CHAPITRE II
Bienfaitean du couvent : Gabriel de Lévis-Laviea , 1535 ; Jein Papon , 1590 ; Christophe de Talaru, 1 594 ; Jean Reynard, 1607 , Claude Livet du Colombier, 1665. — Personnel du couvent en 1790. — Belle réponse des religieuses au président du district de Montbrison. — Vente du couvent. — Il devient une caserne de gendarmerie, 1807. — Sa démolition en 1820. — Javogue et les Sainte-Glaire. — Séjour des Sainte-Glaire au Palais Sainte-Eugénie (Moind) en 1 804. — Leur installation au couvent des Capucins de Montbrison en 1821 .
Les religieuses de Sainte-Claire^ en vrais disciples de saint François^ ne possédaient aucuns revenus fonciers; elles n'avaient pas même, comme les Cordeliers de Montbrison, un bel enclos dans Tenceinte de leur couvent, mais plutôt une vaste cour, dont une partie était convertie en cimetière. Les d'Urfé, fondateurs de ce couvent, leur avaient donné quelques rentes en échange de quelques services religieux qu'ils avaient imposés. Mais le 8 août 1637, Madame Renée de Laye, Mère Abbesse, assistée de noble Guillaume Rival, conseiller du roi, syndic et Père spirituel du couvent, fit donation de ces rentes aux Cordeliers de la Bâtie, autre couvent fondé en 1490 par Pierre d'Urfé. L'acte de donation, passé devant M* Granjon, notaire à Montbrison^ nous apprend: 1** que ces rentes, dues par des débiteurs domiciliés aux environs de la Bâtie, et arrivant à 35 liv, 14 sols
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6 deniers par an^ « avaient été donnés verbalement a par Messeigneurs d'Urfé, et provenaient des pence sions acquises par Madame la Grand {\)\ suivant (L les contrats mentionnés en l'inventaire ou quittance «c du 17 août 1593; » 2"* que l'abandon de ces rentes eut lieu par la raison que les religieuses <ic ne peuvent a pas poursuivre le recouvrement à cause de leur a éloignement, et qu'elles ne peuvent contester en « justice avec les débiteurs et leurs héritiers. »
En échange, les Cordeliers de la Bâtie s'engagèrent, suivant les intentions des donateurs, à chanter chaque jour un Libéra me et à dire trois messes par semaine.
Le couvent de la Bâtie, dont nous avons parlé avec quelques détails (p. 259 et suivantes), fut supprimé en 1692 par le P. Leroux, ministre de la province de Saint-Bonaventure, et la maison fut convertie en un lieu de retraite pour la custodie de Lyon. Toutefois, les bâtiments continuèrent à être occupés par des Cordeliers, et le service religieux se faisait encore en 1765 dans la chapelle du couvent. C'est ce qui résulte d'une disposition du testament de François-Louis Chamboduc de Saint-Pulgent, seigneur dudit lieu, par laquelle il fonda deux annuels de messes basses, l'une dans l'église des Pères Récollets de Saint-Oermain-Laval, l'autre dans celle des Cordeliers de la Bâtie (2).
(1) On désignait ainsi M"* Catherine de Beaaveau, veuve de Pierre d'Urfô, en souvenir, peut-ôtre, des fonctions de grand écuyer de France qu'avait remplies son mari.
(-2) tncentaire de$ Archives de la Loire, série B , p. 254.
Les religieuses de^ Sainte-Claire, en outre des PP. Cordeliers ou Récollets auxquels étaient confiées la direction des consciences et la surveillance matérielle du couvent, avaient encore un syndic ou Père spirituel. Cette fonction, toute honorifique, était ordinairement confiée à une personne influente qui avait la haute direction du couvent et prenait en main la défense de ses intérêts.
