‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 23 sur 69 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Fondation des UnoUnas de Saint-EtLenne on 1635, — do Saint-Bonnet-le- GhAteau en 1625 , — de Salnt-Galmier en 1651. — Suppression des Ursulines de Saint-Galmler en 1780. — Réunion de leurs biens eu couvent de Saint- Bonnet et à rhdpltal de Salnt-Galmier. — Fondation des Ursulines de Sainte Symphorien-Ie-ChAteau en 1635, — de Feurs en 1689. — Suppression des Ursulines de Feurs en 1712. — Réunion de leurs biens A l'hôpital de Feurs et anz Ursulines de Montbiison en 1713.

Tandis que les chapitres nobles des^Dames de Bonlieu, Leignieu, Joursey et Largentière avaient peine a recruter leurs membres dans les rangs d'une*ancienne noblesse qui s'éclaircissaient chaque jour, l'ordre des Ursulines, qui trouvait un aliment dans toutes les classes de la société, prenait au contraire une force nouvelle. Les ordres religieux contemplatifs ou mendiants semblaient s'étioler et ne vivaient plus que d'une vie factice; les nouveaux ordres, au contraire, voués aux pauvres ou à l'enseignement, comme les Filles de Saint- Vincent, les Ursulines etles Jésuites, prenaient chaque jour une nouvelle importance. La maison centrale des Ursulines de Lyon augmentait dans de telles proportions que les religieuses, se trouvant trop nombreuses, fondèrent, en 1633^ un second monastère au quartier de Saint-Just.

La ville de Saint-Etienne voulut aussi avoir un

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couvent d'Uraulines^ et en 1636 cet établissement fut fondé sur la place qui en a conservé le nom. Les premiers sujets de cette communauté vinrent de Saint- Chamond; Facte de fondation est du 7 octobre 1635^ passé devant Ravachol, notaire. Un des principaux fondateurs fut Jean Métare^ riche marchand de Saint- Etienne^ qui donna un capital de 11^000 livres^ à la charge de recevoir à perpétuité, pour religieuse, une fille de ses héritiers ou successeurs. Nous ne connaissons dans Saint-Etienne aucun rejeton de cette famille Métare. Le fondateur et la fondation, tout a disparu.

La petite ville de Saint-Bonnet-le-Château possédait, comme nous l'avons dit au commencement de cette notice, un couvent d'Ursulines bâti, en 1625, sur l'emplacement et avec les débris de l'ancien château des seigneurs de Saint-Bonnet.

Bien que plus anciennes de quelques années, les Ursulines de Saint-Bonnet regardaient le couvent de Montbrison comme une maison-mère, et lui mon-traient une espèce de dépendance.

Cette maison de Saint-Bonnet parait avoir assez bien prospéré, quoique le nombre de ses religieuses n'ait jamais dépassé celui de neuf ou dix. Le catalogue des sœurs décédées, ou obituaire, tenu très-régulièrement depuis l'année 1626 jusqu'en 1806, accuse 147 décès. Ce nombre, divisé par celui des années pendant lesquelles a vécu ce couvent, donne en effet une moyenne de huit religieuses Y« pw an.

Cependant nous sommes portés à croire qu'elles

fournirent^ en 1651^ les premiers sujets qui vinrent fonder le couvent de Saint-Galmier dont nous parlerons bientôt.

La communauté de Saint-Bonnet avait été fondée par Mad™ Françoise de Bermond^ qui en fut aussi la première supérieure; elle avait été, en 1594, fondatrice à Avignon du premier couvent d'Ursulines établi en France. L'obituaire du couvent de Saint-Bonnet nous apprend que son décès arriva le 1 1 février 1628.

Mad°^ de Bermond appartenait à une ancienne famille de Provence, qui avait le titre de comte d' Anduse, et qui se fixa à Sisteron , lorsqu'un de ses membres, fut élu évêque de cette ville le 2 novembre 1 174. Borel d'Hauterive, dans VAnntuiire de la Noblesse, dit que Mad"" Françoise de Bermond était fille de Pierre de Bermond, trésorier de France en la généralité de Provence, et de Pierrette de Marsillon; il reconnaît, comme nous, qu'elle fut la fondatrice des Ursulines en France, en établissant à Avignon, en 1594, le premier couvent de cet ordre, mais il dit qu'elle mourut le 2 janvier 1641.

Par quelle suite de circonstances cette dame, dont la famille parait complètement étrangère à notre province, est-elle venu fonder une communauté dans une petite ville perdue dans les hautes montagnes du Forez? comment est-elle venue y mourir supérieure, si loin d'Avignon, alors ville très-importante, où elle avait laissé le souvenir de la fondation qu'elle venait d'y faire? Il y a là tout un mystère que nous ne découvrirons sans doute jamais,

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Une circonstance aussi imprévue que celle qui avait amené dans notre province Mad™ Françoise de Bermond y ramena^ à plus de deux siècles d'intervalle^ un de ses petits-neveux^ M. de Bermond-Légrîne, commandant de la garde royale en 1830. Il avait été licencié à la révolution de juillet. Fidèle aux vieux souvenirs de la légitimité^ il fut impliqué dans un procès resté célèbre sous le nom de CarU)- Alberto, qui eut lieu devant le jury du département de la Loire^ en 1833. Ce procès fut dirigé contre un groupe de légitimistes accusés d'une tentative de restauration du fils de la duchesse de Berry sous le nom d'Henri V. M. de Bermond et tous ses coaccusés, MM. de Sainlr- Priest, de Kergorlay, de Mesnard, de Bourmont, de CandoUe, de Lachau et autres, furent acquittés par la Cour d'assises de la Loire.

Mad™ Françoise de Bermond*, supérieure des Ursulines de Saint-Bonnet-le<!!hâteau, était venue dans le Forez comme pour y affirmer sa foi religieuse; deux siècles plus tard un de ses petits-neveux y venait affirmer sa foi politique.

La supérieure dont le décès est «mentionné après Mad™ de Bermond, est Mad°" Marguerite de GrézoUes, (sœur Saint-Michel), décédée à 80 ans, le 15 janvier 1716. Quelque longue qu'ait été la vie de Mad""* de GrézoUes, il est impossible de ne pas supposer au moins une autre supérieure entre elle et Mad"* de Bermond, décédée en 1628. Toutefois le catalogue n'en fait pas mention, soit par oubli, soit (ce qui semblerait plus e^traordiqaire) parce que cette

Bupérieure serait décédée hors de sa communauté. Quoi qu'il en soit, nous tiendrons Mad"" de GrézoUes pour troisième supérieure, au moins, des Ursulines de Saint-Bonnet.

