LIVRE XIX. ne
imagination vive et d’une âme ardente, pour qui 1327 rien ne semblait impossible , et qui , dans une génération indifférente, croyaient trouver encore les passions héroïques d’un autre siècle. Pétrarque, qui se trouvait alors à la cour d’Avignon , déplorait dans ses vers la servitude de la ville sainte, et ses accens poétiques exhortèrent souvent les guerriers chrétiens à s’armer pour l’héritage de Jésus-Christ.
Dans des stances pleines d’harmonie , adressées à l’évêque de Lombez, qui appartenait à l’une dos plus illustres familles de Rome, il exprime les espérances que lui donnaient les promesses du pape, et les serinens de plusieurs monarques de la chrétienté. « Le fils de Dieu, disait-il, venoit de tour- » ner ses regards vers le lieu où il fut étendu sur la » croix... Ceux qui habitent les contrées situées » entre le Rhône, le Rhin et la mer, ceux que » brûlent les ardeurs du Midi, comme ceux qui » vivent dans des régions éloignées du chemin que » parcourt le soleil, vont suivre l’étendard de la » croisade. La ville des fils de Mars, la ville des » saints pontifes restera-t-elle étrangère à la glo- » rieuse entreprise qui se prépare(i). » Tels étaient les sentimens exprimés par Pétrarque. Ce poète,
. (1) Cette ode ou canzone est une des pièces de Pétrarque les plus remarquables par le charme du style : nous ne pouvons en donner ici que le sens et l'idce generale. Nous avons encore de ce poète un sonnet où il parle aussi de la croisade. Pétrarque voyait avec beaucoup de peine les Sarrasins maîtres de la Terre-Sainte , et les papes résidans à
a3o HISTOIRE DES CROISADES.
1327 clans lequel on ne reconnaît plus aujourd’hui que le chantre ingénieux de la belle Laure , était regardé alors comme le digne interprète de la sagesse des anciens, et ses paroles étaient d’un grand poids parmi les hommes éclairés. Tous ceux qui cultivaient les lettres ou qui étudiaient l’histoire, devaient être plus frappés que les autres de la gloire des siècles précédens : plusieurs consacraient leurs veilles à faire renaître un enthousiasme dont ils admiraient les prodiges. Parmi les derniers apôtres des croisades, on ne peut oublier le fameux Raymond Lulle , l’une des lumières de l’école dans le moyen âge (1).
Lulle n’eut toute sa vie qu’une pensée, celle de combattre et de convertir les infidèles. C’est sur la proposition de ce zélé missionnaire que le concile de Vienne décida qu’il serait établi dans les universités de Rome, de Bologne, de Paris et de Salamanque , des chaires pour l’enseignement des langues d’Orient. Il présenta au pape plusieurs mémoires sur les moyens d’anéantir le culte de Mahomet et la domination de ses disciples.
Avignon. Dans presque toutes les lettres qu’il écrivait alors, il ne cessait d’exprimer ses plaintes à cet égard, et de faire des vœux pour une croisade et pour le retour du pape à Rome. (Voy. les Mémoires de l’abbé de Sade pour servir à la vie de Pétrarque. )
(1) Un Mémoire sur la part que les Espagnols ont prise aux croisades , quenous avons cité , raconte les travaux, les aventures, les courses de. Raymond Lulle. (Voyez aussi les. Annales ecclés., ad. ann. i3i5, n°. 5, note t.)