‹ Histoire des croisades (volume 4)Chapitre 2 sur 34 · I -II» ■ ■ ■■■ ■■ M · texte numérisé non relu

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(i4) Assis, de Jérusalem. Éclaircissement (A).

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à un che^lier, était à ses yeux comme un défi, ou plutôt comme un -affront qu’il devait repousser les armes à la main; les chevaliers chrétiens étaient d’ailleurs persuadés que Dieu ne pouvait laisser suceétoher l’innocence dans un combat inégal, et la vicâioiire pasniasait àflahfpis le triomphe de la justice humaitii|ÿ 4^^ justice divine (i).

De 'pàreîllèa dispositions monti^ient encore la barbarie des- siècles les plus grossiers; mais un grand nombre d’autres lois attestaient la sagesse des législateurs de la Terre-Sainte. La Palestine vit alors renaître pour elle de sages lois créées pour l’Europe et que l’Europe avait oubliées au mihcu des guerres civiles. Plusieurs améliorations faites à la.législation féodale dans quelques états de l’Oc- '

citent, et surtout dans les villes d’Italie, furent consacrées dans les lois nouvelles de Jérusalem.

On doit croire qu’en «ette circonstance, la religion mêla quelquefois ses utiles inspirations à celles des barons et des chevaliers. La justice , l’humanité prenaient un caractère plus sacré en présence du saint tombeau. Comnae tous les sujets de Godefroy

(i) Voici comment devaient mutuellement s’appeler au combat leaJ>arons et les chevaliers : « Tu mens , disait l’a- > gresseur; et je te lieve comme faux et parjure, et je suis 9 prêt que je t’en preuve de mon cors contre le tien, et 9 que l’en rende n^ort ou récréant, en une seule houre don 9 jour, et vessi mon gage. — Tu mens, répondait l’autre, 9 et je suis prêt à défendre de mon cors contre le tien, et 9 te' rendre mort ou récréant en une houre dou jour, et 9 vessi mon gage. 9

i8 HISTOIRE DES CROISADES,

étaient appelés à défendre la cause de Die*, la qna» lité de soldat de Jésus-Christ put faire respecter la dignité de l’homme. Les lois qu’on venait de faire, et dans lesquelles on reconnaît les premières lueurs d’une sage liberté , furent un spectacle nouveau, au milieu de l’Asie; elles durent être aussi un sujet de surprise et un moyen d instruction pour l’Europe elle-mérac, où les pèlerins racontaient, à leur retour, les usages et les coutumes établis par les Francs dans la Terre-Sainte. Cette législation, la meilleure ou la moins imparfaite qu’on eût vue jusqu’alors, et qui s’accrut ou se modifia sous d’autres règnes, fut déposée en grande pompe dans l’église de la Résurrection , et prit le nom d’assises de Jérusalem ou de lettres du saintsépulcre ( I ).

Après celte cérémonie , qui se lit en présence du pcqple et des pèlerins, les princes latins venus à Jérusalem retournèrent dans leurs états; Baudouin, à Edesse ; Bohéinond , dans la principauté d’Antioche; Raymond, à Laodicée dont il s’était rendu maître et qu’il gouvernait au nom de l’empereur de Constantinople. A peine Tanerède fut-il de retour dans la Galilée, qu’il fut attaqué par les troupes

(O Suivant la préface des assises, «clics estoient chacune escrite par soi, en grandes lettres, et la première lettre du commencement estoit enluminée d’or , et toutes les autres estoient vermeillées, et en chacune carte avoit le sceau dou roi et dou viconte de Je'rusalcm. Elles furent déposées en une grande huche , et prirent le nom de Lettres dou Se'pulchre. » (Préface des Assises.)

ilu prince de Damas. Godefroy, accompagné de ses fidèles chevaliers et de quelques pèlerins accourus pour combattre sous ses drapeaux, se rendit sur les rives du Jourdain et dispersa à-la-fois les guerriers de Damas et les Arabes du désert.

Comme il revenait chargé de butin, plusieurs émirs vinrent le saluer sur son passage , et, sollicitant sa protection ou son amitié, lui offrirent d’être ses alliés ou ses tributaires. Il s’occupait de réduire les villes de la Palestine qui appartenaient encore aux Musulmans. Aucune cité voisine n’aurail pu résister à l’ascendant de sa vertu, ou à la terreur de ses armes; tous ses sujets , célébrant sa bravoure et sa sagesse, formaient des vœux pour qu’il veillât long - temps au maintien de ses lois, et qu’il achevât des conquêtes* si glorieusement •commencées; mais le Ciel n’écouta point leurs.prières, et bientôt une perte irréparable vint suspendre les triomphes et la joie du peuple chrétien. Lorsque Taucrède assiégeait Caïphas, habitée et défendue par des Juifs, Godefroy arriva malade à Joppé(i),ct fut transporté avec peine dans sa capitale, où il mourut en recommandant aux compagnons de scs victoires là gloire de la religion et du royaume de Jérusalem. On ensevelit ses dé- ^ pouilles mortelles dans l’enceinte du calvaire, près

(i) Albert d’Aix dit, en parlant de la maladie du roi de Jérusalem, que quatre de ses parens le soignaient: les uns réchauffaient ses pieds sur leur sein, d’autres soutenaient sa tête sur leur poitrine, tous se lamentaient en le voyant souffrir. ( Albert d’Aix ; liv. vu.)

ao HISTOIRE DK CROISADES,

du tombeau de Jésus-Christ qu’il avait délivré par sa valeur (i). Sa mort fut pleurée par les chrétiens, dont il était le père et l’appui , et par les Musulmans qui avaient plusieurs fois éprouvé sa justice et sa clémence (2). L’histoire peut dire de lui ce que l’Écriture dit de Judas Machabée ; « Ce N fut lui qui accrut la gloire de son peuple : sem- )) blable à un géant, il se révélait de ses armes » dans les combats, et son épée était la protection » de tout le camp. >1 Godefroy de Bouillon surpassa tous les capitaines de son siècle )^par son habileté dans la guerre; s’il eût régné plus long-temps on l’aurait placé parmi les grands rois. Dans le royaume qu’il avait fonde, on le proposa souvent pour modèle aux princes comme aux guerriers. Son nom rappelle encore aujourd’hui les vertus des temps héroïques, et doit vivre parmi les hommes, aussi long-temps que le souvenir des croisades.

