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de trois ouvertures : une porte et deux fenêtres au rez-de-chaussée^ trois fenêtres cintrées au premier étage. La porte cintrée est flanquée à droite et à gauche de deux couples de colonnes d'ordre toscan^ dont une ronde et l'autre carrée; ces quatre colonnes supportent une frise qui sert de base à deux larges pilastres séparant les trois fenêtres du premier étage; ces pilastres supportent à leur tour une autre frise couronnée d'un attique à jour. Ces pilastres se terminent par un fronton cintré supportant un clocher carré couronné d'un petit dôme. Ce clocher et le dôme sont percés chacun d'un œil-de-bœuf. Les quatre colonnes du rez-d&chaussée ^ les deux pilastres du premier étage et le fronton forment sur sa façade un avant-corps saillant d'environ 50 centimètres.
Cette façade ; quoique petite^ ne manque pas d'élégance et justifie la tradition qui l'attribue à l'architecte Soufflet (!)•
L'intérieur était orné de grands tableaux; au plafond pendaient six lustres en cristal. En 1795^ à la restauration en France du culte catholique^ ces objets furent donnés par l'administration municipale à l'église de Notre-Dame nouvellement érigée en pa-roisse.
Une construction moderne^ adossée* à la partie droite de cette façade, nuit beaucoup à la régularité des lignes et à l'ensemble du monument.
(i) Nous donnons les détails sur cette façade d'après une photographie de M. James Dulac, de Ifontbrison, qui nous a été comruniqute jar M. Henr Gonnard.
384 LBS COUVENTS DB M029TBRISON.
L'église des Pénitents^ vendue comme bien national en 1794^ fut rachetée en 1844 par la confrérie des Pénitents; elle fut restaurée et rendue au culte.
Elle vient de nouveau (1874) d'être délaissée^ le le mobilier religieux de la confrérie a été vendu ^ et il est à craindre que ce dernier témoignage des confréries et des usages de nos pères^ disparaisse bientôt sous le marteau des démolisseurs.
Ainsi ont disparu^ complètement détruits ou appropriés à d'autres usages, tous ces établissements religieux ou hospitaliers qui s'épanouissaient autrefois sur le sol montbrisonnais. Seule, la belle église de Notre-Dame-d 'Espérance a conservé sa première destination en devenant le siège d'une paroisse de la ville. Elle fait toujours l'admiration des visiteurs, même de ceux qui ne croient plus aux idées religieuses. Mario Proth, dans son voyage au pays (VAstrée, dont le septicisme n'a pas exclu l'esprit ni le goût artistique, a écrit en effet le jugement suivant sur l'église de Notre-Dame, p. 238 : « L'intérieur de « l'église est un des plus hardis que j'aie vus. C'est a du pavé à la voûte, comme un élan irrésistible, une « sorte de furia lyrique. Toutes ces pierres vivent, « s'animent, chantent et montent en un poème ailé, « triomphant, un vrai poème A' espérance. »
Les églises paroissiales de Saint-André et de Sainte- Madeleine ont aussi sombré dans le grand naufrage de 1793; celle de Saint-Pierre a survécu à la tourmente; non pas qu'elle fut protégée, comme celle de
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Notre-Dame^ par la beauté de son architecture^ mais à cause de sa position au centre de la deuxième paroisse qui fut créée à Montbrison en 1803. Elle vient d'être démolie et remplacée par une église neuve.
L'église des Visitandines^ dépouillée de la riche ornementation dont les religieuses s'étaient plu à l'embellir, prête son vaisseau à la Cour d'assises.
Le grand couvent des Ursulines* sert encore à l'enseignement de la jeunesse, sous le nom de petit séminaire.
Le petit couvent du même ordre sert d'hospice de charité.
La maison des Oratoriens est devenue l'hôtel de la sous-préfecture.
Du grand couvent des Cordeliers on a fait un bazar d'administrations; et, comme le dit très-bien Mario Proth (p. 236) : « Il renferme côte à côte, dans une ce confraternité touchante, la mairie, la justice de « paix, le théâtre et son café, l'école normale et la
d halle aux grains! Les édiles y coudoient les
a dugazons; l'on y vend de l'avoine pour les chevaux, « et l'on y dresse les instituteurs; on y apaise les « querelles de ménage, et les rougissantes fiancées « y rencontrent les sceptiques laruettes ; on y pèse les « destinées de la commune et l'on y avale les grogs. y>
Les emplacements occupés par la commanderie de Saint- Antoine , la léproserie de Moind, la chapelle do Saint-Jean, celle de Saint- Aubrin et le prieuré de Saint-Eloy sont déjà inconnus; il en sera bientôt de njêrne de l'antique prieuré de Savignieu et de la coiri-»
manderie de Saint-Jean-des-Prée, des églises de Saint- André et de Sainte-Madeleine.
Toutefois, par une amère ironie de la fortune, rhumble et pauvre couvent des Capucins seul a conservé sa destination première, et de nos jours il abrite encore quelques pauvres religieuses de Sainte- Claire (1).
