Tome
1702 Punctis de la Bruyère Mai^erite.
1631 Pupier Antoinette.
1643 Pupier Florie.
1726 Puy Catherine» sœur Sainte-Serenne.
1711 Puy Louise» sœur Sainte-Agathe, supérieure du
deuxième couvent de Montbrison en 1726.
1705 Puy du Périer Elisabeth.
1668 Quarcatrisson de la Ghassagne Charlotte , supérieure
à Feurs.
1747 Raguy Glaifdine.
1632 Rambaud Madeleine.
1725 Rambaud Marie , sœur Sainte-Euphrosiue.
1740 Ramey Antoinette.
1710 Ramey Claudine .
1740 Ramey PhiUberte.
1682 Relègue Anne.
1627 Relogue Jeanne , supérieure du premier couvent de
Montbrison.
1746 de Renaison Marie-Nicole, supérieure à Saint-Bonnet. 1641 Reynard Louise.
1751 Richard de la Prade Marie.
1722 Rival Anne, sœur Sainte-Madeleine.
1649 Rival Catherine.
1659 Rival Françoise.
1659 Rival Madeleine.
1667 Rival Marie.
1 775 Rony Benolte-Marie.
1774 Rony Marie.
1780 du Rosier Claudine , supérieure à Saint-Bonnet. 1672 de Rostaing Marie-Anne.
1701 Rotagnon Antoinette.
1641 de la Roue Anne.
1 733 ie la Roue Marguerite, supérieure à Saint-Galmier. 1806 Ruyton Catherine, Ursuline à Saint-Symphorien-
le-ChAteau.
1655 de Saint-Priest de Footanez Louise. 1648 de Saint-Priest de Fontanez Marguerite.
1643 de Saint-Priest de Fontanez Marie.
1695 Sapho Marie.
1655 de Sarracin Dorothée , supérieure à Saint-Galmier. 1661 de Siguret Denise.
1722 du Soleil N..., sœur Saint-Ennemond.
1751 de Souvigny N...
1641 Staron Catherine , supérieure à Montbrison en 1698. 1637 Tantillon Yolande.
1727 Terrasson Marie- Anne, supérieure à Saint-Galmier. 1709 Terray Jeanne , sœur Saint- Augustin.
1734 Terray Pierrette, sœur Sainte-Luce.
1742 Terray N..., sœur Saint-Priest.
1777 Thevenet Marie.
1682 Thoinet Catherine, sœur Saint-Paul, fille d'honorable Pierre.
1703 Thoinet Catherine, fille de noble Sébastien.
1725 Thoinet Marie-EUsabeth.
1756 de Tours N...
1737 Tricaud du Monceau Catherine-Pierrette.
1701 Tricaud du Monceau Marie.
1741 Tricaud du Monceau Marie-Marguerite.
1763 de Varan Catherine.
1726 de Vaugirard Catherine, sœur Sainte-Agnès. 1711 de Vaugirard Elisabeth.
1784 de Vaugirard N..., sœur Saint-Louis.
1708 du Verdier de Valprivas.
1711 Vial Catherine , sœur des Anges, supérieur du 2*
couvent de Montbrison.
1630 de Vinolz d'Aboin.
1700 Vignat Louise.
1742 de Viry N..., sœur Sainte-Rose. 1769 de Viry N..., sœur Sainte-Thérèse.
1642 i 1790) CHAPITRE PREMIER
L'ordn dt la VUtitioD.— Bon iUbUiMmant i UontbriMD » 1«4I.— Coulrnction du couvbdI av«c !«• ruiiMt du donjon eo 1670. — Conitmcttoa d« l'éiIlM et du d4m« m 1700.
Les habitants de Montbrison appréciaient sans doute tes heureux résultats de la bonne éducation que leurs filles recevaient au couvent des Ursulines établi dans leur ville depuis quelques années (16S8]> aussi, soit que ce couvent fut insuffisant pour répondre aux besoins du pays, soit que les personnes qui appartenaient aux classes privilégiées voulussent avoir pour leurs filles une maison d'un ordre plus releva
que celui des Ursulines^ soit enfin que Ton sentit le besoin de ranimer le ^èle des catholiques refroidi par les guerres de religion^ les habitants de Montbrison voulurent établir dans leurs murs une nouvelle maison d'éducation confiée aux religieuses de la Visitation de Sainte-Marie.
