemin qui tend de la porte de la Croix au faubourg du même nom, au matin par les fossés de la ville et au midi par la rivière de Vizézy. On voit par là que le parc de M. d'AUard, aujourd'hui jardin de la ville, était autrefois compris dans l'enclos des Ursulines du second couvent.

La Mure, dans le tome I** des notes manuscrites quMl nous a laissées (bibliothèque de la ville de Montbrison) , nous apprend que a sur la principale pierre

« du deuxième couvent de l'église des Ursulines de c Montbrison sont gravés ces mots :

« D. 0. M. INNOCBNTIO X. 8EDBNTE. LUDOVICO IIV. R£GE.

« ALPHONSO RIGHBLIO. ARGHIEP. CARDINALE.

« PRIICARIUM HUNG LAPIDBM 8. URSULiE PARTHONIS

t GUNGTIS BROBANTIBUS POSUIT EMANUEL DE LA8GARI8 D*URFÉ

c BAGOUS MARCHIO TOPARGHA F0RENSI8.

« ANNO DNI GID . IDG . LU . fticj NON . OGTOBR. (1) »

M. Gras^ en rapportant cette inscription^ lui assigne la date de 1652. Cette date concorde bien avec ce que nous venons de dire sur l'installation provisoire des religieuses du deuxième couvent en 1651 dans la maison de M. Martin , mais elle ne résulte pas des chiffres romains^ tronqués par le graveiu*^ qui font partie de cette inscription.

La pose de la première pierre de ce couvent^ faite par Emanuel d'Urfé, est une forte présomption pour croire qu'il en fut le fondateur, suivant l'offre qu'il en avait faite aux échevins de Montbrison. Toutefois, on est surpris de ne trouver dans les archives des Ursulines aucune autre trace de cette fondation , aucun souvenir donné à la famille d'Urfé, ni parmi les religieuses de ce couvent le nom de sa fille qui devait y être admise avec les honneurs et privilèges des fondateurs.

Ce couvent, comme son aine, se peupla rapidement, et, dès l'année 1665, il était habité par trente-deux

(!) Bievue Foréxien'M^ année 1870 , p. 82, article de Bf. Ores.

religieuses, sous la direction de Mesd"** Ohapuis (sœur du Saint-Sacrement), supérieure; Faure (sœur de la Passion), assistante; Claudine Hérault (sœur Sain te- Agnès), zélatrice; Catherine Carrier, discrète, et Marie-Madeleine Lebaud, dépositaire.

Une déclaration faite le 4 novembre 1665, par ces religieuses, pour satisfaire à la demande de nos seigneurs des Graiids-Jours d'Auvergne^ nous apprend que le couvent était bâti à neuf, avec cloîtres, parloirs, petite église, ménagerie, et un grand clos joignant, de 30 à 40 métérées, dans lequel il y a jardin, verger, terres et vingt-cinq hommes de vigne, le tout clos de murailles; et qu'elles avaient environ 2,000 livres de revenus provenant de rentes, dîmes et d'un domaine appelé la Vizelle, situé à Chalain-d'Uzore. Ce domaine avait été acquis de François Avizard, le 29 août 1653, au prix de 9,700 livres. Il relevait de la censive du seigneur de Luzy-Pellissac, du sieur de Château-Gaillard et du curé de Chalain. Par leur acte d'acquisition, les Ursulines étaient tenues de faire distribuer chaque année' aux pauvres de Chalain -d'Uzore 16 bichets de froment au commencement de l'hiver et de payer une rente perpétuelle de 49 livres au curé de la paroisse de Saint-Pierre de Montbrison, pour fondation d'une prébende de messes appelée jyi^ébende des Tournon (1) . De ce domaine dépendaient de grands bois situés à Saint-Paul-d'Uzore et

huit étangs nommés : la Jeanne, la Vizelle^ Rouzeron,

m»^^— I I ■ I II I II I ■ I »^-^— I — .—

(I) Nous avons fait meotioD , t. 2*, p. 19, de la fondation de cette prébende

liBS URSULmES. 153

Groleyron^ Chambodra, les trois autres portaient le nom de Pallotiers. Ces étangs étaient' affermés en 1746 sous la rente annuelle.de 7 louis et de 310 livres de poissons.