(i) Ou s’étonne que les chroniqueurs aient donné peu de détails sur la mort de. Godefroy; on peut voir cependant Guillaume de Tyr, lib. vu, §• 21, analysé dans la Biblioth. des Croisades^ tom. i , pages 4<>3 et suivantes. Voici l’épitaphe qu’on lisait en lettres gothiques sur le tombeau de Godefroy ;

Hic jacel inclitus dux Gothofridus de Buillum, qui totam istam terrant acquisivit cultui christiano , cujus anima . regnet cum Chrislo, Amen.

Guillaume de Tjt nous a laissé un portrait physique et moral de l’illustre chef des Croisés. (Voyez Biblioth. des Croisades, tom. 1, pag. i38.)

(3) Suivant Albert d’Aix, ces lamentations durèrent pendant cinq jours. (Lib. vu.)

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Après la mort de Ce prince, il s’éleva de grandes contestations sur le choix de son successeur. Le patriarche Daimbcrt voulait faire valoir les droits que lui avaient donnés les promesses de Godefroy , et gouverner, comme légat du pape, le royaume de David ; mais les barons ne voulaient avoir pour chef qu’un de leurs compagnons d’armes. Garnier, comte de Gray^et proche parent delGodefroy de Bouillon, prit possession de la tour de David (i) et des autres lieux fortifiés de Jérusalem , au nom de Baudouin, comte d’Edesse. Le patriarche invoqua pour sa cause l’autorité de l’église, et le comte Gafnier étant mort subitement, chacun.

(i) Guillaume de Tyr, toujours préoccupé des prérogatives du patriarche, établit le droit de celui-ci sur une ancienne donation faite, par les caliphes aux chrétiens, de tout le quartier où se trouvait la tour de David. Il est bien évident que les califes d’Egypte n’avaient point donné aux chrétiens le droit de souveraineté sur un quartier de Jérusalem ; on leur avait seulement permis d’y habiter seuls, leur laissant le droit de vivre selon leur coutume. Cette permission avait pour objet de faciliter la perception des impôts; on pouiTait dire, d’après le récit môme de Guillaume de Tyr, que les chrétiens sons l’empire des califes , étaient, en quelque sorte, parqués sur le Calvaire, bien plus qu’ils n’y étaient souverains. Au reste, Guillaume de Tyr s’étonne lui-même de la donation de Godefroy , et ne conçoit pas le motif qui a pu la provoquer. Comparez Guillaume de Tyr, Albert d’Aii , Foulcher de Chartres, qui ont tous des opinions différentes. (Voyez Albert d’Aix,

I lib. vu, 5- 46 et suiv.; Foulcher de Chartres, §. aa; Guillaume de Tyr, lib. z, §. 3 et suiv.).

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HISTOIRE DES CROISADES, noo dit Guillaume de Tyr, prit cette mort comme chose miraculeuse. JNéanmoins, comme Daimbert n’avait point assez de force pour faire prévaloir ses droits, il écrivit à Boliéinond, prince d’Antioche, le conjurant de venir au secours de l’église de Jé-r rtisalem, plus opprimée, disait-il , par les chevaliers et les barons, qu’elle ne l’avait été par les Sarrasins. La sainte cité était pleine de deuil et d’agitation; mais tandis qu’on s’affligeait de la mort de Godefroy , et qu’on se disputait sa succession , le peuple chrétien venait d’éprouver un autre malheur; des députés d’Antioche, versant des pleurs et déchirant leurs vêtemens, vinrent annoncer que Bohémond avait été vaincu par les Turcs dans^le nord de la Syrie , et qu’il était retenu prisonnier chez les infidèles (i). Celle nouvelle qui consterna le peuple et le clergé, fit sentir enfin la nécessité d’élever au trône de J érusalem un prince qui rappelât, sinon les vertus, au moins la bravoure et les qualités guerrières de Godefroy.

Baudouin donna quelques larmes à la mort de son frère ; mais il se consola bientôt par l’espérance

(i) Bohémond captif, au rapport d’Albert d’Aix, envoya de ses cheveux à Baudouin, signum captivileais sueeque doloris. (Albert, lib. vu, §. 29.) Orderic Vital, dont le récit n a pas assez de gravité pour entrer dans notre histoire , a l’apporté les romanesques aventures du prince d’Antioche et de la fille d’un émir qui le délivre de sa captivité. Nous avons traduit cet épisode, où respire une pieuse galanterie, dans la des Croisades, tom. 1, pag. 3i5 et

suiv.

de lui succéder (i). Il n’iiésila point à échanger le uoo riche comté d’Édesse, dont la conquête était son ouvrage, et qu’il céda à son cousin Baudouin du Bourg, pour le royaume de Jérusalem qui le mettait à la tête des colonies chrétiennes en Orient. D’après les opinions du temps, aucune puissance ne pouvait égaler la gloire de régner sur la ville sainte; entre les grandeurs de la terre , aucune ne semblait préférable à la couronne de David et de Salomon. Baudouin se mit en marche pour Jérusalem avec quatre cents cavaliers et mille fantassins (2). Les émirs d’Emesse cl de Damas , avei lis par la renommée ou peut-être par la trahison, vinrent l’attendre dans les chemins difficiles qui bi)rdent la mer de Phénicie. Les guerriers de Baudouin, arrivés au défdé de Béryte, coururent les plus grands dangers; et son chapelain , dans la relation qui nous reste de lui , s’écrie avec naïveté , qu’t/ aurait bien voulu être alors à Orléans ou à Chartres (3). Cependant la bravoure des sol-

(0 Dolens (dil Foulcher de Charlies^ cdiquontulùm de fratrù morte, et plus gaudens de hereditate. {$. 32.)