L'ordre de la Visitation avait été établi^ en 1610, à Annecy par saint François de Sales et Mad"''' veuve de Chantai; ce n'était dans le principe qu'une réunion de saintes femmes, non soumises à la clôture, et dont le but principal était la visite et le soulagement des malades. Elles s'appliquèrent bientôt à l'enseignement des jeunes filles. Le besoin d'instruction, qui se faisait sentir après les troubles religieux et politiques qui venaient d'agiter la France, contribua beaucoup à la propagation de cet ordre.
Les premières femmes qui firent partie de cette association avaient conservé le costume qu'elles portaient dans le monde^ en le réglant toutefois avec une grande modestie. Ce n'est que plus tard, lorsqu'elles furent cloitrées, soumises à la règle de saint Augustin et reconnues comme ordre religieux par le pape Paul V, que fut adopté le costume qu'elles portent encore de nos jours.
Les autres ordres religieux de femmes établis avant les Visitandines ne pouvaient admettre, d'après leurs statuts, que des filles assez jeunes et assez fortes pour supporter les austérités du cloître. Saint François de Sales pensa au contraire que l'ordre nouveau qu'il voulait fonder devait recevoir les veuves aussi bi^n
LES YiSITANDINB9. 225
que les filles^ et celles qui^ à cause de leur âge ou par quelques défauts ou infirmités corporelles, ne pouvaient entrer dans les autres monastères; en con-» séquence, il les dispensa des austérités corporelles, excepté de celles qui sont permises par les constitua» tiens et qui sont en petit nombre.
La raison de ces statuts, nouveaux pour un ordre religieux, était, dit saint François de Sales, « que a plusieurs femmes, inspiréeis de Dieu, aspirent bien a souvent à la vie religieuse, dont cependant elles d sont exclues, ou parce qu'elles sont déjà avancées <K en âge, ou parce qu'elles sont infirmes, ou enfin <K parce que la faiblesse de leur tempérament ou la <K délicatesse de leur complexion ne leur permet pas a de supporter les jeûnes, les abstinences et les ausd térités qui sont en usage dans les autres ordres a religieux; qu'il arrive de là que ces personnes, « quoique pleines de mépris pour le monde et de c courage pour le quitter, quoique très-propres pour <K la vie intérieure, sont obligées de vivre dans a l'embarras du siècle, au grand préjudice de leur « salut, faute de trouver des maisons religieuses qui « les reçoivent, et dont elles puissent pratiquer la « règle (1). »
Tel fut le but de saint François de Sales en fondant l'ordre de la Visitation et tel fut peut-être la cause de l'inunense succès qu'il obtint. Quelques années, en effet, après sa fondation, il comptait plus de oent
(1) (JEuwm de Maint Fraveoiê 4e Sakt, t. 1«\ p. 49ô,
cinquante monastères^ non«seulement en France et en Savoie^ mais dans Tltalie^ l'Allemagne et jusqu'en Pologne.
Je crois ^ toutefois^ que la pensée qu'avait ou saint François d'ouvrir les ^couvents de son ordre aux femmes veuves eut peu de succès en France, à en juger au moins par le couvent de Montbrison qui , pendant un siècle et demi d'existence, ne reçut qu'une seule veuve : Jeanne Levacher, veuve de Benoit Mangeant, âgée de 51 ans.
L'ordre de la Visitation existait à Lyon depuis l'année 1617, il avait aussi une maison à Saint-Etienne établie vers 1620; elle y avait même si bien prospéré qu'elle put fournir des sujets et des capitaux à l'établissement d'une maison de cet ordre à Montbrison, comme nous allons le voir.
Pour arriver à cette fondation les habitants de Montbrison furent convoqués le 23 avril 1634 dans la salle capitulaire du couvent des Cordeliers (aujourd'hui la mairie) , lieu ordinaire des assemblées publiques. La réunion était présidée par M" Jean Croppet, conseiller du roi, lieutenant-général au bailliage de Forez; elle eut lieu en présence du procureur du roi, Claude Henrys, et d'Arnould du Rosier, conseiller du roi au bailliage; la demande des habitants fut exposée par Jean Papon, lieutenant en la chàtellenie royale de Montbrison, Antoine Fasson et Denis Gagnieu, tous deux bourgeois et échevins de la ville. Le désir des habitants ne rencontra aucune opposition, et l'autorisation fut accordée a,u% Visitandines
LES YISITÀNDINES. 227
de fonder une maison dans la ville ^ à la seule condition de n'y faire aucune quête. Cette restriction nous montre que les habitants avaient assez des quêtes que faisaient les C!ordeliers et les Sainte-Claire depuis longtemps établis dans la ville.
