‹ Histoire des croisades (volume 3)Chapitre 23 sur 30 · N». IV · texte numérisé non relu

N». IV

Lettre du grand-maître des Hospitaliers (i).

Nous désirons instruire le cœur de nos amis des évéuemens qui se passent ici. A l’époque déplorable du dernier passage, Bous vous envoyions, comme djpfacoutume, le récit de ce qui était arrivé dans la terre de Jérusalem; mais le navire, qui voguait vers l'Occident, s’est brisé sur les côtes <^e Tripoli , en face de Biblis. L’évêque d’Acre, plusieurs de nos jfrères, hommes recommandables par leurs* quai liés, et qui

(i) Celle leUrc est tirée «les Annales de Roger de Iiovedcn.

devaient vous entretenir des affaires de la Terre-Sainte, ainsi qu’un grand nombre de pèlerins de toute classe, ont été, par la volonté^de Dieu, engloutis sous les eaux, à la grande douleur de tout le peuple chrétien. Nous pensions qu’apres le naufrage aucun vaisseau 11e pourrait faire le trajet, car les bâti mens dans lesquels nos envoyés se préparaient à passer, étant sortis d’Acre et étant restés en mer • trois jours et plus, ayant perdu leurs antennes dans une bourrasque, rentrèrent à Tripoli, échappant à peine au naufrage. Toutefois, profitant de l’occasion que nous avons pu rencontrer, nous instruisons votre fraternité que l’abominable prince de Damas, le plus terrible des ennemis de la chrétienté, est devenu prince de Babylone .

Cependant nos ennemis se livrent à une grande joie, parce qu’ils connaissent notre petit nombre , et savent que nous manquons d’armes et d’argent. C’est pourquoi nous vous adressons de lamentables cris, et vous conjurons de daigner nous secourir, en employant l’aide et le conseil des grands et des petits, et de décider le roi d’Angleterre et tous ceux que vous pourrez convaincre, à concourir à noire subvention. Craigtiaut les grandes richesses, quoique les ' denrées ne viennent qu’à grands frais, nous ne sommes pas moins frappés tous de la terreur accoutumée; et puisque le peuple entier de la Terre de promission avait tant de peine à sc défendre contre le seul royaume de Damas et de Babylone , quelle crainte 11e doit pas inspirer à nous , restes si faibles, la réunion de ces deux états sous uu même sceptre? Tel est, dans la vérité, l’état de la Terre-Promise et des ennemis du Christ, lequel demeurant le même, si nous recelions de Jésus-Christ un bon aide,' et que le ciel nous fût propice, nous penserions venger les injures du Christ et le déshonneur des chrétiens. Comme il suffit, cher frère, de vous dire peu de choses , vous connaissez assez l’étendue de nos besoins ; mais écoutez maintenant ce qui nous afflige outre mesure : la Sicile est ravagée par les Teutons et les Lombards; notre maison de Barole est abandonnée; les

Gaa PIÈCES JUSTIFICATIVES.

frères se sont réfugiés dans l’intérieur de la ville; les maisons du dehors, dont nous tirious des secours, sont réduites à rien ; personne ne se maintient même dans la ville. Depuis votre départ d’ici , nous n’avons rien reçu de la Sicile jusqu’à ce moment; depuis un an, nous achetons froment, vin, orge, viandes et fromage, tout ce qui est nécessaire pour nos maisons et nos châteaux, dont la dépense est incalculable. Nous ne recevons d’argent que de nos maisons d’outre-mer, car nous ne pouvons nous en procurer par une autre voie, et on peut dire que nous n’avons rien louché en comparaison de nos dépenses. Vous saurez que uous nous sommes accablés de dettes. Attendant vos secours et ceux de nos autres bons frères, nous vous conjurons , par l’amour de Dieu et le nôtre , de nous les envoyer par le premier passage de mars.