(3) Quadragentis equitibus cum mille peddhus ( dit A.I>bert d’Aix, lib. vu, §. 3i). Septingentisferè militibus^ et peditibus septageniis (dit Foulcher de Chartres, §.^32). Ducentorum equitum et octogentorum . equitum comitatu, dit Guillaume de Tyr ( lib. x, §. 5.) ,

(3) Voyez, dans \a. Biblioth. des Croisades, tom. i , pag. 99 , le naïf langage du chapelain àe Baudouin, dans ses récits. Il exprime toutes ses sensations, ses espérances, sa frayeur. Nous ferons observer que Foulcher suivit son mai-

»4 mSTOIHE DES CROISADES.

(lats chrétiens surmonta tous les obstacles et triompha de tous les périls. Les Musulmans dispersés s’enfuirent , les uns dans les montagnes , les autres dans des barques assemblées près du rivage. Baudouin poursuivit sa route vers Jérusalem, et fit « son entrée triomphante dans la ville sainte au milieu des acclamations du peuple. Mais pendant que le peuple et le clergé faisaient éclater leur joie, le patriarche , avec quelques-uns de scs partisans , protestait contre l’élection du nouveau roi , et , feignant de croire qu’il n’etait plus en surete près du tombeay. de Jésus-Christ se relirait en silence sur le mont Sion (i) comme pour y chercher un asile contre ses persécuteurs. Baudouin ne songea point à troubler la retraite de Daimbert, et satisfait d a— voir obtenu le suffrage des barons et de la plus grande partie du clergé , il voulut s’assurer de nouveaux titres à une couronne révérée des chreüens , en remportant quelques victoires sur les Musulmans.

Il sortit de Jérusalem avec ses plus braves chevaliers, et se présenta devant les murs d’Ascalon ; mais comme la garnison restait enfermée dans les remparts de la place, et que la saison était trop avancée pour faire un siège, il ravagea les campagnes voisines, parcourut les coteaux d’Engaddi , entra dans Ségor, abandonné de ses habitans, et

tre pendant toutfe voyage, do.nt il a décrit toutes les circonstance!.

(i) Foulcher de Chartres, J. au.

UVRE V. ■ i5

détruisit une troupe de brigands retranchée au uoo fond des cavernes (i). Dans celte expédition, qui ne fut en quelque sorte qu’un pèlerinage, les soldats de Baudouin parcoururent les rivages de la mer Morte , dont la vue leur rappela la punition de Sodome ; la vallée fameuse par la sépulture des ancêtres d’Israël, et celle où, d’après les anciennes traditions. Moïse avait fait jaillir une source d’eau vive des flancs arides d’un rocher. Les soldats chrétiens ne pouvaient se lasser d’admirer ces lieux remplis des souvenirs de l’Ecriture. L’historien Foulcher de Chartres, qui accompagnait Baudouin , montre dans son récit tout son enthousiasme, et nous raconte, avec une joie naïve, qu’il abreuva scs chevaux à la fontaine miraculeuse du législateur des Hébreux (2).

La petite armée des chrétiens revint à Jérusalem chargée de butin. Le patriarche consentit à reconnaître le successeur de Godefroy j alors Baudouin, pour assurer ses droits au royaume, se fit couronner roi J mais il voulut que la cérémonie du cou-

(i) On peut lire, dans la Biblioth. des Croisades , lom. i, pag.6o, un passage de l’iiistorien Albert d’Aii, où il raconte la manière adroite et singulière dont Baudouin attira ces brigands how de la caverne. ^

• (2) TJhi ego ipse Fulcherius adatjuavi meos equos. Nous avons donné ime traduction presque littérale du récit du naïf chapelain de Baudouin, dans laquel% nous nous somn mes efforcés de faire ressortir le caractère de l’iiislorien et toute sa simplicité. {Biblioth. des Croisades , tom. i, P'-'g- 9«- )

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aC * HISTOIRE DES CROISADES, ronnement fût célébrée à Bethléem (i), n’oubiiant point que le Fils de Dieu, dontil était le ministre et le lieutenant, avait été cruciüé dans la ville sainte.

Tancrède n’assista pointa cette cérémonie; les deux compagnons de Godefroy conservaient le souvenir de leurs anciennes querelles. Tancrède s’était déclaré contre l’élection de Baudouin et refusait de lui rendre hommage (2). Baudouin , à son tour , disputant à Tancrède la possession de Caïphas(3), le fit citer devant lui comme un vassal infidèle. La réponse de Tancrède fut laconique et pleine d’une orgueilleuse rudesse : « J’ignore, dit-il en s’adressant au messager de Baudouin, si ton maître est roi de Jérusalem, w II ne daigna pas ré-

(1) Voyez, pour cette circonstance, Albert d’Aix ; Foiilclier de Chartres excuse,’ à cet égard, son souverain, par des réflexions qui méritent d’être connues. ( Bibliothèque des Croisades, tom. i, pag. 91. )

(2) Albert d’Aix rapporte que Tancrède s’était rénni au patriarche Daimbert contre Baudouin. ( Voy. Albert d'Aix, liv. vu. ) Il faut consulter, sur les prétentions des divers princes, à l’égard de la couronne de Jérusalem , Albert d’Aix et Guillaume de Tyr, qui ne sont pas toujours en harmonie dans leurs récits. Les querelles entre Baudouin, le patriarche , Tancrède et Bohémond, y sont racontées avec quelques détails (lib. x). Guillaume de Tyr rapporte qu’Eustache , frère de Godefroy, avait été appelé à la couronne de Jérusalem, et qu’il vint jusque dans la Fouille. ( Vqy. la Bibl. des Croisades, t3n. i,p. i3g.)