Elle fut remplacée par Mad"' Marie-Nicole de Renaison (sœur Sainte-Hélène), décédée à 47 ans, le 17 décembre 1746.

Après le décès de cette quatrième supérieure, le catalogue mentionne celui de Mère Marie-Anne de Fornier (sœur du Saint-Esprit), décédée le 2 janvier 1747, à l'âge de 78 ans. La qualification de Mère, donnée à Mad™ de Fornier, lorsque les autres religieuses, professes ou converses, sont toujours appelées Sœurs y nous porte à croire que Mad"' de Fornier était peut-être une ancienne supérieure, que son grand â^ ou ses infirmités avaient porté à résigner ses fonctions.

Après Mad"* de Renaîson , la dignité de supérieure fut donnée à Mad™ Claudine du Rosier (sœur Sainte- Colombe). Elle mourut le 9 février 1780, à Tâge de 84 ans, après avoir rempli pendant 34 années ses fonctions de supérieure.

C'est pendant cette période que nous trouvons sur le catalogué qui nous a fourni ces renseignements le le plus grand nombre de décès; ce qui laisse supposer que cette période fut aussi celle où cette communauté fut la plus florissante et son personnel le plus nombreux.

Mad™ du Rosier eut pour successeur Mad°* Rose Boyer (sœur des Anges), décédée le 15 novembre 1796, à 68 ans.

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C'est au commencement de Tadministration de Mad"* Boyer que les Ursulines de Saint-Bonnet héritèrent, en 1780, des grands biens des Ursulines de Saint-Galmier, par la suppression qui fut faite de ce couvent, comme nous le dirons bientôt.

Mad"* Rose Boyer fut remplacée par Mad°* Catherine Boyer, sa sœur peut-être, en religion sœur Saint-Basile. Cette dernière mourut le 31 janvier 1801, âgée de 75 ans.

MM°*** Rose et Catherine Boyer, toutes deux originaires de Saint-Bonnet-le-Château, après la vente, en 1792, des biens de leur couvent et la suppression de leur communauté, s'étaient retirées dans leur famille; mais à la fin de la terreur, dès 1794, elles réunirent autoiœ d'elles les restes de l'ancien troupeau, et, secondées par Mad"** Jeanne-Marie d'Assier, en religion sœur Saint- Joseph , dont la famille vivait au hameau de Valenches, près de Saint-Bonnet-le-Château, elles firent de longs et inutiles efforts pour reconstituer leur ancienne communauté. Leur couvent avait été affecté au service de l'hôpital (qui l'occupe encore).

Parmi leurs autres propriétés figurait un beau domaine situé à Cuzieu, qui fut acquis en 1792 par M. de Poncins, au prix de 56,000 livres. (Il leur venait, sans doute de la succession des Ursulines de Saint-Galmier.)

Vers 1800, elles achetèrent de M. de Chomelix une grande maison, place Suchet, et y vécurent au nombre de six à sept, sous la règle de leur ordre.

Aucun sujet jeune et nouveau ne vint fortifier cette

118 LES COUVENTS DE MONTBRtSON.

association et apporter un peu de vie dans cette corporation qui allait s'éteindre.

La mort de Mad"°* d'Assier arrivée le 14 novembre 1796, celle de Mad"* Boyer arrivée en 1801, portèrent les premiers coups à ce semblant de communauté. Dès l'année 1806, elles étaient réduites au nombre de cinq : MMesd""~ Madeleine Franchet, Madeleine CJolomb, Maisonneuve (sœur Saint-Pierre), Meynis (sœur Sainte-Ursule) et Jeanne-Marie Duthel, sœur converse. Un peu de jansénisme les mit à l'index à l'égard du clergé; et, soit par ce moif , soit par tout autre qui nous est inconnu, elles dénouèrent librement le faible lien qui les unissait encore.

Mad°* Franchet se retira chez les religieuses de Pradines où elle mourut le 29 décembre 1820,

Mad°' Colomb se retira auprès de sa sœur à Mont-

brison, elle y mourut en 1825. Ces dames tenaient

une école de jeunes filles dont le souvenir est mêlé à celui de ma sœur que je perdis à cette époque.

Enfin, Jeanne-Marie Duthel finit ses jours à Thos* pice de Saint-Bonnet-le-Château, âgée de 72 ans, le 6 mars 1827.

On a vu par la liste que nous avons donnée des supérieures de cette communauté que les meilleures familles du Forez, à cette époque, y envoyaient leurs filles. Dans le personnel, nous retrouvons encore les noms de Mesd"*" de Vinolz d'Aboin en 1630 et en 1697, du Besset de Contenson en 1639, de Chalencon de Saint-Pal en 1650, d'Aurelle de Montarcher en 1657, de Rostaing en 1679, du Verdier de Valprivas

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en 1708 et en 1733, d'Apinac en 1726. De plus, les familles Henrys, Boyer, Meaudre, Verchère, Groseil- 1er de Chénereilles, Moissonnier, Bouchetal, Rony, toutes représentées alors à Saint-Bonnet-le-Château ou aux environs, y déversaient le trop plein de leurs maisons et alimentaient presqu'à elles seules le personnel de cette petite communauté (1).

C'est peut-être le voisinage du couvent de Saint- Bonnet et l'influence de Mad°'*' de Bermond qui amenèrent à Montbrison la fondation d'une communauté du même ordre en 1628.

Un couvent d'Ursulines fut établi à Saint-Galmier le 4 juillet 1651, à la demande des habitants, sans le secours d'aucun fondateur ni protecteur.

Nous croyons que les premiers sujets qui vinrent fonder cette communauté furent détachés de celle de Saint-Bonnet-le^hâteau. Ce qui nous porte à cette croyance, c'est qu'en 1780, lorsque l'archevêque de Lyon supprima le couvent de Saint-Galmier, il réunit la plus grande partie de ses biens aux Ursulines de Saint-Bonnet (2).

(1) Nous deyooB ces renseignements sur les Ursulines de Saint-Bonnet-le- Château à M. Eugène Bubet, notaire à Saint-Etienne, qui nous a donné une copie faite en 1806 du catalogue des décès des religieuses de Saint-Bonnet.-» Voir sur la même communauté les archives du département de la Loire, série 9, liasse 249.

