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thaud V% père de Gérard, quj gouvernait encore le comté à une date postérieure (1).
La charte de sa fondation n'est pas arrivée jusqu'à nous.
Il relevait de l'ordre des Bénédictins et était placé sous l'invocation de la Sainte Croix, à cause, sans doute, d'une parcelle de la croix qui en formait la principale relique.
Le territoire où fut construit le prieuré de Savignieu était bas, humide, entouré d'immenses forêts et traversé par la rivière de Vizézy ; les moines avaient choisi cette retraite solitaire, à l'exemple sans doute de saint Benoît leur fondateur, pour donner tout à la fois un libre cours et à leurs travaux de l'intelligence et à leurs travaux de défrichements.
Placé à peu de distance de Moind (deux kilomètres) qui à cette époque était une localité encore importante, à l'ombre et sous la protection, pour ainsi dire, de la forteresse que nos comtes de la première race avaient fait bâtir sur la bute de Montbrison, le prieuré de Savignieu n'acquit pas l'importance qu'il avait droit d'espérer; les populations, à cause sans doute de l'insalubrité du pays, ne vinrent pas se grouper autour du couvent, comme elles le firent dans d'autres localités; elles préférèrent, avec raison, l'abri protecteur du château de Montbrison et l'air plus sain du monticule où il était assis.
Le prieuré de Savignieu doit être regardé comme
(1) Aug. Bernard, Histoire du Forez, t. 1, p. 103.
SA.VIGNIEU. 3
le monument religieux le plus ancien qui ait été bâti auprès du château de nos comtes, à Montbrison, après toutefois la petite chapelle dédiée à la Vierge, qui existait dans l'intérieur même de leur forteresse. C'est aussi le plus ancien de tous les nombreux couvents qui peuplaient jadis notre province, en exceptant cependant le prieuré de Montverdun dont on fait remonter la fondation au VHP siècle, et celui d'Ambierle, bâti en 870. Aussi Savignieu, dans les premiers âges de sa fondation, étendait sa juridiction ecclésiastique non-seulement sur Montbrison et Moind, mais encore sur les paroisses de Chalain-le-Comtal et de Boisset-les-Montrond.
Les titres anciens font très-souvent mention, jusqu'au milieu du XVP siècle, du chemin Romieu conduisant de Savignieu à Moind. Sans donner une trop grande signification à cette voie (qui n'était peut-être qu'un reste de la voie romaine de Feurs à Autun), ne pourrait-on pas y voir une cause des grands rapports qui existaient alors entre Savignieu et Moind?
La preuve la plus certaine de la primauté de Savignieu est dans l'autorité religieuse que ce prieuré exerçait sur toute l'étendue du mandement de Montbrison et de Moind. Nous verrons, en effet, dans le cours de cette notice, que les trois paroisses de Montbrison: Saint-Pierre, la Madeleine et Saint- André, qui existaient dès le XIP siècle, la léproserie de Saint- Lazare fondée en 1198 sur le territoire de Moind, le chapitre des chanoines de Notre-Dame (1223), le couvent des Cordeliers (1237), la commanderie de
Saint-Antoine (1277), avaient tous été établis avec le consentement du prieur de Savignieu, et avaient acheté de lui le droit de remplir certaines fonctions curiales; en signe de dépendance ^ tous ces établissements religieux lui servaient une redevance annuelle. En vain ces diverses associations^ toutes puissantes qu'elles devinrent plus tard, essayèrent-elles de s'affranchir de ces liens envers l'église matrice de Savignieu, comme on disait alors, les prieurs savaient toujours faire valoir leurs droits ou privilèges et maintenir un reste d'autorité.
Au prieuré fut attachée dès le principe la cure de Savignieu, un des moines en était le vicaire; mais, plus tard, cette cure fut desservie par un prêtre séculier, nommé par le prieur et sous sa dépendance. Ce changement eut lieu, sans doute, en conformité de la bulle du pape Pascal II (1115), qui prescrivait qu'à l'avenir le service des églises et obédiences serait fait par des prêtres séculiers au nom des moines.
A mesure que les maisons s'aggloméraient sur le vaste territoire du prieuré, on comprenait l'insuffisance d'une seule église; la paroisse de Moind, la plus éloignée de Savignieu , se forma sans doute la première, puis celle de Montbrison (Saint-Pierre), à mesure que la population de son château débordait au dehors de son enceinte; mais ces deux paroisses se formèrent sous les yeux et avec l'agrément de l'église mère de Savignieu; c'est ce qui nous explique l'état de dépendance dans lequel elles vivaient à l'égard du prieuré.
