LIVRE XVII. i
Providence a données aux hommes pour la conser- i valion des sociétés !
Plus on admire le règne de Louis IX , plus on s’étonne qu’il ait deux fois interrompu le cours de ses bienfaits et quitté son peuple qu’il rendait heureux par sa présence. Mais en voyant les passions qui agitent la génération présente, qui oserait élever la voix pour accuser les siècles passés! Si, dans le moment même où j’écris cette histoire, toute l’Europe s’émeut au bruit d’un soulèvement contre les Musulmans , maîtres de Bysance ; si les disciples les plus ardens de la philosophie moderne font des vœux pour le triomphe de l’Évangile sur le Coran , pour la délivrance des Grecs et la résurrection d’Athènes et de Lacédémone , comment croirait-on qu’au moyen âge les princes et les peuples chrétiens n’eussent point été touchés de l'horrible servitude dans laquelle gémissaient Jérusalem ettoutes ces régions saintes d’où la lumière du christianisme était venue? Avec le caractère que Louis IX montra dans toutes les circonstances de sa vie , comment pouvait-il rester indifférent aux malheurs des colonies chrétiennes qui n’étaient peuplées que de Français, et qu’on regardait alors comme une autre France, comme la France d’Orient? Il ne faut pas oublier d’ailleurs que le but de sa politique ou plutôt de l’esprit religieux qui l’inspirait, était de réunir les peuples de l’Orient et de l’Occident par les liens du christianisme, et que ce but, s’il eût été rempli , devait tourner à l’avantom. v. 8
Ii4 HISTOIRE DES CROISADES.
1270 la*çc de l'humanité. On a pardonné quelquefois à i’ambilion elle-même des projets plus chimériques et des guerres plus malheureuses.
Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire que la captivité et la mort de saint Louis dans des régions lointaines , n’affaiblirent point en Europe le respect qu’on avait pour son nonl et pour ses vertus. Peut-être même que de si hautes infortunes , souffertes au nom de la religion et de tout ce qu’on révérait alors, ajoutèrent quelque chose .à l’éclat de la monarchie; car on était loin encore des temps que nous avons vus , où les malheurs des rois n’ont servi qu’à dépouiller la royauté de ce qui la fait respecter parmi les hommes. La mort de Louis IX fut sans doute un grand sujet de douleur pour les Français ; mais aux regrets que causait sa perte, se mêlait, pour tout Je peuple, la pensée de l’heureux avenir que Louis avait préparé, et pour les âmes pieuses l’espérance d’avoir un appui dans le ciel. Bientôt on célébra le trépas d’un roi de France, comme un nouveau triomphe pour la religion, comme une nouvelle gloire pour la patrie ; et l’anniversaire du jour où il expira , devint, dans la suite, une des fêtes solennelles de l’église chrétienne et de la monarchie française.
Ce fut un beau spectacle que celui de l’instruction canonique dans laquelle le père commun des fidèles interrogea les contemporains de Louis IX sur les vertus de sa vie et les bienfaits de son règne. Des Français de toutes les classes