(3) Caïphas est la même ville que les auteurs arabes appellentfla^. Elle est située sur les bords de la mer, au midi de Ptoléma'is.

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pondre à une seconde sommation ^ à la fin , cm cm- i ploya les prières, et ïancrède se laissa flécliir. Les deux princes convinrcntd’une entrevue dans un lieu situé entre Jérusalem et JafTa ; Tancrède consentit dans cette entrevue à oublier les injures passées; mais il ne voulut point renoncer à une principauté qu’il tenait de Go'defroy, Les débats entre le prince de Galilée et le roi de Jérusalem n’étaient point encore terminés, lorsque des députés d’Antioche vinrent conjurer Tancrède de se rendre dans leur ville, pour gouverner un état qui restait sans chef depuis la captivité de Bohémond. Tancrède se rendit à leurs prières et partit aussitôt pour Antioche, abandonnant à Hugues de St.-Omer la ville de Tibériadeetla principauté de Galilée(i),

Ces démêlés avecTancrède n’empêchèrent point » 'oi ïkudouin de poursuivre la guerre contre les infidèles. Dans une excursion au-delà du Jourdain, il dispersa les tribus des Arabes, et s’enrichit deleurs dépouilles; en revenant dans sa capitale, il eut occasion d’exercer la plus noble vertu de la chevalerie. Non loin du fleuve, des cris plaintifs viennent, tout-à-coup, frapper ses oreilles; il s’approche et voit une femme musulmane dans les douleurs de l’enfantement; il lui jette son manteau pour la couvrir, et la fait placer sur des tapis étendus à terre.

Par ses ordres, des fruits et deux outres remplies

(i) Huge de Sainl-Adelmare (dit Guillaume de Tyr, lib. X, §. lo). Hugo de presidio Falckciiberg (dit Albert d’Aix, lib. VII, 5- 45)-

a8 HISTOIRE DES CROISADES.

MOI d’eau» sont apportés près de ce lit de douleur; il fait amener la femelle d’un cliameau pour allaiter l’enfant qui venait de naître. La mère est confiée aux soins d’ijne esclave, chargée de la reconduire à son époux. Celui-ci occupait un rang distingué parmi les Musulmans : U versa des larmes de joie en revoyant une épouse dont il pleurait la mort ou le déshonneur, et jura de ne jamais oublier l’action généreuse de Baudouin (i).

A son retour dans sa capitale, Kiudouin n’avait plus un assez grand nombre de soldats sous ses drapeaux pour entreprendre des conquêtes, ni même pour défendre son royaume; mais comme la nouvelle de la prise de Jérusalem avait excité le zèle de toute la chrétienté, il arrivait sans cesse des pèlerins, toujours disposés à combattre les ennemis de la foi. On vit alors accourir une foule de guerriers de l’Occident qui venaient aux fêtes de pâques célébrer les mystères de la rédemption, dans la ville sainte délivrée du joug des Sarrasins. Après le miracle du feu sacré qui excita d’autant plus d’enthousiasme qu’il se fit attendre plusieurs jours (2), le roi de Jérusa-

(i) Guillaume de Tyr , (lib. x, §. 11 ). Les chevaliers de la Croisade joignaient, à la force et au courage, des sentimens de galanterie et de piété , qui corrigeaient un peu les défauts inhérens au métier des armes.

(a) Il faut comparer Foulcher de Chartres et l’historien CalTarus, qui tous deux assistaient au miracle du feu sacré. ( Biblioth., tom. i , pag. g3. ) Ils ont peint les vives impressions de crainte et de joie qu’éprouvaient les pèlerins en attendant l’apparition du feu sacré. A la fin de son récit ,

lem s’adressa aux Pèlerins Gènes venus en Syrie avec une flotte, et les conjura de combattre avec lui les infidèles; promettant de leur abandonner un tiers du butin et de leur céder, dans chaque ville conquise, une rue qui serait appelée la rue des Génois. Ceux-ci acceptèrent, avec joie, les propositions de Baudouin, et l’armée chrétienne se dirigea aussitôt contre la ville d’Arsur, qui ouvrit ses portes après quelques jours de siège. Les chrétiens allèrent ensuite camper devant Césarée, ville florissante et remplie ^e riches marchands (i). Caffarus, historien génois, qui était présent à cette expédition , nous a fait connaître les négociations singulières qui précédèrent les attaques des assiégeans. Des députés de la ville vinrent dire au patriarche de Jérusalem et aux chefs de l’armée : « Vons qui êtes les docteurs de la loi » chrétienne, pourquoi ordonnez -vous aux vô- » très de nous dépouiller et de nous tuer, puisque » nous sommes faits à l’image de votre Dieu? — » Nous ne voulons point vous dépouiller, répondit » le patriarche; cette ville ne vous appartient pas, » elle appartient à saint Pierre. Nous ne foulons

Caflrarus,qui veut faire passer sa conviction dans l’ànie de ses lecteurs, s’écrie: Ethic Caffarus , quihœc scribi,Jecit, interfuit et vidit, indè testùnonium reddit. {Dihliothèque des'Croisadcs , tom. i, pag. 5u3.)

(i) C’est la Césarée bâtie par le grand Ilérodc , et qui fut long-temps la métropole de la Palestine; elle est située au midi de Ptolémaïs.