SAVIGNIEU. D
Ainsi, le prieur, quelle qu'ait été la décadence de ce prieuré, non-seulement nommait à la cure de Savignieu, mais encore aux cures des trois paroisses de Montbrison; il entretenait, à ses frais, les vicaires nécessaires au service de ces trois églises, et payait même aux titulaires une portion congrue; il avait aussi la nomination de la cure de Moind (Saint-Julien d'Antioche) et de son annexe (Sainte-Anne) située à la porte de Montbrison.
La riche abbaye de la Chaize-Dieu, de Tordre de Citeaux, fondée en 1043 par saint Robert (1) et souvent dotée par nos comtes, s'étant annexé notre prieuré en 1216 et celui du Palais ou Sainte-Eugénie de Moind, la nomination à la cure de cette dernière paroisse devint un des droits de la puissante abbaye. L'abbaye de la Chaize-Dieu avait aussi réuni sous sa dépendance le prieuré de Montverdun et celui de l'Hôpital-sur-Rochefort (2).
Le prieuré de Savignieu resta cependant un des plus importants de l'archiprêtré de Montbrison; il
(1) Note manuBcrite d'Âug. Bernard sur .'un exemplaire de son HiêUiire du Forez^ donné par lai à la bibliothèque de Saint-Etienne, t. i*^ p. 121.
Notre savant et regrettable compatriote, Aug. Bernard, décédé i Paris en 1869, a légué à la ville de Saint-Etienne de nombreux manuscrits, fruit de 40 années d'une vie laborieuse, presque toute employée à des recherches historiques sur le Forez. Parmi ces manuscrits il faut signaler à l'attention des érudits un exemplaire de son Histoire du Forfz, enrichi de notes manuscrites intercalées entre chaque feuillet du texte et qui en doublent la valeur. Nous y avons recueilli plus d'un renseignement précieux.
(2) Chronique de Notre-Dame de Monttrieon, par l'abbé Renon , p. 268.
était même, dit La Mure (1), un des principaux parmi œux qui relevaient de Tabbé de la Chaize-Dieu.
A l'égal des riches prieurés de Saint-Romain-le- Puy et de Chandieu , il comprenait trois bénéfices : celui du prieur, celui du sacristain et celui de la chapelle ou vicarie de Saint-Thomas. Quant aux autres prieurés de Moind, Gumières, Bar, Marcilly, Sailsous-Couzan, Rochefort, Montverdun et Randans près de Feurs, ils ne conservèrent qu'un seul bénéfice, celui du prieur.
A l'époque de la fondation de notre prieuré, Montbrison n'existait pas; tout au plus admettrons-nous l'existence d'un château-fort sur sa bute volcanique, sorte de prise de possession du pays par les comtes à cette époque.
Une chapelle dédiée à la Vierge, construite dans l'enceinte du château, suffisait alors à ses gardiens (2) ; mais au milieu des guerres continuelles que se faisaient entr'eux les seigneurs des environs , on sentit dès le XIP siècle le besoin d'agrandir l'enceinte du fort qui couronnait la bute de Montbrison; quelques habitations s'étaient construites sur ses flancs, dans la partie la moins pentueuse, une église dédiée à saint Pierre et à Saint-Paul (3) fut érigée au milieu de ces nouvelles
(1) Attrée Sainte, p. 265.
(2) Cette chapelle posséda les reliques de saint Âubrin jusqu'en 1224, où elles furent transportées dans la nouvelle église de Notre-Dame.
/'Attrée Sainte, L. I, Ch. 4.)
(3) L'église de Saint-Pierre était placée, autrefois, sous le vocable de ces deux soints.
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maisons^ et le tout fut englobé dans l'enceinte agrandie du château (1).