La dime dont il est question^ appelée de la Roue^ se percevait sur la paroisse de Sauvain; elle avait été acquise le 15 juin 1659^ au prix de 2^225 livres^ du sieur baron de Meillard (ou Barou^ de Meillard). C'était un franc alleu noble mouvant du roi. En 1724^ cette dîme était affermée 70 livres, en 1751, 120 liv. et plus tard 230 liv. Le surplus des dîmes de Sauvain appartenait au seigneur du lieu. Le curé de Sauvain était donc réduit à ce qu'on nommait alors la j>o/*£iO^ congrue. Ces dîmes et cette portion congrue donnèrent lieu à contestation entre le curé et les religieuses décimateurs. Si les anciennes dîmes appartenaient aiix décimateurs, il n'en était pas de même des novailles ou dîmes à percevoir sur les terres nouvellement défrichées. Ces dernières appartenaient toujours au curé. On comprend sans peine les contestations qu'unepareille jurisprudence devait faire naître. C'est ce qui arriva entre les Uremlines et Messire Claude Bedoin, curé de Sauvain. Tputefois, ce procès finit par où il aurait dû commencer, une transaction passée devant -Barrieu, notaire à Montbrison, le 14 décembre 1 773 , par laquelle le curé fit abandon aux Ursulines des dîmes novailles qu'il avait droit de prélever, moyennant une redevance annuelle de trois bichets de seigle. Nouveau procès en 1788 : le curé s'appuyant sur une déclaration du roi, du 29 janvier Tome 2. 11

1686, qui avait élevé la portion congrue de 200 livres à 300, réclama une augmentation de 25 livres par an. Nouvelle transaction passée, le 31 octobre 1788, devant le même notaire, par laquelle la part contributive des religieuses fut portée de 11 livres à 36; le surplus, pour parfaire la somme de 300 livres, fut payé par le marquis César^Marie de Talaru-Chalmâzel, autre décimateur de la paroisse de Sauvain.

Le 12 janvier 1677^ le second couvent de Sainte- Ursule, par acte reçu par M* Thoinet, notaire à Montbrison, achetait de Pierre Girard, écuyer, sieur de Yaugirard, capitaine de dragons au régiment de Fay, au nom de Jeanne Papon, sa femme, une maison avec clos de vigne et colombier, de la contenance de six cartonnées,- situés au hameau de la Croix, moyennant le prix de 1,000 livres qui furent compensées, jusqu'à due concurrence, avec une plus forte somme de 2,000 livres due au couvent par M* Jean Papon, conseiller du roi et lieutenant en la chàtellenie royale de Montbrison, pour la dot de Sy bille-Louise Papon (Saint-Alexis) , sa fille, reçue en 1651 . Pour se libérer du surplus, il céda 1,000 livres que lui devait un sieur Noël Granjon de Maisonneuve sur des domaines de Savignieu et de Champ que Jean Papon avait vendus à François Granjon père. L'enclos dont nous venons de parler était situé en face du second couvent et n'en était séparé que par la rue du faubourg de la Croix, à remplacement occupé de nos jours par la maison et les jardins de M. Courbon de Saint-Genest.

Le 30 août 1677, devant Thoinet, notaire à Mont-

LES |JRSUL1NES. ' 155

brison, les Ursulines achetaient un petit domaine avec vignoble appelé Sérizet, paroisse de Moind, de M"' Maurice de Lestra de Prandières, veuve de Noël Roue, bourgeois de Montbrîson, au prix de 2,268 liv.

En 1711 et le 12 janvier, devant Chalaye, notaire à Montbrison, les religieuses du second couvent faisaient une acquisition bien plus à leur convenance que les précédentes en achetant de Claude Moulin, huissier à Montbrison, un jardin situé au faubourg de la Croix, au soir de leur enclos dans lequel il formait une enclave. Cette acquisition fut faite au prix de 200 livres par Mesd™* Catherine Vial (sœur des Anges) , supérieure, Louise Puy (sœur Sainte- Agathe), assistante, Catherine Guingard (sœur Saint-Augustin), zélatrice, Sybile-Louise Papon (sœur Saint- Alexis) , discrète, et Elisabeth de Vaugirard (sœur Sainte- Agnès ) , . dépositaire.