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3o niSTOÎRE DES CROISADES,

iioi » pas VOUS tuer, maisja vengeance divine pour- » suit ceux qui sont armés contre la loi de Dieu, n 'Après cette réponse qui ne pouvait amener la paix^ les clirétiens se disposèrent à livrer un assaut; quand tout fut prêt, les soldats reçurent l’absolution de leurs péchés; le patriarche, revêtu d’orneraens blancs et portant la vraie croix, les exhorta à combattre vaillamment. Le chef des Génois se montra le premier sur les remparts , et bientôt l’armée chrétienne eut franchi les murailles. Au milieu du tumulte de la vj^ctoire, la soif du butin fit laire-l’huraanité. On avait vu des Saj-rasins avaler des pièces d’or et des pierres précieuses pour les dérober aux vainqueurs. Les soldats fendirent le ventre à tous les Musulmans qu’Us rencontrèrent (i); le sang coula par torrent dans la mosquée et dans les rues de la ville conquise, comme à la prise de Jérusalem. Guillaume de Tyr, sans désapprouver ces scènes de barbarie, se contente de remarquer que le peuple chrétien, qui jusque-là avait vécu pauvre et dénué de tout, ne manqua plus de rien. Les Génois se vantaient d’avoir eu dans l#ur part du butin, le vase (2) que Jésus-

(1) Nous empruntons encore ce fait'à Foulflier de Char-’ très, dont nous avons traduit le curieux récit dans la Dihlioth. des C/*oisadcs , Xom. i, pag. q4. C’est lui qui dit, danssonnaïflangagc, que les femmes avaient caché des pièces de monnaie , ut nef as erat recondemlum , et turpe est su fis ad recilandunu

(2) Ce vase, dont Guillaume de Tyr a parlé, est précieusement gardé à Gènes : ou l’avait apporté momentanémeiU

IJVRE V. 3t

Christ présenta à ses disciples, en leur disant : ceci moi est mon sang. Les chrétiens victorieux nommèrent un arclievêque de Césarée. Leur choix tomba sur un pauvre prêtre nommé Baudouin; et ce qu’on peut regarder comme une des circonstances les plus curieuses de cette époque , c’est que ce pau\Te ecclésiastique, parti d’Europe avec les premiers croisés, avait fourni aux frais de son pèlerinage en se faisant sur le front, en forme de croix, une large incision, qu’il entretenait avec des sucs d’herbes préparées, et dont l’aspect lui attirait les nombreuses aumônes des fidèles (i).

La terreur qu’inspiraient les chrétiens était si grande, que les infidèles n’osaient plus braver leurs attaques, ni supporter leur présence ; en vain le calife d’Egypte ordonnait à ses émirs, renfermés dans Ascalon, de combattre les Francs et d’amener devant lui , chargé de fers, ce peuple mendiant et vagabond^ les guerriers égyptiens hésitaient à quitter l’abri de leurs remparts. A la fin, poussés par les menaces du calife , encouragés par leur multi-

à Paris , lors de l’invasion de l’Italie; il a été rendu aux Génois. Voyez à ce sujet la relation de Cafarus, qui renferme J>caucoup de faits curieux, et qui est surtout plus détaillée et plus intéressante que celle de Guillaume de Tyr. Nous l’avons donnée presque tout entière dans la Bibliothèque des Croisades , tom. i , pag. 5ü5.

(i) Ce fait est raconté par Guibert, analysé dans la Biblioth. des Croisades, tom. I^r.^ pag. i3i. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que la fraude avait été dc'couverte, et que cette circonstance n’empêcha pas l’élection du prêtre à une des premières dignités ecclésiastiques.

3a HISTOIRE DES CROISADES,

iici tude, ils tentèrent une incursion vers Ranila. Baudouin averti de leur marche, réunit à la hâte une troupe de trois cents chevaliers et de neuf cents hommes de pied. Aussitôt qu’il fut eu présence do l’armée éf'yptienne, dix fois plus nombreuse que celle des chrétiens, il représenta à ses chevaliers et à ses soldats qu’ils allaient combattre pour la gloire du Christ; « s’ils succombaient, le ciel leur » était ouvert; s’ils triomphaient, leur nom devait » se répandre dans tout l’univers chrétien. Il n’y » avait point de salut dans la fuite ; la patrie était » au-delà des mers; l’Orient n’avait point d’asilo » pour les vaincus. » Après avoir ainsi animé le courage de scs guerriers, Baudouin partagea sa troupe en six bataillons. Les premiers qui se présentent au combat ne peuvent résister au nombre, et forcés de fuir, ils sont poursuivis par les vainqueurs sur la route de Jaifa. A l’aspect de cette déroute, deux évêques qui se trouvaient auprès du roi, lui conseillent d’implorer la miséricorde du ciel; à leur VOIX , Baudouin descend de cheval , tombe à genoux devant eux, confesse scs fautes et reçoit l’al>solution. Il reprend ensuite scs armes, et fond sur l’ennemi à la tête des bataillons qui lui restent. Les guerriers chrétiens brûlent de venger la défaite d(? leurs compagnons d’armes. Baudouin qui combattait à leur tête avait attaché un drapeau blanc à la pointe de sa lance, et leur traçait ainsi le chemin du carnage (i). Suivant le témoignage du vénérable

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(i) Il faul voir la description de ce combat dans Font-

abbé Gerle, qui portait la croix du Seigneur à uoi côté du roi, on n’avait jamais vu de pluie ou de neige aussi épaisse que la multitude des traits lancés contre ce prince, et si aucun trait ne put l’atteindre, ce fut sans doute un vrai miracle du ciel.

La victoire resta long-temps incertaine; mais à la fin, la fortune, ou plutôt la volonté de Dieu se déclara pour les soldats de Jésus-Gbrist. L’armée r égyptienne avait perdu son chef dans la mêlée; cinq mille infidèles restèrent sur le champ de bataille (i).

Tandis que Baudouin poursuivait les débris de l’armée vaincue sur le chemin d’Ascalon , ceux de ses guerriers qui les premiers avaient engagé le combat et pris la fuite, ne purent atteindre la viUe de Jaffa, et furent taillés en pièces par les ennemis •acharnés à leur poursuite. Ceux-ci, revêtus de l'armure des chrétiens qu’ils avaient tués , se présentèrent devant les murs de Joppé, annonçant la mort du roi ^ Jérusalem et la destruction en];ière

cher (le Chartres qui en fut témoin, et qui ne peut dissimuler la peur qu’il avàit. {^Biblioth. des Croisades ^ tom. i, page ’gS. ) Nous avons aussi emprunté quelques détails à Albert d’Aix, lib. vu.