Le prieur de Savignieu donna son consentement à l'érection de cette chapellenie, mais il conserva sur elle ses droits curiaux, les mêmes qu'il exerçait aussi sur l'église de Saint-Julien de Moind,
Un titre de 1198, contenant transaction passée devant Guy III, comte de Forez, entre Arthaud, prieur de Savignieu-les-Montbrison, et Pierre, maitre et recteur de la maladrerie ou léproserie de Saint-Lazare, située entre Moind et Montbrison , établit d'une manière encore plus certaine les privilèges de Savignieu. En voici une traduction donnée par Aug. Bernard : ce Le comte, voulant faire bâtir une église pour les a infirmes, reçut les plaintes de celle de Savignieu, ce fondées sur la raison que l'on ne devait point a construire sur cette paroisse d'autres églises que « celles construites dans les anciens temps; à quoi les a infirmes opposaient que ceux qui sont séparés du « commerce du peuple chrétien ne doivent pas parti- « ciper aux saints mystères avec ceux qui sont sains, a ni pour cela être privés de leur participation , et que, a pour cette raison, ils s'occupaient de ladite con- « struction pour avoir une église et un cimetière à ce portée de leur maison (2) . Sur quoi ledit comte, vou-
(1) L'église de la Madeleine existait aussi dès cette époque, mais elle était hors de Tencelutede la ville. fHistoiredu Forez, par Aug. Bernard, t. i***, p. 188.)
(2) La léproserie, ou maison dos infirmes dont il s'agit, était située à 4 ou 500 mètres au nord du village de Moind, au bord de la route qui reliait ce village à Montbrison.
ce lant concilier les parties, et, néanmoins, ne voulant a pas s'en rapporter à soi-même pour ce qui concerne « les églises, leur police ne le regardant pas, après « avoir pris avis de Philippe, chapelain de Saint- « Pierre, de JeanSolore, archiprêtre de Montbrison, a de Jean Cusonel , homme sage et honnête qui était « le conseil de la ville de Montbrison, ordonne l^que « réglise des infirmes reconnaîtra comme église mère « celle de Savignieu, comme font toutes les autres « du territoire du château de Montbrison, et que la a maison des infirmes ne recevra aucune provision de « Savignieu ni des paroisses qui en dépendent
a 2** Le prêtre qui desservira ladite église remettra a au prieur de Savignieu les offrandes qu'il aura « reçues, étant revêtu de ses habits sacerdotaux, des « paroissiens de Savignieu et des paroisses de Mont- « brison et de Moind qui en dépendent ; ce à quoi « ledit prêtre, ainsi que le maitre de la maison des « infirmes, eux et leurs successeurs, s'obligent par « serment. Quant aux offrandes des voyageurs, mar- « chands et pellerins, faites aux infirmes et à leur « prêtre, ladite maison de Savignieu n'y aura aucim « droit.
a 3* Les offrandes faites au prêtre de ladite maison « des infirmes, et par lui reçues lorsqu'il sera revêtu a de la chappe, tant pour les défunts que pour toutes « autres choses nommées messes précatives, lui « appartiendront de plein droit et seront à sa dispo- « sition.
<i Auquel règlement ont assisté comme témoins ;
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ce Arthaiid, prieur de Savignieu; Ponce de Ëiverie, a prêtre; Philippe, prêtre; Jean deMonteno; Albert, a de Moind; Pierre, maître des infirmes; Brunel et « moi Guy, comte. »
La lecture de cette transaction nous rappelle celle qui intervint dans les mêmes circonstances, au XI V siècle, entre le prieur de Firminy et les Clarisses de Chazeaux, et dont M. Tabbé Javelle nous fait le récit dans sa chronique si intéressante du monastère de Chazeaux (p. 49).
Ce projet de la construction d'une église destinée aux lépreux remontait à 1148, ainsi que nous l'apprend une lettre du comte Guy IP (1). Il est dit dans cette lettre que cette église devait être fondée entre Moind et Montbrison, sur la pai^oisse de Savignieu. L'opposition que le prieur dut former, à cette époque, à la construction d'une chapelle sur sa paroisse, paralysa les bonnes intentions du comte, et retarda cette construction jusqu'en 1198, année de la transaction dont nous venons de parler.
La nouvelle église des lépreux de Moind fut placée, à juste titre, sous le vocable de Saint-Lazare, et desservie par un moine de Savignieu (2) ; du moins nous
(1) Inxentaire det titres du comté de Forez , publié par M A. Ghaverondier, page 625.
