‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793Chapitre 1 sur 111 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Le volume que nous offrons à la bienveillance de nos lecteurs forme le complément de notre Histoire des €?ea- Tents de MontbrUen, publiée en 1874-1876.

II contient des notes sur les principales familles du Forez qui ont fourni des sujets aux couvents de Montbrison, du moins sur les familles qui ont laissé quelques traces dans nos annales

 Texciption de quelques grandes familles chevaleresques, dont la noblesse remonte au moins aux xiii* ou xiv* siècles, telles que les Talaru, les d'Urfé, les de Damas, de Thélis, de Saint -Priest. La majeure partie des familles que nous avons étudiées se rattache à cette noblesse des xvii* et xviii'' siècles, qui s*achetait à prix d'argent; surtout à cette noblesse de robe, qui prenait sa source, le plus souvent, dans les charges de conseiller dans les élections ou dans les bailliages.

La plupart de ces familles commençaient par un procureur, un notaire, un avocat, dont les fils achetaient une charge de conseiller. Après Tacquisition de la charge, venait celle d*un fief, ou simplement d'une rente noble, dont on ajoutait le nom à celui de la famille.

Dans les notes que nous publions nous avons relevé avec soin les noms des fiefs ou seigneuries possédés par chacune d'elle, la date de leur transmission par argent ou héritage ;

les principales alliances de ces familles entre elles, les charges ou fonctions qu*elles ont remplies. Ces notes établiront aux yerix des lecteurs, non pas les généalogies des familles, mais le point de départ de la plus part d'entr'elles, l'élévation de celles-ci , la décadence de celles-là.

Les liens de parenté qui ont existes entre les diverses familles foréziennes, rappelleront des alliances locales, aujourd'hui ignorées; car autrefois, les mariages avec des familles étrangères au Forez étaient de rares exceptions. Les familles du môme pays se connaissaient, et l'estime réciproque amenait bien vite une alliance.

Une remarque, qui ne sera pas sans intérêt, résultera aussi de ces notes, c'est la division et le morcellement des grands fiefs, qui, autrefois, partageaient entre eux la province, et qui étaient le patrimoine des grandes familles chevaleresques. Ces ûefs divisés et amoindris par des aliénations consécutives étaient le commencement du morcellement indéfini de la propriété rurale ; ainsi, nous voyons telle seigneurie, qui était d'abord l'apanage d'une seule famille, se diviser en plusieurs fiefs qui devenaient le patrimoine de plusieurs branches de la même famille; de ces fiefs, on démembrait ensuite certains revenus que Ton aUénait aux nouveaux anoblis sous le titre de rente noble ; puis, si l'inconstance de la fortune ou des besoins nouveaux à satisfaire forçaient un seigneur à démembrer une parcelle de son fief, ne fussent qu'un domaine, un bois, un étang, un moulin, ce domaine, ce bois, cet étang, ce moulin, auxquels étaient attachés des cens ou redevances, devenait, à son tour, un fief plus ou moins important, et le nom de sieur du Bois, sieur de l'Etang, sieur du Moulin , servait à qualifier le nouveau possesseur et remplaçait bien vite son nom primitif.

C'est cette succession dans les anciens fiefs, en totahté ou en partie, que la nouvelle noblesse affectionnait le plus ; c'est derrière ces noms de fiefs qu'elle se plaisait à cacher son nom patronymique.

Dans la plaine du Forez l'usage de prendre le nom de son fief était tellement répandu, je pourrais dire enraciné, fyïû suffisait d'une ou deux générations pour faire oublier

le nom primitif des familles. Dans le Roannais cet usage était moins répandu ; dans les montagnes de Tarrondiss^ôient de Saint-Etienne il était encore plus rare : on y trouve en effet peu de noms anoblis dissimulés sous des noms de fiefs ; la rudesse et la sauvage indépendance de ces montagnards se pliaient sans doute moins facilement à ces petites flatteries; aussi nous connaissons bon nombre de familles à Saint-Etienne qui, bien qu'anoblies par des titres ou par Tusage , ont conservé leur nom primitif sans le dissimuler sous le nom d*un fief; on en pourrait citer plusieurs qui, non-seulement n'ont pas gardé le nom du fief que leurs encétres avaient essayé d'adopter, mais même ont supprimé dans leur nom la particule qui le précédait, comme pour faire disparaître tout signe de noblesse; peut-être est-ce un souvenir du principe qui autrefois voyait dans le commerce une dérogeance à la noblesse.

Cet amour pour la noblesse et pour les titres plus ou moins authentiques, que j'ai remarqué dans une partie du Forez, me parait tenir à deux causes : la première, c'est que l'antique noblesse forézienne ne parait pas avoir pratiqué à son profit certains droits féodaux ridicules, absurdes et quelques fois cruels, que la noblesse des autres provinces réclamait trop souvent à ses vassaux; les nobles du Forez avaient dû, par leur modération, faire aimer leurs pouvoirs ; la seconde cause, était le souvenir des grandes alliances que l'ancienne noblesse du Forez avait eues avec les plus grandes familles de France, même avec des familles princières. Ainsi , dans les annales du Forez , nous retrouvons sa noblesse alliée avec les Montmorency, de La Rochefoucault, de Polignac, de Montboisier, de Tournon, de Beaufremond et autres...., et môme avec des familles princières, comme les Gouzan avec les sires de Beaujeu et les ducs de Bourgogne, les de SaintrBonnet et les d'Urfé, avec des princes de Savoie et Mes empereurs de Constantinople; les comtes de Forez avec les Bourbons de France. Le souvenir de ces grandes alliances s'était conservé dans notre province, et avait dû jeter sur la noblesse du Forez un relief que les nouveaux anoblis ambitionnaient avec passion.

Dans les notes que nous publions, nous avons compris quelques familles du Velay, à cause du voisinage des deux provinces et des nombreuses alliances qui en furent la suite. Là aussi, la noblesse était en grande estime, et les goûts identiques des familles duhpent amener de nombreux rapports.

Nous terminons ce troisième volume par une table alphabétique des noms des personnes et des familles citées, soit dans les deux volumes de THlutoIre des C^oTents, soit dans le volume des Notes historiques. C'est en cela que nous avons dit, en commençant cette courte préface, que ce troisième volume était le complément des deux autres.

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