CHAPITRE IV
Rentes et charges de Savignieu. — Suppression du prieuré. — Le collège
de Montbrison devient son héritier.
Le prieuré de Savigieu avait depuis longtemps perdu ou aliéné ses dimes et rentes féodales; il ne lui restait plus pour touè revenus , en 1 770, que le produit d'un vaste enclos qui entourait le couvent, du grand étang qui porte encore son nom, d'un pré de dix-huit
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métérées situé au territoire de Champage, d'une terre de douze métérées située au lieu de Montrouge^ et de deux domaines appelés le grand et le petit Vergnon .
Le prieuré avait encore, avant 1659, un autre revenu qui ne devait entrer que pour mémoire dans les recettes de ce couvent. C'était une rente annuelle, dont nous n'avons pu connaître le chiffre, que le prieur recevait sur les fermes du roi, mais à charge de la distribuer, à titre d'aumône, aux pauvres de Moutbrison. Nous n'avons pu découvrir ni le nom du bienfaiteur, ni la valeur de cette donation. Nous sommes portés à croire que cette fondation charitable était l'œuvre d'un comte ou d'une comtesse de Forez. La distribution de cette aumône fut, par lettres patentes de juin i659, enlevée au prieur de Savignieu et confiée à l'Hospice de la Charité de Montbrison nouvellement établi.
La réunion de tous ces revenus formait une somme de 83001iv.
Mais, d'après un état de cette même année, les charges s'élevaient à 7523 »
ce qui réduisait le revenu à 777 »
• Parmi ces charges, que nous ne connaissons pas
toutes,, nous avons pu constater que le prieuré de Savignieu devait payer 1" une pension annuelle de 500 livres pour l'entretien d'un jeune étudiant au choix de l'abbé de la Chaize-Dieu, dans tel collège, séminaire ou établissement qu'il voudra, pour y recevoir pendant cinq ans une éducation convenable à l'état Tome 1. 5
auquel il se destinera. Voilà certes une fondation généreuse, et qui, bien que l'exécution en fut confiée à des moines, portait l'empreinte d'un esprit large et indépendant;
2" Une rente, dont le montant nous est inconnu, formant le traitement ou portion congrue du prêti^e qui desservait la paroisse de Savignieu au nom du prieuré;
3* Une pension annuelle de cent francs aux moines eux-mêmes de la Chaize-Dieu ;
4** Enfin , une rente de mille francs à diviser, à titre de portion congrue, entre les deux vicaires de Saint- André et celui de Saint-Pierre de Montbrison.
Le revenu^et du prieuré, qui était, comme nous venons de le dire, de 777 livres, était certainement trop modique pour suffire aux trois moines qui vivaient encore à Savignieu dans le milieu du XVIIP siècle, et à l'entretien de l'église et des bâtiments. Aussi, la maison mère de la Chaize-Dieu leur payait, ce à titre de secours, une subvention annuelle de « 1300 livres, qu'elle percevait sur le prieuré de « Montverdun. » Nous croyons que ces 1300 livres provenaient d'une pension que le séminaire de Saint- Charles de Lyon s'était engagé à payer à la Chaize- Dieu, lorsque le prieuré de Montverdun fut réuni à ce séminaire , en 1 701 .
Malgré cette importante subvention, le prieuré de Savignieu touchait à sa ruine; dès le milieu du XVIir siècle, il n'était plus considéré comme un couvent, mais comme un simple hospice pour deux
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OU trois moines vieux ou infirmes que Tabbaye de la Chaize-Dieu y envoyait, quand leur âge ou leur santé leiœ imposait le repos, ou demandait un climat plus doux. Soit parce que la ferveur religieuse, en diminuant, ne fournissait plus assez de sujets, soit à cause des tracasseries sans nombre su/scitées aux moines par les curés de Savignieu, le couvent, vers 1730, était souvent désert, le titre même de prieur claustral était supprimé, et les fonctions de sacristain abolies; la prébende de Saint-Thomas appartenait à Dom Jacques de Mathieu, prieur de l'abbaye de Saint-Austremoine d'Issoire (1). Il jouissait des revenus de cette fondation sans en remplir les devoirs. M" Jean-Antoine-Françoisr-Xavier Donzeau de Sainte Pons, curé de Saint-Méry, à Paris, était prieur commandataire de Savignieu, et touchait les rentes attachées à ce titre, sans trop s'inquiéter d'un prieuré qu'il ne connaissait peufrêtre pas. Les bâtiments lézardés de toute part, les toitures mal entretenues, les jardins sans culture, tout annonçait une ruine prochaine; l'église seule, grâce aux paroissiens, conservait encore, malgré sa pauvreté, le sceau religieux dont sont marqués les beaux monuments gothiques.