Les personnes pieuses qui poussaient à cet établissement s'adressèrent aux Visitandines de Saint- Etienne; et, le !•' février 1635, Mad"- Marie-Philiberte Aysement, supérieure de cette communauté, demanda au cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, l'autorisation d'envoyer quelques-unes de ses religieuses fonder un couvent à Montbrison. Parmi les raisons à l'appui de sa demande, elle expose c qu'il y a fort « grsuide quantité de filles qui se présentent pour être <K roQues à l'habit religieux dans leur monastère de « Saint-Etienne; en quoi les suppliantes ne leur « peuvent donner ce contentement, bien que, par a charité, elles le souhaitent de tout leur cœur; que « Messieurs de la ville de Montbrison leur ont accordé c d'établir un monastère de leur ordre dans leur ville ; « que ce serait un moyen de faire place en celui de <r Saint-Etienne aux dites prétendantes, et aussi de « contenter quelques autres qui les attendent dans la <c ville de Montbrison. i»
Bien que l'autorisation du cardinal ait été immédiatement accordée (1635), il s'écoula sept années jusqu'à Tarrivée des Visitandines de SaintrEtienne à Montbrison, qui eut lieu le 7 avril 1643. Le premier noyau de cette nouvelle communauté était formé de Mesd"* Marie-Madeleine Real, supérieure; Marie-
228 LES COUVBNTS DK MONTBRISOX.
Thérèse Gonon^ assistante; Mâ^ie- Angélique Bailly^ Marie-Marthe Lesieur y Marie-Geneviève Ravel • et N... Roussier^ toutes religieuses professes de la Visitation de Saint-Etienne<le-Furan. La maison-mère alloua aux religieuses qui vendent fonder une succursale à Montbrison un capital de 8,000 livres, représentant la dot des religieuses , et le mobilier nécessaire à leur première installation, plus 403 livres pour la dot apportée par deux sœurs domestiques qui vinrent compléter leur maison le jour même de leur arrivée à Montbrison.
Les sept années qui s'écoulèrent entre l'autorisa* tion accordée par le cardinal et l'arrivée des religieuses font supposer que leur installation rencontra plus d'un obstacle. Les Ursulines de Montbrison, établies depuis quelques années, ne restèrent pas sans doute indifférentes à la fondation d'une maison rivale de la leur.
Quoiqu'il en soit, les obstacles ne paraissent avoir été levés qu'au commencement de Tannée 1643, et c'est le 27 février seulement que les six religieuses désignées pour fonder la nouvelle communauté firent acquisition de la maison où elles devaient bientôt s'installer. Cette maison appartenait à M. Pierre Lhéritier, docteur-médecin à Montbrison. Elle était située sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le perron et l'église qui sert de salle à la C!our d'assises de la Loire. Elle est ainsi confinée et désignée dans l'acte de vente : « l"" maison à quatre étages, sise à a Montbrison, au coin et place de la barrière dudit
LES VISITxVNDINES. 229
«t MontbriBon (1)^ joignant la rue de la Madeleine^ « de soir; celle de la Barrière allant au château y de t vent; autre rue allant aux murailles de la ville ^ c derrière les fours banaux^ de matin; les maison et « bâtiments de M« Louis Caze et de demoiselle Ber- « thaud^ de bise (3). 2^ Un autre bâtiment construit « par le vendeur dans son jardin^ avec le dit jardin « et aisances ^ joignant la dite rue de la Barrière ^ « rue allant aux château et prisons^ de vent et matin; a l'autre dite rue allant aux murailles de la ville e derrière les fours banaux^ de soir; et les jardins « ou places appartenant aux dits mariés Caze^ aux a héritiers de M* Antoine Sévérat et de Pierre Aus- « sède^ de soir et bise. i>
On voit par ces confins que cet immeuble était important; mais le jardin était séparé de la maison principale par la rue^ qui se dirigeait vers les murailles de la ville^ derrière les fours banaux.
(1) C'est sur cette place, établie devant la porte principale du château de HoBtbrison , qu'avait Heu la vente aux enchères du droit de ban du vin du conté de PoTes^ itervé pour le mois de mai ; le comte cédait ce privilège moyennant finance. C'était dans les pays de vignobles un des bons revenus du comte de Forez.