Traite d’alliance entre Baudouin , comte de Flandre; Thibault , comte de T rayes; et Louis, comte de Blois , frères ; et le seigneur Henri Dandolo, doge de Venise , four le passage de la Terre-Sainte (i).

De nombreux exemples ont prouvé que le pays de Jérusalem a été occupé par les païens, et délivré quand le Seigneur l’a permis, pour signaler sa gloire et sa puissance; mais la situation de ce pays est devenue de nos jours sidéplorable, que les adversaires de la croix de Jésus-Christ ayant multiplié le nombre de leurs coupables adhérens, ils se sont emparés de Jérusalem, où reposait, le corps de notre» Sauveur, et toutes les autres villes et les châteaux, excepté quelques-uns, sont tombés en leur pouvoir, ce que nous

(i) Ce traité et les suivans se lisent dans la Chronique d’André Dandolo , insérée par Muratori dans le tome XII de ses Scri/itf r. ver. liai.

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ne devons pjis attribuer à l’injustice d’un juge qui punit , mais j.luiùl à l’iniquité du peuple qui l’a offensé; puisque nous lisons dans l’Écriture, que quand le peuple se couver, lissait au Seigneur, un seul homme su.'lisait pour en combattre mille, et deux pour en repousser dix mille. En effet, si Dieu 1 avait voulu, dans ses profonds jugemens , il aurait venge son injure; niais il a peut-être préféré nous éprouver, et apprendre aux chrétiens que celui qui connaît ou qui recherche le Seigneur, qui saisit avec joie l’instant de Ja pénitence qui lui est offert , prend ses armes et son bouclier

pour voler à la défense de son Dieu. Quoique, pour délivrer la Terre-Sainte, beaucoup de princes, tels que l’empereur des Romains, les rois de France et d’Angleterre, nombre de ducs, de marquis, de comtes et de barons, et beaucoup d’autres, eussent pris le glaive de la force y pour n'avoir pas mis dans leur service assez d’unanimité, ils n’ont obtenu que de légers avantages, dans cette contrée. C’est pourquoi il a plu au Seigneur de vous inspirer à vous, illustres princes, Baudouin de Flandre, et Thibault, palatin de 1 royes, Touis de Blois et de Clermont , et à plusieurs autres nobles personnages, le dessein de vous décorer du signe de la croix, et de vous armer pour sa défense contre les infidèles. Après y avoir convenablement et mûrement réfléchi, et ne voyant pas de moyen plus sur do venir au secours de la Terre-Sainte et de dompter l’orgueil des ennemis que de vous associer à nous, avec la protection du Seigneur, pour travailler en commun à cette entreprise; à ces lins, vous nous avez envoyé les nobles hommes, Conon de Béthune, Geoffroy Maréchal, Jean de Fraise, Alard de Maqueriaux , Milon de l’révino et Gaultier de Goudouville, nous suppliant instamment, avec l’appui de la divine miséricorde, de vous aider de nos conseils, de vous prêter assistance dans cette occurrence, parce que vous vous en rapportiez entièrement a notre prudence, pour vous et tout ce qui vous regarde, et q;ic vous ne vouliez rien faire sans nos conseils dans celte entreprise. Après les avoir entendus nous, par la grâce de Dieu , Henri Dandolo, duc de Venise’

