CHAPITRE VI
Etat des capitaux prôtôs par les Ursolines en 1790. — Penonnel da oûaveni. — Mad** Girard de Vaagirard quitte le couvent. — Had"* Fialin dernière supérieure. — Suppression du couvent et vente de ses domaines en 1790 et 1792. — Les bâtiments du couvent sont convertis en une caserne de gendarmerie. — En 1807 l'administration y installe une école communale , puis un petit séminaire en 1824.
Il résulte de l'état de recettes et dépenses que nous venons d'analyser pour l'année 1 755 que les recettes excédaient annuellement les dépenses d'environ 2^000 livres au moins. Une pareille réserve, qui s'augmentait sans doute chaque année de l'intérêt des boni précédents, ne pouvait manquer d'amener une situation prospère. Aussi remarquons-nous à cette époque et jusque vers 1780 des prêts importants faits par les Ursulines aux meilleures familles de la province. Je serais même porté à croire que les familles qui appartenaient alors à l'ancienne ou à la nouvelle noblesse . cherchaient à dissimuler l'état de gêne qui pesait sur la plupart d'entr'elles en faisant des emprunts aux couvents. Elles étaient assurées du silence des religieuses qui avaient tout intérêt à cacher une situation prospère aux yeux du public jaloux et envieux des biens du clergé.
Un de ces prêts fait à la famille Chassaing de
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Chabet, arrivant à 7,000 livres, donna lieu à un grave procès commencé en 1744 et qui durait encore en 1773. J'ai dit grave à cause de Tiraportancc de la dette et à cause des motifs que faisaient valoir les débiteurs pour refuser le payement. La famille Chassaing affirmait n'avoir touché qu'une somme de 5,000 livres et soutenait que le surplus (2,000 livres) représentait les intérêts de neuf ans payés par avance. C'était peutrêtre une manière adroite d'éluder les prescriptions de l'Eglise qui , jusqu'à ces derniers temps, a défendu le prêt à intérêts. Toutefois, le clergé luimême savait tourner adroitement la difficulté, et en prêtant son argent en rentes perpétuelles comme on disait alors il en retirait souvent un intérêt à 5 Va . Ainsi, en 1648, les rehgieuses de la Visitation de Sainte-Marie de Montbrison, acceptaient de MM. Faure, Bertaud, Roussier, du Rosier et de Laye des constitutions de rentes perpétuelles de 100 livres au capital de 1,800 livres représentant la dot de chaque religieuse. En 1670, M. Cognet de Marclop empruntait au même couvent un capital de 1,200 livres et servait un intérêt annuel de 66 livres. Toutefois, nous devons ajouter que cet abus ne paraît pas s'être prolongé au-delà de 1680.
Nous donnons dans le tableau suivant un état officiel des capitaux prêtés par les Ursulines en 1790.
On remarquera dans ce tableau que les débiteurs des Ursulines étaient tous Foréziens et en grande partie Montbrisonnais.
Dafn.
NOMS DES'.DBITEÉOBS.
DÛ par les tailles de Paris
Id.
Dû par l'hôtel de ville de Lyon ..*
Ben te cédée sur l'hôtel de ville de Lycn par M. de Plsicat
Mariés Chaume et Truchard
M . Matbon , écbevin à Montbrison. ......
Mariés Vincent et Roux
Claude- Bléonor Dolieu de Cbenevoux
Montillet , notaire à Saint-Ëtienne
Henrys d'Aubigny
Pierre Cbapuis de la Goutte, sieur de Jonsac
Durand de la Mure , écuyer, et Jeanne- Marie Ora^jon
Jean Poyet. . . . ,
Odin Fouraand de Saint- Martin
Jean-Baptiste Michel de la Brosse (titre renouvelé en 1781 par noble Jacques Michel , sieur de la Brosse, écuyer).. . .
Noble OilberiPoncet et Hélène Brun (titre renouvelé en 1781 par l'abbé Poucet) . .
MM Georges et Pierre Morel père et fils
(reconnue en 1779 par Morel de la
Bruyère )
M" Franrois de Madiôres
Pugnet Jacques , notaire
Barou-Piron, de Saint-Just-en-Bas
Pierre et Jean-Baptiste Plaseon père et flis
Jeanne Bourboulon, veuve de M" Philibert Bourg
Antoinette Chassaing, veuve d'Antoine Boulet de Zarins
S' Symphorien fiesson , de Prétieux. . . . 1 .
Les Dames chanoinesses de Jonrsey
apiui.
1 2780 liv.
IIOCO n
Beat*.
639 Uv.
87 n tOs.
4861 liv. 12 S.
En rapprochant de chaque capital la rente servie par chaque débiteur^ il est facile de reconnaitre que
(t) Un autre état dressé le 4 février 1793 (archives de la Loire, série 9, n" 141) porte ce capital à 111,734 liv. 16s. 3d.