(2) Le GalUa ChrUtiana (t. 4, p. 195] dit que les Ursulines de Saint-Oalmier et de Montbrison furent fondées vers 1650. Il y a là une erreur pour les Ursulines de Montbrison, à moins que le GaUia ait voulu parler du deuuème couvent des Ursulines de Montbrison qui fut en effet fondé en 1651 . — Le même ouvrage dit aussi que les Frères Mineurs de Saint-Galmier fureilt fondés le 22 octobre 1630. Cette date précise semble porter plus de certitude. (Voir ce que nous avons dit des Cordelière de Saint-Galmier, t. 1, p. 267.)

La maison des Ursulines de SaintHGalniier qui existe encore, est occupée de nos jours par Tbôpital; elle fut construite par les religieuses dans Fintàieur des remparts au sud-ouest de la ville, sur un teRain pentueux. Elle se composait de deux corps de bâtiments réimis en équerre; les façades, tournées au midi et au couchant, étaient ornées d'une large galerie dont les colonnes légères et nombreuses supportent les arceaux à plein cintre. Ces galeries tenaient lieu de doitre; abritées contre les vents du nord , elles formaient un proiTi^/zoïr agréable, d'où la vue s'étendait sur la belle plaine qui se déroule au pied de Saint- Galmier comme un riche tapis de verdure jusqu'aux bords de la Loire, et n'a d'autres limites que les montagnes lointaines de l'Auvei^e et du Vday.

De beaux jardins en terrasse complétaient ce couvent et en feûsaient un des plus agréables de la pro» vince.

Dans la chapelle on admire encore une statue en bois de la Vierge- Assomption, et surtout un beau rétable en bois sculpté dont Tomementation pleine de goût est encadrée par d'élégantes colonnes torses autour desquelles serpente un riche feuillage de vignes.

La première supérieure dont le nom nous est connu est M"* Dorothée de Sarracin.

Nous avons trouvé après elle :

MM— Catherine Garnîer en 1660,

Marguerite Pinet en 1665;

Marie-Anne Terrasson en 1727;

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Marguerite de la Roue en 1733; elle redevint su* périeure en 1763 et l'était encore en 1768, époque où les biens de ce couvent furent mis en séquestre;

Antoinette Chazel, supérieure en 1735; comme la précédente elle redevint supérieure pendant les années 1753 à 1759;

Marie de Bellegarde en 1748; elle redevint aussi supérieure en 1760;

Marie Daubarède en 1751 ;

Antoinette Chazel en 1 753 ;

Marie de Bellegarde en 1760;

Marguerite de la Roue dernière supérieure en 1 768;

Parmi les noms des religieuses qui sont arrivés jusqu'à nous, nous avons remarqué ceux de quelques-unes des bonnes familles foréziennes : Mad"^ Denise de Siguret , qui remplissait les fonctions de zélatrice en 1661, Mad°" Antoinette Gazanchon, discrète en 1674, Mad"*' Chassain, discrète en 1733, Mesd°- de Sou Vigny, zélatrice, et Louise Forissier, en 1751, Mad"' Catherine de Varan, discrète en 1763.

On remarquera dans le tableau qui précède la réélection de trois supérieures à de longs intervalles; ainsi, Mad°* de la Roue, supérieure en 1733, rem-' placée en 1735 par-Mad"*' Chazel, fut réélue en 1763;

Mad°* Chazel élue en 1735, remplacée en 1748 par Mad"*' de Bellegarde, fut réélue en 1753;

Mad°* de Bellegarde, supérieure en 1748, remplacée par Mad"*' Daubarède en 1751, fut réélue en 1760,

Dans les autres communautés de femmes dont nous avons étudié l'histoire, nous avons toujours remar- Tome 2. 9

que que la supérieure conservait cette fonction jusqu'à son décès. Il n'en fut pas ainsi pendant les dernières années de l'existence du couvent de Saint-Galmier : trois supérieures^ comme nous venons de le voir^ furent dépossédées de leur titre ^ et ne le reprirent qu'après douze, vingt et trente ans d'intervalle.

Ces réélections nous paraissent provenir d'un défaut d'harmonie et d'accord dans le personnel des religieuses. Ce personnel, divisé sans doute en deux camps, remportait tour à tour la victoire aux élections des supérieures, et portait à cette fonction un membre du parti vainqueur.

Une tradition nous a appris que dans les dernières années de leur existence les Ursulines de Saint-Gai* mier avaient épousé avec passion les idées jansénistes. Ces idées, qui n'étaient pas sans doute celles de toutes les Sœurs, durent produire les conflits dctat nous croyons avoir la preuve dans la réélection des mêmes supérieures à de longues années de distance; ces idées jansénistes ont encore des représentants à Saint- Galmier et siu*tout à Saint-Médard, village situé dans le voisinage.

Ces idées jansénistes, les conflits qu'elles produisaient dans la communauté, durent amener, selon nous, le séquestre de tous les biens des Ursulines, et plus tard la suppression de ce couvent.

Nous ne pouvons attribuer ce séquestre à un défaut de ressoiu'ces, car la position financière de ce couvent était au contraire en bonne voie de prospérité. Ses revenus qui, en 1665, suivant un rapport dressé

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par Mad"* Pinet, supérieure, et certifié par le sieur Rey, administrateur temporel, arrivaient à 600 écus, s'élevèrent, suivant un autre état dressé en 1722, à 3238 livres, et dépassèrent 8000 livres en 1777, non compris les bénéfices que lui procurait l'enseignement donné aux jeunes filles.

Les religieuses de SainfrGalmier possédaient en effet à cette époque (1777), outre leur couvent et les jardins qui l'entourent, dix domaines dont voici les noms:

1"" La Conchonnière, situé à Saint-Galmier, acquis le 9 novembre 1657 du sieur Pinet, au prix de 2000 livres.

2"" Les Etangs ou Varennes, situé à Saint-Galmier, acquis le 16 avril 1666 des héritiers Barrieu.

3^ Le Chambon, même paroisse, acquis le 30 décembre 1683 du sieur Chapuis, au prix de 3000 livres.

4** La Duréry ou Durrière, acquis de Claude Pinet le 9 octobre 1660, au prix de.l900 livres.

5** Les Vorzes, situé à Chambœuf.

6^ Le Mas, situé au même lieu.

7* Richard ou de la Grande-Rue ou de la Roche, situé à Cuzieu, acquis le 26 avril 1667, moyennant 800 livres, des prêtres sociétaires de Saint-Galmier.

8"* Le Petit-Clos, situé à Cuzieu, acquis le 17 mars 1662 des héritiers Gonon, au prix de 1600 livres.