L'acquisition des biens temporels ne faisaient pas négliger aux Ursulines du second couvent ce que Ton appelait alors les richesses spîHtuelles : je veux parler des reliques et des indulgences. Vers 1673, elles demandèrent et obtinrent de Rome une relique insigne de sainte Serenne, femme de Tempereuf Dioclétien, avec une indulgence pour le jour de sa fête. De plus, vers le même temps, elles obtinrent du pape Clément X la consécration dans leur chapelle d'un autel privilégié pour une messe de morts, à dire par un prêtre régulier ou séculier dans l'octave des morts et à chaque lundi de l'année, avec des indulgences attachées à cette messe. L'année suivante, une bulle

du même pape^ du 9 mai 1674^ accordait une indulgence plénière à ceux qui communieront le jour de Sainte-Ursule dans l'église d-un de ses couvents, après avoir prié pour la paix des princes chrétiens, la destruction de l'hérésie et la gloire de la sainte Eglise.

Le 1^' avril 1711, lettres d'affiliation données à la supérieure du petit couvent et à toute la communauté par frère Jacques Girandeau, ministre de la province de Saint-Bonaventiu'e, frère mineur de Saint-François au couvent de Montferrant, et par frère Lacroix, gardien des Récollets de la Bâtie (Saint-Etienne-le- Molard), qui fait participer les religieuses du petit couvent aux mérites des prières, méditations, jeûnes, mortifications, messes et prédications des religieux de Saint-François, en reconnaissance^ dit le titre de fondation, des aumônes et des charités qu'ils ont reçues des Ursulines. C'était sans doute la monnaie dont se servaient les ordres mendiants pour payer les secours temporels qu'on leur donnait;

Un usage qui parait remonter aux premières années de la fondation du second couvent voulait que, chaque année, le 21 octobre, jour de la fête de sainte Ursule, Messieurs du chapitre de Montbrison se rendissent en procession solennelle dans l'église du deuxième couvent pour y célébrer une grand 'messe. Cet usage, destiné sans doute, dans le principe, à attirer les fidèles dans la nouvelle église, était mis en oubli. M. Louis Caze, prêtre et chanoine de Notre-Dame de Montbrison, rétablit cette obligation au chapitre, et lui fit don à cet effet d'une rente

LB9 tmSULINBS. 157

annuelle et perpétuelle de 7 livres qui lui était due par les Dames du second couvent.

Enfin ^ le 1* octobre 1748, frère Laurent Marconnier, chanoine régulier de Saint-Augustin (ordre de la Sainte-Trinrté de la rédemption des captifs), accorda aux religieuses du second couvent la participation à toutes les indulgences attachées à 'son ordre. Cette faveur fut concédée à la demande de Mad*" Jeanne Marie Morel (sœur Sainte-Madeleine) , supérieure.

Toutes ces faveurs spirituelles ne purent venir à bout de réveiller Tesprit religieux qui commexiçait^ à s'éteindre dans les familles. Les novices devenaient rares; la bonne harmonie ne régnait pas toujours entre les deux couvents ; une contestation surgit entre eux, qui se termina par un traité signé devant M^ Pierre Thoinet, notaire à Montbrison, le 5 juin 1690; par ce traité, les religieuses du premier couvent re^ noncèrent au droit qu'elles avaient d'envoyer des sujets dans le second, jusqu'à concurrence de huit religieuses qu'elles avaient fournies lors de sa fonda<* tion en 1651. De leur côté, les religieuses du second couvent abandonnèrent, sans trop de regrets sans doute, le droit qu'elles avaient de choisir leur supérieure dans le premier couvent.

Ces tiraillements devaient un peu compromettre la prospérité du couvent. De son côté, l'Etat, obéré par les folles dépenses de Louis XIV, usait de tous les moyens pour remplir ses coffres vides. Une déclaration du roi, du 5 juillet 1689^ imposa aux gens de main-morte d63 droits d'amortissement sur toutes les

acquisitions faites depuis l'année 1600. Ces droits très-élevés étaient le sixième, le cinquième et même le tiers du prix de l'acquisition, selon que le bien vendu était roturier, franc-alleu ou franc-alleu noble. . Ainsi^ le 9 décembre 1690, le second couvent eut à payer pour ses acquisitions remontant à 1646 et arrivant à 15,285 livres, la somme, énorme relativement, de 3,552 livres, et cela, outre les charges annuelles de lods, mi-lods, décimes, capitations, subventions et autres charges ecclésiatiques ou diocésaines, arrivant, en moyenne, à 3 ou 400 livres par an.

