LIVRE XIX. -n-j
mandait des secours à l’Occident. Le pape écri- j vit à Charles-le-Bel, successeur de Philippe, et le conjura de prendre les armes contre les infidèles. Charles reçut avec soumission les conseils et les exhortations du souverain pontife (i) ; il s’occupait des pre'paratifs d’une croisade , lorsque la succession du comté de Flandre fit éclater une guerre dans les Pays-Bas. Dès-lors la France ne fut plus attentive qu’aux événemens qu’elle avait sous les yeux , et dans lesquels sa propre gloire se trouvait intéressée. A l’approche de sa mort, et
d’accabler ces derniers. 11 se lia par un traite avec les Tartares et avec les Turcs qui , jusqu’alors , avaient secouru les chrétiens ; l’Arménie fut tour-à-tour pillée et dévastée par ces trois peuples. Le pape Jean XXII adressa à tous les fidèles de la chrétienté des lettres datées d’Avignon , le l3 des calendes de janvier, pour les exhorter à voler au secours de l’Arménie et de l’île de Chypre, aussi menacée par les Égyptiens. (Voy. Jean Villani , liv. ix , cliap. 148; et Antonin, 3e. part., tit. xxi, ch. 5.)
(t) Le pape avait déjà exhorté Philippe-le-Long à porter des secours en Arménie. Il renouvela ses instances auprès de son successeur Charles-le-Bel. Ses lettres à Charles sont datées d’ Avignon, du 10 des calendes de juillet 1 322. Le roi de France envoya auprès du pape des ambassadeurs pour traiter de l’expédition d’Asie. Le comte de Clermont, un de ces ambassadeurs, resta à Rome plus long-temps que les autres; il convint avec le pontife du nombre de cavaliers et de fantassins qui devaient être envoyés, de la solde des troupes , des dépenses de la flotte et des moyens de lever l’argent nécessaire. Le pape accorda pour quatre ans les décimes du clergé de France et de Navarre. ( Vov. Jean Villani, ibid.)
1327 dans un temps où le royaume n’avait plus rien à craindre, Charles-le-Bel se ressouvint de son serment, et scs dernières pensées se portèrent vers la délivrance de Jérusalem. « Je lègue , dit-il » dans son testament, à la Terre-Sainle, cin- » quante mille livres à payer et délivrer quand le » passage général se fera , et est en mon entente » que si le passage se faisoit de mon vivant, d’y » aller en ma personne (t). » G’est ainsi que se montrait encore à cette époque l’esprit des croisades; la plupart des testarnens (2) que faisaient alors les princes et les riches hommes ( ces mots désignaient la noblesse), renfermaient quelques dispositions au profit de la Terre-Sainte ; mais il faut dire aussi que la facilité d’acheter pour de l’argent le mérite du pèlerinage, dut beaucoup diminuer le nombre des pèlerins et des croisés.
Tandis qu’on prodiguait encore des trésors pour la guerre sainte , personne ne prenait les armes. Cependant il restait quelques hommes, doués d’une
(1) Cet article du testament de Charles-le-Bel est rapporte par Ducange. On a remarqué qu’il était daté du 24 octobre i324, et Charles mourut en 1327 : on doit penser ou que la date est inexacte, ou que Charles-le-Bel ne remplit point sou vœu.
(2) Nous avons eu sous les yeux un testament fait à cette époque , dans lequel un gentilhomme de la famille de Castillon , déjà illustre au temps des croisades, donne une somme pour les frais de la guerre sainte. Nous regrettons de ne pouvoir publier le texte de celte pièce, qui nous a été communiquée par la famille elle-même.