‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 3)Chapitre 33 sur 37 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

parloir où était le tour?). (Archives du département^ fonds des Cîordeliers de Montbrison.)

Les religieuses de Sainte-Claire durent chercher un asile provisoire dans quelque maison particulière de la ville. Jacques d'Urfé deuxième du nom, le continuateur de sa race et Théritier des titres et biens de son frère Anne, n'oublia pas l'œuvre de ses ancêtres; il contribua pour une large part à la reconstruction du couvent, mais dans de modestes proportions et qui ne purent faire oublier le beau cloître du P. Stéphane. Les nouveaux bâtiments furent achevés en 1628 et bénis par le P. Jean Vergniat, confesseur des religieuses, délégué de l'archevêque.

Nos religieuses eh avaient à peine pris possession qu'une peste affreuse vint ravager Montbrison et les villages environnants. Pas une d'elles ne consentit à quitter son cher couvent; plusieurs fois cependant elles souffrirent la faim, car le fléau tarissait les aumônes; et, n'eût été le zèle du P. Vergniat, leur confesseur, et du F. Jacques Cartal, qui continuaient les quêtes souvent infructueuses, plus d'une aurait succombé. Jacques Cartal seul de tout le couvent mourut de la peste.

C'est ici le lieu de rapporter avec quelques détails le conflit qui s'éleva dans la communauté au sujet de la direction spirituelle des religieuses, qui, depuis la fondation jusqu'en 1640, avait été confiée aux Cordeliers de Saint-François. Trois jours après la mort de Mad°' Renée de Laye, Mère Abbesse, fut élue en en sa place, selon les règles de l'ordre,. Sœur Marie-

Anne d'Urfé de T Assomption, arrière-petite-fille du fondateur. Cette nouvelle Abbesse, à la tête des plus jeunes Sœurs de sa communauté, essaya de secouer le joug des Cordeliers et de placer le couvent sous la direction dos Récollets; les uns et les autres, comme les Sainte-Claire elles-mêmes, étaient des enfants de Saint-François. Les PP. Récollets établis, en 1525, par un Frère de Tétroite observance, qui se retira dans un couvent d'Espagne, éloigné du commerce des hommes [conventus recolectus d'où est venu leur nom), faisaient vœu d'une pauvreté plus grande que celle des Cordeliers, et blâmaient en eux jusqu'aux petites rentes qu'on leur donnait pour la célébration des messes. Une grande rivalité existait entre ces deux branches du même ordre. Le chef de l'Eglise s'en émut, et pour y mettre un terme il convoqua à Rome, en 1612, un concile général de l'ordre de Saint-François. A titre de transaction, ce concile abandonna aux Récollets quelques couvents dans la province de Saint-Bonaventure, notamment celui de Vienne; mais ni la population ni les autres corps religieux ne voulurent les y recevoir. C'est vers cette époque qu'ils s'établirent à Saint-Germain-Laval.

Tolérés avec peine dans quelques petites localités, les Récollets songèrent à faire des prosélytes et à s'implanter dans quelques villes plus importantes; ils nouèrent des intrigues à Montbrison , y gagnèrent la confiance de la majorité des religieuses de Sainte- Claire, et notamment de l'Abbesse, Marie- Anne d'Urfé, et de sa sœur, Elisabeth- Aimée, sœur de

Tou8-les-Saint8, maîtresse des novices. La communauté se divisa alors en deux camps : les plus jeunes^ au nombre de 26, sous la direction de M"~ d'Urfé, étaient partisans d'une réforme; les autres^ au nombre de 14 (les plus âgées )^ sous la direction de la Mère Vicaire, tenaient pom* les Cîordeliers; quatre autres religieuses n'épousaient aucun parti. Le parti de la minorité comprenait M"*** Madeleine Deisert, vicaire; Catherine Deisert, ancienne; Angèle de Nardy, ancienne; Louise Renard, discrète et sacristaine; Claude de la Grange, ancienne; Anne-Emma Renard, discrète; Péronne-Julienne Chalmazel de Talaru; Clairinede la Mure-Chantois; Marie-Marthe du Magny; Marguerite de la Tour-Polatte; Françoise Flachon et Claudine Garnier, discrète et portière.

