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1620 le collège de cette ville ^ firent jouer^ par leurs élèves^ une tragédie que les Oratoriens venaient de composer sur les rares et prodigieuses aventures de Pierre d'Urfé. Cette tragédie fut imprimée à Lyon par Claude La Guiolle. (Catalogue de M. Coste^ n^ 11,877.) (1).
La seconde femme de Pierre d'Urfé, Antoinette de Beauveau, lui survécut et signala son zèle religieux et l'affection qu'elle portait au couvent fondé par son mari par les nombreuses charités qu'elle fit à cette maison. On l'appelait la Grand, en souvenir peutêtre de la charge de grand écuyer de France que son mari avait occupée. Elle avait fait don aux Sainte- Claire de Montbrison de quelques rentes arrivant ensemble annuellement à 34 livres. Ces rentes qui provenaient, dit un vieux titre, de Madame to Gra/iea^^ étaient les mêmes que celles dont nous avons parlé précédemment, p. 264; elles furent abandonnées par les Sainte-Claire aux Cordeliers de la Bâtie, comme nous l'avons dit à la même page.
Le P. Fodéré et de La Mure s'accordent pour faire partager à Antoinette de Beauveau avec Pierre d'Urfé, son mari, les honneurs de la fondation du couvent de Sainte-Claire. Ses contemporains le pensèrent aussi en lui élevant une tombe placée a au-devant des barce reaux du chœur de l'église, et entourée d'un treillis « en fer, où elle est représentée en relief, couchée
(1) lei d'Urfé, par Âug. Bernard, p. 34. Notes mamiacritea de Tantear sur l'exemplaire à son usage dont il a fait don à la yille de Saint-Etienne.
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c et regardant le ciel^ les mains jointes et en habit « de religieuse de Sainte-Claire^ pour marque de la « pieuse affection qu'elle avait pour le monastère. c Ses armes sont gravées aux quatre coins de ce c monument. » On y lisait l'inscription suivante : c Ci git dame Antoinette de Beauveau, fille de M. le « baron dudit lieu^ au pays d'Anjou^ femme de feu € Messire Pierre d'Urfé, grand écuyer de France (1) . » Aug. Bernard termine cette inscription par les lignes suivantes : a et marié fust à M°^ Catherine de Polignac « de ses premières noces ^ et après son décès épousé « fust à M°" Antoinette de Beauveau (2). »
La fin du XV* siècle et le commencement du XVI* étaient encore une époque où la foi se manifestait par des fondations pieuses ou des établissements utiles et religieux.
En ce temps (1492)^ il y avait à Montbrison une recluserie construite au cimetière de l'église de la Madeleine^ habitée par un pauvre reclus nommé Frère Toussaint Carlier. On appelait recluserie une cabane^ ordinairement placée sur un chemin public^ servant de prison volontaire à une seule personne^ homme ou femme ^ qui s'y enfermait le reste de ses jours ^ et y vivait de la nourriture apportée par les fidèles en échange de quelques prières. Les fondations de r&*
(1) U Mun, Chironiquê de la trà-^iécote abbaye de Sotnle-Clatf^ 2* édition, p. 18.
(t) Ue d'Urfé, p. 44, notes manoflcritM de rexemplaire de l'auteur, légué à le bibliothèque de la ville de Saint-Etienne.
cluseries étaient nombreuses au XIIP siècle (1). Bien des familles n'étant pas assez riches pour fonder un couvent fondaient une recluserie; ainsi il y avait des fondations pour toutes les bourses et des moines pour tous les asiles.
Combien nous aimons mieux arrêter nos regards sur la fondation faite vers 1500 par Pierre de la Bâtie de l'hôpital de Chandieu. Cet hôpital, dont les bienfaits subsistent encore, contenait à sa fondation un règlement remarquable sous plus d'un rapport. En voici les principaux articles : Le nombre des pauvres admis sera de douze; aucune femme âgée de moins de 50 ans ne pourra être reçue; les pèlerins et les voyageurs ne pourront y séjourner plus de huit jours; cet hospice est dédié à Dieu et à saint Sébastien, patron des gens de guerre; et afin qu'on reconnaisse bien les pauvres dudit hôpital et qu'ils soient préservés des insultes des gens de guerre, chaque pauvre portera sur le côté droit de sa tunique une petite flèche de drap rouge de la longueur d'un demi-pied (2).