(1) Dans l'article que noua avons donné sur les Capucins de Montbrison (t. I*'de8 Convenu, p. 306), noua avons dit que la mention la plus ancienne que nous ayons retrouvée de ce couvent est dans l'ouvrage du P. Basin, imprimé à Lyon en 1693- Notre assertion se trouve formellement contredite par l'ouvrage deSonyer du Lac sur les fie£B du Forez, publié par M. d'Âssier, p. 1S7. Cet auteur écrit en effet : « que le couvent des Capucins de Montbrison subsiste « depuis 1509 par les bieufaits des habitants fondateurs. Cet établissement fut « (ajoute-t-il) autorisé par lettres-patentes d'Henri III, du mois de juillet 1576, « confirmé par celles d'Henri IV, du 19 octobre 1600, du mots de mai 1619 ; par • Louis XIV, aux mois de juillet 1653, décembre 1662 et octobre 1663, vérifiées « au parlement, et par arrêt du Conseil de septembre 1668, qui excepte cette « maison du règlement général fait par déclaration de décembre 1666, confirmé «c encore par lettres-patentes de Louis XV, du mois de juillet 1716. »
Les dates précises rapportées par du Lac ont certainement une force bien suffisante pour combattre ce que nous avons dit sur rétablissement presque récent du couvent des Capucins de Montbrison ; cependant nous ne saurions admettre sans conteste la date de 1 509 qu'il assigne à l'étabUssai^ent des Capucins à Montbrison. L'ordre des Capucins, en effet, fut fondé en 1525 par un Cordelier de Saint-François, et le premier couvent de cet ordre fut construit en France k Meudon, sous le règne de Charles IX (1 560 à 1592) . Il est donc certain que cette date de 1 509, assignée par Sonyer duLac à l'établissement des Capucins à Montbrison, est fausse.
De plus, nous pouvons affirmer que le couvent des Capucins ne renferme dans sa construction aucun caractère de cette époque, ni dans la chapelle, ni dans les bâtiments, ni dans les (U)uts intérieures ; mais nous regardons comme probable (et nous avons déjà émis cette opinion) qu'une communauté de Capucins ait tté établie, dès la fin du XVI* siècle, au Palais Sainte-Bugénie de Moind, et que plus tard, vers la fin du XVII* siècle, elle ait fait construire le couvent actuel de Montbrison et s'y soit installéSp Sonyer du Lac, qui écrival^en 1788 son précieux manuscrit des fiefs du Forez, a pu vérifier dans leurs archives les titres de leur
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Il est bon de remarquer ici que tous les édifices publics qui attirent encore à Montbrison les regards des étrangers sont dûs aux idées religieuses des siècles passés; depuis la belle église de Notre-Dame jusqu'à la jolie façade de la chapelle des Pénitents^ Thôtel de ville, celui de la sous-préfecture, le dôme de Sainte- Marie, le petit séminaire, Thôpital Sainte-Ânne, tous ces édifices sont des témoignages encore vivants de la puissance que l'idée religieuse exerçait autrefois parmi nous.
Un seul édifice public, en dehors de ceux fondés par la religion^ se fait remarquer à Montbrison, c'est la belle caserne d'infanterie construite au midi de la ville, vers le milieu du XVIIP siècle, sur les plans de l'architecte François Deville, de Lyon. Cette caserne se fait surtout admirer par la porte monumentale qui précède les cours , porte dont le cintre supérieur est orné de plusieurs statues d'allure martiale et de nombreux trophées militaires.
De toutes les fondations pieuses ou charitables dues à la générosité de nos comtes ou des grandes familles foréziennes, une seule fleurit encore dans son institution première, c'est l'hôpital Sainte-Anne. Abrité d'abord sous le donjon féodal de nos comtes, transporté ensuite sur les bords du Vizézy, il y subsiste encore avec sa destination primitive, tellement la
fondation ou condbnation, raoT l'errenr qu'il a commise dans la première date, et croire qu'ils avaient toujours possédé le local qu'ils occupaient alors.
L'opinion de Sonyer du Lac n'est donc pas en opposition formelle avec ce que nous avons dit du couvent des Capucins.
charité est vivace^ comme le dit admirablement saint Paul^ et tellement les misères physiques sont profondément enracinées dans l'espèce humaine.
Mais que sont devenues les richesses de toutes les autres maisons religieuses? les privilèges seigneu* riaux^ les droits de haute^ basse et moyenne justice des chevaliers de Saint-Jean<le^érusalem? les rentes nobles^ les droits de cens et de servis des prieurés et du chapitre de Montbrison? les domaines des Orato* riens et des couvents? la liste de leurs nombreux débiteurs? Tout a été anéanti^ vendu ou dispersé; et aujourd'hui on se demande où ont été englouties tant de richesses.
La saisie et la vente des biens des seuls établissements religieux de Montbrison ont produit à la nation plus d'un million quatre cent quarante-trois mille francs.
