‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 1 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

.Louis IX, pendant son séjour en Palestine, r>55 ne s’était pas seulement occupé de fortifier les villes chrétiennes, il n’avait rien négligé pour rétablir parmi les chrétiens l’union et l’harmonie, moyen plus sûr encore de repousser les attaques des Musulmans. Malheureusement pour ce peuple, qu’il aurait voulu sauver au péril de sa vie, ses conseils ne tardèrent pas à être oubliés, et l’esprit de discorde remplaça bientôt les sentimens généreux qu’avaient fait naître ses discours et l’exemple de ses vertus.

On a pu voir, dans le cours do cette histoire, que plusieurs peuples maritimes avaient des comptoirs et des établissemens considérables à Ptolémaïs, devenue la capitale de la Palestine. Parmi ces peuples, Gênes et Venise occupaient le premier rang : chacune de ces deux colonies habitait un quartier séparé, avait des lois différentes et des intérêts qui les divisaient sans cesse j la seule chose

TOM. v. i

a HISTOIRE DES CROISADES.

ia55 qu’elles possédassent en commun, c’était l'église de St.-Sabbas , dans laquelle les Vénitiens et les Génois assistaient ensemble aux cérémonies de la religion.

Celle possession commune avait été souvent un sujet de querelle entre les deux nations (i)j peu, de temps après le départ de S. Louis, la discorde éclata de nouveau, et s’enflamma de tous les ressenlimcns que pouvait inspirer l’esprit de rivalité et de jalousie à deux peuples qui depuis long-temps se disputaient l’empire de la mer et les avantages du commerce d’Orient. Au milieu de cette lutte, où l’objet même de la contestation aurait dû rappeler dans les coeurs des senlimens de paix et de charité, les Génois et les Vénitiens en vinrent souvent aux mains dans la ville de Ptolémaïs,* et plus d’une fois le sanctuaire, que les deux partis avaient fortifié comme une place do guerre, retentit du bruit de leurs combats sacrilèges. Bientôt la discorde passa les mers, et vint jeter de nouveaux t roubles en Occident. Gênes intéressa les Pisans à sa cause, et chercha des alliés et des auxiliaires jusque chez les Grecs (a), alors impatiens de rentrer

(1) Tous les historiens parlent de ces démêlés sanglans , dont la possession de l’église de Sainl-Sakbas paraît n’avoir été que le prétexte. ( Voy. particulièrement Sauuli , liv. ni, part, xii, chap. vj André Dandolo, Chronic., ad ann. iu5G.)

(2) Les Grecs, qui méditaient de rentrer dans la possession de l’empire de Constant inople, promirent aux Génois, pour prix du secours qu’ils leur donneraient dans celle en-

* à Constantinople. Venise, pour venger ses injures, ia55 sollicita l’alliance de Mainfroi (i), excommunié par le chef de l’église. On leva des troupes, on arma des flottes, on s’attaqua sur terre et sur mer; cette guerre, que ne put apaiser le souverain ponr tife, dura plus de vingt années, favorable tantôt aux Vénitiens, tantôt aux Génois, mais toujours funeste aux colonies chrétiennes d’Orient.

Cet esprit de discorde s’empara aussi des ordres rivaux de St.-Jcan et du Temple ; le sang de ces courageux défenseurs de la Terre-Sainte coula par torrent dans ces villes qu’ils étaient chargés de défendre; les Hospitaliers et les Templiers se poursuivaient, s’attaquaient avec une fureur que rien ne pouvait apaiser ni distraire , et chacun des deux ordres invoquait le secours des chevaliers restés en Occident. Ainsi, les plus nobles familles delà chrétienté se trouvaient entraînées dans ces sanglantes querelles, et l’on ne se demandait plus en Europe si les Francs avaient vaincu les Sarrasins,

treprise , de leur accorder le quartier de Pcra qui servait alors d’entrepôt commun aux marchandises des Vénitiens, des Pisans et des Génois. Ceux-ci obtinrent en effet pour eux seuls ce quartier lorsque Paléologue fut devenu maître de Constantinople, en iaüi. (Grégoras, liv. iv.)

(i) Mainfroi s’était emparé du trône de Sicile, et pour s’y maintenir avait fait venir des Sarrasins d’Afrique. Il avait fourni aux Latins des secours contre les Grecs ; mais ses troupes avaient été battues, avec celles de Villehardouin , prince d’Acbaïe, dans un combat livré contre Paléologue. (Voy. Georges Logolhèlc, in Hist. Constantin.)

ii5G mais si la victoire était restée aux chevaliers du Temple ou à ceux de l’Hôpital (i).

Le brave Sergincs, que Louis IX à son départ laissa à Ptolémaïs, et les plus sages des autres chefs de la Terre-Sainte, n’avaient ni assez d’autorité pour rétablir le calme, ni assez de troupes pour résister aux attaques des Musulmans. Le seul espoir de salut qui semblait rester aux chrétiens de la Palestine, c’est que la discorde troublait aussi l’empire des Sarrasins; chaque jour il éclatait de nouvelles révolutions parmi les inamelucks ; mais tandis que l’esprit de division affaiblissait la puissance des Francs , souvent il ne faisait qu’accroître celle de leurs ennemis. Si du faible royaume de Jérusalem nous passons en Egypte, c’est là que nous trouvons l’étrange spectacle d’un gouvernement fondé par la révolte et se fortifiant au milieu des orages politiques. Les colonies chrétiennes, depuis la prise de Jérusalem parSaladin, n’avaient plus de centre commun ni de lienentr’elles; les rois de Jérusalem, en perdant leur capitale , perdirent leur autorité , qui servait du moins à rallier les esprits. On n’avait conservé de la royauté que le nom, on n’avait pris de la république que la licence. Quant aux mamelucks, ils étaient moins une nation qu’une armée, où l’on

(i) Mathieu Paris dit qu’il y eut en laSq une La taille si sanglante entre les deux ordres, qu’il n’échappa qu’un seul chevalier du Temple pour porter dans les places de son ordre la nouvelle de celte défaite. (Ad ann. i‘i5g.)

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