Nous venons de voir qu'en 1637 noble Guillaume Rival, conseiller du roi au bailliage de Forez, remplissait cette charge; en 1668, cette fonction était confiée à M. Jacques Montagne, conseiller du roi au même bailliage; et, la même année, ce dernier intentait une action, au nom du couvent, à Messire Claude d'Apchon, seigneur de Montrond et de Saint- André, au sujet d'une pension créée par Jean d' Apchon en faveur du monastère.
Les fonctions de syndic étaient au reste attachées à toutes les communautés religieuses. Les moines avaient compris qu'un défenseur intelligent, ^influent et officieux leur était nécessaire pour les aider et les protéger dans l'administration de leurs intérêts temporels. Cette fonction était un honneur accepté avec empressement par les familles riches de Montbrison.
Le couvent des Sainte-Claire avait un personnel nombreux; nous avons vu qu'en 1640 il renfermait quarante-quatre religieuses; si l'on y ajoute au moins quatre Cordeliers ou Récollets, remplissant les doubles fonctions de confesseurs et de quêteurs, et quelques domestiques et jardiniers, on sera étonné
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que des aumônes et des quêtes aient pu suffire aux besoins journaliers d'une cinquantaine de personnes.
Les quêtes des Sainte-Claire, il est vrai, n'étaient pas restreintes, comme celles des Cordeliers, à un certain rayon autour de la ville. Elles avaient, au contraire, le droit ou l'usage de quêter dans toute la province de Forez et même dans celles limitrophes. Elles étaient ordinairement douze sœurs quêteuses, dont quatre se remplaçaient dans ce pénible emploi; car les Sainte-Claire, plus pauvres et plus nombreuses que les Cordeliers, ne se contentaient pas de faire comme ces derniers deux grandes quêtes par an; mais pendant toute l'année quelques-unes d'entr'elles allaient sans interruption recueillir les offrandes de la charité. Lorsqu'on 1642 elles substituèrent dans leur couvent les Récollets aux Cordeliers, elles trouvèrent dans les Récollets des quêteurs pleins de zèle.
Nos religieuses donnaient de plus asile à des étrangers, et les logeaient dans la partiç de leur couvent affectée aux Récollets et désignée pour ce motif sous le nom à^ hospice. C'étaient sans doute des personnes pieuses, hommes ou femmes, qui venaient y faire des retraites et y chercher quelques jours de calme loin des agitations du monde. Elles y laissaient en partant une offrande qui indemnisait toujours largement le couvent de ses frais. De nos jours encore des retraites semblables ont lieu dans les couvents qui ont survécu à la révolution.
Enfin les Sainte-Claire trouvaient encore une ressource dans les dons de quelques personnes pieuses
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qui achetaient à prix d'argent quelques prières annuelles ou le droit de sépulture dans leur église; mais ces dons, bien moins nombreux que chez les Cîordeliers, n'étaient pour elles qu'un faible produit.
Parmi les rares bienfaiteurs du couvent des Sainte- Claire, nous mentionnerons Gabriel de Lévis-Lavieu, baron de Couzan, seigneur de Boën, Chalain-d'Uzore, Curraize et PeugeroUes, bailli de Forez. Par ses deux testaments, des 13 novembre 1533 et 8 octobre 1535, il légua 50 livres aux moines de Valbenoite, 200 livres aux Cordeliers de Montbrison et 200 livres aux Sainte- Claire de la même ville.
Il mourut sans laisser d'enfants de Anne de Joyeuse sa femme, fille du seigneur de Bouthéon et nièce du duc de Bourbon; il fut enterré dans l'église de Chalain-d'Uzore.
Un homme qui, par sa charge judiciaire de lieutenant-général au bailliage de Forez et sa grande probité, tenait un rang élevé à Montbrison, Jean Papon, plus connu sous le nom de grand juge, s'intéressait particulièrement au couvent des Sainte-Claire. Dès avant l'année 1579, il lui avait fait cadeau de trois grandes pièces de tapisseries, du prix de qvutrevingts éctiSj pour orner le chœur de son église. En 1584, il choisit Madame Jeanne de Vaux, Abbessedu couvent, pour dépositaire de ses dernières volontés, et lui confia son dernier testament, en date du 20 avril 1582, et son codicile du 15 janvier 1583. Jean Papon avait un fils nommé Melchior qui ne paraît pas avoir hérité des vertus de son père; et sa conduite
postérieure nous explique le motif qui avait porté Jean Papon à confier son testament à TAbbesse- de Sainte-Claire.