de Dalmatie et de Croatie, après avoir reçu, avec les distinctions et l’empressement convenables, vos députes et les lettres qu’ils nous ont présentées de votre part, nous avons éprouvé au fond de notre cœur la plus vive satisfaction, et nous nous sommes rappelé la mémoire de nos prédécesseurs, qui secoururent à propos avec éclat le royaume de Jérusalem, et ont acquis, par la grâce du Seigneur, beaucoup d’honneur et de gloire. Pour répondre à l’exhortation du souverain pontife, qui nous a souvent donné le même conseil dans sa sollicitude paternelle, et ne doutant pas que vous ne vouliez dévotement, fidèlement et sincèrement coopérer à celte entreprise, nous avons reçu, en l’honneur du Seigneur, vos supplications avec affection et cordialité. Vos susdits députés nous ont prié de leur fournir une Hotte pour transporter quatre mille cinq cents hommes bien armés , autant de cavaliers et neuf mille cuirassiers; et, s’ils venaient à manquer, on ne nous en doit pas moins la somme plus bas indiquée, et vingt mille piétons bien armés, avec des vivres pour un an , ce que nous avons promis de leur fournir. A l’égard des vivres, on est convenu de distribuer, pour chaque individu, six setiers, soit de pain, farine, blé et légumes , et une demi-cruclie de vin (i). Pour chaque cheval, trois boisseaux , mesure de Venise, et de l’eau en quantité suliisaute, et autant de vaisseaux qu’il sera jugé convenable pour transporter les susdits chevaux. A l’égard des vaisseaux pour le transport des hommes, il en sera fourni sullisamment à notre gré et au gré de nos baron», le tout de bonne foi. Ledit moyen de transport dort cire fourni depuis la fête prochaine des saints apôtres Pierre et Paul, en l’honneur de Dieu, et du bienheureux Marc, évangéliste, et de la chrétienté, durant un an, à moins que , de votre consentement et du nôtre , il en arrive

(i) L'interprétation de cc passage présente quelque difficulté à cause de l’incertitude qui règne dans l’évaluation des mesures du moyen Age.

autrement. A ces fins , vous devez nous donner 85,ooo marcs d’argent, de bon aloi, poids de Cologne, dont on fait usage dans nos états; sur quoi nous devons avoir d’ici aux calendes d’août i5,ooo marcs, et de-là à la Toussaint 10,000 autres; de cette époque à la Purification de la Sainte-Vierge, encore 10,000; enfin, d’ici au mois d’avril prochain compris, les autres 5o,ooo marcs restans; et, pendant tout le même mois, devront se trouver les hommes et les chevaux avec tout ce qui leur est nécessaire pour la traversée, et ils doivent aller à leur destination et rester au service du Seigneur pendant un an s’il le faut, à moins que, de votre consentement et du nôtre , il en soit autrement. Il est bon d’observer que vous ne devez pas vous procurer de subsistances depuis Crémone jusqu’à Venise, et depuis Bologne, Iraola, Faïence jusqu’à Venise, si ce n’est par notre ordre; et pour assurer l’alliance qui doit re’guer entre nous, elle doit être telle que nous devons vous traiter avantageusement, comme vous le ferez à notre égard; et si, Dieu aidant, nous faisons quelque acquisition par la force des armes, ou en vertu d’un traité eu commun ou en particulier , nous devons avoir une moitié de tout, et vous l’autre moitié. Lesquelles dites conditions ci-devant stipulées, vos susdits députés, par eux-mêmes et de votre part, ont juré sur leur Ame, et par les saints Evangiles, d’observer fidèlement, ainsi que vous, ce que vous-mêmes jurerez et ferez jurer à vos barons d’observer, et à toute la nation de votre part, si nous ne décidons autrement. Vous ferez jurer la même chose, si vous le pouvez, au seigneur roi de France. Pour nous, à l’égaruclc la flotte que nous avons promis de vous fournir, ainsi qu’il est dit ci-dessus en vertu de nos conventions, nous jurons de les observer , et toute autre disposition ci-dessus comprise, si nous venons avec l’année; ce que nos barons ont pareillement juré. Mais si nous ne suivions pas la susdite armée, ceux qui tiendront notre place dans cette occasion, jureront et feront jurer de notre côté, à tous ceux qui seront dans l’armée, d’observer ce traité , dans le cas où vous l’exigeriez. De notre avis et do TOM. III. 40

6'JÔ, PIÈCES JUSTIFICATIF iis.

