PRÉFACE
L'histoire d'une petite ville de province est plutôt dans la connaissance de ses usages , de ses mœurs et de ses aspirations que dans le récit de quelques rares événements qui sont venus , à de longs intervalles , rompre luniformité de la vie paisible de ses habitants.
L'étude des institutions qui y ont pris naissance , des goûts qui s'y sont développés, des habitudes qui ont survécu même aux révolutions sociales, nous a toujours paru être Taspect le plus intéressant de l'histoire d'un pays.
C'est à ce point de vue que nous avons étudié l'histoire de Montbrison.
Les événements importants sont rares dans l'existence de cette ville : la légende des invasions sarrazines , le récit des pestes nombreuses qui , du XIII* au XVII* siècle , ont ravagé notre province, les souvenirs de l'occupation des Anglais, les guerres de religion , la grande et sinistre figure du baron des Adrets, la trahison du duc de Bourbon, l'entrée solennelle de François P', la lutte desMontbrisonnais contre la Convention, tels sont les seuls faits de quelque importance que signalent les archives de Montbrison ; il serait diflicile de composer une histoire avec d'aussi rares matériaux.
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Kabbé Renon en publiant sa Chronique de l'église de Notre- Dame-d' Espérance de Manibrisont nous a donné un modèle à suivre; il nous a semblé que Y Histoire des Couvents de Montbrison compléterait Tétude gu*il a si bien commencée.
Deux idées m'ont toujours paru dominer dans l'histoire de Montbrison : la pensée religieuse et l'amour de la noblesse. Toutes les villes anciennes paraissent avoir pris naissance entre un château-fort et une chapelle : la force morale et la force physique. Ces deux idées sont encore vivantes dans Montbrison, en dépit des révolutions qui tendent tous les jours à affaiblir Tidée religieuse et à détruire l'influence de la noblesse.
La noblesse est encore un culte à Montbrison, et cette idée y est en si grande faveur que , bien que la vraie noblesse n'y existe plus qu'en souvenir, une nouvelle , née pendant le XVII* siècle , s'est cramponnée pour ainsi dire aux anciens fiefs , y a d'abord attaché son nom moderne , puis, la richesse aidant, car l'or est partout une condition de succès, elle n'a pas tardé à oublier son nom d'hier pour garder comme sien celui du fief d'autrefois.
Dans les villes de commmerce au contraire la noblesse et les idées religieuses n'y ont jamais fait de fervents prosérytes. Le culte de l'or y règne seul, et seul y donne une influence. Aussi j'ai souvent remarqué qu*à Saint-Etienne, la ville la plus commerciale de la province, la noblesse n'y a jamais planté sa tente. En vain au siècle dernier et même de nos jours quelques parvenus enrichis ont voulu enter leur nom roturier sur un titre de fief, la sève locale faisait défaut, et le sauvageon l'emportait sur la greffé.
A Montbrison ce fut toujours l'inverse.
Selon nous, ces idées ont pris naissance d'abord dans les fondations religieuses que les comtes de Forez firent ou développèrent dans Montbrison dès les premiers temps de leur séjour, puis dans la présence autour d'eux de leurs familiers, et de tous ces fonctionnaires qui leur composaient une petite
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cour, ou remplissaient des charges dans leurs finances ou leurs bailliages , seules sources d'où coulait un peu d'or pour les habitants de Montbrison.
Nos comtes de Forez en fondant le prieuré de Savignieu pour les moiaes, Thôpital Sainte-Ânne pour les pauvres et le chapitre de Montbrison pour la noblesse , ont donné Texemple de ces nombreuses fondations de couvents qui envahirent le sol montbrisonnais, et gui furent si longtemps enrichis par les familles nobles de Tépoque. Aussi le nombreux clergé régulier ou séculier de la ville témoignait sa reconnaissance à la noblesse gui Pavait doté, et la payait de ses bienfaits en Tentourant d*un respect et d'une considération gui rehaussait son éclat et augmentait son influence sur le peuple.
V Histoire des Couvents de Montbrison nous montrera aussi le développement physigue et moral de cette ville , gui présida, pendant plusieurs siècles, aux destinées de notre province.
A partir de 930, alors gue Montbrison était tout entier contenu dans la forteresse gue nos comtes avaient dressée sur sa butte volcanigue, le Priearé de Savlffulev, érigé par eux à Fombre pour ainsi dire de cette forteresse, étendait sa juridiction ecclésiastigue sur les mandements de Montbrison et de Moind; et ses prieurs, pour répondre aux besoins de la ville naissante, laissaient, non sans luttes et sans regrets, ériger autour d*eux les paroisses de Saint-Pierre, de la Madeleine et de Saint- André , la commanderie de Saint- Antoine, celle de Saint-Jean-des-Prés et le chapitre de Notre-Dame.
En 1220, les PénitentM de Saint- Aai^astlii, dont Texistence éphémère dura au plus un siècle et demi, furent remplacées par le petit Priearé de ftelnt-Eley, dont le nom et les souvenirs sont à peine arrivés jusgu'à nous.
Il y eut cependant dans Montbrison un couvent , celui des CerdellerS) gui partagea les faveurs du peuple et de la noblesse. G*est peut-être à cette cause gu'il dut sa longue existence (1237 à !793). Sa belle église à voûte ogivale, ornée de blasons foréziens, précurseurs de ceux de la Diana, prêtait
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son sanctuaire aux cérémonies religieuses des diverses corpo-. rations de la ville. Les comtesses de Forez et les plus grandes familles du pays : les Lavieu, Couzan, d'Apchon, Sugny, Montaigu, d^Entraigues et autres y avaient leurs tombeaux plus ou moins enrichis de sculptures et de louanges ; à lire la nomenclature de ces tombeaux on pourrait croire que Téglise des Gordeliers était le Saint-Denis de la noblesse du Forez.
La salle capitulai re du couvent servait aux délibérations des conseils municipaux de cette époque; aussi, cet ordre religieux, essentiellement démocratique, sympathisait toujours avec le peuple ; et dans les luttes nombreuses que ses moines eurent à soutenir avec d*autres corporations, et notamment contre le puissant et aristocratique chapitre de Notre-Dame, le peuple montbrisonnais était toujours avec eux.
 Tinstar des Gordeliers , Tordre de Salnte-Clalre voulut aussi avoir un représentant à Montbrison ; la grande famille des d'Urfé , une des illustrations de notre province, leur fit bâtir un couvent en 1496 , et se fit à elle-même ériger un mausolée dans leur église. Les Glaristes partageaient avec les Gordeliers les faveurs des Montbrisonnais ; mais ces faveurs excitaient la jalousie des curés des trois paroisses et des cha* noines de Notre-Dame , et ces jalousies se traduisaient quelquefois en conflits tumultueux et même sanglants.
Après les guerres de religion qui, en 1562, couvrirent Montbrison et ses couvents d*un voile de deuil taché de sang, on vit bientôt de nouveaux établissements religieux essayer de s*y installer : les Récellets^ après une lutte longue et acharnée, parvinrent à supplanter les Gordeliers dans la direction spirituelle des Sainte- Glaire; les Capaclnii, à leur tour, établis d'abord à Moind, se rapprochèrent de Montbrison et fondèrent, vers 1680, à peu de distance de la ville, un pauvre et modeste établissement.
Le temps n'était plus pour les couvents oisifs ; aussi , les nouvelles communautés religieuses que le XVIP siècle vit