(i) L’auteur arabe Ibn-Alatir a parlé de ce combat et de la mort du chef de l’armée 'd’Egypte. Ibn-Alatir a été traduit dans la Bibliothèque des Croisades, tem. n, $. 4» an 494 *1^ riiégire. Depuis cette époque les historiens arabes offrent un grand intérêt; on peut déjà les consulter avec fruit, ^emparez cet historien avec Guillaume de Tyr, lib. x.

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de son armée. La reine et les seigneurs, enfermés dans la ville, furent si effrayés, qu’üs envoyèrent un message à Tancrèdepour implorer son secours j mais le lendemain de la bataille on aperçut du haut des remparts les étendards victorieux des Francs; leur approche dispersa les hordes menaçantes des barbares, et tout le peuple de Jôppé alla au-devant de ses libérateurs, célébrant la double victoire de Baudouin , èt la miséricorde du Seigneur tout-puissant. - r -î

Ce fut alors qu’arrivèrent dans la Palestine les malbeuseux débris de’ ces armées de pèlerins qui avaient été dispersées dans l’Asie mineure. Baudouin alla au-devant d’eux jusqu’aux environs de Béryte. Quand ils furent là tous assemblés ( ce sont - les paroles de Guillaume de Tyr), ce fut belles choses de voir les caresses, accolades, salutations quils se firent les uns aux autres. Le roi les conduisit à Jérusalem, où le comte de Poitiers, les ^omtes de Blois et de,Bourgog0, offrirent à Jés\{s-Ç^ist les malheurs qu’ils avaient soufferts pour lui dans leur pèlerinage (i).

Après avoir visité les saints lieux et renouvelé leur baptême dans le Jourdain, la plupart de ces

(i) Nous avons parlé, dans le quatrième livre de notre Jiistoire, des pèlerins qui vinrent après les premiers croisés. Albert «TAix a consacré tout un livre à cdke malheureuse expédition, il a été traduit. { Biblioth, des Croisades, lom. I, pag. -ji et sniv.) Orderic Vital j a mélé des aventures romanes<pies. {[bid., tom. I, pag. 3i3. )•

pèlerins , qui avaient quitté leur pays pour soumet- , ,oa tre l’Asie à leurs armes , oubliant dans les misères d’un pieux exil, leurs projets de conquêtes, se disposaient à retourner en Occident, lorsqu’on apprit la marche d’une armée égyptienne sortie d’Ascalon et s’avançant vers les montagnes de la Judée. A cette nouvelle, le roi Baudouin ne prit pas même le temps de rassembler tous scs guerriers et vola au-devant de l’ennemi avec quelques-uns des chevaliers arrivés d’Europe. Sans s’étonner du nombre des Sarrasins, il livra la bataille. Dès le premier choc, les chrétiens furent enveloppés et ne cherchèrent qu’une mort glorieuse. Ce fut dans ce malheureux combat que périrent le comte de Blois (i) et le duc de Bourgogne. Tous deux Is’étaicnt embarqués la veille à Jaffa ■pour revenir en Occident; mais une tempête les rejetant dans le port les con- • duisit à la gloire du martyre qu’ils ne cherchaient point. Le roi de Jérusalem, après avoir fait des prodiges de valeur, se retira presque seul du champ de l)alaille et se cacha parmi les herbes et les bruyères qui couvraient la plaine. Comme les Sarrasins y mirent le feu, Baudouin fut sur le point

(i) Guillaume de Tyr ne manque pas de dire que la mort glorieuse d’Etienne de Rlfiis ell'aca la bonté de sa ddsertion pendant le siège d’Antioche. {Biblioth. des Croisades, tom. I, pag. i4o. ) Voye* ce que dit Orderie Vital sur le comte de Blois, et'IcS motifs qui' le déterminèrent à entreprendre un second pèlerinage : -les conseils, les > reproches d’Adèle , son ëpons'e , y avaient pui.ssammeAt contribué. ( Biblioth, des Croisades , tom. i, pag. 3i4- )

Dk ; - .1 :

loa

36 mSTOIRE DES CROISADES.

d’être étouflë par les flammes cl se réfugia avec

peine dans Ramla (i).

La nuit qui survint l’avait empêché d’être poursuivi ; mais dès le lendemain la place qui lui servait d’asile allait être assiégée et n’avait point de moyen de défense. Baudouin était en proie aux plus vives inquiétudes , lorsque lout-à-coup un étranger est introduit dans la vUle et demande à parler au roi de Jérusalem ; « C’est la reconnais- » sance, lui dit-il, qui m’amène auprès de toi. » Tu t’es montré généreux envers une épouse qui » m’est chère, tu l’as rendue à sa Êtmillc après lui » avoir sauvé la \ie; je brave aujourd’hui mille » dangers pour acquitter une dette si sacrée. Les » Sarrasins environnent de toutes parts la ville M qui te sert de retraite ; demain elle sera prise; » aucun de ses habitans ne peut échapper à la « mort , je viens l’olTrir un moyen de salut : je » connais des cheipins qui ne sont point gardés ; » hâte-toi , le temps presse , lu n’as qu’à me sui- « vre : avant le lever du jour tu seras parmi les ' » tiens (a). »

Baudouin hésite et pleure sur le sort de ses compagnons d’infortune ; à la fin, il s’abandonne à la générosité de l’émir musulman, et tous deux ,

(i) Les auteurs arabes font mention de toutes les cirçonstances de ce combat. ^ BAlioth, des Croisades , tom. li , S- 4> an 4gp de l’hëg. )

(a); C’est encore à Guillaume de Tyr que nous empruntons cet intéressant épisode , lib. x, $.

LTVRE V. S7

accompagnés d’une faible escorte, sortent de la noa ville, au milieu d’une nuit orageuse. Arrivés à quelques lieues de Ramla, ils se séparent les larmes aux yeux j l’émir rejoignit l’armée musulmane Baudouin se rendit dans la ville d’Arsur.