Auprès du tombeau de Catherine de Beauveau il y avait aussi celui de Jean de Pautrieu, chevalier des ordres du roi, tué au siège de Montauban, le 22 septembre 1621 . Ce tombeau, moins riche sans doute que celui de la famille d'Urfé, était cependant assez-remar-
(1) Histoire du Forez, par Aag. Bernard, t. 2*, p. 70, notes manuscrites de l'exemplaire à son usage.
(2) Hiêtoire du Forez, par Aug. Bernard, t. 2*, p, 72, notes manuscrites de l'exemplaire à son usage.
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quable pour avoir mérité d'être mentionné après ceux des d'Urfé par les auteurs du GaUia Christiana (t.'4, p. 312).
Nous n'avons trouvé aucune autre mention de cette famille que celle d'une fondation de 20 livres de rente en faveur des Cordeliers de Montbrison^ faite par Jeanne de Pautrieu, veuve de Claude de Luzy-Pellissac en 1647 (voir p. 196).
Claude d'Urfé^ fils des fondateurs^ hérita de leur affection pour ce couvent; il fit même reconstruire à jses frais une grande partie des bâtiments détruits par un premier incendie en 1520; ce qui lui valut le titre de restaurateur de ce monastère^ titre qui lui est donné dans plusieurs actes.
Vers 1530, Louise de Savoie à qui fut donnée la jouissance de notre Forez, après sa confiscation sur le connétable Charles de Bourbon, contribua aussi à cette restauration par une aumône annuelle de 100 livres qu'elle fit aux Sainte-Claire. Elle fit aussi réduire les tailles qui pesaient sur le pays (1). Bien que ces faveurs fussent inspirées par la politique des nouveaux maitres pour gagner la sympathie de leurs nouveaux sujets plutôt que par affection, le pays n'en profitait pas moins.
Claude d'Urfé, étant, en 1553, ambassadeur du roi de France Henri II à Rome, obtint du Saint-Siège une bulle d'indulgence en faveur de ceux qui visite-
(1} Bittoire du Forez, par Aug. Bernard, t. ?, p. 98, notes manuflcrHee de rezeroplaire à pon usage.
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ront l'église de Sainte-Glaire et y prieront pour Tâme de Pierre le fondateur. Ces indulgences attachées à certaines églises étaient appelées trésors spirituels; mais^ tout spirituels qu'ils étaient^ ces trésors procuraient alors un bien-être matériel par les nombreuses aumônes que laissaient les visiteurs.
Ce même trafic dlndulgence causa de grands malheurs au catholicisme; le schisme protestant^ qui en fut la suite ^ occasionna à tous les établissements religieux plus de désastres que les indulgences ne leur avaient procuré de richesses. La ville de Montbrison^ prise par les protestants ou huguenots le 14 juillet 1562, éprouva toutes les horreurs d'une place emportée d'assaut. Tous les établissements religieux furent pillés, ravagés et en partie détruits; les membres de ces communautés tués ou dispersés. Les sœurs de SainteGIaire ne durent leur salut qu'au pieux stratagème des Cordeliers François Bourgoin, Gilbert Vacca et Jean Laure; ils pratiquèrent une ouverture dans un mur qui séparait le jardin du couvent de la maison d'une sainte veuve, Mad* Colombe Ypolite. Mais aucun asile n'était sacré pour une soldatesque en fureur, et pendant que les hérétiques pillaient les vases sacrés et les ornements de la chapelle, trois des plus enragés pénétrèrent dans la maison où se cachaient ces saintes filles tremblantes de frayeur. Elles ne durent leur salut qu'à la parenté de deux d'entr'elles avec un des chefs de l'armée victorieuse. L'intervention de ce chef leur procura un saufconduit; il les abrita même pendant quelques jours
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dans un château qu'il possédait aux environs de Montbrison; mais pour ne pas éveiller les soupçons de ses coreligionnaires qui rançonnaient les villages environnants^ elles durent quitter ce premier asile ^ voyant surtout les reproches que les chefs faisaient au seigneur qui les avait sauvées; elles se dispersèrent les unes chez leurs parents^ le plus grand nombre dans d'autres couvents de leur ordre.