(2) Nous ne pensons pas que la léproserie do Saint-Lazare ait eu aucun lien avec l'ordre chevaleresque do ce nom, fondé en ocoidenl au temps des croisades pour offrir asile et servir de guide aux pèlerins , bien que la léproserie de Moii^4 offrit aussi à son origine un asile aux voyageurs.
avons remarqué dans plusieurs actes du XV*' siècle, le titre de recteur de Saint-Lazare donné à quelquesuns des moines de Savignieu. L'un d'eux, en 1490, frère Jean de Chatel, était en même temps prieur claustral de Savignieu. Faire le service de cette chapelle était pour notre prieuré un sûr moyen de prévenir les nombreux conflits qui surgirent plus tard avec les trois curés et les chanoines de Montbrison.
Le prieuré de SaintrEloy, dont la chapelle, située en face de la caserne, existait encore en 1732 (1), était aussi desservi par un moine de Savignieu en 1489. Ces deux bénéfices n'appartinrent pas longtemps à nos moines; du moins, dès la fin du XV* siècle, il n'en est plus fait mention. Nous parlerons plus au long du prieuré de Saint-Eloy à l'article des />mi?é?7?^^s de Saint-Augustiîi. Quant à la maison des lépreux de Moind, Aug. Bernard dit qu'elle fut supprimée en 1325 et ses biens réunis à ceux de l'hôpital de Montbrison (2). Cet historien a dû faire une erreur sur cette date, puisque le 31 août 1538, Claude de Tournon, un des principaux bienfaiteurs du collège de Montbrison, légua par son testament une rente perpétuelle de 20 sols tournois oc aux pauvres malades lépreux « résidant en la maladrerie étant auprès de Montée brison tirant Moind (3). »
(1) Abbé Renon, p. ?95. — Plan de la ville de Montbrison, à la bîbliotbèque.
('2] Notice sur les monuments de Moind, par Aug. Bernard, imprimée dans le IX* vol., 2* série, des Mémoires de la Société des Antiquaires de France,
(3) Voir ci-après notre article sur les Oratoriens de Montbrison.
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Cette suprématie du prieuré de Savignieu sur les églises de Montbrison et de Moind était un privilège flatteur pour Torgueil des prieurs et des moines, aussi nous remarquerons leur persistance à les revendiquer. En 1212, le vicaire perpétuel de Téglise Saint- André ayant voulu vendre une maison avec jardin qui avaient été donnée à son église par un comte de Forez, et en acheter une autre située à la porto de cette église, demanda l'autorisation nécessaire aux prieur et religieux de Savignieu. Elle lui fut accordée par l'entremise de Raynaud de Forez, archevêque de Lyon, dans un acte daté de cette ville, par le prieur en qualité de patron et curé primitif de l'église de Saint- André.
Dès le commencement du XIIP siècle, l'étendue de la paroisse de Savignieu était en fait sinon en droit limitée à la rivière de Vizézy qui traverse la ville de Montbrison de soir en matin.
La partie qui s'étendait de cette rive droite jusqu'à Moind portait déjà, quelquefois, le nom de paroisse de Moind.
Notre comte Guy IV, voulant fonder près de Montbrison, en l'honneur de la Sainte- Vierge, une église, et y établir un chapitre, fit choix pour son emplacement d'un terrain situé sur cette rive droite du Vizézy. Suivant la transaction de 1 198, dont nous avons parlé, faite par les soins de Guy III , ce terrain dépendait de la paroisse de Savignieu; aussi les prieur et religieux essayèrent-ils de former opposition à l'érection de cette église et surtout d'un chapitre dont l'influence
et rautorité devaient primer les leurs; mais le comte Guy IV passa outre, et dans la charte de fondation de ce chapitre, du 5 juillet 1223, il dit positivement: « Nous avons construit en Thonneur de Dieu et de la (( bienheureuse Marie, toujours vierge, une église « auprès de Montbrison, sur la j)aroisse de Moind (1). »
L'archevêque de Lyon Raynaud de Forez, oncle de Guy IV, fit la môme déclaration, en octobre 1224, dans le consentement qu'il donna à Térection de ce chapitre.
• Malgré ces deux déclarations qui semblaieut condamner les prétentions du prieur de Savignieu, ce dernier n'en persista pas moins à faire valoir ses droits; il en appela au jugement du pape, et ne demanda rien moins que la démolition de Téglise commencée.
