‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 31 sur 69 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Le personnel comprenait encore dix sœurs converser* , parmi lesquelles il y avait, depuis plus de douze ans, Madeleine Mondon, âgée de 32 ans, qui n'avait pas encore été admise à faire ses vœux, ce sa famille étant dans Timpossibilité de fournir à sa sub-

sistance; »

Plus, Mad'"* Jeanne-Marie Chantelauze , veuve du S' Demarsais, qui était sans ressources et que les Ursulines avaient recueillie depuis quatre ans (1) ;

Et enfin deux vieilles sœurs tourières infirmes, à qui on avait promis de donner un asile pour le reste de leurs jours.

Lorsque les membres du district demandèrent aux religieuses convoquées dans la salle du chapitre « si a elles voulaient continuer à vivre dans la vie relicc gieuse qu'elles avaint embrassée, ou si elles vou- « laient user des dispositions du décret de TAssem- « blée nationale qui leur rendait la liberté, ce droit <c imprescriptible de l'homme, » Mesd^^de Pierrefeu, Gérentet, de Girard et Raguy répondirent qu'elles entendaient profiter de la faveur du décret et se retirer comme pensionnaires libres, savoir : Mesd"*" de Pierrefeu et Gérentet à l'hôpital de Montbrison,

(1) Nos Ursalines donnaient quelquefois asile dans leur couvent à des veuves ou à des filles Agées qui venaient y finir leur vie, y payaient une petite pension, ou léguaient à la maison leur petit héritage. Ces successions , quelques modiques qu'elles fussent , faisaient naître des contestations avec les héritiers. Ainsi, en 1759, un long procès se termina par une transaction avec Philippe Latannerye , bçurgeois de Montbrison , sur un don de 200 livres fait au couvent par M"* Freydiôre , pensionnaire libre, décédée chez les Ursulines , et dont M. Latannerye était héritier naturel.

Mad""* de Girard chez M. le baron de Vaugirard, son frère, et Mad"** Raguy chez Mad"*** veuve Mauverney, sa parente, à Montbrison; mais qu'elles ne voulaient quitter la maison qu'après la liquidation dé leur pension, suivant les revenus actuels de leur couvent.

Toutefois, Mad°** de Girard, se ravisant, déclara qu'elle entendait user de suite de sa liberté et quitter à l'instant le monastère. En conséquence, les prieure, officières et religieuses, capitulairement assemblées, pour faciliter à Mad"""" de Girard la réalisation de son désir, prirent l'engagement de lui payer, par quart et d'avance, une pension de 500 livres jusqu'à ce qu'il ait été autrement ordonné par l'Assemblée nationale.

Les déclarations de ces quatre Ursulines nous montrent qu'il ne régnait pas dans ce couvent la même union que nous avons admirée et que nous admirerons encore dans les autres couvents do Montbrison. Toutefois, parmi la nombreuse population des cloîtres de cette ville, il est à remarquer qu'un seul membre de tous ces ordres religieux. M"* Girard de Vaugirard , parut recevoir avec plaisir , la liberté que lui offrait la nation, et voulut en profiter.

Quant aux autres Ursulines, elles déclarèrent toutes : ce qu'inviolablement attachées à leur état, et a jalouses d'exécuter les vœux qu'elles ont fait à « l'Etre suprême, elles entendaient demeurer dans a leur monastère, jusqu'à ce qu'un nouvel ordre de a choses les forcerait d'en sortir (1). »

(1) Archives de la préfecture de la Loire^ série V, n" 24.

Elles restèrent donc courageusement à leur poste sous la direction énergique de Mad"" Louise-Marie Fialin , prieure élue en remplacement de Mad"* Pommerol. Mad"** Fialin était fille de feu Antoine Fialin, notaire royal à Cremeaux, et de demoiselle Barbe Chafaarines. Elle était arrière-grand'tantedeM. Fialin duc de Persigny, que sa fidélité et son dévouement à Napoléon III, plus que ses capacités administratives, ont élevé aux plus hautes fonctions de Tempire.

En confiant la gestion des biens du clergé aux ad« ministrateurs des départements et des districts, le décret de 1790, par son article 3, avait ordonné que les couvents employés à l'éducation publique ou au soulagement des malades, recevraient des administrateurs la totalité de leurs revenus. En dépit de cette réserve, les administrateurs de Montbrison, nonseulement ne consentirent pas à payer aux Ursulines la pension de 700 livres promise aux religieuses professes et celle de 350 livres aux sœurs converses, mais dès la première année (1791) ils les réduisirent de moitié.

