Histoire des croisades
NoüS avons raconté les misères et les travaux des 1099 premiers croisés; nous allons parler maintenant du de J.-C. royaume qui dut sa naissance à leurs victoires, et dont les périls armèrent tant de fois les peuples de la chrétienté. Après le récit d’une guerre pleine d’aventures ét de prodiges, les progrès de cet empire chrétien que la guerre même avait fondé, peuvent encore exciter la curiosité et la surprise. Qui ne s’étonnerait point en effet de voir deux ou trois cents chevaliers , restes glorieux des armées chrétienne» (i), suffire à la défense miraculeuse des
( i) Foulclier de Chartres sclivre à des réflexions plus pieuse» que politiques sur l'état où se trouvaient alors ces trois oents chevaliers , glorieux déhris des arméesde l’Occident. (Voyez Biblioth. des Croisades, tom. I, pag. 92. ) On peut consulter , siu" les services militaires du royaume de Jérusalem , l’éclaircissement (B), à la fin de ce volume. Il paraît que Godefroy lui-même avait permis à beaucoup de pèlerins de retourner dans leur patrie. Plurinia peregrùiorum multitudo ad terram cognationis suas , ex illins consensu et licencid reversa est. ( Alhcrt AquensiS; lih. vi, §. 87. )
1 niSTOlRB DES CROISADES.
®9tt P’f®^****** villes où tout l’Occident armé avait -
planté la croix et les étendards de Jésus-Christ? Au milieu de cette grande révolution qui ébranle tout-à-coup l’Europe et l’Asie, quel spectacle dans l’histoire que celui d’un peuple nouveau , jeté comme par la tempête sur une terre étrangère, souvent troublé au dedans, toujours menacé au dehors, s’élevant au milieu de ses propres discordes, et portant la terreur chez des nations voisines qui le surpassaient en puissance? (i)
Le pays dans lequel venaient de s’établir les croisés, et que les souvenirs de la religion et de l’histoire rendaient cher aux peuples de l’Occident, f formait, dans l’antiquité, le royaume de Juda et d’Israël. Lorsque cette contrée fut soumise aux aigles romaines , ses nouveaux maîtres ajoutèrent au nom que lui avaient donné les Juifs, celui de Palestine, ou pays des Palestins (2). Elle avait
(i) Ce cinquième livre est celui qui nous a été leplus dif> ficile à faire , soit pour les nombreuses recherches qu’il ndcéssitait, soit pour l’ensemble qu’il fallait établir dans le récit de faits et de détails qui n’ont pas un grand intérêt par eux-mêmes , qu’il n’est pas aisé de lier entre eux, et dont la multitude éparse dans les chroniques nous représente en quelque sorte un miroir brisé en mille pièces. Nous ne nous flattons pas d’avoir vaincu toutes les difficultés : nous avons principalement consulté Foulcher de Chartres, Albert d’Aix, Guillaume de Tyr, Orderic Vital, et les auteurs arabes qui ont parlé de cette époque.
(a) Sur l’état physique et moral de la Palestine, après la conquête des Romains, çonsultez Josèphe, de Belle judcüco, Jib. I, en le comparant avec Tacite ( histor. , lib. v). Pour
E TA fobmÉ
lE.
nOISADES.
pour limites, au midi et à l’orient, les déserts de 1099 l’Arabie et ceux de l’Idumée. Elle était bornée à l’occident par la Méditerranée , au nord par les montagne» du Liban qui la séparent delà Syrie.
