CHAPITRE V
Badgets da coavent des Unulineg. — Ses débitears en 1705. — Jean-Marie de La Mure, Qeoliyoy Perronin, Françoise Hérault, François Paparel bienfaiteurs du couTent. — Contestations entre les Unulines et M"* Pactier, cur6 de Saint-Pierre en 1706. — Incendie d'une partie du couvent en 1735. -- Sa reconstruction. — Les aumôniers du couvent.
Après avoir liquidé les successions des deux maisons succursales de Feurs et de Montbrison^ revenons à la maison-mère, ou grand couvent^ comme on l'appelait alors par opposition au deuxième couvent qui venait d'être supprimé.
Malgré l'aridité des chiffres, nous croyons utile de reproduire ici quelques extraits des recettes et dépenses du grand couvent des Ursulines. Ces extraits sont pris à chaque période de dix ans; par là nous verrons la progression rapide de la fortune des Ursulines. Les comptes étaient tenus par Mad*"* la dépositaire et soumis à la vérification d'un prêtre délégué par l'archevêque de Lyon. Quelquefois on les arrêtait deux fois par an, à des époques qui variaient souvent; mais le plus ordinairement, ils n'étaient arrêtés qu'une fois dans l'année par un conseil composé de la supérieure, l'économe, la zélatrice, l'assistante et la discrète.
LBS URSULINES. 171
Arrêté de compte du l&juin l&ZSj jour de Vinstalr lation des Ursulines à Montbrisorij au l^ janvier 1629.
RECETTES
Reçu de la dot des sœurs 700 livres.
Reçu des pensions des sœurs et des pensionnaires • 1365
Comme en l'année 1628 il n'y eut que deux novices, Mesd"" Chapuis et Pinet, on peut évaluer la pension qu'elles payèrent à la communauté à 300 livres pour elles deux. Il reste donc comme produit des élèves pensionnaires un chiffre d'environ 1050 livres, pour six mois de classe au plus.. Ce résultat très-satisfaisant nous montre le besoin que l'on avait alors de cette maison d'éducation, et l'empressement que l'on mit à lui confier l'instruction des jeunes filles. Le prix de la pension était fixé à 12 livres par mois. Celui du ipetit couvent n'était que de 10 livres.
Reçu des aumônes 127
Nous voyons par cet article que la population vint d'abord au secours de la communauté naissante; mais elle comprit vite que la maison pouvait se passer des 8ecoiu*s de la charité publique;
A reporter. .... 2192 livres
Repwt 2192 livres,
aussi voyons-nous cet article de recette décroître assez promptement; au point qu'en 1658 il ne figure plus en recette que pour 37 livres; plus tard il n'en est plus parlé.
Total des recettes.. . . 2192 livres.
DÉPENSES
Dépenses d'entretien 1408 livres.
Louages et réparations * 674
Cet article de dépense s'applique sans doute aux frais de première installation et au loyer des bâtiments que les Ursulines occupèrent avant l'acquisition de la maison de M. Retournel^ achetée Roulement en 1630 comme nous l'avons déjà dit.
Total des dépenses 2082 livres.
Excédant de la recette sur la dépense au l*' janvier 1629 110 livres.
Dix ans à peine après la fondation du couvent^ son budget nous présente un excédant autrement important.
Exercice du V^ janvier 1637 au l^ janvier 1638.
RECETTES
Excédant des années précédentes. . 14824 liv.
LB8 URSULINB8. 173
Report 14824 liv.
Cet excédant était représenté par les capitaux placés ou en caisse.
Reçu pour dot des sœurs 4869
Les dots, sans doute, de Mesd"^ Yolande Tantillon (sœur Alexis) , reçue le 29 mars 1637 avec une dot de 3000 livres, et N,.. Durdilly (sœur de Tlncarnation ) , reçue le même jour avec une dot de 1800 livres. (Voir à la fin de la notice le tableau des religieuses Ursulines.)
