‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 155 sur 276 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

et rien de ce qui peut fixer la victoire ou réparer i444-1 4^*3 des revers. Vainqueurs, ils se disputaient la gloire des combats et les dépouilles de l’ennemi ; vaincus, ils se décourageaient tout-à-coup et retournaient dans leurs foyers , en s’accusant réciproquement de leurs défaites.

La bataille de Warna assura aux Turcs la possession des provinces qu’ils avaient envahies en Europe , et leur permit de faire de nouvelles conquêtes. Amurat, après avoir triomphé de ses ennemis, avait de nouveau renoncé à la couronne impériale , et la solitude de Magnésie revit le vainqueur des Hongrois revêtu de l’humble manteau des ermites; mais les janissaires , qu’il avait si souvent conduits à la victoire , ne lui permirent point de renoncer au monde et de jouir du repos qu’il cherchait. Forcé de reprendre le commandement des armées et les rênes de l’empire , il dirigea ses forces contre l’Albanie ; il revint ensuite combattre Hunniades sur les bords du Danube. Il passa le reste de ses jours à faire la guerre aux chrétiens ; et sa dernière pensée fut de recommander à son successeur de tourner ses armes contre la ville de Constantinople.

Mahomet 11, à qui Amurat avait légué la conquête de Bysance , ne succéda à son père que six ans après la bataille de Warna. C’est alors que commencèrent pour les Grecs les jours de deuil et de calamité. C’est ici que l’histoire nous offre en spectacle, dans une dernière et terrible lutte, d’un coté, un vieil empire dont la gloire avait rempli

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i444-i453 l'univers, et qui n’avait plus pour défense et pour limites que les remparts île sa capitale; île l’autre, un empire nouveau dont on connaissait à peine le nom , et qui menaçait déjà d’envahir le monde.

Constantin et Mahomet, montés presqu’en même temps, l’un sur le trône d’Olman , l’autre sur celui des Césars, n’offraient pas moins de différence dans leur caractère que dans leurs destinées. On admirait la modération et la piété de Constantin ; les historiens ont célébré sa valeur calme et prudente sur le champ de bataille , sa patience héroïque dans les revers. Mahomet porta sur le trône un esprit vif et entreprenant , une politique ardente et passionnée, un indomptable orgueil (1). On assure qu’il aima les arts et les lettres ; mais ces études paisibles ne purent adoucir sa férocité sauvage. Dans la guerre, il n’épargna ni la vie de ses ennemis, ni celle de scs soldats ; et les violences de son caractère ensanglantèrent

(1) Mahomet II , fils d’Amurat II et d’une mère chrétienne, qualifiée du titre de princesse, eut d’abord les seulimcus d’un dévot musulman ; mais l’âge et le trône affaiblirent cet esprit de dévotion. On dit que dans l’intiinité it osait traiter le prophète de la Mecque de brigand et d’imposleur. En public , il montra toujours du respect pour la doctrine cl la discipline du Coran. Mahomet, instruit par les maîtres les plus habiles, fit de rapides progrès; il parlait cinq langues étrangères. Il savait l’histoire et la géographie. Il aimait les arts, puisqu’il appela à sa cour et récompensa les peintres d’Italie. (Voy. sur la vie et le caractère de ce prince, Phranlza , Cantcmir et Spondc.)

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