Au lever du jour , les Sarrasins s’avancent ver<s les remparts de Ramla ; ils s’emparent de la ville ; tout ce qu’ils rencontrent dans la place est mass^-. cré. Quelques soldats échappés à la mort, portent l’elfroi dans les villes voisines; c’était la première' défaite qu’éprouvaient les chrétiens depuis leur arrivée dans la Palestine. Comme le bruit se répandait que Baudouiu avait perdu la vie à la prise de Ramla, celte nouvelle ajoutait à la consternation générale. La grosse cloche de Jérusalem annonça, l’approche et l’invasion des Sarrasins (i). Les prêtres, les religieux, les pèlerins, couverts de cilices, les pieds mis, allaient en procession dans les rues de la Ville sainte; les femmes, les enfans remplissaient les églises, et, lesj^cux en pleurs, les mains jointes , imploraient la miséricorde de Dieu.

Le- roi de Jérusalem, qui était rentré à Jalfa, eb que les chroniqueurs comparent à l’étoUe du matin, apparaissant sous un ciel orageux, se hâta d’assembler les débris de son armée : les villes Chrétiennes, lui avaient envoyé tous leurs habilans en état de portei“ les ai'mes. Plusieurs princes et chevaliers

(i) JussU patriarcHa. majorent campanani sOJiari., ( FouK cher de Chartres ad ann. I io5.)

HISTOIRE DES CROISADES, loa venus de l’Occident se réunirent à lui. Les chrétiens se mettent en marche pour aller au-devant des infidèles; le patriarche de Jérusalem portait d^ns les rangs le bois "de la vraie croix. Le cri de guerre des soldats chrétiens était: le Christ vit (i), le Christ régné, le Christ commande; bientôt les deux armées se trouvent en présence dans la plaine de Jaffa. La victoire se déclara d’abord pour , les Musulmans; mais Baudouin arrachant le drapeau blanc des mains de son écuyer, et suivi de • cent soixante chevaliers, se précipite au milieu des ennemis. Alors les guerriers chrétiens reprennent courage , et tous volent sur les pas de leur chef. On avait combattu toute la journée ; à l’approche de la nuit , les Musulmans fuyaient en désordre ; ils perdirent dans cette défaite l’émir d’Ascalon et quatre mille de leurs plus braves guerriers (2).

(t) JVous suivons ki la version de Foulcher de Chartres, qui se sert du molvivit au lieu du mot vincit, lequel jjj^ratt avoir prévalu dans èa suite. La devise Christus régnât, vincît, imperat, forme la légende du revers de toutes les monnaies d’or frappées en. France depuis le roi Jean ]usqu’à Louis XVI, sous les diiférens noms de Francs à pied et à cheval, d’agnelet, d’écus d’or ^ de louis. Dans les plus anciens (les francs) le verbe vincit est le premier; ipc. vinciT, xpc. REGLAT., XFC. IMPERAT, le Christ vainc, le Christ règne, le Christ gouverae; ce qui prouve que cette devise, ou cri de ^erre, remonté au moins au temps 'des Croisades.

(a) Foulcher de Chartres, qui aime toujours à se mettre en scène , dit que pendant le combat il priait Dieii nupieds : Ego qxddem nudipedes orabam. (A. J. lio5, Bi- W/btA. rfej Cro«a<£«, tom. I, pag- q5. ) . ,

' LÏVREV. ' ’ 89

Baudouin, qu’on avait cru mort quelques jours auparavant , rentra triomphant à Je'rusalem. Il donna une grande partie du butin aux hospitaliers de St. -Jean, chargés d’accueillir les pauvres et les pèlerins, et pour nous servir des expressions d’une yieille chronique , il partagea ainsi avec Dieu les dépouilles des Sarrasins.

Cependant cette victoire n’avait point essuyé toutes les larmes qu’un premier revers avait fait répandre. Au milieu du deuil général causé par la mort des nobles pèlerins de l’Occident, les plaintes les plus amères se renouvelèrent contre les Grecs , qu’on accusait d’avoir provoqué la ruine des armées venues au secours des Latins établis en Syrie (r). Alexis, qui redoutait les efTets-de ces murmures, envoya féliciter le roi de Jérusalem sur ses victoires, et fit tous ses efforts pour pbtenir la liberté des chrétiens tombés au pouvoir des Egyptiens, et des Turcs. Harpin, seigneur de Bourges, fait prisonnier dans l’Asie mineure, avait été conduit à Bagdad ; il fut délivré par l’intervention de l’empereur de Constantinople, et revenu en Europe, il s’enferma au monastère de Cluny. Conrad, connétable de l’empereur d’Allemagne, et trois cents chevaliers francs , gémissaient dans les prisons du Caire j ils durent aussi leur délivrance à l’empereur

(i) Anne Comnène' AisxiaJ, lib. x, dil que son père fut éü'anger aux malheurs des pèlerins; malheurs qu'on auraient évites si on avait suivi ses conseils. Voyez son récit traduit. (Biblioth. des Croisades, tom. ii. )

4o HISTOIRE DES CROISADES.

i p4 grec. Les -uns restèrent en S^rie et s’enrôlèrent de . nouveau dans la milice -de Jésus-Christ, les autres revinrent dans l’Occident, où leur retour au milieu de leurs iàuiiUes et les expressions de leur recon^ naissance envers Alexis ne purent détruire les préventions qui s’élevaient de toutes parts .contre leur libérateur. . ‘ t

Au reste, ces préventions n’étalent point sans fondement; car dans le temps môme où Alexis brisait les fei's de quelques captifs, il équipait des flottfBfij,. levait des arn^ées pour attaquer Antioche et, des villes de la côte do Syrie, conquises pé» les Latins/ Il oifrit de payer la rançon de Bohémoud, toujours prisonnier chez les Turcs, non pour lui rendre sa liberté, xnais pour le fiiire conduire à * Constantinople' (i), où U espérait obtenir de lui l’abandon de sa principauté^ Cependant les offres bridantes d’Alexis excitèrent la jalousie entre les , princes n^irsulmans, et cette jalouéie servit la cause de l’illustre captif, qui profita des divisions élevées parmi ses ennemis pour sortir de sa prison. Comme U se mêle toujours quelque chose de merveilleux au récit des événemens de cette époque, une eju’oni-! que contemporaine (a) rapporte que Bohémond fît-

(i) C’est ainsi que le rapportent les historiens latins. ■ Amie Comnèue, par des expressions «mhiguës , donne du poids à leur assertion, Aiixut.!, lib, Voyez la traduction.