Reçu pour rentes 799
Y compris sans doute le produit de leurs enclos et des vignes de Saint- Rambert, qui avaient été apportées en dot en 1628 par les sœurs Relogue et Julien.
Reçu pour pensions des novices et des pensionnaires 1779
Reçu des aumônes 88
Reçu du travail des sœurs 169
Nous aurions voulu découvrir quelques renseignements sur la nature du travail des religieuses qui pouvait, dans l'espace d'un an, leur produire 1 69 livres, somme assez forte pour cette époque; toutes nos recherches ont été
sans résultat.
A reporter 22528Uv,
Total des recettes 22528 liv.
Dépenses 2287
Excédant de la recette sur la dépense
au !•' janvier 1638 20241 liv.
Exercice du V août 1647 au l" janvier 1648 (pendant cinq mois seulement).
Excédant des années précédentes. . 56464 liv.
RECETTES
Reçu pour six mois de rentes.
Reçu pour pension des novices
Reçu des élèves pensionnaires.
Reçu des aumônes
Reçu du travail des sœurs.. .
Reçu pour drogues fournies aux pensionnaires 103
Le chiffre de cette recette paraîtra élevé; mais il faut se rappeler que la médecine à cette époque faisait abus de remèdes et surtout de remèdes empiriques.
Total 57977 liv.
DÉPENSES
En bouches (ce que nous appelons aujourd'hui dans les budgets adminis-
IMA URSULINES. 175
tratif S menus objets de consommation) . 379 liv.
Viande de poissons et de boucherie. 206
Blé et vin 1038
Meubles 54
Habits et souliers 45
Extraordinaires 143
Réparations aux bâtiments. . . . .• 153
En bois de chauffage 120
En église et infirmerie 96
Total 2234 liv.
Excédant de la recette sur la dépense
au 1" janvier 1648 55743 liv.
Dans les dépenses de Tannée 1649 nous avons remarqué les suivantes : Achat du grand tableau de la chapelle j 150 livres. Si l'on tient compte de l'importance de cetto somme à une époque déjà éloignée^ à une époque surtout où le talent des artistes n'était pas arrivé au prix où nous le voyons de nos jours ^ on conviendra que le tableau dont il est question ne devait pas être sans mérite^ et qu'il est à regretter qu'il ne soit pas arrivé jusqu'à nous. Une autre dépense bien plus importante encore est celle qui eut pour objet l'achat de la tapisserie. Cette tapisserie qui était^ je pense^ quelque riche tapis de pied destiné à la décoration de la chapelle dans les grandes solennités religieuses^ coûta 610 liv. Quelle qu'ait été la grandeur de ce tapis ^ ce prix d'achat^ qui correspondrait au moins à 4^000 francs de nos jours^
176 L£S GOUYBNTS DB MONTBRISON.
suppose un objet d'art ou tout au moins d'un beau travail. Dans les jours de notre enfance , passés au petit séminaire de Montbrison^ nous avons souvent admiré un tapis aux riches couleurs^ aux oiseaux fantastiques^ aux forêts impossibles^ qui ornait le reposoir du Jeudi-Saint; mais nous n'oserions affirmer qu'il fut un héritage des Ursulines de 1649.
Exercice du T' octobre 1657 au 1" octobre 1658. Excédant des années précédentes. . 5021 7 liv.
RECETTES
Dot des sœurs 2900
Rentes 2404
Pensions des novices 259
Pensions des élèves 1369
Reçu en drogues 5
Reçu en aumônes 37
Produit du travail des scBurs 80
Total 57271 liv.
DÉPENSES
En bouches 12641iv.
En viandes 1522
En blé et vin 2465
En meubles 26
En habits et souliers 1149
A reporter 6426 liv.
LBS URSULINES. 177
Report 6426rliv.
Extraordinaires 769
Réparations aux bâtiments 100
Eglise et infirmerie 297
Bois, chandelles et charbons 648
C'est la première fois que nous avons remarqué, sur les registres de dépenses, l'emploi du charbon comme moyen de chauffage.