Au'tenips des croisades, comme aujourd’hui, une grande partie du sol de la Palestine, où s’élè-/ vent les mo-ntagnes arides de Sion, d’Hébron, d’Hébal , de Gelboë , présentait l’aspect d’une terre sur laquelle étaient tombées les malédictions du ciel. Cette terre , autrefois donnée au peuple élu de Dieu, avait plusieurs fois changé d’iiabitansj toutes les sectes, toutes les dynasties musulmanes s’en étaient disputé la possession les armes à la mairïj les révolutions et la guerre avaient amoncelé les ruines dans sa capitale et dans*' la plupart de ses provinces; les idées religieuses des peuples musulmans et des peuples chrétiens semblaient seules donner quelque prix à la conquête de la Judée; l’histoire cependant doit se défendre de l’exagération avec laquelle certains voyageurs ont parlé de la stérilité de.ee rtialheureux pays. Au milieu des fléaux qui, depuis plusieurs siècles, désolaient les provinces de la Palestine , on pouvait
le temps des Croisades , on peut voir dans la Bibliothèque , t. ler.^p. i36, J ^4 et suiv., les descriptions pleines d’intérêt de Jacques de Vitry et de Guillaume de Tyr. Ces deux auteurs parlent des- différentes sectes et des dynasties musulmanes qui se disputèrent la possession de ces contrées. L’abhé Guénée a savamrAent disserté sur l’état de la Terre- Sainte. {Mémoire de V Acadetuie des Inscriptions, tom. 5o.)
4 hAtoire croisades.
1099 retrouver quelques traces de son ancienne splendeur. Les rives du lac de Galilée et du Joui’dain, quelques vallées arrosées par le Besor , l’Arnon et le Jaboc ; les plaines voisines de la mer que la guerre n’avait point ravagées , rappelaient encore par leur fertilité lés promesses de l'Ecriture. La Palestine avait conservé quelques villes florissantes,, et plusieurs de ses ports offraient un asile commode aux vaisseaux de l’Europe et de l’Asie.
Dans l’état où se trouvait la Judée , si son territoire eût été tout entier sous les lois de Godefroy, le nouveau roi aurait pu rivaliser de puissance avec la plupart des princes musulmans de l’Asie ; mais le royaume naissant de Jérusalem n’était formé que de la capitale et d’une vingtaine dç villes ou bourgs du voisinage. Plusieurs de ces villes 'se trouvaient séparées les unes des autres par des pla ces qu’occupaient encore les infidèles. Une forteresse au pouvoir des chrétiens était voisine d’une forteresse où flottaient les étendards de Mahomet. Dans les campagnes habitaient des Turcs, des Arabes, des -Egyptiens, qui se réunissaient pour faire la guerre aux sujet§de Godefroy. Ges derniers étaient menacés jusque dans les villes , presque toujours mal gardées, et se trouvaient sans cesse exposés ù tout ce que la guerre a de violences. Les terres restaient incultes , toutes les communications étaient interrompue^. Au milieu de tant de périls, plusieurs des Latins abandonnaient les possessions que leur avait données la victoii%, et pour que le pays conquis ne manquât pas d’habitans, surtout au mo-
Digiiized by
ment du danger, on fut obligé de fortifier l’amour 109g 'delà nouvelle patrie par l’intérêt de la propriété. Tout homme qui avait séjourné pendant.un an et un jour dans une maison et sur une terre cultivée, devait en être reconnu légitime p?)ssesseur. Tous les droits de possession se trouvaient anéantb par une absence de la même*durée (t). •
Le premier soin de Qodefroy fut de r^rimer les hostilités des Sarrasins, et de reculer les frontières du royaume dont on lui .avait confié la défense. Par ses ordres Tancrède entra dans la Galilée, s’empara de Tibériade et de plusieurs autres villes situées dans le voisinage du lac de Genezareth. Pour prix de ses travaux, il obtint la* possession du pays qu’il venait de conquérir, et qui, dans la suite , devint une principauté (2).
(1) Voici lé motif qu’eu donnent les assises de Jérusalem : Céaus qui avaient héritages , quant la terre estait en mauvais point, si allait outre mer, quant y aVoit bonne nouvelle, si revenait, et pour ce, fut establi Van et jour. (Assises de la Tenure, chap. 36, 38.) Voyez l’éclaircissement (A) dans ce volume. Foulcher de Chartres dit que lors de la prise de Jérusalem, chaque pèlerin, sive pauper, sive dives , était devenu propriétaire de ce dont il s’était emparé (pag. 33g, dans l’édition de Bongars). Foulcher de Chartres a été traduit presqu’en entier dans la Biblioth. des Croisades,
^ tom. 1er. , pag. 82 et suiv.
