‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 195 sur 276 · LIVRE XX. 3q · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 3q

fortune lui envoya du fond de l’Asie un secours i qu’elle n’espérait point.

De toutes les puissances qui avaient promis de combattre les Ottomans , la seule qui tint sa promesse fut le roi de Perse, auquel Calixte III avait envoyé un missionnaire , et qui s’était déclaré le fidèle allié des chrétiens. Dans sa réponse, le roi de Perse donnai t au pape les plus grands éloges , l’encourageait dans sa résolution d’attaquer Mahomet II, et lui annonçait que lui-même allait commencer les hostilités (i). Lorsqu’on reçut sa lettre à Rome, ses troupes s’avançaient à travers l’Arménie et déjà plusieurs villes ottomanes étaient tombées au pouvoir des Persans. Mahomet fut obligé d’abandonner ou de suspendre ses projets de conquête du côté de l’Europe, pour marcher contre ses nouveaux ennemis avec la plus grande partie des forces de son empire.

( i ) La lettre que le roi de Perse adressa au pontife de Rome se trouve dans le manuscrit de Vauxcelles, lettre B, n°. 19, pag. 179. On la lit aussi dans Raynaldi , ann. 1^71 , n°. 48. L’annaliste, après l’avoir copiée, ajoute ces réflexions: a Les promesses du roi de Perse ne furent point vaincs, et si Louis, roi de France, avait conduit son armée contre les Turcs ; si les deux cent mille hommes , dont on avait ordonné la levée à la diète de Ratisbonne, étaient entrés dans l’empire des Turcs; si Mathias y eût joint ses troupes victorieuses; si toute l’Ilalic, d’après la ligue qui venait d’être faite, avait équipé une flotte avec les chevaliers de Rhodes , il est hors de doute que les affaires de la chrétienté auraient été rétablies par Assumcasan, et que les Turcs auraient été détruits. »

3f)4 HISTOIRE DES CROISADES.

147a On aurait pu profiter de cette puissante diversion des Persans : mais les Vénitiens, le roi de Naples et le pape, se présentèrent seuls pour faire la guerre aux Ottomans. Le souverain pontife avait fait construire vingt-quatre galères avec le produit des décimes levées pour la croisade. Cette flotte, commandée par le cardinal Caraffe , et réunie dans le Tibre après avoir été bénie par Sixte IV (1), alla se joindre à cellede Venise etdcNaplcs, et parcourut les côtes de l’Ionie et de la Pamphylie, portant la terrent’ dans toutes les villes maritimes des Ottomans. Les Vénitiens ne manquèrent pas de diriger la flotte chrétienne contre les villes dont la richesse et le commerce leur faisaient ombrage. Satalie et Smyrne furent livrées à toutes les fureurs de la guerre -, la première, située sur les côtes de la Pamphylic, était l’entrepôt des productions et des marchandises qu’on tirait de l’Inde et de l’Arabie. La seconde, située sur la mer d’Ionie , avait de riches manufactures , un commerce florissant. Les soldats chrétiens commirent dans ces deux villes tous les genres d’excès qu’ils avaient jusqu’alors reprochés aux Turcs. Après cette expédition de pirates, la flotte regagna les ports de l’Italie, et le cardinal Caraffe rentra dans Rome en triomphe, suivi de vingt-cinq captifs montés sur de super-

(1) Sur l'équipement et la bénédiction de celte flotte .par Sixte IV , voyez Jacques Volaterran , nianusc. des archives du Vatican, n°. 4o> et l’ép. 449 du cardinal de Pavic.

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