Total. ..... 8240 liv.
Excédant de la recette sur la dépense au 1" octobre 1£58 49031 liv.
Dans les recettes de l'année 1663 nous voyons figurer une somme de 47 liv. 16 s. reçue des demipensionnaires. L'absence de cet article de recette dans les budgets précédents ferait croire qu'avant 1663 l'usage des demi-pensions n'était pas établi au couvent des Ursulines; je pense plutôt que cette facilité fournie aux familles de Montbrison dut toujours exister, mais que le produit fut compris sous le nom générique de pensions des élèves.
Une nature de recette que nous trouvons pour la première fois en 1 667, mais qui figure dans beaucoup d'années subséquentes, est celle qui a pour motif le prix du repas fourni par les Ursulines au jour du noviciat ou de la profession de chaque religieuse. En 1667, il fut payé aux Ursulines 90 livres pour trois dîners fournis lors des professions. C'était sans doute
lors de la prise d'habit de Mesd*"** Marie Rival, Marie de la Mure, et au noviciat de Mad*"' Claudine Durand (1).
Exercice dui^ octobre 1667 aw 18 octobre 1668. Reliquat des années précédentes. . 60077 liv,
RECETTES
Reçu pour dot des sœurs 3000
Pour rentes 23211.04s.
Pour pensions (Jes novices.. .... 343
Pour pensions des élèves 194
Pour offrandes 11.168.
Pour présent d'église 20
Cette petite innovation devint plus
tard une source de recette assez abondante.
Pour festin d'une réception 20
Cet article de recette était aussi une
petite innovation qui dans le principe
ne présenta sans doute qu'une dépense
faite réellement; mais quand, plus tard,
les religieuses portèrent le prix de ce
repas à 100 livres, je crois y voir une
spéculation dissimulée.
Pour travail des novices 36
Pour des drogues 26
Total 66039 liv.
(1) Voir à la fin de notre ouvrage les cotes généalogiques sur les religieux des pouvents de lloqtbrison,
LES URSULIN£S. 179
Report 66039 liv.
Les dépenses de ce même exercice s'élevèrent à trois mille cinq cent six livres, ci 3506
Partant, l'excédant au 18 octobre 1668 était de 628331iv.
Aux dépenses de l'exercice 1670 on voit figurer une somme de 1,614 livres payée à M"* Henrys, pour quatorze ans d'intérêts d'une somme de 2,000 livres à elle due en reste du prix d'un domaine vendu par sa mère. Fleurie Pouderoux, et pour d'autres intérêts qtbe noiis avons été condamnées à lui payer. Cette acquisition avait donné lieu à d'interminables procès qui ont duré pendant près de vingt ans.
Exercice du 30 septembre 1677 au^i octobre 1678. Reliquat des années précédentes. . . 80193 liv.
^ RECETTES
Reçu pour rentes 3310 liv.
Reçu des pensions des élèves. . . . 522
Total 84025 liv.
DÉPENSES. 3495
Excédant au 30 octobre 1677 80530 liv.
Nous remarquerons que dans les recettes de" cet exercice ne fîgiurent ni dot de religieuses, ni pensions
de novices. En consultant à la fin de notre ouvrage les notes généalogiques sur les religieux des couvents de Montbrison^ on remarquera en effet que dans la période de 1675 à 1680 il n'y eut ni profession ni noviciat; le produit des pensionnaires allait aussi en diminuant; était<^ un signe de la décadence de Tordre ou de la concurrence que devaient lui faire soit le second couvent des Ursulines, soit celui de la Visitation de Sainte-Marie, établi en 1642 dans les bâtiments qui servent aujourd'hui de local au tribunal et de caserne à la gendarmerie de Montbrison?