Les 26 religieuses réformatrices portèrent plainte, en 1640, à l'archevêque de Lyon contre l'ignorance des Cordeliers leurs directeurs spirituels et contre leur indifférence pour le salut de leurs âmes. Elles demandaient, en conséquence, la liberté de prendre pour directeurs spirituels de leur maison des Pères Récollets en remplacement des Cordeliers. L'archevêque de Lyon, cardinal de Richelieu, entra dans leurs vues, et, le 19 novembre 1640, il obtint du pape Urbain VIII un bref qui autorisait ce changement, déliait les Sainte-Claire de toute obéissance aux Cordeliers et les plaçait sous la direction des Récollets, à la condition toutefois de rester soumises à la j uridiction de l'archevêque de Lyon. Ce bref fut publié le 1" juin 1641. Les Cordeliers comprirent bien vite

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qu'ils avaient dans les Récollets un ennemi aussi intrigant qu'audacieux. Ils sentaient que leur expulsion du couvent de Sainte-Claire allait diminuer leur influence sur l'esprit religieux de la ville, et pourrait même un jour amener la ruine de leur couvent; aussi employèrent-ils tous les moyens de défense en leur pouvoir. Ils cherchèrent d'abord dans la municipalité montbrisonnaise un appui qui ne leur fit jamais défaut. Ces intrigues religieuses passionnèrent bientôt nonseulement les habitants et les magistrats, mais plusieurs membres de la famille d'Urfé, le chapitre de Lyon et l'archevêque lui-même. Les Cordeliers formèrent ensuite opposition au bref du pape, et le l" décembre 1640, avant même qu'il ait été publié, ils en appelèrent au Parlement comme d'abus.

En dépit de cette opposition, la majorité turbulente des jeunes religieuses passa outre et introduisit dans le couvent six Pères Récollets, par une ouverture pratiquée dans la muraille du côté du matin : les Cordeliers, sur la défensive, avaient sans doute entre mains les clefs du couvent. Cette circonstance serait à peine croyable, si elle n'était constatée par un procès-verbal dressé par Granjon, notaire à Montbrison, le 9 juillet 1641, à la requête de Claude de Naymes, Cordelier, Père confesseur des Sainte-Claire, en présence de nobles Louis Pupier (de Brioude) et Jacques Rival (du Soleillant), tous deux conseillers du roi au bailliage et présidial de Forez.

Les Récollets, introduits dans le couvent, à peu peu près comme le loup dans la bergerie, en chas-*

fièrent les trois Cordeliers qui y demeuraient ordinairement. De plus, les religieuses, pour justifier leur conduite, accusèrent les Cordeliers de leur avoir volé quatre calices et une croix d'argent, l'ameublement de leur sacristie, quelques livres et beaucoup d'autres choses à l'usage du couvent^ multa que alia.

Les religieuses de Sainte-Claire, comme nous l'avons dit, n'étaient pas cependant toutes favorables aux Récollets; dès le lendemain de leur introduction, quatre d'entre elles abandonnèrent le couvent. D'autres, au nombre de quatorze, protestèrent contre ce changement. Elles osèrent même publier un long mémoire en faveur des Cordeliers et des services qu'elles en avaient reçus jusqu'à ce jour; affirmant que ce changement avait été fait sans que l'Abbesse, Anne d'Urfé, ait jamais tenu d'assemblée générale sur cette matière.

Nous ne répéterons pas ici tous les détails de la lutte qui s'engagea alors entre les Cordeliers et les Récollets, lutte qui passionna les habitants de Montbrison, lutte dans laquelle les membres de la famille des d'Urfé, fondateurs du couvent, prirent parti dans les deux camps, lutte enfin qui faillit causer une émeute dans la classe des ouvriers de Montbrison. Le lecteur connaît toutes les circonstances de cette intrigue et de ce scandale, par le récit que nous en avons fait dans le chapitre des Cordeliers, p. 248 et suivantes. Qu'il nous suffise de dire qu'après un combat qui durait encore en 1646, le champ de bataille resta aux Récollets,

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De La Mure, dans sa Chronique de la très-dévote dbbayge des religieuses de Sainte-Claire de Monthrison, imprimé dans cette ville en 1656, nous apprend bien que les Récollets avaient été appelés à la direction de ce couvent par la Mère Abbesse, Anne d'Urfé, dès la deuxième année de son élection (1642) ; mais le bon chanoine se garde bien de nous donner le moindre détail sur cette lutte; il avait assez à faire de prodiguer les éloges et Tencens à chacun des membres de la famille d'Urfé, sans chercher à rappeler un souvenir qui avait divisé un instant deux membres de cette famille.

Claude Henrys (t. 1*', p. 217, édition de 1738) parle aussi de ce grave procès. Il -dit que ce changenient ne se fit pas sans bruit et sans éclat. Mais il était trop dévoué au clergé pour rappeler les circonstances de cette petite révolution.

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