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le taux de l'intérêt servi variait beaucoup^ suivant les sympathies sans doute que les religieuses portaient à Temprunteur.
Les Ursulines jouissaient encore d'une pension viagère de 500 livres créée en 1774 en faveur d'une de leurs religieuses^ Mad™ Marie de Chuy d' Arminières, admise en 1776, par MM. François Enjobert de Martilhat et Amable-Gabriel Reboul, de Clermond-Ferrand ; cette pension était elle-même grevée d'une rente viagère de 210 livres en faveur des sieurs de Chuy d'Arminières, curé de Saint- Anthême, Annet de Chuy d'Arminières, ancien capitaine d'infanterie, et François de Chuy d'Arminières, gendarme dans la compagnie des Anglais, ses trois frères; ce qui réduisait la part restant au couvent à 290 et élevait les revenus mobiliers du couvent à 5151 livres 12 sous.
Les autres couvents de la province n'étaient pas dans une situation aussi prospère que celle des Ursulines vers la fin du XVIIP siècle; les chanoinesses de Bonlieu leur devaient depuis longues années une rente de 25 livres, et le couvent de Joursey (de l'ordre de Fontevreau), représenté par Mesd"" Louise- Hyacinthe de la Clayte, prieure, Augustine de Thy, Jeanne-Marie de Noblet, Marguerite des Inard de Montvaillant et Thérèse du Bost des Issards, empruntaient en 1783 un capital de 4,000 livres aux Ursulines de Montbrison.
Cette prospérité touchait à sa fin; depuis 1783 il n'y avait eu aucune admission de nouvelles religieuses, et aucune novice ne se présentait pour com-
bler les vides que la mort faisait parmi les anciennes sœurs. Etait-ce une suite de l'indifférence religieuse ou de la propagande des idées philosophiques? les jeunes filles de bonnes maisons commençaient-^Ues à comprendre qu'elles étaient destinées à autre chose qu'à peupler des couvents? ou plutôt le vent de la révolution^ le souffle de l'égalité^ pénétrant partout^ apportait-il jusqu'à l'oreille de la jeune fille certains bruits inconnus qui éveillaient dans son âme des désirs inquiets^ des aspirations nouvelles?
Les mêmes inquiétudes se manifestaient au reste dans toutes les classes de la société. Le clergé^ le tiers-état^ la noblesse^ tous pressentaient un changement fatalement nécessaire. La convocation des états-généraux^ loin d'apaiser ce malaise^ lui donna plus de force^ et chacun^ en sondant la profondeur de la plaie pour y apporter remède, comprit la grandeur du mal.
Une révolution prévue et désirée par toutes les classes, venait d'avoir lieu, mais plus vaste encore dans ses conséquences qu'elle n'avait été radicale dans ses principes. Les décrets des 8 et 23 octobre 1790, rendus par l'Assemblée nationale, supprimaient les couvents et attribuaient leurs biens à la nation. Toutefois, par un reste de pudeur, on ne voulut pas d'abord s'emparer sans compensation des grands biens que le clergé avait amassés plus par Tordre et l'économie que par les donations qui lui avaient été faites. L'article 2"^ du décret, en autorisant chaque religieuse à se retirer librement où bon lui
LBS UBSULINfiS.
semblerait^ allouait à chacune d'elles une pension viagère do 700 livres par an pour les professes et de 350 livres pour les converses, si les revenus dépassaient cette somme.
La communauté des Ursulines de Montbrison se composait alors de vingt religieuses professes de chœur et de dix sœurs converses.
Les noms des professes nous ont été conservés dans le procès-verbal qui fut dressé le 30 août 1 790 par les membres du district de Montbrison : MM. Métayer des Combes, président, Meys de Châles, procureur, Staron de la Rey et Richard, administrateurs. Gras, secrétaire, quand ces Messieurs se rendirent au couvent pour dresser Tinventaire légal du mobilier.
Nous les reproduisons textuellement.
Noms et prénonii.
MMesd—
Claudine Ârthaud de Viry
Marie Gayot
Marie Baraillon de Piêrrefeu, religieuse du
deuxième couvent »
Claudine Bourg
Marie Gérentet ^
Lucrèce Pommerol
Anne Henrys ,
Claudine Raguy
Marie Richard
Charlotte Girard
Claudine Bourg ^
Marie-Louise Arnaud
Jeanne-Brigitte Michel
Anne-Marguerite Chassain
Louise-Marie Fialin
Benoîte-Marie Rony
Marianne Tréméolles
Marie de Chuy d'Arminières
Madeleine Latannerye
Marie-Marguerite Bruyas
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Année
delt
profasiion.
TitrM
et
fonctions.
Zélatrice. Prieure,
Assistante
Econome.