LIVRE XIX
seaux. Il conseillait de débarquer en Egypte, cl de i commencer par affaiblir la puissance des sultans du Caire. Le moyen le plus sûr d’y parvenir, était de tirer directement de Bagdad les marchandises de l’Inde que le commerce européen lirait des villes d’Alexandrie et de Damiette. Sanuti conseillait en même temps au souverain pontife de redoubler la sévérité des censures ecclésiastiques contre ceux qui porteraient en Egypte des armes, des métaux , des bois de construction, et tout ce qui pouvait servir à l’armement des flottes ou de la milice des mamelucks.
Le pape donna de grands éloges à Sanuti, et le recommanda à plusieurs souverains de l’Europe ; les princes chrétiens, et surtout le roi de France, l’accueillirent avec bonté, louèrent sa piété et son génie, et ne suivirent point ses conseils. Sanuti s’adressa aussi à l’empereur de Constantinople pour l’engager dans une expédition contre les infidèles; il cherchait partout des ennemis aux Musulmans , et passa sa vie à prêcher une croisade sans obtenir plus de succès que Raymond Lullc.
On ne peut comparer le zèle des deux hommes dont nous venons de parler , qu’à celui de Pierre l’IIermite; ils avaient l’un et l’autre plus de lumières que le cénobite Pierre; mais ils ne purent se faire écouter, et l’impuissance de leurs efforts nous montre assez combien les temps étaient changés. Pierre prêchait dans les villes et sur les places publiques; et la multitude, échauffée par ses discours, entraînait les grands. Au temps de Lulle et de Sanuti,
a3j HISTOIRE DES CROISADES.
i3a7 on ne pouvait plus s’adresser efficacement qu’aux souverains , et les souverains , occupés de leurs propres interets, montraient peu d’enthousiasme pour des projets qui regardaient la chrétienté eu général. Toutefois les prédications en faveur des saints lieux ne manquaient point aux fidèles. Les papes ne se lassaient(i) * * * vpoint d’exhorter les peuples à prendre les armes, d’ordonner la levée des décimes , et de proclamer les indulgences que l’Eglise accordait aux croisés. Les rois et les princes , sans être touchés comme auparavant des malheurs de la Terre-Sainte, n’hésitaient point à se revêtir du signe des pèlerins, et le serment de la croisade, répété comme une formule consacrée par le temps, ne coûtait rien à leur piété nia leur bravoure. Sous le pontificat de Jean XXII, des envoyés du roi de Chypre et du roi d’Arménie vinrent annoncer à la cour d’Avignon que les états chrétiens qui restaient en Asie allaient périr de foud en comble , s’ils n’étaient promptement secourus ; le pape lit., selon l’usage, retentir leurs gémissemens et leurs plaintes dans toute la chrétienté.
Le roi de France , Philippe de Valois, convoqua à Paris (i) , dans la Sainte-Chapelle, une assem-
(i) En 1 33 1 , Philippe de Valois reçut des ambassadeurs
du roi d’Arménie qui demandait des secours contre les Sarrasins. Ce monarque avait déjà manifesté le désir d’arra-
cher la Palestine aux infidèles. Il tint une assemblée des
grands du royaume et se dévoua à la Terre-Sainte : mais
ayant fait au pape des demandes qui furent rejetées comme