Le lendemain de la mort de Jean Papon (7 novembre 1590), Jean Vidal, notaire à Montbrison, retira ce testament des mains de TAbbesse d'alors, Madame Julienne de Boivair, et le confia aux mains de Michel Bourgin, greffier du bailliage, pour en faire la transcription sur les registres de la Cour.
Melchior Papon, l'un des fils du testateur, mécontent des dispositions de son père qui le déshéritait d'une partie de sa succession au profit d'un de ses petits-fils, arracha ce testament des mains du greffier et le fit ainsi disparaître.
Cette soustraction du testament d'une personne aussi notable que l'était le grand juge Papon causa, comme on pense bien, un vrai scandale à Montbrison; toutefois, soit par suite des troubles amenés par les guerres de la Ligue qui désolaient alors notre province, soit à cause de l'influence de Melchior Papon, un des chefs de la milice montbrisonnaise, la justice resta muette; l'agitation se calma, et le testament du grand juge Papon parut oublié jusqu'au décès de Melchior Papon arrivé en 1601; alors eut lieu une enquête sur ce testament, et un arrêt de 1608 en ordonna l'exécution (1).
Par ce testament Jean Papon avait légué aux reli-
(i) Hwtte Forézienne, 1869, p. 5. article de M. ^nceat Dunmd.
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gienses de SaînteClaire une aumône de 33 écus et tiers.
En 1594, Chriâtophede Talani, seigneur du Fres- Binet, de bonne mémoire , par son testament du 14 mars^ donna au même couvent une rente annuelle de 30 livres.
En 1607, Jean Reynard, procureur du roi à Montbrison, fonda en leiu* église une messe annuelle, sous la rente de 2 livres.
Par testament du 3 février 1626, Madeleine de Foiunier, femme de Claude Livet du Colombier, fonda en faveur des SainteOlaire trois messes annuelles, sous la rente de 15 livres. Elle fit aussi pareille fondation en faveur du couvent des Cordeliers de Montbrison où elle avait élu sa sépulture. (Nous avons donné quelques détails, p. 179, sur la famille de Fournier.)
Le 11 août 1664, devant Barrieu, notaire à Montbrison, Claude Livet, écuyer, sieur du Colombier, lieutenant particulier au bailliage de Forez, veuf de Madeleine de Fournier dont nous venons de parler, fit aussi don aux Sainte-Claire d'un capital de 2000 livres payables un an après son décès.
Cette donation est la plus importante que nous ayons retrouvée. Claude Livet du Colombier était allié par sa femme à l'illustre famille lyonnaise de Bellièvre, qui a donné un chancelier à la France et des présidents aux parlements de Grenoble et de Paris.
En 1667, Madame Claudine de Ronchevol, une des religieuses du couvent, institua pour son héritière
une de ses sœurs mariée au sieur de Pramenou (Saint-Nizier-d'Azergues), à la condition de donner 10,000 livres à un hôpital de son choix. Madame de Pramenou donna cette somme à l'hôpital de Villefranche (1). CHistoirede Villefranehej par Laplatte, p. 439.)
En 1702, Justinien Simon, procureur à Montbrison, fut enterré dans l'église des Sainte-Claire.
La famille de Montchanin avait aussi son tombeau dans l'église du couvent; ce tombeau reçut, vers 1740, lé corps d'Antoine de Montchanin, conseiller du roi, ancien maire perpétuel de Montbrison.