Presque tous les historiens de la première croisade disent qu’il fut résolu, avant la prise de Jérusalem, que toutes ^es maisons de la ville et tout ce qu’elles renfermeraient, deviendraient la propriété du premier occupant.
(2) Consultez Albert d’Aix sur les exploits de Tancrède
fi HISTOIRE DES CROISADES.
De son côté Godefroy, dîyis une heureuse excursion, imposa des tributs aux émirs de Gésarée, de Ptolémaïs, d’Ascalon, et soumit les Arabes qui habitaient la rive gauche du Jourdain. Il revenait victoriéuxàJérftsalem , lorsque la ville d’Arsur (t), qui s’était rendue tributaire des chrétiens après la bataille d’Ascalon , refusa de payer le tribut imposé. Godefroy assembla ses guerriers et vint mettre le siège devant la ville rebelle. Déjà les tours roulantes s’approchaient des remparts , les béliers ébranlaient les murailles, quand les assiégés employèrent un moyen dé défense auquel on ne s’attendait pas. Gérard d’Avesnes (2) , qui leur avait été donné en otage par Godefroy, fut attaché à la pointe d’un mât très élevé, qu’on plaça devantla muraille meme où devaient se diriger tous les coups des assiégeans. A la vue d’une mort
dans la Galilée. L’historien parle d’un prince musulman qui fit quelque résistance, et qu’il nomme gros rustique, pro niniid pinguique corpulentid , persond. Ce prince ne consentit à reconnaître Godefroy qu’à la dernière extrémité. (Albert d’Aix, liv. vii, §. 16 et suiv. )
(1) Les historiens arabes appellent cette ville Àrsouf: elle est située sur les bords de la mer, entre Césaréeet Jalfa.
(2) Albert d’Aixl’appelle, dégénéré Hamo'icorum ,de presidiis Avennis (lib. vu , §. a) ; il parle aussi d’un nohnné Lam- . bert d’Avesnes qui , comme Gérard , fut exposé aux coups des at^aillans. Deux assauts furent donnés à Avsur, mais inutilement. Le récit d’Albert d’Aix semble faire croire que Gélard d’Avesnes succomba, et on est tout étonné lorsqu’il en parle quelques chapitres plus bas, lib. vu, §. i5.
inévitable et sans gloire, ce malheureux dbevalier poussa des cris douloureux, et <x>njura son ami Godefroy de lui sauver la vie par une retraite volontaire. Ce spectacle cruel déchira l’âme du roi de Jérusalem, mais n’ébranla point sa fermeté et son courage. Gomme il était assez prés de Gérard d’Avesnes pour se faire entendre de lui, il l’exhorta à mériter, par sa résignation, la couronne du martyre. « Je ne peux pas vous sauver , » lui dit-il ; lors même que mon frère Eustache » serait à votre place, je ne pourrais le délivrer de M la mort. Mourez donc, illustre et brave chevalier, M avec la résignation d’un héros chrétien; mou- » rez pour le salut de vos frères et pour la gloire n de Jésus-Christ. » Ces paroles de Godefroy donnèrent à Gérard d’Avesnes le courage de mourir; il recommanda à ses anciens compagnons d’offi'ir au saint sépulcre son cheval de bataille et ses armes, afin qu’on fît des prières pour le salut de son âme. ,
A peine avait-il parié qu’on commença Fattaquc; les pierres et les flèches des chrétiens pleuvent sur les remparts d’Arsur. De leur côté, les Musulmans se défendent avec opiniâtreté. Le fe^rrégeois consume les tours et les machinés des^ü^geans. Godefroy, après avoir perdu .plusieurs de ses guerriers, désespérant de s’emparer de la ville, reprend tristement le chemin de Jérusalem, et déplore le trépas inutile de son brave compagnon (i). Mais
(i) Voye* Albert fAi» , Ht. r«, 5.