(2) Une donation faite en 1760 par ^Claude Caze, conseiller au bailliage de Fbrec , à' son fils I/)uis, lieutenant ao régiment d'infanterie de Médoc, nous apprend que la maison dont nous venons de parler, avec un jardin attenant, était située sur tei ^otth de la brèche. Il est permis de conclure de cette dernière dénomination , que c'est auprès de la* vieille tour que l'on voit encore' anprès de l'église Sainte-Marie (anjourd'hui';le tribunal) que le baron des Adrets, en 15C2 , battit en brèche le château de Ifontbrison, et que là fut donné l'assaut qui l'en rendit maître. C'était , en effet , la partie la plus faible, puisque partout aillenrs il était protégé par des escarpements.
Il semble^ d'après les confins de la maison vendue aux Visitandines par M. Lhéritier^ que les fours ba* naux étaient encore à cette époque (1642) situés près de la place de la Barrière; cependant Aug. Bernard dit que vers 1451 le four banal de Montbrison fut transporté rue des Cordeliers dans la maison de Denis Crozet^ <c notre amé et féal secrétaire et maitre de a notre chambre aux deniers^ » et qu'on lui donna en échange la maison où était l'ancien four. Comme cet échange n'avait pas été avantageux pour Crozet, le comte de Forez lui accorda le 18 février 1466 la franchise de tout droit de cuisson à lui et à ses descendants (1).
M. Chantelauze, dans ses notes sur V Histoire des ducs de Bourbon par La Mure^ mentionne trois fours banaux existant à Montbrison en 1489^ celui de la Barrière^ celui de la Cordonnerie (cette rue est la même que celle des Cordeliers) et celui du Marché (2).
On retrouve de nos jours une trace de la rue qui passait derrière les fours banaux dans la voûte ou passage couvert qui existe sous l'église de Sainte- Marie. Ce passage^ aujourd'hui sans issue^ est fermé par des portes; il ressemble plutôt à l'entrée d'une cave qu'à une mette. Les Visitandines obtinrent avec grand peine ^ en 1646^ l'autorisation de bâtir une voûte sur ce passage, afin d'établir une communica-
(1; Notes manuscrites de V Histoire du Forez, par Aug. Bernard , t. 2', p 60, exemplaire de la bibliothèque de Saint-Etienne.
(2) Hiâtoire de$ ducs de Bowrbon , i. 3, pièoes supplémentairee , p; 292.
LES MSITANDINES. 231
tion facile entre leur maison et le grand enclos qui était au matin de cette rue. Une première autorisation leur en avait été donnée en 1642 par Mad*"* Catherine-Charlotte de Granmond^ au nom et avec la procuration de son mari^ haut et puissant seigneur Henry Mitte de Chevrières^ chevalier^ marquis de Saint-Chamond^ seigneur engaglste de Montbrison depuis le 27 novembre 1638; mais les parties intéressées formèrent opposition à l'établissement de cet arceau qui apportait quelque obstacle à la libre circulation de la ruette. Cette opposition ne fut levée qu'en 1646. L'autorisation donnée par le marquis de SainlrChamond leur accordait aussi le djroit de faire tirer de la pierre en la motte et château de Montbrison^ au lieu qui leur sera désigné^ pour bâtir leur église et logement.
La vente de la maison et enclos de M. Lhéritier fut faite aux Visitandines en 1642 au prix de 8^500 livres; l'acte en fut passé au parloir du couvent de Saint^Etienne^ par M* Terrasse^ en présence de Mad°^ Marie-Claudine Rochette^ supérieure de la Visitation de Saint-Etienne^ et de M" Gabriel Boyer, conseiller du roi^ lieutenant-général au bailliage de Chauffour. Ce dernier appartenait à une famille montbrisonnaise; il était en cette circonstance le représentant de la ville.
Bien que la maison de M. Lhéritier fut vaste et importante , à en juger par ses quatre étages et par le prix d'acquisition^ très-élevé relativement à l'époque^ elle n'était pas appropriée aux besoins d'une communauté. Aussi les nouvelles religieuses employèrent^
dès la première année ^ en réparations ou agencements^ un capital de 780 livres. Pendant les années 1645^ 1646 et 1647, elles élevèrent des constructions pour un nouveau capital de 2,565 livres. Leur pre^ mier soin et le premier emploi de ces sommes fut sans doute l'érection d'une chs^Ue; car un acte du 9 avril 1642 (le surlendemain de leur arrivée à Montbrison) les autorise à faire célébrer la messe dans une eham^ bre basse de leur logis otmée et accommodée.
