LIVRE XVII
se divisait (l’abord pour un chef , où l’on obéissait iî5G ensuite aveuglément. Du sein de chacune de leurs révolutions sortait le despotisme militaire, armé de toutes les passions qui l’avaient enfanté; et, ce qui devait redoubler les alarmes des chrétiens, ce despotisme ne respirait que la guerre et les conquêtes.
Nous avons dit, dans le livre précédent, que le turcoinan Àibek, après avoir épouséla sultane Chegger-Eddour, était monté sur le trône de Saladin; son règne ne larda pas à être troublé par les rivalités des émirs : la mort de Pliarcs-eddin Okthai, l’un des chefs les plus opposés au nouveau sultan, dissipa les projets des factieux; mais la jalousie d’une femme fit ce que n’avaient pu faire la licence et la discorde. Chegger-Eddonr ne put pardonner à ( Aibek d’avoir demandé en mariage une fdle du prince de Mossoul, et l’infidèle époux fut assassiné dans le bain par des esclaves. La sultane, après avoir satisfait la vengeance d’une femme, appela à son secours l’ambition des émirs et les crimes de la politique (i). Elle manda l’émir Saif-eddin, pour prendre ses conseils et lui proposer de monter avec elle sur le trône des sultans. Saif-eddin, introduit dans le palais, trouva la sultane assise, ayant à scs pieds le corps sanglant de son époux. A cet aspect, l’émir fut saisi d’horreur; et le calme que la sul-
(1) Nous avons adopté ici la version de M. Dcguignes comme la plus vraisemblable. (Voy. l 'Ilist. des Huns, iv‘-. vol.,pag. ndiet 117.)
i25^ tanc faisait paraître, la vue du troue ensanglanté sur lequel elle lui proposait de s’asseoir, ajoutèrent encore à son effroi. Cliegger-Eddour appela deux autres émirs , qui ne purent supporter sa présence, et s’enfuirent effrayés de ce qu’ils venaient de voir et d’enlendTe. Cette scène s’était passée pendant la nuit. Au lever du jour, la nouvelle s’eu répandit dans le Caire,* l’indignation fut générale dans le peuple et dans l’armée; Chegger-Eddour périt à son tour immolée par des esclaves, et son corps, jeté tout nu dans les fossés du château, put apprendre à tous ceux qui se disputaient l’empire , que les révolutions ont aussi leur justice (i).
Au milieu du tumulte, un fils d’Aibek , âgé de quinze ans, est élevé à l’empire; mais l’approche d’une guerre devait bientôt faire éclater une sédition nouvelle, et précipiter du trône un enfant. De grands événemens se préparaient en Asie; et du côté de la Perse (2) il se formait un orage prêt à éclater sur la Syrie et sur l’Egypte.
Les Mogols, sous la conduite d’Oulagou, étaient
(1) I/hislorien Aboulfe'da donne peu de détails sur ces événemens; Makrisi dit que la sultane lit périr Ailkk dans un bain, et que les émirs, indignés de ce meurtre, la mirent elle-même à mort et jetèrent son corps dans un fossé, où il devint la proie des chiens. ( Extraits des auteurs arabes, par M.Reinaud, §. 87.) Guillaume de Nangis s’accorde sur ce fait avec l’historicii Makrisi. (Voy. tom. v de la Collect. de Duchcsne.)
(2) Une des plus grandes difficultés qu’éprouve l’historien de celte époque, c’cst de mettre de la liaison dans ces ré-