( Biblioth. des Crois(xdes, tom. ii.) ,

(a) C’est eucure Ofderiç Vital qui raconte les aventures merveilleuses de Rohémond : il est à croire qu’il a rédigé

. LIVRE V. , 4i

admirer sa bravoure dans les guerres que les infi- i io4 dèles se déclaraient entr’eux , et qu’une princesse musulmane, à laquelle il avait su plaire par ses mauières chevaleresques, lui facilita les moyens de recouvrer sa liberté. Après quatre ans de captivité, il revint à ArUioche où il s’occupa de repousser les agressions d’Alexis. Les flottes des Pisans et des Génois vinrent à son secours. Il se livra siu* terre et sur mer plusieurs combats dans lesquels les Grecs et les Latins eurent tour-à-tour l’avantage, et dont le résultat, le plus certain et le plus malheureux, • <.

fut de détourner les chrétiens de la gue^e contre les infidèles (i). . .

Dans un intervalle de paix avec les Grecs les Francs résolurent de profiter de la discorde des Musulmans établis dans le nord de la Syrie, et

son rëdt d’après les chansons des ' ôestes qui célébraient alorsdes aventures des pèlerins-, et qui durent se nsidtiplier' au sujet de Bohémond, à l’épeque où il parut à la cour de fhiVippel^^. {B iblioih. des Croisades, tom. i, pag. 317. )

Quelques auteurs arabes parlent de cette délivrance du. prince d’Anlioclie, qui fut échangé contre la fille de Baghisian; c’est l’Armide du Tasse qui pleure aussi , mais par un motif bien moins poétique. {Biblioth. des Croisades, tom. I, pag. 317.) L’auteur arménien Mathieu d’Edesse raconte aussi d’une manière assez curieuse la délivranee de Bohémond. ( Notice des manuscrits- de Roi , tom. x , .

pag. 3ai.) Il, a été analysé dans la Biblioth. des Croisades, ' * tom. II. ' ' ■ .

(i) Les guerres d’-Alexis .contre Bohémond sont hmguement racontées par Anne Comnène, lib. x, analysé

dans la Biblioth, des Croisades, tom. ii. , ■ ' ;

by Gooi^le

4a HISTOIRE DES CRjÔISADES.

4 vinrcut me lire le siégé devanl Cliaran (i) , ville florissante de la Mésopolaïuie. Cette expédition avait pour chefs Bohémond avec Tanci’ède , Baudouin du Bourg, comte d’Edesse, et Josselin de Gourtenay , jeune seigneur' français, que son courage et la faveur de son cousin Baudouin avaient rendu maître de plusieur s villes sur les bords do l’Euplrratc. La ville de Charan ne pouvait résister long-temps à leurs attaques. Lorsque les Musulmans de la Mésopotamie apprirent qu’elle était près d’ouvrir ses portes, saisis >d’efTroi, ils' jurèrent d’oublier leurs qiterclles et de se réunir contre les drrétiens. Ceux-ci, au contraire, aveuglés par l’espérance de la victoire , se livrèrent à la discorde et disputèrent euti'’eux la possession de . la vUle assiégée. Tandis que leurs débats les retenaient sous la tente et les empêchaient de pom’suivre le siège , les guerriers de Mossoid et de Maridiu accoururent ensemble et remportèrent sur l’armée chrétienne une 'sanglante victoire. Baudouin du Bourg et Josselin de Courtenay tombèrent dans les mains des infidèles ; Bohémond et Tancrède , échappés au carnage , ne ramenèrent à Antioche que six cavaliers (a). •

(i) Il en est souvent question dans la Bible sous le nom de Haran. Les Greds et les Romains l’appelèrent Charres, et c’est là que périt Crassus avec ses légions.

(a) L’historien arabe Ibn-Àlatir donne des détails assez curieux sftr cette bataille. {Btblioth. des Croisades, tom. ii, §. 5, an 4o7 de l’hég. ) Guillaume deTyr, lib. x, rapporte aussi cette expédition malheureuse. ' ' ,

UVItE V. . 43

Celle défaite répandit l’effroi parmi tous les uo4 cLrétieus d’Orient ; dans l’année qui suivit la bataille deCliaran,les chroniques du temps fontmenlion d’une comète qu’on aperçut sur l’horizon pendant cinquante jours, et ce qu’il y a de plus remarquable dans cette apparition, c’est que la comète qu’on vit alors était , si. l’on en croit les observations astronomiques , la même que celle qui parut' après la mort de Jules César] (i). Sans doute que, les chi’éüens et les Musulmans y trouvèrent le pronostic des plus grands maUieursj et l’Orient tourmenté, à celte époque, par le double fléau des révolutions et de la guerre, ne manquait pas 'de calamités pour justifier de tristes pressentim«is et des prédictions sinisü'es.' Les chrétiens surtout n’avaient pas besoin de chercher dans l’apparition des corps célestes les signes avant-coureurs de leurs calamités J leurs fatales discordes étaient des présages plus véritables.

(1) D’après les calculs astronomiques, cette comète s’est montrée sept fois , à des périodes de 5yo années. '

ire. Apparit,, au temps d’Ogygée, 1763 ans' avant J.-C. a®. Apparie., iiqS avant J.-C.

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