Comme preuve de la situation précaire du second couvent, nous transcrivons ici le budget des recettes et dépenses de cet établissement en 1726. Cette pièce est signée par M"* Louise Puy (sœur Sainte- Agathe), supérieure, Catherine de Vaugirard (sœur Sainte- Agnès), Anne Riv^ (sœur Sainte-Madeleine), Nicole de Chassagny (sœur Sainte-Thérèse), Marie-Elisabeth Thoinet, Jeanne-Dorothée Gaulne, Catherine Puy (sœur Sainte-Serenne), Jeanne de Grivel (sœur Sainte- Claire), Hélène Brun (sœur Sainte-Croix) , Jeanne de la Mure (sœur Sainte-Reine).

RECETTES

Terres (autrefois vignes), situées à Saint-Rambert, affermées annuellement, suivant bail sous seing privé du 15 juillet 1724 601iv.

Une dîme annuelle qui se perçoit à

A reporter 601iv,

LBS URSUUNBS. 159

Report eOliv.

Sauvain^ (la dime de la Roue) affermée. 70

Un domaine appelé Vizelle^ situé à Saint-Paul-d'Uzore, non affermé, d'un revenu de • . . . 400

Un clos de vigne, de quinze journalées, que les religieuses font cultiver elle-mêmes, produisant net 280

Une vigne de quatre journalées avec un petit bâtiment, situé au territoire de Royat, produit net 70

Petit enclos de six métérées avec un petit bâtiment en dehors et à coté du clos du couvent, loué 20

Rentes perpétuelles sur les tailles de cette province au denier cinquante, au capital de 31,950 livres 639

(Les arrérages de quatre ans en étaient dûs par le trésor le 1*' janvier 1722.)

Rentes foncières sur particuliers au capital de 314,740 livres, produisant suivant les réductions 1454

Produit des aumônes • d

Produit du travail manuel des religieuses »

Pension des élèves au nombre de 4 ou 5, à raison de 10 livres par mois. . . . 500

3493 liv.

160 LBS GOirVBlfTS DB lfOin*BRISON.

DÉPENSES. '

Réparations annuelles 1901iv.

(outre une réparation urgente à faire de 850 livres).

Lods et mi-lods, environ. ....... 150

Un homme vivant et mourant (impôt établi en remplacement des droits payés au décès de chaque père de famille).. . 50

Décime, capitation, subventions et autres charges diocésaines et ecclésiastiques 127

Rente perpétuelle due au chapitre de

Montbrison 3 16 s.*

Entretien de 35 religieuses, novices ou converses, à 100 liv. pour chacune. . 3500

Habillement de la communauté, déduction faite du travail particulier. . . . 150

Entretien de la sacristie 120

A l'aumônier qui dit la messe. ... 150

Au confesseur 60

. Honoraires 30

Remèdes 100

Nourriture et gages d'un valet. . . . 150 Nourriture et gages d'une servante.. 120 Bois de fagots et charbon 400

Au secrétaire 100

Total de la dépense 5400 1. 16s.

LES UBSULINBS. 161

La dépense excédait donc chaque année la recette d'environ 1^900 livres. Si Ton ajoute à ce déficit les dettes anciennes qui arrivaient en cette année (1726) à 6,000 livres, on verra qu'une pareille administration marchait à sa ruine et que ce couvent ne pouvait se maintenir -longtemps.

Il est vrai qu'à la suite du budget que nous venons de transcrire, les Ursulines ont ajouté l'annotation suivante : <t Pour combler le déficit annuel, les reli- « gieuses reçoivent, presqiLe totcs les qiuitre anSj « une novice à la profession, dont la dot se con-* « somme dans l'entretien et la subsistance de la . c communauté et au payement des charges, d Cette observation ne prouve qu'une chose : ou que les Ursulines étaient peu habiles en calcul, ou plutôt que^ pareilles aux gens qui se ruinent, elles se faisaient illusion; car il était difficile de combler, avec une dot de 3,300 livres^ reçue tous les quatre ans, un déficit suinuel de 1,900 livres.