9" La Molanderie ou Juinon, situé à la Gimond-de- Saint-Héand, acquis le 5 juillet 1684 des héritiers Linet; au prix de 9666 livres.

10* Les Merles, à Gramond-de-Saint-Christophe,

acquis du sieur de Fontanès le 30 octobre 1679^ au prix de 6,600 livres.

Quelle qu'ait été la cause du séquestre mis sur les biens des Ursulines de Saint-Galmier, ce séquestre eut lieu par arrêt du Conseil rendu à Compîègne, le roi présent, le 3 août 1768; il ne fut signifié aux reli<gieuses que le 27 octobre de l'année suivante (1769). Ce décret dut soulever une forte opposition, car il s'écoula plus de dix ans entre ce décret et celui rendu en 1780 par l'archevêque de Lyon qui ordonna la suppression de ce couvent. Ce dernier décret ordon* nait aussi la réunion de tous les biens, fruits, droits et revenus du couvent aux Ursulines de Saint-Bonnetle<]!hâteau, à l'exception toutefois des bâtiments et jardins du couvent lui-même et de deux domaines (ceux de la Conchonnière et du Chambon) qui furent unis à l'hôpital de Saint-Galmier.

M. Guyot, notaire à Lyon, avait été nommé séquestre des biens des Ursulines de Saint-Galmier le 3 août 1768; après le décret de suppression, il fit dresser un inventaire de l'actif et du passif de cette communauté par M* Puy, notaire à Lyon, le 22 mars

Quelques Ursulines, après le séquestre mis sur leurs biens en 1768, continuèrent à vivre dans la communauté. Elles y étaient encore en 1771, mais en petit nombre (1).

La succession des Ursulines de Saint-Galmier at-

(i) Dictionnaire universel de France, par Robert de Hesseln.

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tribuée aux Ursulinee de Saint-Bonnetrle^^ihâteau et à l'hôpital de Saint-Galmier^ fut partagée dans la proportion d'un cinquième pour l'hôpital et de quatre cinquièmes pour le couvent de Saint-Bonnet; c'est du moins dans cette proportion que ces deux établissements contribuèrent^ en 1783^ au payement d'une dette de 2^60 livres que les religieuses de Saint- Galmier avaient contractée envers les Ursulines de Montbrison.

La réunion de la plus grande partie des biens des religieuses au couvent de Saint-Bonnet-le-Château nous porte à croire que les premières religieuses de Saint<jalmier furent une émigration du couvent de Saint-Bonnet. Il avait été ainsi fait lors de la sup** pression du deuxième couvent des Ursulines de Montbrison et de celui des Ursulines de Feurs; les biens de ces deux communautés supprimées^ en 1712 et en 1751^ comme nous le dirons bientôt^ furent réunis au couvent des Ursulines de Montbrison dont elles étaient une émanation. A Feurs ^ comme à Saint* Galmier^ les bâtiments du couvent supprimé et une partie de ses biens furent attribués à l'hôpital

Une condition avait été imposée à la donation faite à l'hôpital de Saint-Galmier^ c'était celle de payer une maîtresse d'école pour l'instruction gratuite des petites^ filles.

L'hôpital de Saint -Galmier ne s'installa pas de suite dans le couvent des Ursulines. Il eut même le projet de le vendre; en 1784 il fit apposer des affiches annonçant cette vente aux enchères. Par une raison

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qui nous est inconnue elle n'eut pas lieu. Une maison d'éducation^ sous le nom de petit séminaire^ y fut installée vers 1800.

Peu d'années après ^ les recteurs de l'hôpital de Saint-Galmier^ dont les ressources avaient été plus que doublées par la donation des deux domaines des Ursulines (celui de la Conchonnière et du Chambon)^ voulurent donner à cet établissement une extension en rapport avec ses revenus. Vers 1810 ils installèrent les divers services de leiu* hôpital dans le couvent des Ursulines. Douze lits y sont aujourd'hui affectés aux malades dans deux salles; on y a joint un asile pour douze vieillards et une école gratuite pour les petites filles pauvres. Tous ces services sont confiés aux Sœurs de Saint-Charles.

Il y a cinq à six ans qu'il a été fait aux bâtiments > sous l'administration de M. Forissier^ maire ^ de notables agrandissements dans la partie nord^ et nous avons vu avec plaisir que l'architecte avait continué dans le nouveau bâtiment la même architecture en colonnade et galerie que l'on remarque dans l'ancien. Il est à regretter que la façade sur la rue^ construite par une nouvelle administration^ ne porte aucun cachet monumental^ aucun caractère religieux.

L'hôpital de Saint-Galmier est à coup sûr un des plus anciens de la province. On en attribue la fondation à un comte de Forez qui lui donna pour premiers revenus la leyde ou impôt que prélevaient les comtes siu* les marchandises et notamment sur les grains vendus au marché de Saint-Galmier,

LES URSUUNBS. 127

Le même revenu ou leyde des marchéB de Montbrison avait été donné à Thôpital de Montbrison par le comte de Forez Guy II, le 8 juillet 1260.

Il ne nous a pas été donné de connaître la date précise de la fondation de l'hôpital de Saint-Galmier; nous savons toutefois qu'il existait en 1384; suivant un terrier signé Montana, Jean Pelaudin, hospitalier de l'hôpital de Saint-Galmier (Tiospitalaritis hospitoMs SanctinBaldorneriJ j reconnaît, le 15 avril de cette année, devoir un cens à Louis de Boclozel de Montgontier (fief près de la Côte-Sainir André), commandeur de ChazellesH3ur-Lyon, pour un fonds situé à Chambœuf •

La Mure nous apprend aussi (1) que la comtesse de Forez Anne-Dauphine était regardée comme restauratrice et bienfaitrice insigne de l'hôpital de Saint- Galmier (1415).

Les revenus de cet hôpital consistaient principale* ment^ comme nous venons de le dire, en l'impôt ou leyde prélevé sur les marchés de Saint-Galmier. En 1560 ce droit d'impôt était affermé à des tiers moyennant la redevance annuelle en faveur de l'hôpital de quatre-vingt-treize septiers de grains, dont dix-huit en froment et le surplus en seigle (le septier valaii seize boisseaux). En cette année les sieurs Levet, notaire, et Pierre Mathevet passaient quittance de cette redevance en leur qualité de recteurs et maîtres de confrérie du Saint-Esprit et VHôtelrDieu de

(1) fKitotf» te duct 4e Amrbofi et été eomtei de fortz, t. 2, p. 115.

