LIVRE XIX. a
blée à laquelle assistèrent Jean, roi de Bohème, le i33o roi de Navarre, les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Lorraine, de Brabant, de Bourbon , la plupart des prélats et des barons du royaume. Pierre de la Pal ue, nommé patriarche de Jérusalem , et qui venait de parcourir l’Egypte et la Palestine , harangua l’auditoire sur la nécessité d’attaquer les infidèles et d’arrêter les progrès de leur domination en Orient. Philippe , qui s’était déjà croisé , renouvela le serment qu’il avait fait ; et comme il se disposait à quitter son royaume, les
injustes , son zèle pour la croisade se refroidit. En 1 33a , sur les exhortations du pontife, il revint à son projet. Il publia des lettres-patentes pour annoncer scs nouvelles résolutions, fixer l’époque du passage , etc. ; mais d’autres entreprises rompirent ce projet.
En 1 333 , Philippe fut nommé chef de la croisade , et le pape s’adressa aux évêques de toute la chrétienté pour ordonner la levée des dîmes. Bosio dit que Philippe devait fournir vingt mille cavaliers et cinquante mille fantassins; que les Vénitiens devaient équiper une flotte qui pourrait transporter quatre mille combattans , et qu’on espérait que les Génois , les Pisans et autres puissances maritimes se joindraient à l’entreprise. Sur ces entrefaites, les Turcs ayant fait plusieurs incursions en Europe, le pape s’adressa aux Vénitiens , k Jean , comte d’Alençon , au roi de France et à Robert de Sicile, pour les exciter à prendre les armes contre les infidèles. Il travaillait en même temps à réunir l’église grecque et l’église latine , à pacifier l’Italie et à propager la foi parmi les princes barbares. (Voy. Jean Villani , Anloniu , Bosio , Meyer, et les lettres du pape Jean XXII. )
u3 G HISTOIRE DES CROISADES.
i333 barons prêtèrent serment d’obéissance à son fils, le prince Jean , en élevant leurs mains vers la couronne d’épines de Jésus-Christ. Jean de Bohême, le roi de Navarre , un grand nombre de princes et de seigneurs de la cour, reçurent la croix des mains de l’arclievêrpie de Rouen. La croisade fut prêchée dans tout le royaume j « et venoist à » tous seigneurs , dit Froissard , moult grande » plaisance et spécialement à ceux qui vouloient » le temps dispenser en armes , et qui adonc ne le » savoient mie bien raisonnablement employer ail- » leurs. »
Le roi de France envoya au pape l’archevêque de Rouen , qui monta dans la suite sur la chaire de saint Pierre sous le nom de Clément IV. L’arclievêque prononça en plein consistoire un discours sur la croisade, et déclara, en présence de la majesté divine, au Saint-Père, à l’Eglise de Rome, à toute la chrétienté, que Philippe de Valois partirait pour l’Orient au mois d’août de l’année i334- Le pape félicita le monarque français de sa résolution , et lui accorda des décimes pendant six ans. Ces circonstances sont rapportées par Jean Villani(i), qui se trouvait alors à Avignon , et qui après avoir parlé dans son histoire de la promesse faite au nom du roi de France, s’écrie : Et moi , historien , j’entendis le serment que je viens de rapporter.
(i) Jean "Villuui, liv. u.