Quant aux trois Cordeliers qui avaient facilité la fuite des religieuses^ deux périrent victimes de leur zèle : le P. François Bourgoin fut tué à la porte du couvent dont il défendait l'entrée, le P. Vacca mourut des suites des mauvais traitements qu'il eut à subir dans la prison. (Voir les détails dans notre notice sur les Cordeliers de Montbrison, p. 228.)
Les mémoires de cette époque et, d'après eux, les historiens du Forez s'accordent à dire que Montbrison fut délivré des huguenots dans les premiers jours de septembre. Le P. Fodéré nous apprend que nos religieuses purent rentrer dans leur couvent le 17 de ce mois; toutefois cette installation ne fut pas de longue durée. Un mémoire écrit par ces religieuses en 1640, et trouvé dans les archives du département de la Loire (titre des Cîordeliers) , nous apprend que Mont- . brison fut occupé une seconde fois par les huguenots, qu'ils y commirent de nouveaux ravages et de nouveaux meurtres, et chassèrent une seconde fois les religieuses de leur couvent. Comme ce fait historique nous a paru nouveau, nous transcrirons ici la partie de ce mémoire qui s'y rapporte : « Quelque temps
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a après la mort de Vacca, le Révérend P . de Catalando, a docteur de Paris, fameux prédicateur, fut fait a confesseur des Sainte-Claire; fut pris des ennemis ce de notre foi; et, pour le racheter, les religieuses a payèrent sa rançon de ce qu'elles avaient pu sauver a en quittant pour une seconde fois leur monasa tère, ladite ville ayant été reprise par les héréoc tiques; et un autre religieux fut tus à lu porte « dtulit monastère, en défendant Ventrée à ces a impies soldats {{). »
En reprenant possession de leur couvent, les religieuses de Sainte-Claire le trouvèrent dépouillé de ses meubles et ornements; elles-mêmes étaient réduites à un tel état de misère qu'elles pouvaient à peine se procurer du pain pour leur nourriture; leur chapelle avait été particulièrement en butte à la fureur des hérétiques; il n'y avait plus ni tableaux, ni ornements, ni vases sacrés; elle avait même subi un commencement d'incendie qui compromit sa solidité, et le tombeau d'Antoinette de Beauveau, femme de Pierre d'Urfé, conserva toujours les traces des fureurs des huguenots.
Le P. Nicolas Parisot, nommé confesseur des religieuses après la mort du P. de Catalando, travailla pendant vingt ans à réparer tous ces ravages. Grâce à la générosité de Mad"' la comtesse de Varax, sa bienfaitrice, qui lui fit d'abondantes aumônes jusqu'à sa mort, il rétablit les bâtiments, fit faire quatre ca-
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(1) Voir ce que nous avons dit à ce si^et ci-devant p. ?3I .
lic68^ une belle et riche croix d'argent^ un ciboire et beaucoup de chappes et chasubles. Il termina son œu\Te de restauration en faisant reconstruire avec les largesses d'Anne d'Urfé, en 1582, à la place du lambris de bois, bas et sombre, qui écrasait Téglise, une voûte en pierre claire et haute.
Le mémoire de 1640, dont nous avons parlé, en nous faisant connaître le nom de Mad"' de Varax, ne nous a fourni aucune particularité sur cette bienfaitrice du couvent.
Le P. Parisot signala encore son zèle pendant la peste qui affligea Montbrison en 1626, en faisant luimême la quête dans les châteaux , bourgs et villages du Forez, pour la nourriture des sœurs.
