‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 96 sur 276 · LIVRE XVIII. igg · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. igg

de l’Asie mineure. Après les derniers triomphes ngi des inamelucks, non seulement la population des Francs qui habitaient la Phénicie, la Palestine, fut anéantie ou obligée de fuir; mais Je nombre des chrétiens so trouvait réduit de plus de moitié dans toutes les contrées du voisinage , dans tous les lieux où avaient passé les croisés. La guerre faite à l’islamisme avait irrité les Musulmans, qui, abusant de leurs victoires, n’avaient plus permis aux disciples de l’Evangile de s’établir au milieu d’eux, et qui, les regardant comme leurs plus cruels ennemis, les avaient partout condamnés à l’exil, à la servitude, à tous les genres de misères. La plupart des églises qui avaient été bâties dans les villes de Damas, d’Alep, du Caire, d’Edesse, d’Iconium , étaient démolies ou abandonnées; les grottes du Liban et des montagnes de la Judée, les cellules du Sinaï et du Carmel, les solitudes de Memphis et de Scetté avaient perdu leurs hôtes pieux, et ne retentissaient plus des accens de la prière. Ainsi, ces expéditions lointaines, dont le but principal fut de délivrer au-delà des mers les serviteurs de Jésus-Christ , ne firent à la fin qu’appeler la persécution, le désespoir et la mort sur les fidèles d’Orient. C’est ici qu’il faut admirer les desseins secrets de la Providence, et qu’on peut s’écrier avec le plus éloquent prédicateur des croisades, que dans ces saintes entreprises, Dieu ri avait épargné ni son peuple ni son nom (i).

(i) Saint Bernard. (Voy. livre vi de cette histoire.)

aoo HISTOIRE DES CROISADES.

1291 Lorsqu’on apprit en Europe la prise et la destruction de Ptolémaïs , l’Occident fut plongé dans la douleur; personne n’avait songé à prendre les armes pour la secourir , mais tout le monde déplora sa perte. Les fidèles s’accusaient d’avoir laissé sans défense une ville chrétienne, de l’avoir abandonnée comme une brebis au milieu des loups. Dans la désolation générale , des plaintes (1) s’élevèrent contre le souverain pontife et les premiers pasteurs de l’Eglise, trop occupés des royaumes et des biens de ce monde ,* contre les princes et les rois de la chrétienté, les uns s’abandonnant aux délices de celte vie, élevant des tours et des palais superbes , dirigeant leurs armes contre les bêtes fauves et les oiseaux du ciel , les autres, accablant leurs sujets d’impôts pour faire la guerre à des peuples chrétiens, et reculer les limites de leur empire. La multitude consternée racontait les prodiges par lesquels le Dieu tout-puissant avait annoncé les décrets de sa colère (2). Beaucoup de fidèles

(1) Ces plaintes des fidèles se trouvent exprimées dans les dernières pages de la Relation manuscrite que nous avons citée. (Voyez aux Pièces justificatives de ce volume.) Le moine grec Arsène, qui fit devant le pape le récit du siège et de la ruine de Ptolémaïs, lui adresse des reproches pleins d’amertume : « Les soins que vous donnait la Sicile, dit ce » religieux en s’adressant au souverain pontife , occupaient » tellement votre coeur, que vous vous endormiez sur les » dangers de la Palestine.» (Voyez le discours d’Arsène dans les extraits de Muratori , Diblioth. des Croisades.)

(2) Parmi les récits merveilleux auxquels donna lieu la

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