Nous venons aussi de voir que dès la première année elles obtinrent du marquis de Saint-Chamond, seigneur engagiste de Montbrison , la permission de faire tirer de la pierre de la motte et château de Montbrison pour la construction d'une église. Toutefois, ce n'est pas à cette époque qu'il faut faire remonter la construction de l'église de Sainte-Marie et du dôme élégant qui la couronne. Ce monument ne fut érigé qu'en 1701, comme nous le verrons bientôt. Nos religieuses n'étaient pas assez riches, à cette époque, pour entreprendre une pareille construction; elles durent se borner à l'érection d'une modeste chapelle construite au soir et au bord de la rue de Cremeaux qui tendait de la chapelle Saint-Âubrin (près du donjon) au couvent des religieuses.
Nous avons vu que les immeubles acquis de M.
Lhéritier étaient confinés au nord et au soir par des bâtiments ou jardins appartenant à MM. Caze, Âus* sède et Sévérat; aussi Jes Yisitandines acquirent successivement dès les premières années de leur installation ces divers immeubles. En 1648 elles
LES VISITÂNDINBS. 233
achetaient^ devant Terrasse^ notaire^ de M. Honoré Champolin^ avocat en parlement^ et de demoiselle Marie Gauthier^ sa femme ^ un petit jardin.
Le 1" février 1662, devant le même notaire, noble Balthazard Sévérat, conseiller du roi, élu en l'élection de Forez, leur vendit un autre petit jardin d'une cartonnée; tous deux étaient situés au vingtain des murailles du château, derrière les fours banaux, confinés au nord par la rue et vingtain des murailles de la ville, qui tend de la rue de la Madeleine, en montant droit au château, au soir par la rue des Fossés qui descend de la porte du château dite Bourbon et aboutit à ladite rue et vingtain.
Le 26 août 1665, devant le même notaire, elles achetaient de M. Antoine Gaze, avocat en parlement, un jardin situé derrière sa maison (celle qui joint de nos jours au perron de la Gour d'assises).
Pendant les années 1671 et 1672, elles acquirent de M. Jean Mazuyer, conseiller du roi, receveur du taillon en l'élection de Forez, et de Mad"' Louise Charrey, femme du sieur Léonard Ghapuis, marchand à Montbrison , deux caves situées au château de Montbrison, au lieu appelé de Gremeaux, confinées au matin et au midi par la rue de Gremeaux allant de la porte de la Barrière, ou donjon de la ville, à la place Saint-Aubrin , au nord par certaines places vagues et au matin par la maison de M. Antoine Henrys.
Quelques années après , devant Thoinet, notaire à Montbrison, le même Antoine Henrys et D"* Marie Ghassain sa femme, vendaient aux religieuses un Tome 2. 16
bâtiment avec cave^ cuvage et grenier^ et un jardin de deux cartonnées et demie à la suite; le tout situé dans la ville de Montbrison^ au-dessous de l'ancien château^ confiné au matin par la place appelée Saint- Aubrin (cette place existait au soir d'une petite chapelle dédiée à ce saint^ construite dans l'enceinte du château^ à peu près au-devant de la porte actuelle de la gendarmerie^ elle s'étendait jusqu'à la porte du château appelée porte de Bourbon) ; au midi par la rue de Cremeaux qui tendait de ladite place à la rue de la Barrière^ ou du donjon de la ville; au soir par le jardin du monastère^ et au nord quasi au matin par les murailles de ladite ville. Cet immeuble^ assez important par son étendue^ fut payé 3^000 livres. Il est représenté de nos jours par la partie du monastère qui est affectée à la gendarmerie (1). Il avait appartenu au XV* siècle à Vernin de Cremeaux qui avait attaché son nom à cette partie du château de Montbrison; et plus anciennement peut-être à Etienne de Cremeaux^ chancelier de Forez en 1318. C'est par suite de cette acquisition que nos religieuses payaient encore en 1687 des cens et servis à la rente de Cremeaux^ réunie à la baronnie d'Ecotay par le mariage de Claudine de Talaru-Chalmazel avec Balthazard Hérail de Pierrefort^ chevalier^ seigneur comte de la Roue^ Montpeloux^ Usson et baron d'Ecotay.