Jacques d'Urfé, fils de Claude, contribua aussi par ses largesses à rétablir le couvent fondé par son aïeul, du moins il est permis de le supposer avec assez de vraisemblance par l'apposition de ses armes que Ton voyait au-dessus de la porte d'entrée de l'église, blasonnées comme nous allons le dire au sujet de son tombeau. Aussi, par son testament daté du château du Mare (Savoie) (1574), il voulut être enterré en l'église de Sainte- Claire, où son fils aîné Anne lui fit ériger un tombeau au milieu du chœur au-devant du grand autel, a Là, sur une tombe de pierre, est a élevée une table aussi de pierre, portée par quatre « figures représentant les animaux symboliques « d'Ezéchiel, tenant chacun un écusson des pleines a armes d'Urfé; dessus et au milieu de cette table a sont gravées ces mêmes armes d'Urfé, entourées
c de l'ordre du roi et couvertes de la couronne de « comte; en cet écusson elles sont écartelées et contre- « écartelées et se blasonnent de la sorte : le premier t et dernier quartier est d'Urfé, le deuxième et troic sième est contre-écartelé; le premier et dernier c canton est de Tendes, qui est de l'empire de € Cionstantinople^ de gueules à l'aile éployé d'or^ le c deuxième et troisième est de Mare^ qui est Vinti- « mille ; de gueules au chef d'or. » (La Mure, Ckr(h nique de Sainte^laire ^ p. 22.)
Ces armoiries étaient accompagnées de l'inscription suivante, longue litanie des seigneuries, charges et titres possédés par Jacques d'Urfé :
c Ci git le corps de haut et puissant seigneur « Messire Jacques d'Urfé, seigneur dudit lieu, de « SainfrJusfc^n-Chevalet, de Bussy et Souternon, de « Rochefort et Saint-Didier, de Meys et Miribel, de < la Bastie et Sainte- Agathe et autres terres situées c au pays de Forez, comte et souverain seigneur de « Tende et du Mare, chevalier de l'ordre du roi, c son conseiller et chambellan ordinaire, capitaine « de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, « bailli, gouverneur et lieutenant-général de Sa Mac jesté au dit pays de Forez, lequel mourut en son c château du Mare, le samedi 23 octobre 1574, et « fut, par son ordonnance testamentaire, son corps « déposé en ce couvent de Sainte-Claire fondé par « son aïeul, grand écuyer de France. »
De ce petit trophée d'orgueil il reste les quatre animaux d'Ezéchiel, encore sonirils en fourrière dans
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le jardin de la Charité de Montbrison. Quant à la table de pierre qui supportait la gloire et les armoiries du comte ^ quelque ignorant maçon y aura sans doute taillé les pierres d'angles d'une écurie.
. Le château du Mare en Savoie^ d'où est daté le testament de Jacques d'Urfé^ lui venait de sa femme^ Renée de Savoie^ de la famille des ducs de ce nom. Cette alliance des familles d'Urfé et de Savoie nous explique le long attachement des d'Urfé au parti de la Ligue représenté dans nos provinces par le duc de Nemours^ prince de la maison de Savoie.
Renée de Savoie^ pour accomplir un vœu fait pendant la dernière maladie de son mari^ fit en 1575 un voyage à Jérusalem; parmi les gens de sa suite nous avons remarqué le P. Cordelier de Catalando^ confesseur des religieuses de SainteClaire^ dont nous avons parlé. Au retour de ce long pèlerinage^ et^ sans doute à l'inspiration de ce moine^ elle établit dans la ville de Montbrison la confrérie du Saint-Rosaire en 1580; le siège de cette association fut fixé dans l'église du couvent de Sainte-Claire. C'est à cette occasion qu'elle fit poser dans cette église un tryptique ou tableau à trois compartiments^ dont nous allons donner la description d'après de La Mure (Chronique de Sainte-Claire j p. 34). Dans le tableau du milieu^ au sommet^ est l'image de la Vierge qui offre des rosaires à tous les membres composant alors la famille d'Urfé^ et rangés par date de naissance : d'un côté Renée de Savoie et ses six filles : 1^ Françoise qui épousa Claude de Rochefort^ seigneur de la Valette;
2"* Marguerite qui fut mariée au seigneur de la Liègue^ 3" Madeleine, mariée plus tard à Paul-Camille Cavalque, gentilhomme parmezan; 4* Gabrielle, qui mourut jeune; 5** Catherine, mariée d'abord à un seigneur du Planet, et en secondes noces à Antoine de Montfaucon, seigneur de Montaigu; 6** et enfin Diane, qui devint religieuse à Soissons. De l'autre côté et en face de leur mère le peintre avait représenté les fils de Renée de Savoie : 1** Anne d'Urfé, le grand ligueur; S'* Jacques, deuxième du nom, continuateur de la postérité; 3** Christophe, seigneur de Bussy, qui mourut sans enfants mâles; 4" Honoré, le célèbre auteur de VAstrée; 5"* et Antoine, qui devint évoque de Saint-Flour et abbé de la Chaize-Dieu. Ce tableau central était accompagné de deux autres qui se repliaient sur lui. Sur l'un, au-dessous d'une image de saint François, le peintre avait représenté plusieurs grands personnages du pays, entr 'autres Jean Papon, alors juge de Forez, auteur d'ouvrages de jurisprudence autrefois estimés, et Guichard Coton, seigneur de Chenevoux, aïeul maternel de l'historien de La Mure. Sur l'autre panneau, du côté des dames de la maison d'Urfé, on voyait les femmes des sieurs Papon, Coton et autres, placées au-dessous de l'image de Sainte-Claire. Tous ces personnages étaient sans doute les membres les plus célèbres de la nouvelle Société du Rosaire. Combien ne devons-nous pas regretter la perte d'un pareil tableau 1 et que nous serions heureux aujourd'hui de retrouver les vrais portraits de tant de personnages célèbres de notre province!
