‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 156 sur 276 · LIVRE XIX. 3ô · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 3ô

souvent la paix. Tandis qu’on retrouvait dans i Constantin un monarque élevé à l’école du christianisme , on reconnaissait facilement dans Mahomet un prince formé par les maximes guerrières et intolérantes du Coran. Le dernier des Césars avait toutes les vertus qui peuvent honorer et faire supporter une grande infortune. Le fils d’Amurat montrait les funestes qualités d’un conquérant et toutes les passions qui, au jour de la victoire, devaientfaire le désespoir des vaincus.

Lorsque Mahomet fut parvenu à l’empire, sa première pensée fut la conquête de Bysauce. Dans les négociations qui précédèrent la rupture de la paix , Constantin ne cacha point la faiblesse de l’empire grec , et laissa voir toute la résignation d’un chrétien. « Ma confiance est en Dieu ,

« disait-il au prince ottoman; s’il lui plaît d’a- » doucir votre cœur , je me réjouirai de cet » heureux changement ; s’il vous livre Constanti- » nople , je me soumettrai sans murmure à sa vo- « lonté. »

Le siège de Bysance devait commencer au printemps de l’innée i453. Les Grecs et les Turcs passèrent l’hiver dans les préparatifs de l’attaque et de la défense. Mahomet s’occupait avec ardeur d’une entreprise sur laquelle se dirigeaient depuis long-temps tous les vœux de la nation turque et tous les efforts de la politique ottomane. Au milieu d’une nuit , ayant mandé son visir : « Tu » vois, lui dit Mahomet, le désordre de ma cou- » che. J’y ai porté le trouble qui m’agite et me

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i^4-i 4 :>3 » dévore; désormais il n’y aura plus pour moi de » repos ni de sommeil que dans la capitale des » Grecs. »

Tandis que Mahomet rassemblait toutes scs forces pour commencer la guerre, Constantin Paléologue implorait le secours des nations de l'Europe (i). Des cris d’alarme étaient si souvent partis de Constantinople, que les uns regardaient les dangers de l’empire grec comme imaginaires, les autres, sa ruine comme inévitable. Vainement Constantin promettait, ainsi que tous ses prédécesseurs, de réunir l’Eglise grecque à l’Église romaine : le souvenir de tant de promesses faites dans le péril, oubliées dans les jours de sécurité, ajoutait à l'antipathie des Latins pour les peuples de la Grèce. Le pape exhorta faiblement les guerriers de l’Occident à prendre les armes, et se contenta d’envoyer à l’empereur grec un légat et des ecclésiastiques versés dans l’art de l’argumentation

(i) Après la mort de Jean Palèologuc, la famille impériale se trouva réduite aux trois lils de l’empereur Manuel, Constantin, Démétrius et Thomas. Le premier et le dernier étaient au fond de la Morée. Démétrius, qui possédait le domaine de Sélybérie , se trouvait dans les faubourgs de Constantinople à la tête d’un parti. II prétendit au trône, parce qu’il était l’aîné des (ils nés sous le règne de son père: mais l’impératrice mère, le sénat cl les soldats, le clergé et le peuple, se déclarèrent unanimement pour Constantin; et le despote Thomas, accidentellement revenu à Constantinople, sans avoir été prévenu de l’événement, soutint avec chaleur les droits de son frère Constantin.

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