(1) Voir an plan d'une partie des remparts de la ville et ch&teau de Mont* brison du 20 octobre 174 1, dressé par Morel, paraphé par le conseiller Boyer. (Archive de la préfecture , fonds des Yisitandines de Sainte-Marie.)
LBS VISITâNDINBS. 235
Le 24 mai 1690^ devant Thoinet^ notaire à Montbrison^ nos Visitandines achetaient encore des héritiers d'Etienne Raval^ juge-châtelain de Saint-Rambert, oc un bâtiment en ruine situé au bas du château c de Montbrison^ confiné au matin par la place puc blique de Saint-Aubrin ^ au midi par la rue de Crec meaux ou chemin allant de Tancienne porte dudit ce château appelée de la Barrière^ ou du donjon^ à a une autre porte du même château appelée ancien- « nement de Bourbon, ou du Colombier, et à présent c de la chapelle Saint- Aubrin; au soir et au nord par a les bâtiments et jardin du monastère. »
Plus tard, le 7 juillet 1720, devant Besset, notaire, les Visitandines acquirent encore de M. Claude Pupier de Brioude, conseiller au bailliage de Montbrisoh, un grand et vieux bâtiment situé au château, joignant aux prisons de la ville, le tout inhabitable et presqu'en ruine, au prix de 900 livres.
Ces divers immeubles avaient été possédés, dans le XV siècle, par Agnès du Palais, Noël de Châtillon, sieur du Soleillant, Agnès d'Ecotay, Vernin de Cremeaux, Jean de Barges et Pierre de Tournon (i). Alors que le château de nos comtes à Mont-
Ci) Quelques-ans de ces Immeubles payaient ce qu'on appelait alors un cens ou directe sous le nom de rente de Tournon , que nos religieuses rachetèrent» à prix d'argent, par acte reçu Thoinet, notaire , le 13 mai 1692. — Un membre de cette famille , Claude de Tournon , ancien conseiller du roi au parlement de Dyon, mort en 1 538 , institua pour ses héritiers les consuls de cette rille, à la charge d'appliquer les revenus de son hoirie à l'entretien ou à la fondation du collège de Uontbrison. (Voir son épitapbe dans l'église de Saint-Pierre à Montbrison. — Armorial.du Lyonnaise
brison brillait dans tout son éclata les grands seigneurs de ce temps fixaient leur résidence auprès de celle de leur suzerain. Mais après la réunion du comté à la couronne^ après les guerres de religion qui amenèrent la destruction du château^ les demeures des seigneurs fiurent bientôt abandonnées^ et leiu*s ruines se mêlèrent à celle du château. Toute cette partie occidentale de la motte ou château de Montbrison fut convertie en petits jardins^ terrains vagues et caves à Tusagedes habitants. Toutefois^ en 1732^ les ruines du château et du donjon étaient encore trè&^levéee et dressaient leurs débris en face du couvent; elles abritaient des quantités innombrables d'hirondelles que les oisifs abattaient à coups de fusil; il parait même que le bruit des armes à feu troublait le repos et le silence du couvent^ car le 4 mai de cette année les religieuses obtinrent du président de la châtellenie un arrêté qui défendait de se livrer à cette chasse.
Outre les rues de Cremeaux^ des Fossés et de la Barrière, ces divers emplacements étaient sillonnés par des ruettes ou sentiers qui serpentaient au milieu des masures. C'était encore, même vers la. fin du XVII* siècle, le rendez-vous des filles publiques et des coupeurs de bourse.
En novembre 1666, nos religieuses, avant de commencer la construction de leur couvent, firent sanctionner leur établissement par lettres-patentes du roi; toutefois ces lettres ne furent enregistrées qu'en 1670, le 9 juin; et pour arriver à cet enregistrement elles durent produire un certificat, en date du 5 février
LB8 YlSirANDnŒ8. 237
1669, par lequel MM. Setaron fsicj, Berthaud de la Chapelle et Janieu, tous trois échevins de Montbrison^ attestent que les religieuses de la Visitation de Sainte- Marie vivent avec une grande édification pour le pro* chain, .et que, pour leur entretien, elles ne sont au« cunement à la charge de la ville. Ce certificat fut scellé des armes de la ville : au champ de gueules, au château d'or, flanqué à senestre d'une tour avec toit aigu (le toit du château est surmonté de deux petites flèches avec girouettes), au chef cousu de France. Une guir* lande de feuillage règne autour de Técu; la légende SBBL DE Mom*BRisoN euvironno la guirlande. Nous avons reproduit ces armoiries dans le titre de notre ouvrage.