Je ne sais si les droits du prieuré sur la paroisse do Moind n'étaient plus aussi bien établis qu'autrefois, ou si le pape ne voulut pas se mettre en opposition avec l'archevêque de Lyon et le comte de Forez, toujours est-il que le bref donné sur ce différend par Honoré III , le 7 mai de l'an h^ de son pontificat (1225), est plutôt une transaction qu'un jugement. Par cet acte, il exhorte les prieurs et religieux a à permettre (i à Guy IV de faire bâtir Téglise de Notre-Dame de « Montbrison , et d'y instituer et fonder 1 3 chanoines, ce parce que lesdits prieur et religieux s'y étaient
(I) chronique de Notre- Dame-d' Espérance de Montbrisov, par l'abbé Renon, p. 5. — Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. 2, p.- 44.
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(L Opposés à cause de leur droit de patron et de curé « primitif, le lieu do ladite église et chapitre étant « dans leur paroisse de Savignieu et dans les déc( pendances dudit monastère; et il ne donne ce bref a qu'à condition que tous leurs droits de patron et de « curé primitif demeureront inviolables et leur seront « conservés; et pour les dédommager, les chanoines (( serviront une redevance audit monastère. Après « quoi le pape exhorte lesdits prieur et religieux de « les laisser en repos et de ne pas faire démolir leur ce église. »
L'analyse de ce bref est écrite sur un papier petit in-4% portant en tète n** XX, 2* feuillet, qui paraît avoir fait partie d'un cahier; en marge est écrit à titre d'annotation ou renvoi : cote n"" 3^ lettre A. Or dans les archives de Savignieu il existe plusiieurs parchemins dont l'écriture, à peu près effacée, est (pour nous du moins) complètement illisible; mais sur le dos de l'un d'eux on peut encore lire une annotation semblable: cote rû' 3^ lettre A, C'est sans doute le bref, devenu illisible, du pape Honoré III.
Il est probable que les chanoines de Notre-Dame, ou plutôt le comte do Forez, leur fondateur, se conforma au bref d'Hgnoré III et acheta par ({uclciues redevances le consentement du prieuré.
Savignieu jouissait, en effet, sur le chapitre do Montbrison d'un privilège qui me parait être le rét; sultat d'une transaction entre le comte, les chanoines et le prieur. Par ce privilège, le prieuré avait droit do jouir, pendant un an, des revenus attachés à chacune
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des prébendes du chapitre, lorsqu'elles devenaient vacantes par la mort du titulaire. Ce droit nous paraît être une concession faite par le comte de Forez, fondateur de ces prébendes, pour indemniser le prieuré de Savignieu et mettre un terme à son opposition.
Quelque fut, au reste, Torigine de ce privilège, Savignieu ne le conserva pas longtemps. En mars 1303, Tabbé de la Chaize-Dieu, en qualité de supérieur général de notre prieuré, depuis son annexion en 1216, renonça à ce droit d'usufruit en faveur du comte de Forez , Jean I", et ce dernier, en échange, abandonna à Tabbé de la Chaize-Dieu le droit de présentation au prieuré de Montverdun, droit que le comte s'était réservé lors de l'annexion de Montverdun à la Chaize-Dieu, en 1233 (1).
L'abbé Renon , dans sa Chronique^ de Notre-Dame de Montbrison^ ne parle pas de cette longue opposition des prieurs de Savignieu à la fondation de l'église do Notre-Dame et des transactions qui en furent la conséquence (2).
Si les prieur et religieux de Savignieu se soumirent au bref du pape Honoré III quant à l'érection de Notre-Dame, ils ne renoncèrent pas aux droits de patron et curé primitif que le Saint-Père leur reconnaissait. Ils obtinrent môme de Grégoire IX, son
(1) Inventaire des titres du comté de Forez, p, 272, n- 951, et p. 289, n" 1 006.
(2) M. Aug. Bernard, dans une intéressante notice sur la fondation de la môme église, insérée dans le IX* vol., 2* série, des Mémoires de la Société des Antiquaires de France, no parle pas non plus de cette contestation.
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successeur, un bref plus explicite. Par ce bref, donné à Rome en la cinquième année de son pontificat (1231), Grégoire IX défend à toutes sortes de personnes, de quelques conditions et qualités qu'elles soient, de construire aucune église, oratoire, ni même aucun cimetière, ni d'y enterrer sans la permission et le consentement des prieur et religieux de Savignieu, comme curé primitif, et de Monseigneur l'archevêque de Lyon. L'analyse de ce bref est écrite survie feuillet petit in^"* dont nous avons déjà parlé. Le rédacteur' de cette analyse a indiqué en marge que le titre primitif est coté dans les archives du prieuré sous la lettre D avec sceau de plomb* Ce titre existe encore, sans le sceau , mais dans un tel état que la lecture en est presque impossible.
