‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 56 sur 276 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

Après ccttc victoire , dont on ne peut louer les croisés, les Musulmans ne cessèrent point défaire des excursions sur le territoire des Francs. Mais soit qu’il n’eût point assez de forces pour se mettre en campagne, et qu’il ne fût pas secondé par les chrétiens du pays, soit qu’il plaçât quelque espérance dans une négociation entamée avec l’émir de Joppé, qui lui promettait de se convertir (1), eide lui livrer la ville qu’il commandait, le prince Edouard rentra tout-à-coup dans les murs de Ptolémaïs , et ne chercha point de nouveaux périls sur le champ de bataille. L’émir de Jaffa entretenait avec lui de fréquentes relations ; et , pour parvenir à ses secrets desseins, il avait choisi pour messager un des disciples du vieux de la Montagne ; un jour qu’Édouard était seul dans sa chambre , et qu’il reposait sur un lit , le perfide envoyé se présente et se précipite sur sa victime, le poignard à la main. Le prince est blessé au bras; mais comme il .était doué d’uno force extraordinaire, il renverse l’assassin d’un coup de pied, il lui arrache ensuite le poignard, et le lui plonge dans le sein : bientôt on accourt au bruit; le fanatique Musulman était étendu par terre.

fois en campagne, et allèrent jusqu’à Saint-Georges; ilstuèrent quelques ennemis cl revinrent triomphans.

(1) C’est pour la seconde fois, dans cette croisade, que les Musulmans promettaient de se convertir, pour tromper les chrétiens; on n’a pas oublié que le roi de Tunis avait ainsi trompe Louis IX.

îao HISTOIRE DES CROISADES.

iîrt Édouard, d’abord blessé au bras, s’était fait luiméme, en se défendant, une seconde blessure au front : on craignait que le poignard ne fût empoisonné. Quelques historiens rapportent que la princesse Éléonore, femme d’Édouard, eut le courage de sucer les plaies de son époux , pour en extraire le poison ; d’autres racontent que le grand-maître du Temple envoya sur-le-champ à Édouard un remède dont l’efficacité était reconnue en Orient. Quoi qu’il en soit , tous les soins furent d’abord inutiles ; on craignait pour la vie du prince , lorsqu’un médecin anglais se présenta , et répondit d’une guérison prochaine , si Édouard éloignait de lui tous ses courtisans , la princesse Éléonore elle-même, et s’il suivait exactement le régime qui lui serait prescrit. Les conseils du médecin furent suivis , et le prince anglais ne tarda pas à se montrer à cheval , au milieu de ses compagnons d’armes (i).

(i) Henri Knigthon donne sur cet assassinat et sur la guérison du prince Edouard plusieurs details curieux. L’émir 'de Joppé , dit-il , feignant de vouloir se faire chrétien , envoya plusieurs fois des lettres à Edouard par un messager de la secte des Ismaéliens. Celui-ci voulant un jour frapper le prince avec un couteau empoisonné, Édouard leva la main pour détourner le coup, et reçut au bras une blessure profonde. Tout en se débattant, il repoussa si violemment avec le pied l’assassin , qui s’apprêtait à le frapper de nouveau, qu’il le renversa à terre ; mais le saisissant par la main il lui arracha le couteau avec tant de force qu’il se blessa au front; enfin il plongea le couteau dans le ventre du mes-

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