Saint^Galmier; ce qui nous montre qu'à Saint- Qalmier^ comme en beaucoup d'autres villes de la province, il y avait une ancienne confrérie du Saint- Esprit, mais qu'elle s'était déjà fondue dans l'admi* nistration de l'hôpital.

En 1643, Mad""" de Flageac, duchesse d'Uzès, dame de Cuzieu, étant devenue dame engagiste de Saint- Galmier, réclama en cette qualité le droit de percevoir la leyde de Saint-Galmier; les habitants, convoqués en assemblée générale, s'opposèrent à cette prétention; un procès s'ensuivit, et un jugement du bailliage donna gain de cause à l'hôpital.

Nous sommes portés à croire que l'hôpital de Saint-Galmier ne recevait alors point de malades; du moins les nombreux comptes* de gestions rendus par les recteurs-receveurs ne font figurer dans leurs dépenses aucun article ayant rapport au traitement des malades. On y remarque au contraire de nombreuses distributions de grains aux indigents, un gage au médecin qui visitait les pauvres de la ville, le payement des remèdes que le chirurgien leur distribuait, le gage d'un maitre d'école pour les petits garçons. Il n'est même fait mention d'aucun ordre religieux desservant cet hôpital; et nous croyons fort qu'à Saint-Galmier le service de l'hôpital, qui consistait uniquement en quelques distributions de secours et logement de voyageurs, était fait par des séculiers.

En 1714 M. Gazan, curé de Saint-Galmier, fonda une société de dames qui prit le nom de confrérie de la Charité. Son but était d'aller à domicile quêter des

secours en nature^ de les distribuer aux pauvres et de visiter les malades.

L'année même de sa fondation, cette confrérie de la Charité fut unie à l'administration de Thôpital, et les dames qui faisaient partie de cette association furent chargées de distribuer avec leurs propres aumônes celles que donnait l'hôpital .

En juin 1749, V Hôtel-Dieu et maison de chm^ité de Saint-Galmier demanda et obtint du roi des lettrespatentes confirmant l'établissement de l'hôpital avec ses privilèges et son droit de leyde, et sa réunion à la maison de charité.

Deux expéditions de ces lettres sur parchemin, avec le sceau de l'Etat en cire verte, sont aux archives de l'hôpital.

Cet hôpital était établi autrefois dans l'enceinte même du vieux château de Saint-Galmier, au sud et au-dessous du plateau que couronne l'église, près d'une des portes qui s'appela d'abord porte de Lyon et fut plus tard nommée porte de l'hôpital.

L'établissement de cet hôpital dans le château même des comtes de Forez vient à l'appui de la tradition et des titres du XVIP siècle qui leur en attribuent la fondation. Les comtes de Forez, quand ils fondèrent au XIP siècle l'hôpital de Montbrison, l'avaient aussi établi dans l'intérieur de leur château et, ressemblance encore plus frappante, lui avaient également donné pour revenus la leyde du marché de Montbrison.

Quand les recteurs de Saint-Galmier abandon*

nèrent^ vers 1810^ le vieil hôpital des comtes pour le couvent plus convenable des Ursulines^ Tadministration municipale y installa le service de la mairie^ de la justice de paix et des écoles gratuites. Ce vieux local est de nos jours en partie démoli. En attendant l'achèvement du nouvel hôtel de ville ^ la mairie est installée dans une maison remarquable par une porte flanquée de deux élégantes colonnes et surmontée d'une inscription rappelant la parabole de celui qui voit une paille dans l'œil de son voisin et ne voit pas la poutre qui est dans le sien. Lie cartouche qui porte cette inscription est placé entre deux figures^ demibosse^ qui se regardent et dont l'une parmt se moquer de l'autre^ de celle sans doute qui voit la poutre dans l'œil du voisin.

La petite ville de SaintOalmier, célèbre par ses eaux minérales^ est encore remarquable par sa belle église^ son .hôtel de ville et de nombreuses maisons particulières que la renaissance a marquées au coin de son bon goût (1).

Revenons aux Ursulines de Montbrison. Comme un arbre vigoureux aux puissantes racines^ elles étendirent le bienfait de leur institution sur deux petites villes voisines^ en fondant des communautés de leur ordre à Saint-Symphorien-le<^hâteau et à Feurs.

(1) Tous cet reoseignemonts lar le couTent et rhôpital de Saint-Oalmier ont été poiBés dans les erchives de ces deux établiaeements.

Nous dirons quelques mots sur ces deux établissements :

Les Ursulines s'établirent à Saint-Symphorien le 16 juillet 1635^ dans la maison même où était né^ vers 1 330, le cardinal Girard , fondateur et bienfaiteur de l'église de cette ville (1). Mesd""* Madeleine Gayot (sœur des Anges), Colombe Brutel, Anne Péruchand (sœur SainteCïécile), et Marguerite Montagne, jeune novice, furent chargées de la fondation de cette communauté. Anne Péruchand, d'abord sœur laye à Montbrison, fut envoyée comme religieuse de chœur à Saint-Symphorien; elle en devint bientôt la supérieure et y décéda après avoir beaucoup travaillé à l'établissement de cette maison.

Le couvent des Ursulines de Saint-Symphorien a prospéré jusqu'en 1790; outre un bel enclos joignant aux bâtiments, il possédait alors cinq domaines, fruit de ses économies ou des dons qui lui avaient été faits. Tous ont été vendus en 1793. Un de leurs plus beaux domaines, celui de la Barcellière, commune de Chevrières, fut alors acquis par M. de Poncins, de Saînt-Cyr-les- Vignes, au prix de 40,000 livres. Revendu en détail, il compose à lui seul aujourd'hui un petit hameau.

Vers 1806, deux des anciennes religieuses: Mesd"" Jeanne-Marie Buffet (sœur Saint-Benoît) et Catherine Ruyton (sœur Sainte- Angèle) ont racheté les bâti-

Ci ) Notice KUtorique et etaUetique du canton de Saifil-5j/mphorî0ii-le-(Mtemi, par Gocbard, p. 85.

132 LES COUVEm'S db montbrison.

ments^ les ont meublé et y ont élevé un nouveau pen8ionnat'(l).

Quant à la succursale que les Ursulines de Montbrison vinrent fonder à Feurs en 1639, elle n'a ni prospéré ni duré longtemps.