Le tombeau d'Antoinette de Beauveau, dame d'Urfé, se rouvrit pour recevoir le corps de Gabriello d'Urfé, une de ses petites filles, mort^ en bas âge à Paris, et celui de Jacques d'Urfé, premier du nom, reçut, en 1582, les restes de Marguerite, sa fille, mariée à Antoine de Bron, seigneur de la Liègue.
Geneviève d'Urfé, fille de Jacques II, mariée à Paris depuis 1640 au duc de Croy, voulut aussi être enterrée dans le même tombeau. Son cœur seulement y fut transporté.
Deux de ses sœurs étaient alors religieuses en ce couvent, Elisabeth-Aimée et Marie-Anne. Cette dernière en était Abbesse depuis 1640, sous le nom de Sœur de T Assomption; elle gouverna cette maison jusqu'à son décès qui arriva en 1680.
Anne d'Urfé, sa sœur, lui succéda, elle gouverna en cette qualité sous le nom de Sœur de Tous-les-Saints jusqu'en 1709; elle eut pour successeur Thérèse d'Urfé sa nièce (?) qui à son tour gouverna sous le nom de Sœur de Tous-les-Saints jusqu'en 1745.
Ainsi, ce titre d' Abbesse de Sainte-Claire était héréditaire parmi les filles de la maison d'Urfé, comme celui de bailli de Forez Tétait parmi leurs pères ou leurs frères.
La famille d'Urfé paraît avoir eu une affection toute particulière pour le couvent de S?iinte-Claire; nonseulement plusieurs de ses membres y furent enterrés, comme nous venons de le dire, mais tous les chefs de cette famille tinrent à honneur de montrer par leurs largesses l'intérêt qu'ils portaient à sa conservation.
Anne d'Urfé^ le ligueur^ fit aussi construire vers le même temps ^ en face de la chapelle du Rosaire^ une nouvelle chapelle dédiée à saint Antoine. Il voulait sans doute indemniser ce Saint de la démolition d'une commanderie de son nom^ située auprès de la ville ^ qu'il avait fait détruire dans l'intérêt de la défense de Montbrison (1). Aussi voitK)n les armes de ce seigneur aux clefs de voûte de l'église et de la chapelle^ accolées à celles de Diane de Chateaumorand sa femme; ce qui nous apprend que cette réparation eut lieu avant la dissolution de son mariage.
Anne d'Urfé avait épousé^ en 1574^ Diane de Chateaumorand. Lie mariage fut célébré en grande pompe dans l'église même des Sainte-Claire (2). Une bulle du pape l'annula en 1598, et Diane de Chateaumorand épousa son beau-frère Honoré d'Urfé^ l'auteur du roman VAstrée.
