LIVRE XIX. ao
mission, elles opinions de tous les prélats se réuni- i rent d’abord pour conjurer le souverain pontife de travailler sans relâche à rétablir la paix entre les princes chrétiens.
Plusieurs monarques avaient déjà pris la croix ; Nicolas leur envoya des légats pour les presser d’accomplir un vœu qu’ils semblaient avoir oublié. Edouard, roi d’Angleterre, quoiqu’il eût levé des décimes sur le clergé pour les dépenses de la croisade, montra peu d’empressement à quitter ses états pour retourner en Asie. L’empereur Rodolphe, qui, dans la conférence de Lausanne, avait promis au pape de faire le voyage d’outre-mer, mourut à cette époque, plus occupé des affaires de l’Allemagne que de celles des chrétiensd’Orient. Nicolas IV lit représenter à Philippe-le-Bel que l'Occident avait les yeux sur lui, et que son exemple pouvait entraîner toute la chrétienté ; le souverain pontife exhortait en même temps les prélats de l’église de France à se joindre à lui pour déterminer le roi, les grands et le peuple à prendre les armes contrôles infidèles.
Le père des chrétiens ne borna point ses efforts à réveiller le zèle des princes et des peuples de l’Occident. L’empereur grec Andronic Paléologuc, l’empereur de Trébisonde, les rois d’Arménie , de Géorgie et de Chypre, reçurent ses messages apostoliques, dans lesquels il leur annonçait la prochaine délivrance des saints lieux. Comme dans leur détresse les chrétiens avaient quelquefois porté leurs regards vers les Tarlares, deux
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129a missionnaires furent envoyés à la cour d’Argon (1) , chargés d’offrir à l’empereur mogol les bénédictions du souverain pontife , et de solliciter ses puissans secours contre les Musulmans.
Tout l’Occident , comme on l’a vu , avait été plongé dans la douleur en apprenant la ruine des colonies chrétiennes; mais cette profonde douleur ne put rallumer dans l’esprit des peuples l’enthousiasme des croisades. Nicolas IV mourut sans avoir pu rassembler une armée chrétienne (2). Après sa mort, le conclave ne fut point d’accord pour nommer un chef de l’Eglise, et le Saint-Siège resta vacant pendant vingt-sept mois. Dans ce long intervalle, les chaires où retentissaient les plaintes des fidèles d’outre-mer, restèrent muettes, et l’Occident oublia les dernières calamités de la Terre-Sainte.
En Orient , les affaires des chrétiens ne prenaient pas une tournure plus favorable. La discorde élevée entre les princes de la famille d’Hayton désolait l’Arménie et livrait ce pays à l’invasion des barbares (3). Le royaume de Chypre, dernier
(1) On lit aussi dans les Annales ecclésiastiques , la lettre que le pape adressa à Argon pour l’inviter à se réunir aux chrétiens d’Occident , et celle qu’il écrivit à son fils Carbagan , qui avait reçu le baptême. Ces deux lettres sont datées de Vilerbe, le 10 et le 12 des calendes de septembre de la meme année.
(2) Le pape Nicolas IV mourut le 4 avril 1292.
(3) Lisez sur les ravages de l’Arménie à cette époque,