8 mSTOIRE DES CROISADES,
peu de temps après, quelles furent sa surprise et sa joie, lorsqu’il vit revenir Gérard d’Avesnes , que les chrétiens invoquaient déjà comme un martyr! Les Musulmans, touchés de la constance et du courage de Gérard, l’avaient détaché du mât où il était suspendu, et l’avaient envoyé à l’émir d’iVscalon pour le faire guérir de ses blessures. Godefroy , en présence du peuple et des chevaliers , le félicita sur son dévouement, et lui donna pour ré- ' compense le château de St.-Abraham , situé dans les montagnes de l’Arabie.
Nous avons cité ce trait remarquable, parce qu’il peint très bien les mœurs et l’esprit de la chevalerie chrétienne, et qu’il explique mieux que nous ne pourrions le faire, comment un petit nombre de chevaliers francs purent résister à la multitude de leurs ennemis, et conserver le faible royaume de Jérusalem.
Pendant le siège d’Arsur , plusieurs émii’S descendus des montagnes de Samarie , étaient venus visiter Godefroy; ils furent frappés d’une grande surprise, lorsqu’ils trouvèrent le roi des chrétiens sans gardes ) sans appareil, assis sur un sac de paille (i). llyie montrèrent pas moins d’étonnement lorsq^mPur prière il déploya devant eux sa
(i) Guillaume de Tyr, rhistpricn exact et consciencieux du royaume de Jérusalem , entre dans des détails pleins d’intérêt sur la réception de ces émirs , liv. ix. U laut voir les paroles remplies de simplicité que Godefroy leur adressa. {Biblioth. des Croisades, tom. I".> pag. i38. )
force extraordinaire, en abattant , d’un seul coup de son glaive, la tête d’un chameau. Les émirs, après avoir offert des présens à Godefroy, retournèrent dans leur pays en publiant les merveilles qu’ils avaient vues. Leurs récits, que l’histoire n’a pas dédaignés, contribuèrent à augmenter la gloire du, roi de Jérusalem.
Lorsque God^roy revenait dans sa capitale, il apprit la prochaine arrivée d’un grand nombre de pèlerins J la plupart de çes pèlerins étaient des Pisans et des Génois, conduits par l’évêque d’Ariauo et Daimbert,' archevêque de Pise. Aux chrétiens venus de l’occident s’étaient réunis Bohémond, prince d’Antioche, Baudouin, comte d’Edesse, Raymond, comte de Toulouse; ils venaient visiter les saints heux, et célébrera Jérusalem l’époque de la naissance de Jésus-Glirist.
Godefroy alla au-devant des pèlerins jusqu’à Bethléem avec ses chevaliers et le clergé. « Après » qu’ils furent venus en la sainte cité, dit une » vieille chronique, le roi les reçut et festoya ma- » gnifiquement , et tout le long de Vhiver, les » retint en Judée , grandement aise de la présence » de son frère Baudouin. » Daimbert, archevêque de Pise, était arrivé dans la Palestine comme légat du Saint-Siège. ,Âeforce de présens et de promesses, ' il se fit nommer patriarche de Jérusalem , à la place d’Arnould de Rohes(i]^ Ce prélat, élevé à
(«) Presque tons lesfiistoriens de la première Croisade parlent de l’arrivéo des pèlerins defltalie. Daimbert qui les con-
1099 l’école. de Gre'goire VII, soutenait avec chaleur les prétentions du Saint-Siège ; son ambition ne tarda pas à jeter le trouble parmi les chrétiens; dans les lieux mêmes où Jésus-Christ avait dit que son royaume n’était pas de ce monde, celui qui se disait son vicaire voulut régner avec Godefroy, et demanda la souveraineté d’une partie de Jaffa et du quartier de Jérusalem ou étai^âtie l'église de la Résurrection 4 -Apr^ quelques débats, le pieux Go'defroy accorda ce qu’oq lui demandait au nom de Dieu, et, si on en croit le témoignage de Guillaume de Tyt, le nouveau roi déclara le jour de Pâques, devant tôut le peuple assemblé au saint sépulcre, que la tour de David etda cité de Jérusalem appartiendraient en , toute . souveraineté à l’éghse, dans le cas où il mourrait sans postérité (i).