En 1765, l'enterrement de Jean de Lesgallery, conseiller au bailliage, qui avait élu sa sépulture dans l'église du couvent, donna lieu à une scène digne du chantre du Lutrin : M. Benoît, curé de la Madeleine, à la tête du clergé de toutes les autres paroisses et d'une nombreuse assistance, conduisait le corps à sa dernière demeure. Arrivé en face du couvent, il en trouva les portes fermées; il fallut parlementer. Les religieuses de Sainte-Claire, qui relevaient directement de l'ordre des Récollets, et qui étaient sous la direction de ces moines, réclamèrent pour eux le privilège d'achever la cérémonie dans l'enceinte du couvent, conformément au règlement de 1623; les portes en effet ne s'ouvrirent qu'à cette condition , et derrière elles on vit paraître les Récollets qui s'em-
(1) La famille de Roncheyol était originaire du Forez, mais dès le XIV* siècle elle s'était fixée en Beaujolais.
parèrent du corps du défunt et le conduisirent à la demeure qu'il s'était choisie.
Hélas ! tous ces privilèges ne purent sauver le couvent de Sainte-Claire du cataclysme social de 1793.
Conformément au décret de rassemblée nationale des 14 et 20 avril 1790, les chefs de la nouvelle administration départementale de Rhône-et-Loire se rendirent au couvent des Sainte-Claire le 22 août de la même année; ils étaient au nombre de cinq : MM. Métayer des Combes, président du district de Montbrison^ Meys de Châles, procureur syndic, Staron de la Rey et Richard, administrateurs, et Gras, secrétaire. Un inventaire fut dressé en leur présence du chétif mobilier qui garnissait la maison, et du mobilier plus pauvre encore de la cellule de chaque religieuse; ce mobilier, même celui de la Mère Abbesse, consistait uniquement en un bois de lit et un garde-paille.
Il y a loin de ce pauvre ameublement des religieuses de Sainte-Claire à celui de quelques autres couvents du Forez; celui, par exemple, des chanoinesses de Joursey (prèsdeSaint-Galmier). Ces dernières avaient un beau salon, meublé de canapés, fauteuils, torpisseries, tables à jeu, damiers, etc. A cause peutêtre de ce luxe, et malgré un revenu qu'elles évaluaient elles-mêmes à 12,232 livres 14 sols, elles étaient, en 1 790, à la veille de succomber sous le fardeau de leurs dettes s'élevant à cette époque à 114,785 livres (1).
(1) Archives da département de la Loire. Inventaire des titres, mobiliers et biens des communautés religieuses de l'arrondissement de Hontbrison, dressé en juillet, août et septembre 1790.
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Dans l'inventaire des pauvres meubles garnissant le couvent de Sainte^laîre, nous avons retrouvé la mention de cinq morceav^ de tapisserie en "^er^ dure très-usés. C'était sans doute les débris de trois grandes pièces de tapisseries données par le grand juge Jean Papon, avant 1579, pour orner le chœur de l'église, comme nous l'avons rapporté aux pages précédentes.
Nous avons dit à l'article des Récollets que les Pères de cet ordre habitaient une partie du couvent connue sous le nom d'hospice, et que le mobilier qui garnissait la cellule de chacun d'eux appartenait au couvent de Sainte-Claire; ce mobilier, aussi pauvre que celui des religieuses, se composait d'un lit, d'un coffre et d'une chaise.
Le même inventaire mentionne aussi quinze grands tableaux ornant le chœur de l'église; parmi eux sans doute figurait le tryptique du Rosaire dont nous avons essayé, d'après La Mure, de donner une description au chapitre P' de cette notice, page 331.
Invitée par les commissaires à faire connaître les rentes et revenus de son couvent, Madame Marie- Madeleine Peyrache, Mère Abbesse, déclara au nom de toutes ses filles qu'elles n'avaient aucune rente^ et ne possédaient aucune propriété (elles voulaient dire autre que leur couvent et un jardin situé au nord-ouest de ce couvent, entre le faubourg de la Croix et celui de la Madeleine) ; qu'elles vivaient de la charité publique et qu'elles avaient emprunté 2,500 livres pour leur subsistance.