C'est à cette occasion que Mad"* Fialin, avec le talent d'une femme supérieure, et surtout avec la confiance qu'inspire le droit, adressa aux administrateurs du département un mémoire dont le raisonnement, le style, l'orthographe et même l'écriture ne laissent rien à désirer. Il est écrit en entier de la main de Mad"* Fialin et contient de nombreuses ratures, ce qui autorise à croire qu'elle'en fut seule rédacteur.

Après avoir exposé rapidement dans ce mémoire

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l'origine 4e la fondation cle cexH)uvent et les diverses autorisations qui lui ont donné une existence légale^ elle déclare se soumettre^ sans peine ^ au décret de 1790 qui confie la gestion de leur fortune aux administrateurs du département^ <c ce qui les déchargera, € dit-elle, d'un grand embarras et leur donnera plus € de liHsirs à consacrer 4 l'enseignement. j>

Elle discute ensuite l'article 2, titre 2, du décret du 28 octobre 1790 qui accorde à chaque religieuse professe une pension de 700 livres; puis elle invoque l'article 3 du même déoret qui, faisant une exceptiop en faveur des maisons religieuses vouées à l'enseignement, porte <E qu'il leur sera tenu compte de la ff totalité de leurs revenus. j> Or leurs revenus, d'après ce mémoire, étaient en 1790 do 15,358 livres dont 5,244 provenaient de capitaux placés en rentes, ci 5244 1iv.(l)

Et 10,1 14 livres étaient le produit de leurs domaines, ci 10114

Total . 15358 liv.

(Malgré, ajoute le mémoire, les ravages causés par l'inondation de 1790 et les réductions faites aux fermiers.) Toutefois, ce revenu était insuffisant pour procurer les 700 liv. allouées par le décret aux vingt religieuses professes et les 350 liv. allouées aux dix converses.

(I) Le tableau de ces revenus mobiliers que nous avons reproduit page 183, dressé officiellement en 1790 par les administrateurs du district, ne porte le revenu m^iUieriki couvent qu'à la sonine de 5,151 Uviw 12 deniers.

Ce mémoire, comme on le pense, n'eut aucun succès; cependant Tadministration fit allouer aux Ursulines, en deux payements, pendant Tannée 1791, une somme de 3,230 livres à imputer sur leurs pensions.

Nouveau mémoire de Mad"' Fialin du 28 octobre 1791, par lequel elle traite la même question avec autant d'adresse que de persévérance : a Nous savons, ce dit-elle, que l'Assemblée nationale, en prenant en a main la gestion des biens des couvents, ne poursuit a d'autre but que le bonheur du peuple; nous aussi <c et depuis longtemps nous donnons la nourriture, « l'asile et l'instruction à deux enfants pauvres de a cette ville, dont l'une est la fille du représentant « de notre fondateur, lequel en mourant Va laissée a sans ressources. Faudra-t-il donc abandonner la « descendante de celui qui nous a enrichi > au mo- « ment surtout où la nation trouve une précieuse « ressource dans la vente des biens des couvents. »

A l'appui de ce raisonnement logique Mad°*® Fialin expose que sur les domaines des Ursulines, quatre ont été vendus \ ( avant le 28 octobre 1 79 1 ) au prix de 2592001iv.

Qu'il leur en reste encore trois à vendre, estimés 150000

Qu'elles ont en capitaux do rentes. . . 100000

Total 509200 liv.

Il fallait à Mad"' Fialin une grande énergie et une grande foi en l'avenir pour réclamer son droit (elle.

pauvre religieuse^ condamnée d'avance par son siècle) à des administrateurs qui représentaient la nation entière.

C'est au bas d'un des mémoires de Mad"*" Fialin que nous avons trouvé, à côté de sa signature, un sceau en cire rouge que nous croyons être celui des Ursulines de Montbrison. Il est ovale, a trois centimètres dans sa plus grande longueur. Il représente une femme couronnée vue de face; un voile descend sur ses épaules jusqu'à la ceinture, sa main droite tient une palme de martyr; son bras gauche est étendu presqu'horizontalement en signe de protection. Bien qu'aucune légende n'entoure ce sceau, nous sommes très-porté à croire que c'est celui des Ursulines.

Hélas! le jour était venu où non-seulement la nation ne payerait plus aux religieuses de pension alimentaire, mais où leur fortune lentement amassée, les ornements de leur église, le mobilier de leur maison allaient être vendus et dispersés aux quatre vents, et elles-mêmes, chassées de leur couvent, réduites à demander à leurs familles un dernier asile.