Une nouvelle preuve de l'état de gêne où étaient réduites les Ursulines du second couvent, c'est qu'en 1722, n'ayant pu payer une taxe ecclésiastique de 1,057 livres qu'elles devaient au clergé de Lyon, elles virent tous les revenus de leur couvent saisis par les huissiers.

Cette mauvaise situation fut subitement aggravée par un grand incendie qui consuma, en 1738, la plus grande partie des bâtiments du second couvent. Les parties que l'on put sauver se trouvèrent tellement endommagées qu'on dut les abattre et reconstruire

le couvent dans son entier. Pour subvenir à cette grande dépense, on fit des emprunts, notamment à M. Fialin, curé de Saint-Georges-de-Baroille, arrièregrand-oncle du duc de Persigny^ qui prêta 3,000 liv. . Ces nouveaux emprunts s'élevèrent à 12,000 livres, somme importante pour l'époque. Aussi le couvent sortit glorieusement de ses ruines et se montra plus grand et plus commode que l'ancien. Un cahier des charges, dressé en 1751 pour la vente de ce couvent, contient les détails suivants : « Les immeubles à oc vendre consistent en un clos de murs, renfermant « deux cours séparées par un grand grenier, sous « lequel sont un bûcher et un tenailler (1); au rez- « de-chaussée, un corps de logis en pierres, formant ce trois façades, composé d'une chapelle, un chœur, a une petite sacristie, un grand escalier en pierres, « une cuisine, un réfectoire très-vaste, deux pavila Ions, une boulangerie et deux parloirs; deux étages ce au-dessus, comprenant deux chambres, quatre pe- « •tites infirmeries, des dortoirs et greniers à linges; ce enfin, huit journalées de vignes, un jardin d'encc viron neuf métérées ou trois arpents; le tout ena fermé dans ladite clôturé, situé près et hors la « porte de Montbrison appelée porte de la Croix, ce paroisse de la Madeleine, joignant aux fossés de la ce ville de matin, la rue tendant de ladite porte au « faubourg de la Croix de nord. »

C'était bien la peine de construire un si beau local

(I) Gavage, lieu où Ton renferme les cuves ou Unes,

LBS URSUUNBS. 163

pour une communauté qui allait être supprimée. En effets le 5 mars 1751^ le cardinal de Tencin^ arche* vêque de Lyon, rendit un décret portant suppression du deuxième couvent, vente des bâtiments et réunion de ses autres biens à ceux du premier.

Autant le XVir siècle avait été le propagateur des couvents, autant le siècle suivant se montra porté à leur suppression. Le clergé séculier lui-même, soit qu'il redouta Tinfluence du clergé régulier, qui depuis deux cents ans avait pris une si grande extension, soit que pénétré des idées du siècle, il eût compris que toutes ces communautés d'hommes et de femmes avaient fait leur temps, prit lui-même l'initiative pour en supprimer plusieurs. Ainsi l'archevêque de Lyon avait organisé, sous le nom de bureau des réunions, et sous sa surveillance, une caisse composée d'un prélèvement sur les revenus ecclésiastiques, pour fournir à la nourriture et à l'entretien des religieux et religieuses dont les communautés étaient supprimées.

Au reste, le décret du cardinal ne mentionne pas d'autres motifs de la suppression du deuxième couvent que l'impossiblilité où sont les Ursulines da subsister plus longtemps avec d'aussi faibles ressources. Il prescrivit de plus :

l"" De procéder à la vente des bâtiments et enclos du couvent^ d'en employer le prix à acquitter ses dettes;

2* De réunir les autres immeubles et rentçs au premier couvent. Comme condition de cette réunion,

164 LBS COUVENTS DE HONTBRISON.

le premier couvent fut astreint : 1^ à payera chacune des religieuses de chœur du couvent supprimé une pension viagère de 310 livres^ à chacune des sœurs converses 200 livres et 30 livres à Toussainte Maiescot^ sœur tourière; T à acquitter toutes les messes^ fondations et autres;

3^ Enfin il laissa aux religieuses du couvent supprimé la liberté de se retirer dans un des couvents du même ordre existant encore dans le diocèse.

