‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 270 sur 276 · N°. VIII · texte numérisé non relu

N°. VIII

Précis historique de la prise de Malle, en 1797-

A la fin de l’année 1797 , une escadre française, sous les ordres de l’amiral Brueis, parut devant l’île. Son intention était de sonder les dispositions des habitans, que depuis quelque temps de sourdes menées avaient provoques a la révolte. En protégeant une révolution, l’amiral français aurait voulu s’emparer de ce boulevard de la chrétienté ; mais les principes révolutionnaires n’ayant pas assez germe dans les esprits , pour favoriser une semblable entreprise , cet amiral leva la croisière.

Le dix du mois de juin 1798, une nouvelle armée navale, sous les ordres du général Buonaparte , escortant un convoi de trois cents bâtimens marchands , qui transportaient une armée de terre de quarante mille hommes et une nombreuse artillerie, parut devant la cité Valette. Iles émissaires , envoyés par le directoire , ayant précédé l’arrivée de l’escadre , avaient réuni de nombreux parlisans , tout prêts à seconder les entreprises révolutionnaires.

Buonaparte lit demander au grand-maître llompesch , par le consul de France, l’entrée du port pour son escadre, sous le prétexte de la ravitailler , et d’y prendre de l’eau (1). Il demandait aussi qu’on lui fît la cession de quelques forts. Ce général s’attendait à un refus, cl sa demande n’était qu’un prétexte hostile. Le grand-maître fil répondre qu’il ne pouvait admettre toute l armée dans le portj mais que les chaloupes de chaque vaisseau pouvaient venir prendre l’eau qui leur serait nécessaire, ainsi que les provisions de

(1) L’ordre se reposait arec bonne foi sur la neutralité de son port , réglée par le traité dTJtrecbt, par lequel il avait été décidé qu’oo ne pourrait y admettre plus de quatre vaisseaux de guerre appartenant aux puissances belligérantes.

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bouche dont l'armée pouvait avoir besoin ; et, quant à la remise des forts , que sûrement le consul avait mal compris les paroles du général.

Buonaparte se bâta de faire envisager cette re'ponse comme une insulte. Il assembla son conseil de guerre, et ordonna le de'barqucment de toute l'armée , pour aller , disait-il, prendre l’eau qu’on lui avait refusée.

Dans un instant quarante mille hommes envahirent le sol d’une terre amie ; et dans le temps que les chaloupes recevaient des approvisionnemens, les ennemis enveloppaient quelques milices que le grand-maître avait envoyées pour éclairer leur marche. Les soldats furent renvoyés dans leurs villages, et les chevaliers qui les commandaient transportés prisonniers sur les vaisseaux de guerre.

Au premier bruit de l’invasion , tous les habitans de l’île étaient venus se réfugier dans la capitale : leur arrivée fut le premier signal des troubles et de la confusion.

Quatre mille révolutionnaires mirent en jeu tous les ressorts qui pouvaient opérer la désorganisation. Us persuadèrent au peuple que les chevaliers le trahissaient (i). La force armée se mit en pleine révolte, et massacra ses officiers. Les chefs de plusieurs postes furent immolés dans cet aveuglement populaire. On voyait transporter dans la ville des chevaliers blessés ou mourans, qui avaient été frappés par leurs propres soldats.

La nuit qui suivit ces tristes évenemens, fut encore plus affreuse. Des cris de mort retentissaient de toutes parts, du haut des fortifications de la ville , appelées les Cavaliers.

(i) A l’époque où l’ile fut attaquée, l’ordre avait perdu ses posscjsions en France, c’est-à-dire la moitié de son revenu $ on donnait des secours aux émigrés qui venaient en foule y chercher uti asile ; le trésor de l’État était entièrement épuisé , et les préparatifs que l’on avait faits à l’arrivée de l’escadre française, avaient été payés par la caisse du grand-maître. Ce dénuement de fonds n’avait pas peu contribué à la défection des troupes.

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Le bruit du canon se faisait entendre à chaque instant ; les boulets, tires sans objet, planaient sur la ville pour redoubler l’effroi des liabitans. Les ordres qui furent donnés pour faire cesser ce signal de désordre restèrent sans effet. Quelques patrouilles de soldats fidèles furent fusillées en parcourant les rues, où elles cherchaient à rétablir l’ordre (i).