Leurs sept domaines furent aussi vendus aux enchères . Voici leurs noms :

1" Le domaine appelé Perdriat, situé à Chalain-le- Comtal, acquis du sieur Dubreuil en 1656, d'un revenu de 500 livres, fut adjugé à M. Pierre-Etienne Leconte, receveur du district de Montbrison. De ce domaine dépendaient de grands bois taillis.

2** Celui de Fontanes, sur la même commune, acquis du sieur Duperré en 1720 au prix de 9150 liv.^

fut vendu le 24 mai 1 792 aux sieurs Pierre Desbarges, de SainIrGermain-Laval (hameau de Verrières), et Claude Bray de Saint-Just-la-Pendue, au prix de 38,100 livres.

3® Celui de Bigny, commune de Feurs, qui leur venait de la succession des Ursulines de Feurs supprimées en 1712, d'un revenu de 1^200 livres.

4° Celui de la Vizelle, situé sur la paroisse de Saint-Paul-d'Uzore, qui leur venait de la succession du deuxième couvent des Ursulines de Montbrison supprimé, comme nous l'avons dit, en 1751.

5* Le domaine des Granges ou d'Odeberts, situé à Moind, acquis en 1656 de Mad™ Fleurie Pouderoux, veuve de Pierre Henry s, vendu en 1791 à M. David, à un prix inconnu. Ce domaine très-important était en 1771 exploité à moitié fruit par Antoine Janisson pour tous les produits en grains, même les porcs, les oies, les canards, de plus moyennant une rente annuelle de de 150 livres, 4 chars de foin et 150 bottes de paille.

6"* Le domaine du Poulalier, commune de Protieux, acquis en 1714 de noble Claude Gayot, conseiller du roi à Montbrison et de dame N. Staron sa femme, d'un revenu de 700 livres.

7"* Enfin, le domaine de la Cotille, situé dans la même commune, d'un revenu annuel de 527 livres.

Nos religeuses possédaient encore plusieurs ténements en vignes contenant ensemble 47 journalées, situés aux différents vignobles de Montbrison, d'un produit annuel moyen de 500 livres. Le plus consi-

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dérable de ces ténements, d'une surface de 22 journalées 72, était situé au Parc de Montbrison.

Une terre chambonnale, située à Vaure près de Montbrison, estimée en 1790 au capital de 1,170 liv.

Un petit clos de quatre cartonnées avec pigeonnier au milieu, situé au faubourg de la Croix, d'un revenu annuel de 40 livres.

Enfin, une dîme appelée de la Roue, qui se levait au village de ce nom, paroisse de Sauvain; elle était affermée en 1786 aux sieurs Barou et Orizet 103 boisseaux de seigle et 3 livres de fromages de Roche.

Ces deux derniers articles provenaient aux Ursulines de la succession du deuxième couvent.

Les bâtiments de leur couvent avec leurs enclos, jardins et terrasse, confisqués au profit de la nation, furent affectés dès 1793 à divers services publics; en Tan XI ils étaient convertis en une caserne de gendarmerie lorsque M. Lachèze, maire de Montbrison, eut Theureuse pensée d'y établir une école secondaire d'enseignement, dirigée par MM. Faure, Quérat et Dulac. Un décret impérial daté de Friedland, du 15 juin 1807, concéda à la ville le ci-devant couvent des Ursulines; mais cette école secondaire ne réussit pas. Fermée en 1814, ouverte de nouveau en 1818 sous la direction de M. Sabatier, elle comptait en 1821 quinze élèves au plus. L'administration municipale de Montbrison appréciait cependant l'utilité de cet établissement et lui avait alloué une subvention annuelle, mais il n'était pas né dans des conditions viables; aussi resta-t-il fermé jusqu'au 1" novembre

1824, OÙ nous le vîmes se rouvrir sous la dénomination de petit séminaire, confié à l'administration religieuse du diocèse. M. Mauverney en a été le premier supérieur. Depuis lors il n'a cessé de prospérer sous la bonne direction de MM. Pagnon (aujourd'hui vicaire-général de l'archevêché de Lyon), Vétard, supérieur des Minimes, et Richoud. Le nombre des élèves admis est en moyenne de 160. il s'accroît chaque année; aussi, pour répondre à ce besoin d'instruction qui se fait sentir généralement, la ville de Montbrison et l'archevêché ont alloué une somme d'environ 60,000 francs pour agrandir les bâtiments et les approprier d'une manière convenable à leur nouvelle destination.

Ces travaux sont achevés depuis 1868.

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