Ces grandes réparations faites à l'église en occasionnèrent d'autres dans l'intérieur du couvent. On reconstruisit dans les mêmes proportions le chœur de l'église, un clocher au-dessus et un très-beau cloître à côté. Ces grands travaux furent entrepris sous la direction de P. Louis-Stéphane, confesseur des religieuses, et avec le produit des quêtes qu'il fut autorisé à faire en Forez, Lyonnais et Beaujolais
(1) Le Oattia Chrùtiana, t. 4, p. 312, donne l'année 1588 comme la date de ces coEBtructionfl. Eccletiam eoncamerovtf tiec non campanile oc toeeUum Sancti AnUmii edificavit,
(2) Etude vtr U Forez, par Eugène de la Oournfirie, insérée dana la Revut Européenne, t. 2, p. U5; recueil périodique publié en 1831 et 1832.
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et jusques dans le Velay, l'Auvergne et le Dauphiné. Orateur d'un certain mérite^ le P. Stéphane parcourait lui-même les bourgs^ villages et châteaux^ et partout prêchait une croisade en faveur de la reconstruction de son monastère; aussi ^ de tous côtés arrivaient les secours en argent ou en matériaux; sa voix entrai* nante enrôlait des compagnies d'ouvriers qui venaient^ des points les plus éloignés de ces provinces^ apporter leur aumône de quelques journées de travail; on vit même des convois de bêtes de somme descendre des montagnes de l'Auvergne et venir faire les charrois promis au P. Stéphane; <t ce qui réussit au grand c bénéfice du couvent^ car le Père confesseur était
c aimé et honoré nonnseulement de la noblesse mais <c de tout le pays. » (Archives du département de la Loire ^ fonds des Cordeliers de Montbrison.)
Ce zèle nous rappelle ces ferveurs religieuses pour la construction des églises^ qui au XIP si&cle poussaient des populations entières à s'atteler aux charriots qui transportaient les matériaux de la maison de Dieu, m C'est un prodige inouï ^ écrivait en 1245 « le vénérable Haimon^ abbé de Saint-Pierre-sur- « Dive (Normandie) , que de voir des hommes puisée sants^ fiers de leur naissance et de leurs richesses^ « accoutumés à une vie molle et voluptueuse, s'at- « tacher à un char avec des traits, et voiturer les c pierres, la chaux,' le bois et tous les matériaux « nécessaires pour la construction de l'édifice sacré, oc Quelquefois mille personnes, hommes et femmes, c sont attelées au même char (tant la charge et con-
a sidérable), et cependant il règne un si grand silence a qu'on n'entend pas le moindre murmure (1).
Ces constructions furent faites sous l'administration de Madame Julienne de Boisvair, Abbesse, qui avait succédé en 1582 à Madame Louise de Vaux.
Julienne de Boisvair appartenait à une grande famille forézienne, dont la noblesse, bien qu'elle ne fût que de robe, remontait au XIV* siècle. Les de Boisvair (de Bosco varîo) étaient possessionnés à Savignieu (Montbrison) et Magnieu-Hauterive; ils étaient, dès l'année 1308 seigneurs de Pellussieux (Pouilly-les- Feurs), de Boisvair (Espercieux-Saint-Paul); cette famille, éteinte depuis plusieurs siècles, eut pour successeurs les Dubost, qui prirent aussi le nom de Boisvair, du château qu'ils habitaient encore à l'époque de la révolution.
Le vieux château de Boisvair a disparu à son tour; son emplacement est encore marqué par les traces des fossés qui le protégeaient et par de vieilles allées de marronniers et d'ormeaux qui embellissaient ce séjour.
Les reconstructions entreprises par Madame do Boisvair furent remarquables surtout par l'élégance du cloître. Un mémoire de 1624, trouvé aux archives des Cordeliers, en parle comme étant le plus beau cloître qui ait été construit dans notre province
(1) LoUre insérée daus les annales do 1 ordre de Satnt-Oenoît, n* 67, t. VI, traduite par U. Richome , membre de la Société des Antiquaires de NonnandiOi dans un Mémoire sur l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dive.
à cette époque. Ces grands travaux furent terminés en 1606, après un travail de plus de trois années. On en conserva le souvenir par Tinscription suivante , gravée sur une pierre carrée :
CE CLOISTRB, CLOGHEH , ESGLIZE, AVEC LES CH- AMBRES ET ALENTOUR DU PUYS, A ESTÉ GOM- MANGÉ A BASTIR l'aN~ 1603 ET FIN Y l'an DE GRACE 1606 ET LE 28 JUILLET, DU TEMPS DU R. P. F.
LouYs Estienne