‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 99 sur 276 · LIVRE XIX. ao · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. ao

peuples, qui out affaibli cet enthousiasme univer- 1 sel* quels sont, en un mot, les intérêts, les mœurs, les habitudes qui ont remplacé la dévotion des pèlerinages d’outre-mer et succédé aux prodiges des croisades. Ici la philosophie de l’histoire vient nous éclairer de son flambeau et nous montrer le cours éternel des choses humaines ; la fin des grandes révolutions peut être comparée à celte époque de la vie de l’homme où finit la jeunesse; c’est là qu’on recueille les fruits d’une expérience acquise au milieu du bruit et de l’ardeur des passions; c’est là que vient se réfléchir, comme dans un miroir fidèle, le passé avec ses souvenirs et ses avertissemens salutaires.

Nous poursuivrons donc avec confiance la tâche que nous avons commencée ; si , dans la carrière qui nous reste à parcourir, nous avons peu de chose à dire qui puisse réveiller la curiosité du vulgaire, les esprits éclairés trouveront sans doute quelque intérêt à suivre avec nous ces longs retentissemens d’une révolution qui avait ébranlé l’Orient comme l’Occident, et dont les suites devaient se faire sentir jusque dans la postérité.

Lorsque la nouvelle de la prise de Ptolémaïs arriva en Europe, le pape Nicolas IV, qu’on avait accusé d’une coupable indifférence, ne s’occupa plus que de prêcher une croisade. Une bulle, adressée à tous les fidèles , déplora en termes pathétiques les derniers désastres des chrétiens ; plus ces malheurs étaient grands , plus le pape s’empressa d’ouvrir aux nouveaux croisés le trésor des misé-

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1291 ricordes divines et des indulgences pontificales. Une indulgence de cent jours était accordée à ceux qui assisteraient aux sermons des prédicateurs de la croisade et qui viendraient entendre dans les églises les gémissemens de la cité de Dieu . Les orateurs sacrés eurent la permission de prêcher la guerre d’Orient jusque dans les lieux interdits; et pour que les grands pêcheurs pussent être admis au nombre des soldats de la croix , les prédicateurs reçurent la faculté d’accorder certaines absolutions réservées à l’autorité suprême du Saint-Siège (r).

Dans plusieurs provinces, le clergé s’assembla , d’après l’invitation du pape, pour délibérer sur les moyens de recouvrer la Palestine. Les pasteurs de l’Église s’occupèrent avec zèle de celle pieuse

(1) Le pape Nicolas, outre la bulle dont il est ici ques* tion, adressa des lettres à Philippe, roi de France, aux Génois, aux Vénitiens, à plusieurs évêques et à différons princes d’Orient , tels l’empereur des Grecs , les rois d’Arménie et de Géorgie. Ces lettres sont toutes datées de Viterbe, au mois de septembre 1291. Le pontife exhorte les puissances à faire la paix entr’elles pour venir au secours de la Terre-Sainte, injustement occupée par les Sarrasins. Il défend aux fidèles de faire passer aux ennemis de la foi aucune espèce de marchandises , soit en bois , en fer ou en armes, sous les peines portées par le concile de Lyon. Il ordonne aussi aux évêques de convoquer des conciles provinciaux , dans lesquels on avisera aux moyens de préparer une croisade. (Voy. Annal, eccle's. , ad arm. 1291 , nos. xx et scq. )

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