Nous rapporterons ici une partie de ce que nous avons écrit sur les Ursulines de Feurs dans notre notice sur Thôpital de cette ville, publiée en 1858 (p. 29).

oc Une grande peste avait ravagé la ville de Feurs oc en 1629 et 1630; François Jacquelin, bourgeois de oc cette ville, en avait été atteint. Pendant sa maladie, « il avait fait vœu d'édifier à Salvizinet, sous Tinvooc cation de Saint-Roch, une chapelle où il voulait a être enterré. Mais n'ayant doté cette chapelle que a d'une pension annuelle de vingt sous, il n'avait pu ce être autorisé à la faire construire. Cependant le 3 oc mars 1639, par acte reçu Benoit Jacquemetton, « notaire à Feurs, son fils, Jean Jacquelin, receveur a dos droits au grenier à sel de cette ville et contrôoc leur de la maison de Monseigneur le duc d'Orléans, oc voulant seconder les pieux desseins de son père oc et C07isidérant qvs Vun des plus puissants oc moyens pour augmenter la piété et la dévotion oc consiste dans l'instruction de la jeunesse j noa tamment des filles ^ et que les religieuses de oc Sainte^Ursule , vivant sou^ la règle de saint

(1) iVottœ hiêiori<(Uê tt êiaiiâtUpM dik conton de Satnt-Symphorien-Ie-CMteatt; par Gocbard, p. 85.

« Augustin, en font une profession particulière, « fit donation aux Ursulines de Montbrison de la « maison d'habitation qu'il possédait dans la ville de « Feurs au bourg de l'hôpital, consistant en maison, « cave, colombier, tour, étables, grange, puits et « jardin, joignant au levant les terres du seigneur « marquis du Palais, au couchant la rue publique « appelée de l'Hôpital tendant à la rivière de l'Oise, « au midi une rue ou chemin tendant au Rosier. »

Cette donation fut faite sous les conditions suivantes : !• que les Dames religieuses seront tenues d'habiter dans la susdite maison, y établiront un couvent de religieuses et y feront gratuitement l'école aux filles de Feurs ; 2' que le donateur aura pouvoir de faire construire une chapelle dans l'église que les Dames feront faire, et ce du côté de l'autel, où il lui sera loisible de faire transporter les ossements de son père dans le tombeau que le donateur fera construire pour y être enterré lui et ses descendants tant de l'un que de l'autre sexe; 3** que les Dames religieuses seront tenues de recevoir dans le couvent qu'elles établiront audit lieu deux filles du donateur, pour une fois, et leur donner l'habit de religieuse lorsqu'elles seront d'âge, sans pour ce demander ni prétendre aucune chose.

Les premières religieuses envoyées à Feurs à l'époque de la fondation furent : Mesd"*" Jeanne Relègue, sœur de la Croix, supérieure; Antoinette Carrier, sœur de la Transfiguration, assistante; Aimée de Pierrefeu, sœur des Archanges; Antoinette Jaoque-

134 LBS GOUVENTS DB MONTBRISON.

lin^ sœur de la Trinité (sœur du fondateur); Marie Faure, sœur des Anges; Marguerite Faure, sœur des Vierges, et Marie Durdilly, sœur de l'Incarnation. Pour subvenir aux premiers frais de leur installation, la maison-mère de- Montbrison prit une délibération le 15 avril 1639, et, sur les propositions de M. de Simianne, prieur et seigneur de Saint- Rambert, révérend père directeur des Ursulines, il leur fut alloué une somme de 900 livres et les ameublements nécessaires, plus 600 livres annuellement pendant quatre ans, pour l'entretien des six religieuses; on leur fit une avance de 1,500 livres à titre de prêt, sans intérêts, pour autant de temps qu'il sera nécessaire, et enfin on leur céda deux novices sur le point de faire leur profession de foi, lesquelles porteront leur dot qui était de 2,000 livres pour chacune.

Cette petite colonie, accompagnée d'un révérend Père de l'Oratoire de Montbrison, Pierre Valézy, leur aumônier, arriva à Feurs le 26 octobre 1639, et fut solennellement installée par M. de Simianne dans la maison qui lui était destinée.

Nous avons peu de détails sur l'existence des Ursulines'de Feurs et sur les services qu'elles durent rendre à la population. A peine le nom de quelquesunes des religieuses est-il arrivé jusqu'à nous : le 7 janvier 1640, profession de foi de Françoise Thomas de Feurs, qui légua à ses compagnes une maison et un jardin contigus à la communauté; 20 juillet de la même année, autre profession de foi de Marie Chanet qui apporta une dot de 1,500 livres. Elle était fille de

LBS URSUUNES. 135

Messire Jean^ capitaine^^hâtelain de Chambéon et Marclop, et de feu Françoise Thénot. En 1668, cette communauté était sous la direction de Mesdames Charlotte Quacatrisson , supérieure, et Anne Jacquemetton, dépositaire. Nous lisons les noms, de 1679 à 1682, de Mesdames Flachères, supérieure, et Anne Relègue, zélatrice. Nous savons de plus que cette • communauté avait d'abord assez bien prospéré pour qu'il lui fut possible d'acquérir, j^ar acte reçu Jacquemetton, notaire à Peurs, le 23 mars 1646, de M. Jean Boiron, avocat- au parlement, demeurant à Feurs, et dame Simonne deja Rivière, sa femme, un domaine situé à Bigny, paroisse de Feurs, appelé Chez-Minet, au prix de 14,000 livres tournois et 300 livres pour épingles.

La bonne intelligence ne régna pas longtemps entre les Ursulines de Feurs et celles de Montbrison; la maison-mère, qui avait envoyé huit religieuses pour fonder la maison de Feurs, prétendait conserver le droit d'y envoyer des religieuses de sa communauté pour compléter ce nombre à mesure de vacances; celle de Feurs, au contraire, préférait recevoir des novices qui plus tard y faisaient leur profession et y apportaient leur dot. Pour mettre fin à cette contestation, un traité intervint le 30 juillet 1646, devant D'huguet, notaire à Feurs, par lequel les Ursulines de Montbrison renoncèrent à tous leurs droits, sauf à celui de remplacer, au fur et à mesure de décès, les quatre religieuses qui existaient encore de celles qui avaient été envoyées lors de la fondation du couvent de Feurs.

Cette transaction, toute avantageuse qu'elle était pour les Ursulines de Peurs, ne rendit pas cet établissement prospère; en 1656, il était arrivé au contraire à un tel état de gêne que Tarchevêque de Lyon dut s'en occuper et chercher un moyen de prévenir la dissolution de cette communauté; il n'en trouva pas de plus efficace que d'inviter les parents des religieuses qui composaient la maison de Feurs à leur fournir une pension alimentaire de 75 livres par an, et, en cas de refus, il ordonna de leur renvoyer leurs filles.