çelui de nos susdits députes, il est convenu que, de part et d’autre, on choisira six personnes, afin que si par hasard (Dieuveuille nous en préserver ! ) il s’élève quelque difficulté entre votre nation et la nôtre, ils rétablissent la concorde et redressent les griefs; ce qu’ils traiteront sous la foi du serment. Vous ferez souscrire le présent concordat, que nous avons fait ensemble, Ji notre Saint-Père le pape, afin que si l’une des parties contractantes s’écartait des clauses du traité , il lui impose la peine à laquelle il devra juste- ' ment se soumettre. Et pour donner plus de force à cet écrit, nous avons ordonné d’y apposer une bulle de plomb portant nos armoiries.

Fait à Venise, au Rialto , dans le palais du doge ci-dessus nommé. Délivré par les mains d’André Conado, prêtre, chancelier de notre cour, l’an de l’Incarnation de Notre* Seigneur, iuoi, le \ avril, l’an X du règne d’Henri Dandolo.

Je , Vivien , notaire et juge de sa majesté Henri , empereur des Romains, ai vu et lu l’original de ce traité, que j’ai transcrit sur ce registre, sans y rien ajouter ni diminuer de ce que j’y ai trouvé, et je l’ai affirmé et attesté de ma propre main (i).

Si .

Serment des députés de Baudouin , comte de Flandre , fait à l’illustre seigneur doge Henri Dandolo , pour le passage de la Terre Sainte.

tf

Notre illustre seigneur Bandouin, comte de Flandre et de Hainaut , ayant, par l’inspiration du Très-Haut, pris le signe de la sainte croix pour passer au service du Seigneur, et ( d’après sa coutume de ne rien entreprendre que sur de

(1) On trouve, dans la même Chronique de Dandolo, un pareil traité conclu entre le doge et le marqpiis de Montferrat.

sages déterminations ) ayant commencé par penser aux moyens de pouvoir accomplir utilement son vœu, a cru qu’aucun prince de ce siècle n’était plus propre que vous , seigneur Henri Dandolo, par la grâce de Dieu, doge de Venise, de Ddmatie et de Croatie, à contribuer nu succès de 1’ expédition ayant pour objet de délivrer le territoire de Jérusalem. C’est pourquoi nous, Conon de Bétiguies et Àlard Maqunrelli, avons été spécialement chargés par lesusdit sei- \ gneur notre maître, de venir de la part de sa dévotion réclamer humblement vos conseils et vos secours pour une entreprise aussi pieuse et aussi salutaire; vous déclarant, en son nom, qu’il est prêt , de son côté, à abandonner sa personne et ses biens à votre sagesse et à votre discrétion, et qu’il est disposé à se conformer là-dessus à votre volonté en tout ce qui sera nécessaire. Lorsque nous sommes venus nous présenter devant votre personne, en qualité de députés, et que nous vous avons communiqué les lettres qui nous avaient été remises de la part dudit seigneur notre maître, vous avez daigné nous accueillir avec bicnvediuicc et répondre favorablement à l’objet de notre niissimi. Or, le contenu des susdites lettres est que vous ajoutiez foi à tout ce que nous vous dirons de la part du seigneur notre maître, comme s’il vous le disait lui-même, tenant pour certain que tout ce que nous arrêterons avec vous de sa part , il le ratifiera et s’y conformera avec une entière volonté, comme s’il l’eût fait en personne ; que si nous vous faisons quelque serment en son nom, il le confirmera, et qu’en son âme il le tiendra pour aussi sacré que s’il l’eût contracté lui même. Et, à cet effet, il nous a remis ce parchemin non écrit, muni de son sceau , sur lequel il est marqué que le-susdit comte approuve et ratifie tout ce que nous conclurons avec vous en son nom. Nous faisons donc le serment, sur notre âme et sur celle de notre susdit seigneur, que tous les articles qui seront'con tenus dans cet acte, que nous vous remdttons l’an de grâce moi, et auquel nous avons appose notre sceau , il les ratifiera de sa propre main ; qu’il prêtera le serment en personne, et le fera prêter à tous ceux qui

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lui sont soumis, ce qui sera aussi strictement observé. Fait à Venise, au mois d’avril de la susdite année, etc. (i)..