Toutefois, si cette nature de recette diminue, celle des rentes augmente chaque année, et, par suite, le reliquat de chaque exercice; aussi, au 30 octobre 1688, ce reliquat ou excédant arrive au chiffre assez respectable pour l'époque de 94,342 liv.
Au 30 mai 1698 il était de 96,087
Et notons que ces accroissements avaient lieu en dépit des taxes très-onéreuses que l'Etat prélevait sur les biens de main-morte.
Un édit royal du 5 juillet 1689, ainsi que nous l'avons dit pour le deuxième couvent, avait frappé, sous le nom de droits d'amortissement, tous les acquêts faits par les gens de main-morte depuis 1600; ce droit était du sixième, du cinquième, quelquefois même du tiers des immeubles acquis, et il s'éleva en 1690 pour le grand couvent à plus de 15,000 livres. Toutefois, les Ursulines n'étaient pas des agneaux faciles à tondre; elles réclamèrent contre un impôt aussi fort et le firent avec tant d'énergie et de persia^
LES URSULINBS. 181
tance que le Conseil d'état réduisit leur taxe à 3,500 livres. De plus, un délai de plusieurs années leur fut accordé pour se libérer de cette taxe, et le payement en fut réparti sur plusieurs exercices.
Une autre cause qui aurait dû aussi ralentir cette marche progressive de la fortune des religieuses, c'est le prix élevé que les grains atteignirent pendant les années 1692 et 1693. Aussi l'article du budget de nos religieuses relatif à la dépense du pain et du vin s'éleva de 2,400 livres (chiffre normal) à 5,319 livres. Soit insuffisance de récolte, soit par suite de spéculations à la hausse faites par les OA^capareurs , les grains devinrent tellement rares que le ministre Phelippeaux de Pontchartrain dut s'en préoccuper; par un arrêté du 25 septembre 1693, il ordonna aux communautés religieuses et aux particuliers de porter, dans un bref délai, au marché le plus proche, la moitié de leurs grains. Et. pour s'assurer de l'accomplissement sincère de cet arrêté, il ordonna à tous les curés et religieux décimateurs de faire connaître^ dans chaque diocèse, la dîme qu'ils avaient reçue de chaque contribuable. Cet arrêté ressemble fort à cette loi du maximum que la Convention nationale rendit cent ans plus tard, en 1793, qui ordonnait aux producteurs agricoles de mettre en vente à certain prix une partie de leurs grains. On voit par là que la Convention n'innovait pas toujours dans ses terribles règlements.
L'élévation du chiffre de la dot des religieuses, portée à 3,300 liv., compensa sans doute largement
ces mauvaises chances^ car nous voyons qu'en 1708 l'excédant de leur budget était arrivé au chiffre de 119,892 livres. Il faut remarquer aussi que les revenus de la maison augmentaient en proportion des économies réalisées. Ainsi, en 1712, les religieuses
percevaient de leurs domaines 1539 liv.
De leurs vignes 450
De leurs rentes 5810
Total 7799 liv.
Il est à croire que les Ursulines de Montbrison n'étaient pas seules à marcher dans cette voie de prospérité et que les innombrables communautés de France prospéraient aussi dans la même proportion. Soit pour mettre un terme à cet envahissement, soit plutôt pour créer des ressources à l'Etat, une déclaration du roi du 4 octobre 1704 imposa un droit d'amortissement de 6 7o^ avec 2 sols par livre en sus, sur le capital de toutes les rentes constituées à prix d'argent depuis le l*' janvier 1600. Jusqu'à ce jour, les droits d'amortissement n'avaient atteint que les immeubles; aussi les communautés religieuses, pour échapper à l'impôt, avaient eu soin de placer leurs épargnes en rentes sur particuliers.
Une sommation de payer le nouvel impôt, faite aux Ursulines du grand couvent le 6 mai 1705, par Claude Donzel, huissier royal à Montbrison, nous a fait connaître les noms de tous les débiteurs du couvent, nous les reproduisons sous forme de tableau :
B«nto.
Ctpittl.