Quelques parents sans doute se soumirent à cette prescription, mais pas tous. Aussi la supérieure, pour se conformer aux ordres de l'archevêque, renvoya dans leur famille Mesdames Denise et Gabrielle Jacquclin, filles de Jean le fondateur de la communauté. Ces deux religieuses avaient été reçues sans dot, en vertu d'une clause expresse stipulée dans la donation faite par Jean Jacquelin leur père, le 3 mars 1639. Elles durent se retirer chez M. Benoit Jacquelin, leur frère, avocat en parlement, demeurant à Feurs; la violation d'une clause aussi précise de l'acte de fondation indigna M. Jacquelin. Il intenta un procès aux Ursulines de Feurs, devant le bailliage du Montbrison, et le perdit. Confiant en son droit, il se pourvut en appel; mais sur les sages avis de noble Jean- François Pupier, conseiller, procureur du roi au bailliage de Montbrison, et ami commun, il intervint une transaction, devant Jacquemetton , notaire à Feurs, par laquelle les deux sœurs Jacquelin renon-

LES URSULINBS. 137

cèrent au droit qu'elles avaient d'être logées et nourries dans la communauté^ sous la condition d'une pension annuelle de 80 livres que les Ursulines de Feurs s'engagèrent à payer, chaque année, à Mesdames Denise et Gabrielle Jacquelin jusqu'à leur décès.

Cette transaction mit un terme à un procès quelque peu scandaleux et qui parait avoir passionné la population , soit à cause de la matière qui intérœsait la communauté des habitants, soit à cause de la famille Jacquelin qui était une des plus considérables de cette époque, soit enfin à cause de la réputation d'habile avocat dont M. Benoit Jacquelin jouissait au bailliage de Montbrison (Claude Henrys fait son éloge) .

Je ne sais si la pension annuelle de 75 livres, faite par les parents aux religieuses de Feurs, leur fut d'un puissant secours, ou si quelque donation restée inconnue fut faite en leur faveur, mais nous voyons par un acte reçu Dufour, notaire à Néronde, le 23 juillet 1698, que les Ursulines de Feurs acquirent de Germain Villardon un domaine appelé Chalancon ou Bucin, situé sur les communes de Feurs et de Salten-Donzy. L'année suivante, les religieuses de la Bénissons-Dieu, qui étaient encore en possession de la , riche terre de Bigny, firent abandon, par bail emphytéotique perpétuel, aux Ursulines de Feurs, d'un vaste pâturage qu'elles possédaient sur la rive gauche de la Loire, compris aujourd'hui entre le fleuve et le château de Bigny. Cette grande surface n'était, il est Tome 2. 10

vrai^ à cette époque^ qu'un maigre pâturage ensablé et raviné par une grande inondation de la Loire qui avait eu lieu vers 1660; mais il était attenant au domaine Minet que les Ursulines avaient acquis de Tavocat Boiron en 1646. Cet abandon eut lieu devant M* Dupuy^ notaire, le 26 octobre 1697, moyennant la faible redevance annuelle de cinq mesures de froment et un capital de 130 livres. Les Ursulines de Feurs réunirent ces vastes pâturages à leur domaine, mais elles n'y firent aucune amélioration. Ils étaient encore dans le même état en 1741, quand les Ursulines de Montbrison, héritières de celles de Feurs, comme nous le verrons bientôt, en firent l'objet d'un échange contre un petit jardin que M. Henry Thoinet de Bigny possédait à Montbrison auprès du Calvaire, joignant les jardins des Ursulines, et un capital de 400 livres. Â peine en possession de ces pâturages, M. Thoinet y fit faire de grands travaux de défoncement et de nivellement et leur rendit leur ancienne fertilité. Il y planta, vers 1772, ces belles allées d'ormeaux qui font encore notre admiration. Ces améliorations intelligentes excitèrent la jalousie des Ursulines et firent naître des regrets au sujet de l'échange de 1741 ; aussi, en 1780, elles demandèrent la nullité de cet échange. Un procès fut entamé avec M. Jacques Thoinet de Bigny, fils d'Henry, écuyer et chevalier de Saint- Louis. En 1783, l'échange fut annulé pour une partie : les belles terres qui s'étendent au nord de la route de Bordeaux, entre la Loire et le château de Bigny, restèrent, pour la plus grande partie, à M. Thoinet, le surplus fit retour aux Ursulines.

LBS URSULINES. 139

L'acqujfiition du domaine Bucin que venaient de faire les Ursulines de Feurs en 1698 nous permet de croire que cette communauté était dans un état assez prospère, et rien à cette époque ne semblait faire prévoir sa suppression prochaine; c'est pourtant ce qui eut lieu. Toutefois, dès l'année 1646, par acte passé devant M* Benoit Jacquemetton , notaire à Feurs*, elles contractaient une dette de 140 livres envers Messires Jean-François Du Guet, Antoine Porte, Jean Rigaud, Aymé Papin, Jean Lapra et Jean Périer, curé et prêtres sociétaires de l'église de Feurs. Le couvent des Ursulines était alors représenté par Mesdames Charlotte Carcatrisson de la Chassagne, supérieure, Marie- Anne Relègue, assistante, Antoinette Jacquelin, zélatrice, et Claudine Mauverney, dépositaire.

Une certaine rivalité et par suite une vive mésintelligence avaient toujours existé entre les Ursulines de Montbrison et celles de Feurs; nous avons même vu que ces dernières refusaient de recevoir les sujets que la maison-mère voulait leur envoyer, et qu'un traité intervint entr'elles à ce sujet en 1646. Mesdames de Pierrefeu et Durdilly, qui avaient été envoyées à Feurs lors de la fondation du couvent, n'avaient pu y vivre en bonne intelligence avec leurs nouvelles compagnes, et dès l'année 1656 nous les retrouvons dans la maison-mère de Montbrison remplissant les premières charges. Ces rivalités ne devaient pas faire prospérer la maison; de plus, les religieuses de l'hôpital de Feurs (ordre de Saint-

Augustin) s'étaient depuis quelques années adonnées à l'enseignement et faisaient concurrence aux Ursulines; aussi le couvent de Feurs n'était plus habité en 1711 que par deux religieuses, et ses revenus étaient tellement réduits qu'elles ne pouvaient acquit-* ter les droits de cens, servis, lods et milods que leurs immeubles devaient payer aux seigneurs directs et censiers, notamment au marquis du Palais, seigneur engagiste de Feurs, et au maréchal de Tallard qui rétait de Chambéon, C'est du moins ce qui résulte d'une obligation de 2,600 livres souscrite le 1*' août 1702, devant M' Bochetal, notaire à Montbrison, par les Ursulines de Feurs en faveur de Messire Charles Philippe, conseiller du roi.