Dans ces circonstances, et pour mettre un terme à un abandon qui n'était pas sans tristesse, l'archevêque
(1) Cette abbaye était de la eongrégation de Saint-Uaur, et rapportait 3000 livres à son prélat qui, de plus, était seigneur de la ville. {DUUonnaire uwwenel de la France, par de Hesseln.)
de Lyon, Antoine de Montazet, rendit un décret, le 6 septembre 1781, qui supprimait le prieuré de Savignieu et réunissait ses revenus à qbux du collège de Montbrison, tenu par les Oratoriens. Toutefois, l'église, le clocher et les cloches furent attribués à la paroisse de Savignieu, et les meubles, livres, linges, vases sacrés et autres effets mobiliers, laissés à l'abbaye de la Chaîze-Dieu; la prébende de Saint- Thomas, l'office de sacristain et généralement tous les titres de bénéfices et places monacales furent supprimés, mais seulement après le décès des titulaires; ils pouvaient jusqu'à leur mort conserver les revenus de ces bénéfices, mais non résigner ni permuter. A compter du jour, disait le décret, où le collège de Montbrison jouira des revenus du prieuré, il devra en acquitter toutes les charges, payer une pension de 500 livres à un jeune étudiant nommé par l'abbé de la Chaize-Dieu; une rente de pareille somme, à titre de portion congrue, à chacun des deux curés de Saint-Pierre et de Saint- André de Montbrison, et à leurs successeurs; enfin, deux livi'es de cire à l'abbaye de la Chaize-Dieu. Cette redevance était un souvenir de l'ancienne dépendance du prieuré envers l'abbaye. De plus, l'archevêque se réserva, pour lui et ses successeurs, la libre disposition de toutes les cures dont le patronage, ou droit de présentation, appartenait au prieuré, a notamment des cures de a Saint-André, de Saint-Pierre, de la Madeleine, à « Montbrison; de celles de Savignieu, de Chalain-lecc Comtal et de Boisset. »
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Ce décret de suppression^ provoqué, je crois, par les habitants de Montbrison , était avantageux à leur collège, dont les revenus arrivaient à peine à 1000 livres, non compris la rétribution scolaire des élèves; Tadjonction des revenus du prieuré allait doubler ceux du collège. Le prieiu* commandataire. M" de Saint-Pons, et le prébendier de la chapelle régulière de Saint-Thomas, Dom Jacques de Mathieu, ne firent aucune opposition à ce décret; que leur importait l'avenir du prieuré, puisqu'ils conservaient pendant leur vie les revenus de leurs deux sinécures? Mais il n'en fut pas de même de la puissante abbaye de la Chaize-Dieu; bien que le prieuré lui fut à charge, puisque chaque année elle lui payait, à titre de secours, une rente de 1300 livres, elle voyait avec peine diminuer le nombre des succursales qui fleurissait autrefois sous sa dépendance; aussi l'abbaye tout entière protesta, en 1781, par l'entremise de Dom Etienne- Amable Contamine, .procureur-général de la congrégation de Saint-Maur, ordre de Saint- Benoît (1). Mais cette protestation ne fut pas appuyée par l'abbé commandataire actuel de la Chaize-Dieu, Louis -René -Edouard prince de Rohan, cardinalévêque de Strasbourg; le grand seigneur s'inquiétait trop peu de son abbaye pour prendre en main la défense du petit prieuré. Aussi cette opposition ne
(2) Les religieux réformé» de Saint-Maur avaient été établis à la Chaize-Dieu en 1640 , par le cardinal de Richelieu qui en était abbé commandataire.
(La Mure , Àtirée Sainte, p. 407.)
trouva point d'échos; tous les intéressés^ au contraire^ les trois curés de Montbrison^ celui de Savi* gnieu^ les Oratoriens du collège^ le nouveau prieur commandataire de Savignieu^ M" André Rat de Mondon^ vicairo-général de Cambray, avocat au parlement^ professeur royal en droit canon ^ demeurant à Paris, au collège de France, y donnèrent leur adhésion. Quinze notables de la ville de Montbrison, choisis parmi les chanoines, les conseillers au bailliage, les anciens échevins, les avocats, les notaires, furent entendus dans une enquête de commodo, le 10 janvier 1782; ils se prononcèrent tous pour la suppression et fondèrent leur avis sur l'état d'abandon dans lequel était le prieiu*é depuis plusieurs années.
Tant d'unanimité ébranla la résistance de l'abbaye de la Chaize-Dieu, et une somme d'argent (nous n'avons pu en connaître le chiffre), promise ou donnée par les Oratoriens, décida Dom Amable Contamine à lever son opposition, ce qu'il fit le 17 novembre 1782. C'est en conséquence de ce dernier acte que le Parlement consentit à enregistrer, le 19 mars 1783, les lettres patentes du roi, du mois d'avril 1782, qui ordonnaient l'exécution du décret de l'archevêque de Lyon, sous l'engagement toutefois que prirent les Oratoriens de faire à l'avenir le service de la cure de Savignieu, après le décès du titulaire actuel.
Le 7 octobre de la même année (1783), les Oratoriens du collège de Montbrison prirent solennellement possession des bâtiments et de l'église du prieuré.