L’armée ennemie, qui environnait la ville, encourageait par sa présence les scènes sanglantes auxquelles la cité Valette était en proie.

Le grand-maître, et ceux des membres du conseil qui n’avaient aucun poste à commander, étaient rassembles en permanence dans le palais magistral. Une morne douleur était peinte sur les visages; ils considéraient avec effroi l’horreur d’une situation qui ne permettait pas même aux chevaliers de mourir avec gloire.

Une foule de factieux forcent les portes du palais, inondent la chambre du conseil, en criant qu’il fallait sauver la ville des horreurs d’un assaut; et l’on força le grand-maître d’envoyer une députation au général français, pour lui demander les raisons d’un pareil attentat au droit de gens. Sur-le-champ, le général envoya un de ses aides-de-camp pour parlementer; et dédaignant la réponse d’un ennemi révolutionné, il rédigea la capitulation qu’il signa, et fit signer à cinq liabitans de l’îlc (a). Le grand-maître et le

(i) Le régiment des chasseurs fut un exemple de fidélité. Chaque soldat était propriétaire Aucun d'eux ne quitta le poste qui lui avait été confie. Les chefs de ce corps étaient le bailly de Neveu , grand fauconnier , et le commandeur de Châteauncuf , commandant des arsenaux.

(s») Le commandeur Bosrodon de Rcnsijat , déjà connu du général Btionaparte , signa le traité sans aucun pouvoir. Le chevalier A mat , ministre d'Espagne, s’en rendit garant. Arrivé dans sa patrie, ii fut jeté dans mi cachot où il termina sa carrière Le bailly de Tresari , ministre de Naples, protesta en faveur du droit de souveraineté de son maître sur Pde. On peut s'instruire de la vérité de ces faits en consultant le Moniteur , qui rendit compte un mois apres de celte capitulation.

conseil, à qui elle fut présentée, repoussèrent avec horreur la moindre marque d’adhesion à cet acte d’iniquité.

L’armée ennemie inonda la ville; j quelques forts voulurent résister. On leur présenta cette capitulation illusoire, et l’île entière tomba entre les mains du général 13uonaparte ( i).

Ainsi, après une possession de trois cents années, attaqué par une révolution inouie, et contre laquelle on ne pouvait opposer aucune résistance, l’ordre fut forcé d’abandonner le chef-lieu de sa résidence, et les chevaliers, qui donnaient un asile à l’honneur et aux malheureux, furent eux-mêmes forcés d’en chercher un autre; les soutiens de la religion et de la monarchie succombèrent , par la révolution, sous les efforts des ennemis de ces deux puissances.

Le grand-maître et une partie du conseil sc retirèrent à Trieste. L’empereur Paul 1er. concentra pendant quelque temps, à Pélersbourg , la résidence des chevaliers. Sous un nouveau grand-maître, ils s’établirent à Messine, ensuite à Cathane. Une commission, nommée à Paris par les chevaliers français , reçut scs pouvoirs par une bulle du pape Pic VII , et l’assentiment du lieutenant du magistère et du conseil de l’ordre. Elle eut l’honneur d’être présentée, en i S 1 4 > à Sa Majesté Louis XVIII, et son existence fut revêtue de toutes les formes légales.

L’ordre attend sa réorganisation de la justice et de la politique des souverains, puisqu’il a succombé en soutenant leur gloire. Déjà l’auguste empereur d’Allemagne a étendu vers lui une main protectrice et bienfaisante. Dans ces der-

(i) Lorsque Buonaparte prit les rênes du gouvernement, il se repentit de ne s’être empare de celte île, la clef de la Mediterranée, que pour la faire passer aux mains de la puissance rivale de la France ; le principal objet du traité d’Amiens était de faire restituer à l'ordre cctlQ importante possession.

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nièces circonstances, l’islamisme ne'cessite une barrière à la chrétienté, et la Sainte- Alliance a besoin d’un corps d’c- 1 i te pour garantir la protection qu’elle offre à l’Europe. Pourrait-on mieux choisir que dans la brillante milice de l’ordre souverain de Saint-Jean-de-Jérusalem , dès que ses. cohortes nombreuses seraient réunies dans un chef-lieu , pour réaliser ces deux objets, auxquels tiennent évidemment la sûreté des états et l’harmonie continentale.

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