LIVRE XVIII
La plupart des princes et des états chrétiens de 1 la Syrie, dans la crainte d’être envahis, avaient conclu des traités avec le sultan du Caire; plusieurs devaient hésiter à s’engager dans une guerre où les faibles secours de l’Europe ne leur permettaient pas d’espérer de grands avantages, où d’ailleurs ils avaient à craindre d’être abandonnés par les croisés, toujours prêts à retourner en Occident. Cependant les Hospitaliers et les Templiers, qui ne manquaient jamais une occasion de combattre les Sarrasins, se réunirent au prince Edouard, que sa renommée avait devancé en Orient. Bibars , qui ravageait alors le territoire de Ptolémaïs, s’éloigna d’une ville qu’il avait remplie d’alarmes , et parut un moment avoir abandonné l’exécution de ses projets.
La petite armée des chrétiens, composée de six à sept mille hommes, avança sur le territoire des Musulmans; elle sc dirigea d’abord vers la Phénicie, pour rétablir la communication interrompue entre les villes chrétiennes. Dans cette expédition, les croisés eurent beauconp à souffrir des excès de la chaleur ; plusieurs moururent pour avoir mangé des fruits et du miel que le pays produisait en abondance (1). Ils marchèrent ensuite vers la ville de
(1) L’historien Sanuti, douzième partie, ch. 1 1, et Jean d’Ipres ( Bibliothèque des Croisades, tom. 1 ), rapportent ce fait, que les historiens anglais ont passe' sons silence. Sanuti ajoute qu’au mois de novembre 1271, le seigneur Edouard et sou frère, le roi de Chypre, les trois ordres do
1371 Nazareth , sur les murs de laquelle ils plantèrent l’étendard de Jésus-Christ. Les soldats de la croix 11e purent se rappeler , sans indignation , qucBibars avait fait détruire de fond en comble l’église de cette ville , consacrée à la Vierge ; Nazareth fut livrée au pillage , et tous les Musulmans qu’on trouva dans la ville conquise , immolés par le glaive , expièrent l’incendie et la destruction d’un des plus beaux monumens élevés par les chrétiens en Syrie (1).
chevalerie, et les pèlerins avec des fantassins, allèrent vers Césarée pour détruire la tour de Cnco. Dans leur chemin ils rencontrèrent des Turcomans, les attaquèrent à l’improviste, et en tuèrent jusqu’à quinze cents. Le butin leur fit oublier le but de leur expédition; les Sarrasins les jugèrent pour cela des guerriers de peu de valeur; et le Soudan luimême , dans la réponse qu’il fit aux députés que le roi Charles avait envoyés pour obtenir une trêve, dit que des hommes qui avaient ainsi manqué de s’emparer d’une forteresse, n’étaient pas sans doute en état d’occuper le royaume de Jérusalem parleurs propres forces. Jean d’Ipres, qui raconte la même chose, donne à la tour le nom de Charo.
( 1) La Chronique anglaise d’Henri Knigthon , place celte expédition quelque temps après Pâques de l’année 1271 ; elle parle ensuite de deux autres expéditions, dont Sanuti , que nous venons de citer , semble ne faire qu’une seule. Vers la nativité de saint Jean-Baptiste , dit Knigthon , Edouard marcha contre les Sarrasins qui étaient venus à Kakakorve, à quarante milles d’Acrc, et, les ayant attaqués , en tua mille et mit le reste en fuite. De retour à Acre, les grands du royaume de Chypre, qu’il avaitappelcs, se réunirent à lui. Les chrétiens se remirent une troisième