duisait, rector et dominator, avait été élevé peu avant â la dignité d’archevêque, ancAiepifcopo/* pallio et potestate.il fut promu au patriarcat, par le crédit de Bohémond, après qu’Arnould eût donné sa démission, suivant le témoignage de Raoul de Caen. {Biblioth. des Croisades , tom. I, pag. 521.) Guillaume de Tyr présente Arnould comme un prêtre ambitieux et turbulent. Raoul de Caen , au contraire, lui donne des mœurs douces et simples. On peut voir avec quelle chaleur Guillaume de Tyr prend la défense de Daimbcrt, qui n’est pas ^pssi bien traité par Albert S&\x.{Biblioth. dçs Croisades, tom. 1er. , pag. iSg.)
(i) Nous devons faire remarquer que Guillaume de Tyr est le seul historien qui rapporte ce lait , lib. ix. Ses opinions, en faveur du clergé, toujours exagérées, ont pu le séduire. Baronius et des autres écrivaJSs- ecclésiastiqiles ont défendu ces prétentions avec chaleur. Voici le serment des
Dh.;::,.
Ainsi Godefroy se déclara le vassal du souverain pontife , et accepta du pape et de son légat la per-^
rois de Jérusalem , qui pourra servir à éclairer la question.
« Je par digne soulTrance à coroner roi de Jérusalem, prq- » mets à toi, mon seigneur , patriarche de Jérusalem, et à » les successeurs, canonnement entrant dessus, à tesraoigne » de Dieu le tout puissant et de toute l’yglise, et des prélats , » et de mes barons, qui, environ moi, sont, que de certin n jour en avant, serai ton fedel aidior et defendior de ta » sonne, et contre tous hommes vivans au royaume de Jéru* » Salem,, les possessions de la sainte yglise de Jérusalem, ma » mère, de toutes les yglises appartenant principaument les- » quelles possessions et franchises, elles ont accoutumées à » avoir Jadis au tems des bons heureux roysmes devanciers, » et que elles acquèront justement çk en avant, enmontens, » maint! endrois et deffendrois à elles les canoniques etenciens 9 privilèges et les justices de eaus, et les anciennes costumes » et franchises garderai, es veves etes les orfelins j ustice ferai, » les privilèges des bons heurous mes devanciers , les assises » dou roj'auineetdouroy Amaury, et dou roy Baudin, son » fds, les enciennes assises du roj'aume , garderai i tout le » peuble chrestien doudit royaume, selon les enciennes costu- » mes et aprovées de certin royaume, et selon les assises des » avantdis roys , en leur droit .et en leur justice; garderai , si » CO* roy chrestien et fils de Dieu , je dois faiire en son » royaume, toirtes les choses dessusdites ; garderai bravement » en ceci mon Dieu et ses saintes Evangiles. » Après que le roi avait prononcé ce serment, le patriarche l’aidait à se relever, lui plaçait là couronne sur la tête , et lui disait ; « Je » aiderai justement à maintenir, et à sauver, et à défendre, » sauf mon ordre, se il est d’ordre , et se il est d’autre sainte » yglise de Rome, a Le patriarche donnait ensuite le baiser de foi au monarque, et prononçait, pendant trois fois, k haute voix ces paroles : « Entre vous qui estes assemblés.
la HISTOIRE DES CROISADES.