Cette prise de possession, faite avec une certaine
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cérémonie, fut' présidée par M. Benoit, liœncié en droit, curé de la Madeleine, en sa qualité d'archiprêtre de Montbrison, en présence de François RoUet, aumônier des Ursulines, des RR. PP. Paulin et Victor, Récollets, confesseurs des religieuses de Sainte-Claire, et de Pierre-François Gallix Montillet, Pierre Cavalier, Louis de Saint-Jory, Claude-Hubert Tarrin, Jean Lagutère, Antoine Michon et Louis-Jean-Baptiste Badouiller, tous membres de l'Oratoire.
Toutefois, la réunion ne fut consommée qu'en 1785, après le décès du dernier prieur commandataire, M" Rat de Mondon. •
Ainsi fut définitivement supprimé le prieuré de Savignieu, un des plus anciens sinon des plus importants des couvents de la province. Fondé en 930, il avait vécu huit cent cinquante-cinq ans.
Les Oratoriens ne jouirent pas longtemps de cet héritage. A leur tour, en 1790, ils furent supprimés et leurs biens vendus aux enchères.
Le couvent de Savignieu appartenait, en 1820, au sieur Zanoly, de Montbrison, entrepreneur de bâtiments. Il trouva dans sa démolition de nombreux matériaux; l'église elle-même ne fut pas respectée; devenue inutile par la suppression de la paroisse, elle fut à son tour vouée à la destruction; et c'est un des souvenirs les plus tristes qui soient restés dans notre mémoire que la visite que nous fîmes, en 4820, aux ruines de cette belle église.
L'administration départementale eut un regret de cette démolition , et la pensée lui vint^ trop tard^ hélas ! de convertir les bâtiments du vieux prieuré en un asile d'aliénés^ sous la direction des Frères de Saint-Jeande-Dieu^ nouvellement rétablis en France.
On appropria les débris du vieux couvent à cette nouvelle destination; mais de l'église démolie^ il ne restait plus ni voûte ni enceinte^ quelques piliers encore debout marquaient l'emplacement des nefs, et semblaient attendre le marteau des démolisseurs.
A leur tour ces dernières ruines disparurent, et une humble. chapelle pour les aliénés et leurs gardiens remplaça la belle église du moyen-âge.
Le nouvel établissement ne prospéra pas et fut bientôt supprimé, à cause sans doute de l'insalubrité dont est frappée cette partie de la plaine de Montbrison, et par suite surtout d'une épidémie qui se déclara dans cette nouvelle communauté dès les premiers temps de son installation. Nous lisons en effet ce qui suit dans une publication récente :
a En 1825, les Frères (de Saint- Jean-de-Dieu ) a ayant formé dans l'ancienne abbaye f7e prieuréj « de Savignieu, près de Montbrison, un établisse- « ment pour les aliénés de la Loire, de la Lozère, etc., oc y transportèrent aussi les incurables reçus et soi- « gnés par eux dans la maison Orsel de la Guillotière, ce que le défaut de ressources les avait forcés de « vendre. Mais on dut bientôt céder devant un ennemi « avec lequel on n'avait pas compté. Les bâtimente, « depuis longtemps abandonnés et accrus de cou-
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a structions nouvelles^ avaient été trop vite occupés. <E En 1826; le typhus se déclara : ce fut une véritable « épidémie. Le dévouement des Frères fut héroïque.
a Le P. Jean Pautard, maître des novices et qui
« n'avait guère plus de trente ans, déclara aux reli-
cc gieux que le moment de se sacrifier était venu
a Huit membres de la Communauté moururent, en a effets dans l'exercice de leurs sublimes fonctions. « Le P. Pautard, après avoir soigné, administré et a enterré son propre père, qui était frère donné, et a plus de la moitié de la population de l'hospice (sept « religieux et quatre-vingts malades), fut frappé lui- « mtaie par l'épidémie (1). »
En 1827, l'hospice de Savignieu était à son tour supprimé et les restes de sa population versés dane celui de Champagneux, aux environs de Lyon.
Un hospice pour les infirmes, soit de l'âme, soit du corps, doit en effet être établi dans un lieu sain, d'un aspect riant et gracieuiu Ces bonnes conditions manquaient essentiellement. Et qui oserait dire que l'influence physique du pays où fut fondé le prieuré de Savignieu n'a pas été une des causes de sa décadence prématurée.
(1) N<dic£ fur l'ordre de Saint- Jean-de- Dieu, par l'abbé Âug. Goudour (Lyon, 1858), p. 34.
De quelques prieurs et moines de Savignieu.
1 1 54 à 1 196 BONNEVAL (Robert de) , prieur. MMQQ \ Arthaud , prieur.
) TiLLÈRE (Jean de la), moine.
1233 Roue (Guillaume de la) , prieur, plus tard
évêque du Puy, décédé en 1282.
1257 Violet (Pierre de).