Ce chiffre résulte de l'estimation donnée à ces biens *par l'inventaire qui en fut dressé officiellement en 1790, ou de la vente môme do ces biens, ainsi que nous l'avous dit dans les notices sur ces divers éta* blissements, et dont voici le résumé :
Les immeubles des Cordeliers, estimés en 1790 à 25,3041iv.
Le couvent de Sainte-Claire vendu en l'an IV 51,200
Immeubles des Oratoriens et du prieuré de Savignieu 273,124
Les sept domaines des Ursulines, af-
A reporter. . 349,628 liv.
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Report., . . 349,628 liv.
fermés 1 0, 1 1 4 livres, estimés ou vendus, outre les bâtiments de leur couvent. . . 409,200
Les quatre domaines des Yisitandines, d'un revenu de 2,500 livres, vendus, outre leur couvent, plus de 100,000 liv. 100,000
Les biens de la commanderie de Saint- Jean -des -Prés, vendus, non compris leur maison et leur église 125,548
Le domaine des Places, du chapitre
de Montbrison, vendu • . . 58,700
outre neuf maisons canonicales qui entouraient leur église et faisaient partie de ce qu'on appelle encore le Cloître; ces maisons, estimées en 1790 d'un revenu de 2,700 livres, furent vendues plus de 100,000
Les églises de Saint-André, de Sainte- Madeleine et des Pénitents, les bâtiments • et jardins des Oratoriens et de la commanderie, les couvents des Ursulines et de la Visitation, ne sauraient être évalués au-dessous de 300,000
Si à la valeur des domaines , églises ou maisons qui appartenaient à ces divers établisements religieux, nous ajoutons la liste de leurs capitaux, s'élevant:
Pour les Oratoriens, à plus de. . . . 20,000
A reporter. . . 1,463,076
Report 1,463,016 liv.
Pour les chanoines de Montbrison, à. 160,000
Pour les Ursulines, à 116,669
Pour les Visitandines, à 194,620
nous arrivons au chiffre respectable de près de deux millions que la nation dut retirer des biens religieux de Montbrison.
Total 1,934,365 liv.
Quoique la ville de Montbrison fut bien partagée sous le rapport des maisons religieuses, il ne faut pas oublier que d'autres localités du Forez, telles que Roanne, Saint-Etienne, Saint-Chamond, Pirminy, Feurs, Saint-Germain-Laval, Saint-Bonnet-le-Château, Charlieu, Bourg- Argental, Saint -Galmier^ SaintrRambert , Notre-Damede-Grâces possédaient aussi de nombreuses et riches communautés ; que les abbayes de Valbenoîte, de Sainte-Croix, de la Bénissons-Dieu, de Joursey, Bonlieu, Beaulieu, Leignieux possédaient de grands domaines; que les nombreux prieurés du Forez, parmi lesquels nous citerons ceux de Pommiers, PouUy-les-Feurs, Clépé^ Salt-en-Donzy, Montverdun, Salnt-Romain-le-Puy, Saint-Sauveur, Chandieu, Perreux, Saint-Just-en-Chevalet, Bard, Bellegarde, THôpital-sur-Rochefort, Sury-leOomtal, Saint- Victor-de-Reins, Saint- Victor-sur-Loire, Jonzieu étaient tous largement dotés; que les 1 96 paroisses
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qui existaient alors en Forez (1) avaient presque toutes une ou plusieurs grasses prébendes^ ou des sociétaires pourvus de bons revenus assis sur des biens fonds.
La nation fit main-basse sur tous ces biens ^ sans distinction du but auquel les revenus de quelques-uns étaient spécialement appliqués; ainsi les paroisses de Chamble et de Bouthéon avaient chacune un domaine dont le produit était destiné à Tentretien des pauvres et d'un maître d'école. Ce noble but n'empêcha pas la saisie et la vente de ces domaines comme biens d'église.
Si les biens seuls des établissements religieux de Montbrison ont produit à la nation en 1 793 un capital de près de deux millions^ à quelle somme pourronsnous estimer le produit total de la vente des biens d'église dans toute la province du Forez? Et si nous remarquons qu'il en fut ainsi sur tous les points de la France, on arrivera à compter par milliards le produit que la nation dut retirer des biens d'église.
Il est probable cependant qu'à une époque de troubles et de révolutions comme celle que nous traversions alors, la totalité de ces produits n'entra pas dans les caisses de la nation.
La plus grande partie toutefois, malgré de honteuses dilapidations, servit à équiper et à nourrir les nombreuses armées que la république française opposa pendant les annnées 1793 à 1796 à l'Europe coalisée, et contribua sans doute à conserver l'unité
(1) Àlmanaeh du LyonnaU, Forez et BwMjdiaiê de 1789 , p. 2.
de la France. Iloui-eux résultat qui a fait absoudre la première république de cette grande spoliation.
Toutefois^ le souvenir même de cette spoliation du clergé devrait imposer silence à ceux qui protestent si haut contre le modeste budget que la France alloue de nos jours à ses prêtres catholiques.