No. VII.

Traité fait sous les murs de Constantinople.

Nous, Henri Dandolo, par la grâce de Dieu, doge de Venise, de Dalmatie et de Croatie, et les très illustres seigneurs Boniface , marquis de Moi. ferrai ; Baudouin, comte de Flandre et de Haii.aut; Louis, comte de Blois et de Clermont; et Henri, comte de Saist-Pol; chacun pour notre part, afin de maintenir parmi uous l’union et la concorde, et pour éviter toute matière de scandale, avec la coopération de celui qui est notre paix , qui a fait tout , et pour la gloire duquel nous avons cru devoir établir l’ordre suivant , après nous être réciproquement engagés par les liens du serment. D’abord, nous devons tous (après avoir invoqué le nom de Jés^rChrist) faire l’attaque de la ville ; et si , à 1’aido de la puissance divine, nous parvenons à y entrer, nous devons demeurer et servir sous le commandement de ceux qui auront été établis chefs de l’armée, et les suivre ainsi qu’il aura été ordonné. Tout l’avoir qui aura été trouvé dans la ville , chacun devra le déposer en commun dans le lieu qui aura été désigné à cet effet, nous réservant toutefois, ainsi que pour nos Vénitiens, trois parts de cet avoir, qui doivent nous être remises comme une indemnité de ce que l’empereur Alexis était tenu de nous payer ainsi qu’à vous. De votre côté, vous retiendrez une quatrième part, jusqu’à ce que nous ayons obtenu tous une satisfaction égale; et s’il se trouve quelque chose de reste, nous le partagerons également entre nous et vous, en sorte

(l) Nous non* dispensons de rapporter les sermens prêtés par les députés deThiliault, comte de T roj os, et du comte de Blois, parce qu'ils sont coufo.mes à celui qu’on vient de liie.

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que tous soient satisfaits. El si ledit avoir n’est pas suffisant pour acquitter ce qui nous est dû, ce dit avoir , de quelque source qu’il provienne, sera partagé de même entre vous et nous, ainsi qu’il a été ci-dessus réglé, sauf les vivres et fourrages qui devront être mis en réserve et partagés également entre vos gens et les nôtres , afin que les uns et les autres puissent subsister d’une manière convenable; et ce qui se trouvera de reste, devra être partagé avec l’autre butin , selon qu’il a été prescrit ci-dessus. Nous et nos Vénitiens devrons jouir partout l’empire d’une manière libre et absolue, et sans aucune espèce de contradiction, de toutes les prérogatives et possessions dont nous avions accoutumé de jouir, tant dans l’ordre spirituel que dans le temporel , aiusi que de tous les privilèges et usages écrits ou non écrits. Seront aussi choisis six membres de notre part et six de la vôtre, qui, après avoir prêté serment, devront choisir dans l’armée, et l’élever à l’empire, celui qu’ils croiront le plus propre à l’exercer et à commander en cette terre pour l’avantage et la gloire de Dieu, de la sainte Eglise romaine et de l’empire. S’ils s’accordent entr’eux, nous devrons reconnaître pour empereur celui qu’ils auront élu d’une commune voix. Mais s'il arrive que six soient d’un avis et six d’un autre, on s’en remettra au sort, et celui sur lequel le sort tombera, nous devrons le reconnaître pour empereur. S’il se trouve majorité d’un côté, nous reconnaîtrons pour empereur celui en faveur duquel cette majorité se sera déclarée. Si le conseil se divise eu plus de deux parties, on reconnaîtra pour empereur celui que la partie la plus nombreuse se sera accordée à élire. Le personnage qui aura été élu empereur aura le quart de ce qui aura été conquis sur l’empire, le palais des Vlaquernes et la Gueule-de-Lion. Les trois autres quai ts seront partagés éga , leruent eutre vous et nous. Quant aux membres clercs qui se trouveront du côté où l’empereur n’aura point été choisi, ils auront le privilège de composer le clergé de l’église de Sainte-Sophie, et d’élire un patriarche pour la gloire de i Dieu , de la sainte Église romaine et de l’empiré. Mais pour