I foo mission de régner peqdant sa vie sur un pays conr qnis par ses armes. Bohémond, et Baudonia, comte d’Edesse, consentirent en même temps à recevoir du souverain -pontife l’investiture de leurs nouveaux états. Le prince d’Antioche avait refusé de rendre hommage au roi de Jérusalem ; mais il n’hésita pas à se reconnaître le vassal d’une puissance qui donnait des empires et pouvait envoyer des armées en Orient. ^
Cependant le sage Godefroy , après avoir affranchi son territoire des incursions des Musulmans et porté la terreur de ses armes au-delà du Jourdain, pensa que la victoire ne suffisait pas pour fonder un état. Sa capitale avait été dépeuplée par le glaive des croisés ; plusieurs autres villes de son royaume, telles que Jaffa, avaient perdu leurs liabitans. Ce
» ^ignours, preslats, maistres et officiers barons, chevaliers » et homes-b'ges, et autres borj ois, et toutes autres manières » de gens et dou peuble qui ci estes assemblés, nous sopimes » ici pour couronner le roi do Jérusalem, et vêlons que vous » nous dites se il est droit hoir dou royaume de Jérusalem.» Le peuple devait répondre : « Oui. »
Le chapitre 220 des assises commence par •ces mft : Le roi de Jérusalem ne tieni son royaume que de Dieu.
Une chose assez remarquable, c’est que la formule du serment des rois de Jérusalem, telle qu’elle se trouve dans ces assises, u est' que la traduction en langue vulgaire de celle qui fu^t prononcée par Philippe pr.
Celle que nos rois prononcent de nos jours, n’est que légèrement altérée, et les modifications quelle a éprouvées, •ne sont relatives qu’à la conservation des libertés de féglisc gallicane.
nouveau roi comptait parmi ses sujets des Arméniens, dés Grocs, des Juifs, des Arabes, des renégats de toutes les religions et des aventuriers de tous les pays. L’état confié à ses soins était comme un lieu de passage, et n’avait pour appui et pour défenseurs que des voyageurs et des étrangers. Il était le rendez-vous et l’asile des grands pécheurs, qui y venaient pour fléchir la colère de Dieu, et des criminels qui se dérobaient à. la justice des hommes. Les uns et les autres étaient également dangereux quand les circonstances réveillaient leurs passions, et que la crainte ou le repentir faisaient place à des tentations nouvelles. Godefroy , d’après l’esprit des coutumes féodales et des lois de la guerre, avait distribué les terres conquises aux compagnons de ses victoires. Les nouveaux seigneurs de Jaffa, de Tibériade, de Ramla, de Naplouse, reconnaissaient à peine l’autorité royale. Le clergé , soutenu par l’exQmple du patriarche de < Jérusalem , parlait en maître, et les évêques exerçaient, comme les barons, un pouvoir temporel. Les uns attribuaient la conquête du royaume à. leur valeur, les autres à leurs prières; chacun réclamait le prix de sa piété ou de ses travaux; la plupart prétendaient à la domination, tous à l’indépendance.
Godefroy entreprit de régler tant de prétentions et de donner à ce gouvernement tumultueux quelques formes régulières. Pour que l’exécution do son projet eût plus de solennité, il choisit la circonstance qui avait conduit les princes latins à
I wo
,<}o Jérusalem J après les avoir accompagnés jusqu’à Jéricho, pour y célébrer avec eux la fête’ de l’Epiphanie, il revint dans sa capitale, où il assembla des hommes éclaii-és et pieux, qui formèrent les états ou les assises du royaume (i). DcHis celte assemblée solennelle, ou s’occupa d’abord de ré- • gleretdc déterminer les devoirs des barons, des seigneurs envers le roi ; les devoirs du roi envers les seigneurs et les sujets. Le roi était chargé de maintenir les lois, de défendre l’église, les veuves et les orphelins, de veiller au salut du peuple et des grands , et de les conduire à la guerre. Le seigneur , qui était le lieutenant du prince auprès doses vassaux, devait les garantir de toute insulte, protéger leur propriété, leu^ honneur, leurs droits. Le premier devoir des comtes et des barons envers le roi, était de le servir dans les conseils et dans les combats. La première obligation d’un sujet ou d’un vassal envers son pryice ou son seigneur, était de le défendre ou de le venger de toute espèce d’outrage, de protéger l’honneur de sa femme, de sa fille , de sa sœur ; de le suivre au milieu des périls , de se présenter pour lui comme otage, s’il tombait entre les mains des ennemis (2).