C'est au milieu de ces divers emplacements que nos religieuses firent commencer, en 1672, le grand bâtiment situé à l'angle de la rue de la Barrière, ou du Donjon, et de la rue de Cremeaux (aujourd'hui rue de la Gendarmerie). Cette rue de Cremeaux était quelquefois appelée rue du Palais, parce qu'elle conduisait à une partie du château où se rendait la justice. Ce vieux bâtiment, dont on voit encore les restes, était situé en face de la porte de la prison actuelle, à peu de distance de la chapelle de Saint-Aubrin; en 1 726 il est souvent appelé le Palais; à cette époque, il servait encore à la tenue des audiences.
M. Arselot, fermier du domaine du roi, permit aux religieuses, comme l'avait fait le marquis de Saini4Iïhamond, de tirer de la pierre des ruines du château. Faut-il s'étonner aujourd'hui d'avoir vu dis*-
paraître si promptement jusqu'aux dernières traces de ce château. Quant à la pierre de taille^ elle fut prise dans une carrière appelée la RottarderiSj située au bord de la rivière de Vizézy, sur un fonds appartenant à M. de la Pierre de Saint-Hilaire.
Une fois entrées dans la voie des constructions^ nos religieuses paraissent avoir été atteintes du mal que nous appelons aujourd'hui la maladie de la pierre. En 1678 elles firent élever à la suite du bâtiment dont nous venons de parler^ sous la direction du sieur Durand Aubert^ maître architecte de Mont* brison^ dans le verger du couvent ^ le long de la rue qui tend de la Barrière au Palais^ les corps de logis occupés de nos jours par la gendarmerie. Suivant le traité passé avec l'architecte, le 29 noveipbre 1678, devant Thoinet, notaire, « ces corps de logis composés ec de quatre étages et de tous leurs appartements, a offices et cellules marqués au plan, seront couverts oc à la française , suivant les élévations indiquées au oc dessin. Les pierres de taille des croisées au nombre o; de douze auront six pieds d'élévation, quatre et oc demi de largeur et deux et demi d'épaisseur, avec oc fouillis à l'accoudoir; chaque croisée sera payée 23 oc livres 10 sols. Lies douze fenêtres des cellules au* oc ront trois pieds et demi en hauteur, deux et demi oc en largeur et deux en épaisseur; elles seront payées oc 15 livres l'une; enfin six larmiers, de quatre pieds oc de haut sur quatre et demi de large, seront payés oc à raison de 15 livres l'un. La pierre sera prise aux oc carrières de Ck>rbine. »
LES VISITANDINBS. 239
Quelques années après ^ le 19 novembre 1685^ nouveau traité^ devant le même notaire^ avec Jacques Charbonnet, maître architecte et entrepreneur, demeurant à Monistrol, pour la construction d'un cloître dans l'enceinte des bâtiments. Aux termes de la convention, « ce cloître sera composé de dix-huit arcades a de huit pieds et quelques pouces de largeur à plein c cintre, supportées par seize piliers carrés, le tout « en pierres de taille; chaque arcade sera élevée sur <c un mur de deux pieds de hauteur, couvert d'une <K cadette de deux pieds de large; les arcades sur les « cadettes auront dix pieds d'élévation au-dessous du a cintre avec chapiteaux et clefs de voûte. » Le prix de chacune des arcades fut fixé à 404 livres et celui de chaque toise de maçonnerie à 3 livres.
Dans un des angles de ce cloître on construisit une petite chapelle en l'honneur de la bienheureuse mère Marie de Chantai. Un dessin de l'époque nous a conservé l'ornementation extérieure de la fagade de cet oratoire. La porte était ornée de deux colonnes ou pilastres carrés avec piédestal et chapiteaux d'ordre ionique accompagnés de deux guirlandes retombant sur deux consoles contornées. Au dessus de la porte, à cintre surbaissé, un cartouche portait une inscription; au-dessus de ce cartouche un cœur enflammé, percé de deux flèches et entouré d'une couronne d'épines. A droite et à gauche de cette couronne une guirlande de feuilles, fleurs et fruits allait se réunir aux chapiteaux des pilastres et servait d'attache à deux médaillons; l'un représentant le buste de saint
François de Sales ^ l'autre celui de Mad"'*' de Chantai. Toute cette ornementation fouillée dans la pierre était d'un bon effet.