Fort de ce nouveau titre, le prieur de Savignieu revendiqua ses droits curiaux au recteur de l'hôpital des pauvres, établi d'abord dans l'intérieur du château de Montbrison, et transporté depuis peu sur la rive droite du Vizézy, et par conséquent sur la paroisse de Moind ou de Savignieu, suivant le nom qu'on voudra lui donner. Après une longue contestation, un accord intervint, en juillet 1233, qui régla les droits et prérogatives des deux églises (1).
A l'appui de toutes ces transactions sur les droits des prieurs, nous citerons ici les lignes suivantes d'Aug. Bernard :
(1) Inventaire des titres du comté de Forez, publié par Âug. Chaverondler, p. 38U, n» 1349.
« Toutes les fondations religieuses qui curent lieu a il cette époque à Montbrison éprouvèrent les mêmes « obstacles du prieuré de Savignieu, qui était la paa roisse mère de ce canton. Ainsi, les hospitaliers « de Saint-Jean-de-Jérusalem furent obligés de se « soumettre à ses exigences, en 1193, lorsqu'ils « eurent fait bâtir leur petite église jointe à leur « maison de Montbrison; les administrateurs de a l'hôpital en firent autant en 1233, pour la chapelle a Sainte-Anne, attenante à cet établissement (1). »
Les droits des prieurs dans toute retendue du mandement de Montbrison furent encore solennellement reconnus et consicrnés dans un traité de 1327 (nouveau style) passé entre le prieur de Savignieu et les doyen et chanoines de Montbrison, à propos de la sépulture des chanoines , prêtres, clercs, bénéficiers et intitulés de cette église, ainsi que des autres clercs et laïcs, paroissiens de l'église de Savignieu et des autres églises paroissiales ou chapelles de Saint- André, de Saint-Pierre, de Marie-Magdeleine à Montbrison, de Moind, de Chalain-Ie-Comtal et deBoisset, sujettes audit priewré. Il fut décidé que les clercs ou les laïcs pourraient se faire enterrer, quand ils le voudraient, dans Tégliso ou le cimetière de Notre- Dame, sauf à payer au prieuré de Savignieu (sur les terrains duquel avait été bâtie réglisc de Notre- Dame) la moitié de la part canonique qui devait lui
(I) Soiice sur les monuments de Moind, par Aug. Bernard, insérée dans le IX" vol., 2* série dos Mémoires de la Société des Antiquaires de France.
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revenir. Furent exceptés de cette obligation le doyen et les chanoines^ ainsi que les bénéficiers instituée par les comtes de Forez, fondateurs de Téglise, sur l'enterrement desquels le prieuré ne pouvait rien réclamer, même quand ils auraient été ses paroissiens. Par cet accord fut également réglé Tordre à suivre dans les processions funèbres (1).
M"' Bertrand était alors prieur de Savignieu et M" Lancelot de Propières, doyen du chapitre (2).
Le chapitre de Montbrison, qui se regardait déjà comme la première autorité ecclésiastique de la province, supportait avec peine cette dépendance du prieuré de Savignieu; et cent ans plus tard, en 1431, de concert avec les Frères mineurs ou Cordeliers de Montbrison , il essaya de s'affranchir de toutes soumissions envers le prieuré; mais le prieur revendiqua ses droits avec une nouvelle énergie ; un procès fut commencé, et il se termina par une convention signée le 31 décembre 1431.
Par ce traité le prieur concéda aux chanoines de Montbrison et aux Cordeliers de Saint-François la permission d'enterrer des laies dans leurs églises, mais à la condition expresse de payer la moitié des cierges et offrandes et le tiers du casuel dû pour
(1) Euai tur l'adminUtration du Forez au moyen âge, par M. de Chantelaaze, t. 3* de r^ûtotre de$ ducs de Bowrbon et de$ comtes de Forez , supplément p. 304. — Inventaire des titres de la maison ducale de Bourbon, par M. Huilhard-firéhoUes, n* 1328, archives de l'empire, p. 1401, G. 1031.
(2) V Inventaire des titres de Forez, pablié par Aug. CEhaTeroDdier, p. 301, assigne à ce traité la date de février 1326^ vieui style sans doute.