Le décret de l'archevêque de Lyon, approuvé par lettres-patentes du roi, du mois de mars 1751, enregistrés au parlement le 19 août de la même année, ne parait avoir soulevé aucune opposition dans la ville. Aussi reçut-il son exécution pleine et entière. Les bâtiments, mis en vente en 1752, en présence de Messire Maximilien-Jean-Baptiste Carrier, prêtre sociétaire de Tarchevêché et curé de Fourvière, économe général des communautés supprimées du diocèse de Lyon, furent achetés au prix de 12,000 livres par l'administration de l'hôpital Sainte-Anne de Montbrison, devant Bochetal, notaire à Montbrison (1).

Cet établissement hospitalier possédait alors au Bourg-Neuf de Montbrison un hospice d'infirmes situé au nopd'du couvent des Cordeliers, dont il était séparé par un mur mitoyen. Cet hospice peu important était limité au couchant par les remparts et au

(1) Une faute d'impression nous a fait dire au 1*' toI., page 245, que les bÂtiments du deuxième couvent avaient été acquis par l'hôpital Sainte-Anne ^u prix de 1,200 livres; il faut lire 12,000*

LBS UR8ULINBS. 165

levant par la rue Bourg-Neuf; il ne possédait d'ailleurs aucun jardin^ condition nécessaire à des infirmes; mais on trouva dans la vente du couvent supprimé une occasion favorable de l'agrandir à peu de frais et d'y joindre un vaste enclos.

Quant aux meubles qui garnissaient les bâtiments aliénés^ ils furent vendus aux enchères; le produit de cette vente ^ qui s'éleva à 4^032 livres 16 sols^ fut employé à payer les nombreuses petites dettes de la maison supprimée^ sauf 536 livres qui furent données au premier couvent.

Quant aux religieuses^ au nombre de douze ^ qui desservaient le second couvent à l'époque de sa suppression^ une seule^ Mad°* Françoise de Pierrefeu, sœur SainlrÂugustin^ se retira à l'hôpital Sainte Anne de Montbrison; six autres choisirent pour y finir leurs jours le couvent de Saint-Chamond ; ce furent Mesd°* Jeanne-Marie Morel (sœur Sainte-Madeleine), âgée de 68 ans, N Poncet (sœur Sainte- Hélène), âgée de 69 ans, N Poncet (sœur Sainte- Monique), âgée de 52 ans, N de Montrouge (sœur

Saint-François), âgée de 53 ans, et deux sœurs converses : Marie de la Brosse, âgée de 75 ans, et Pierrette Claveloux, âgée de 72 ans.

Leurs pensions devaient être payées par le premier couvent de Montbrison, héritier de celui qui venait d'être supprimé; mais, sur les réclamations des Ursulines de Montbrison, elles furent mises à la charge du bureau des réunions établi par les soins de l'archevêque. Les cinq autres sœurs du couvent supprimé,

Mesd"^ N du Soleil ou du Solier (sœur Saint-

Ennemond), N de Bussy (sœur Sainte-Ursule),

Françoise-Marie de Pierrefeu (sœur Sainte-Colombe) et Marie Rambaud (sœur Sainte-Euphrosine) et Marthe Dufour, toutes deux sœurs converses, se réunirent à leurs compagnes du premier couvent.

Cette dispersion des douze religieuses dans trois couvents séparés, confirme ce que nous avons dit des petites jalousies qui existaient entre les deux communautés, et nous montre que sous la guimpe de la religieuse comme sous le corset de la femme du monde, bouillonnent les haines et les rivalités.

Ainsi fut consommée la suppression du deuxième couvent des Ursulines de Montbrison. Il avait duré juste un siècle. L'hospice de la charité de Montbrison, qui lui a succédé, répondait mieux aux besoins de la population, et a rendu certainement plus de services que n'en aurait pu rendre cette seconde maison d'éducation.

Après la réunion des deux couvents en un seul, le personnel des Ursulines de Montbrison arrivait à quarante-deux religieuses, neuf sœurs converses, trois tourières, un aumônier et deux valets. Quant aux revenus du grand couvent, ils furent accrus d'environ 700 livres au plus, ainsi que l'établit un état de situation dressé après la réunion et que nous transcrivons ici.

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