La construction de l'église et du dôme de Sainte- Marie^ commencée en 1700, fut terminée en 1702; elle acheva dignement cette série de bâtiments. Cette église placée sous le dôme a, dans œuvre, trente-six pieds de large dans le milieu de la croisée , soixantedouze de long et quarante-un pieds d'élévation.
Le 8 juin 1700, devant Barrieu, notaire à Montbrison, fut signé le traité relatif à cette entreprise, entre dames de Ponchon, supérieure, Marie-Christine de Gaulne, Marie- Anne Barailhon, Marie- Augustine du Buisson, Catherine-Thérèse Chanet, religieuses et officiers du couvent de la Visitation de Sainte- Marie, d'une part, et sieur Martin de Noinville, architecte de Son Altesse Monseigneur le Prince, demeurant à Dijon, d'autre part.
L'église de Sainte-Marie de la Visitation est composée d'une seule nef, ornée à l'intérieur de pilastres en style grec. Un beau perron d'environ vingt marches, mène à la porte principale. Cette porte, du même style, est flanquée de deux colonnes, avec chapiteaux corinthiens, supportant une frise surmontée d'un fronton triangulaire. Elle est de plus encadrée dans un grand arc à la Paladio, avec panneaux plats de chaque côté, remplaçant les ouvertures rectangulaires qui d'ordinaire accompagnent ces arcs. L'ensemble général est couronné par une corniche cintrée à modillons, avec vases antiques aux extré-
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mitée. Des sculptures qui ornaient la porte de bois de cette église, il n'en reste aucune. Toutefois, sur Timposte dormant on reconnaît encore, en dépit des mu* tilations qu'il a subies, un bas-relief représentant la visite de la Vierge à sa cousine Elisabeth : c'était une dédicace parlante.
Cette façade et le perron qui la précède sont dignement complétés par le dôme élégant et majestueux qui couronne l'édifice. Ce dôme a perdu un de ses principaux ornements par la suppression que l'on a faite, il y a quelques années, des œils de bœuf qui s'ouvraient autrefois dans sa courbe. Il est à regretter que la rue qui est en face de l'église, ne soit ni assez droite ni assez large pour permettre aux regards d'embrasser de loin l'ensemble du monument.
Le prix de la construction de cette église fut fixé, par le traité dont nous venons de parler, à 55,000 liv. et celui du dôme à 13,000 livres, en présence de M. Boyer, conseiller du roi, syndic du couvent. Nous avons vu qu'un membre de la même famille, M. Gabriel Boyer, lieutenant-général au bailliage de Chauf* four, avait assisté, comme conseil des religieuses, à la première acquisition qu'elles firent à Montbrison en 1642.
Le syndic du couvent était une espèce de directeur temporel qui prêtait l'aide de ses lumières et de son expérience dans les affaires graves. C'était aussi une espèce de patron sous la protection duquel on se plaçait. Ainsi, M. Barthélémy de Thélis, seigneur de Ch^tel, était syndic ou père temporel des Cordç-t
liers de la Bâtie en 1758; M. Noël Chassaing Tétait à la même époque des Cordeliers de Montbrison; M. le comte de Vichy, maréchal-de-camp des armées du
roi, rétait en 1789 des Capucins de Charlieu, et le
comte de Vauban , lieutenant-général des armées du roi, rétait des Cordeliers de la même ville. En échange de ce protectorat^ les religieux rendaient le syndic participant aux prières du couvent.
C'est après la construction de leur église que les Visitandines de Montbrison durent se croire complètement et pour longtemps installées dans leur beau couvent. Cependant il n'en fut pas ainsi ^ et le XVIIP siècle qui avait vu commencer leur belle église ne s'acheva pas sans emporter dans son tourbillon et le couvent et les religieuses.
C'est ici le cas de faire remarquer que les deux nouvelles communautés religieuses qui venaient de s'établir à Montbrison s'étaient toutes les deux installées sur les flancs de la montagne que couronnait autrefois le château de nos comtes : les Ursulines au midi, les Visitandines au couchant, soit à cause de l'air plus pur que l'on trouvait sur un point plus élevé, soit à cause de l'état d'abandon dans lequel se trouvaient ces deux quartiers, soit enfin à cause du bas prix auquel on pouvait acquérir de grands emplacements.
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