G3o PIÈCES JUSTIFICATIVES.

les membres clercs de l’un et l’autre côté, ils composeront le cierge des églises qui tomberont chacune eu leur partage. Pour ce qui est des biens des églises, ou aura soin d’en distribuer aux ecclésiastiques autant qu’il leur en faudra pour vivre honorablemeut, et aux églises autant que leur entretien en exigera. Ce qui restera de ces biens sera partagé et réparti ainsi qu’il a été réglé ci-dessus. Nous devons en outre prêter le serment, de part et d’autre, qu’à dater du dernier jour du présent mois de mars, nous devrons rester pendant l’espace d’une année entière au service de l’empereur, contribuant à affermir sa puissance, pour la gloire de Dieu, de la sainte Eglise romaine et de l'empire; et qu* tous ceux qui auraient auparavant séjourné dans l'empire, devront jurer fidélité à l’empereur , selon la bonne et louable coutume. Aiusi donc, tous ceux qui habitent maintenant dans l’empire, doivent, ainsi qu’il vient d’être mentionné, jurer qu’ils tiennent pour bons et authentiques les règlemens et traités qui auront été faits. Il est aussi à propos de mentionner que , tant de votre part que de la nôtre, il devra être choisi douze membres au plus, selon qu’il conviendra, lesquels, après avoir prêté le serment, seront chargés de distribuer entre les particuliers les fiefs et hon-‘ neurs , et de régler les droits de servage auxquels ces mêmes particuliers devront être assujettis envers l’empereur et l’empire, selon qu’eax membres le jugeront convenable; que le fief qui aura été assigné à chacun, sera possédé librement et sans aucuu obstacle, par sa postérité tant masculine que féminine, et que le possesseur aura entière puissance d’exécuter tout ce qui sera en sa volonté, sauf l’obéissance aux lois et re qu’il devra au service de l’empereur et de l’empire. Sera eu outre fait, pour l’empereur, tout le service nécessaire, indépendamment de celui auquel seront obligés les possesseurs de fiefs et privilèges, selon l’ordre qui leur aura été assigne. Il est statue, eu outre, qu’aucun habitant d’une nation qui aurait la guerre avec nous, ou i avec nos successeurs , ou les Vénitiens, ne pourra être reçu dans l’empire jusqu’à cc que celte guerre soit entièrement

terminée. De plus, chaque partie est tenue de travailler sincèrement à obtenir de notre Saint-Père le pape, que si quelqu’un tentait de «oritrevenir à la présente constitution, il soit frappé de l’excommunication. De son côté, l’empereur est tenu de jurer que les actes et dons qui auront été faits, il les tiendra pour irrévocables, conformément à tout ce ' qui a été ci-dessus mentionné. Que si le présent traité venait à exiger quelqu’addition ou suppression , il sera eu notre pouvoir et liberté de le faire, assistés de nos six conseillers, conjointement avec ledit seigneur Marquis, assisté également de ses six conseillers. D’un autre côté, le susdit seigneur doge ne pourra prêter le serment à l’empereur pour aucun service, pour aucun fiéf ou privilège qu’on lui accorderait; mais celui ou ceux qu’il déléguera touchant ce qui le concerne, prêteront serment de faire, envers l'empereur et envers l’empire, tout service requis, conformément à tout ce qui a été ci-dessus mentionné. Donné, l’an de grâce 1204, le septième jour du mois de mars (i).

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