Ce motif et un autre sans doute bien plus grave, et qui nous est resté inconnu, décida Monseigneur de Saint-Georges, archevêque de Lyon, à interdire en 1710 l'église des Ursulines de Feurs. Cette première ordonnance en amena une seconde, rendue par le même prélat, le 8 avril 1711, par laquelle il prescrivit aux Ursulines de Montbrison de recevoir et nourrir les deux religieuses qui sont encore dans le couvent de Feurs, ordonna la fermeture de ce couvent et commit à cet effet Messire Simon Pactier, docteur en théologie, curé de la paroisse Saint-Pierre à Montbrison et archiprêtre.

Non content de l'interdiction du couvent, Monseigneiu* de Saint-Georges rendit, le 23 mars 1712, une nouvelle ordonnance qui le supprima et prescrivit sa réunion, quant au personnel et aux biens, à celui

LES URSULmSS. 141

de Montbrison. Monseigneur de SainlrGeorges avait compté sans les protestations bien légitimes des habitants de Peurs. La première opposition vint des Ursulines elles-mêmes^ qui accueillirent fort mal les religieuses et le procureur du couvent de Montbrison qui venaient prendre possession de l'actif de la communauté. Nos Ursulines défendirent leurs biens avec tant d'énergie que les mandataires de la maison-mère durent employer la violence et enlevèrent de force, dit un mémoire de 1712, Jes lettres-patentes, les titres du monastère, quatre-vingts louis d'or trouvés au décès de la dernière supérieure et 1,500 livres formant la dot de la sœur Chanet (1).

« Une pareille violence, dès qu'elle fut connue de a la population, souleva l'indignation publique et a donna à l'opposition contre le décret de l'arche- « vêque un caractère plus énergique qu'elle n'avait « eu jusqu'alors. Jacques-Antoine Ponchon, maire ce de Feurs^ convoqua sous les halles une assemblée « générale du peuple; on y protesta contre la spolîa- « tion faite par le procureur du couvent de Montbri- « son; mais on ne put croire qu'il eût agi en vertu « d'une autorité aussi respectable que celle de l'ar- « chevêque; il fut donc décidé et arrêté que, pour se « défendre en pleine connaissance de cause, on de- « manderait humblement une copie de ce décret. « Monseigneur de SaiixtOeorges refusa cette com- « munication; mais sur une requête adressée au

(1) ArchlTes de l'hôpital de Fejan.

OC parlement de Paris intervint un arrêt du 10 juillet a 1712 qui ordonna qu'une expédition du décret oc serait fournie aux habitants de Feurs. Munis de d cette pièce qui ne laissait aucun doute sur les ince tentions de Tarchevêque^ les notables de la ville <c adressèrent à Monseigneur une longue requête^ ce dans laquelle on faisait valoir les avantages que la oc population retirait chaque jour de l'enseignement ce gratuit donné aux filles pauvres; on ajoutait qu'il ce y avait à Feurs un hôpital de fondation royale <c auquel il conviendrait de réunir les biens des Ursua lines de Feurs plutôt qu'à celles de Montbrison; ce qu'au moyen de cette réunion, les religieuses de ce l'hôpital se chargeraient volontiers de continuer a l'enseignement gratuit aux filles pauvres.

ce Cette protestation fut signée par Jean-François « Duguet, curé de Feurs, Jacques Ponchon, maire ce de la ville, Jean Barjot, chevalier, seigneur de ce Carville, Damien de la Forge, receveur du grenier a à sel, Claude Plumet, notaire royal et juge du ce marquisat du Palais, Sébastien Géroffîer, Geoffroy ce Brun, Jacques Porto et Jean Radisson, notaires, ce Le nom qui nous frappe le plus dans cette liste, et « que, à coup sûr, nous espérions le moins renconce trer, est celui de M. le curé Duguet. De quelle ce noble indépendance devait être animé celui qui ce osait publiquement se mettre en opposition avec ce son chef!

ce Les recteurs de l'hôpital joignirent, de leur côté, <c leurs pressantes soUicitatigns à celle des habitants.

LBS URSULINES. 143

<r et adressèrent en 1713 au grand conseil un long a mémoire contenant les mêmes conclusions.

oc Tant d'unanimité et tant d'instances^ jointes à la a justice de la cause ^ eurent un plein succès^ et a Monseigneur de Saint-Georges , faisant enfin droit a à ces réclamations^ rendit^ le 10 mars 1713^ une <E ordonnance portant que le domaine Chalancon ou ce Bucin , et la maison ci-devant habitée par les relicc gieuses ursulines de Feurs^ avec le jardin et l'enclos oc qui en dépendent^ lesqvsls avaient été affectés a aux petites écoles, seraient réunis à l'Hôtel-Dieu oc de Feurs^ à la condition par les sœurs de continuer a l'enseignement gratuit. Quant au domaine de Bi- « gny, appelé Chez-Minet^ il fut donné aux Ursua Unes de Montbrison (1). »

Nous avons cru devoir rapporter ici tout ce qui concerne les quatre communautés fondées autour de Montbrison, à Saint-Bonnet-le-Château, Saint-Galmier, Saint-Symphorien et Feurs; nous n'aurons plus à y revenir, et nous pourrons nous occuper exclusivement de la maison-mère; car le couvent des Ursulines de Montbrison, bien qu'il ne fut pas le plus ancien de cet ordre dans le Forez (celui de Saint- Bonnet-le-Château remontant à 1625), fut toujours considéré comme une espèce de maison-mère; les Ursulines des environs avaient pour lui une tendresse filiale (excepté pourtant celles de Feurs), et plusieurs d'entr'elles voulurent y reposer après leiu* mort. Le

(1) Voir notr« notice sur l'hôpital de Feurs et notre histoire de cette Tille

21 janvier 1774 fut apporté aux Ureulines de Montbrison le cœur de Marie Rony (sœur Sainte-Hélène) , religieuse professe de Saint-Bonnet, âgée de 40 ans; le 24 mai 1777, on enterra au même cimetière Marguerite Boyer de Montorcier, religieuse professe du même couvent, âgée de 78 ans; enfin, le 12 septembre de la même année, le cimetière des Ursulines de Montbrison reçut encore les restes de sœur Louise Lempèreur, professe de Saint-Galmier, âgée de 78 ans.

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