(i) Voyez, sur les Assises de JeruSalem, cet important monument de la législation du moyen âge, l’éclaircissement (A) placé à la fin de ce volume : nous avons cherche' à y reproduire tous les principes de la jurisprudence dans le royaume de Jérusalem.
(u) «Home doit à son seigneur révérence en toute chose.
Le roi et ses sujets, les grands et les petits vas- i loo saux s’engageaient mutuellement leur foi. Dans la hiérarchie féodale , chaque classe avait ses privilèges maintenus par l’honneur. L’honneur, ce grand mobile des chevaliers, prescrivait à tous de repousser l’injure faite à un seul, et devenait ainsi^ contenu dans de justes bornes, la garantie de la liberté publique.
La guerre était la grande affaire dans un royaume fondé par des chevaliers. Tout ce qui portait les armes fût compté pour quelque chose dans l’état, et protégé par la législation nouvelle ; tout le reste, à l’exception du clergé, dont l’existence et les privilèges tenaient du droit divin, n’était compté pour rien, et fixait à peine les regards du législateur. Les assises de Jérusalem dfignèrent un moment s’occuper des vilains, des esclaves, des paysans ou cultivateurs, des captifs pris à la guerre,* mais on ne les regarda que comme une propriété dont on voulait assurer la jo'uissance à ses légitimes possesseurs; ceux qui les avaient perdus, pouvaient les réclamer comme des chiens ou des faucons ; la valeur d’un faucon et d’un esclave était la même :
(Assise 217); doit entrer en ostage pour geler son seigneur de prison (chap. ao6). Si son seigneur a besoin d’armes , lui donner son cheval ou la l>este sur laquelle il chevauche ; ne doit (le vassal), à la femme de son seigneur, ne à sa fille, requérir vilainie de son corps. » Cette jurisprudence était passée en France : Si Jidelis (dit Cujas) cum uxore domini concubuerit , Jeuduni amiltere censitiir. (Cujas, de Feudis, lib. v, pag. igS. )
,ioo on estimait deux fois plus un cheval de bataille qu’un paysan ou un captif. Les lois ne vinrent point au secours de cette classe malheureuse, et laissèrent à la religion seule le soin de la protéger (i).
Pour surveiller l’exécution des lois de l’état et juger toutes les contestations, deux cours furent instituées : l’une, présidée par le roi, et composée de la noblesse , devait prononcer sur les différends des grands vassaux ; l’autre, présidée par le vicomte de Jérusalem, et formée des principaux habitans de chaque ville, devait régler les intérêts et les droits de la bourgeoisie ou des communes. On institua une troisième cour, réservée aux chrétiens orientaux; les juges étaient nés en Syrie, en parlaient la langue et prononçaient d’après les lois et les usages du pJ^s. Ainsi, tous les citoyens du royaume étaient jugés par leurs pairs et jouissaient des bienfaits d’une institution que n’ont point dédaignée les lumières des autres siècles.
Les Francs, avec leur caractère bellTqueux, ne devaient montrer que du dédain pour les lenteurs et les formes souvent incertaines de la justice; ils adoptèrent dans leur législation, faite poiu* l’Orient, répreuve par le fer et par le feu, qui avait pris son origine parmi les nations du Nordi. Le combat judiciaire était aussi admis dans les causes crirni- “nelles et quelquefois dans'les causes civiles. Chez un peuple guerrier , tetot devait présenter l’image de la guerre; toute action intentée à un baron,