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Buile de Grégoire VIII, an 1 187.
Grégoire, cs^êque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous ceux des adorateurs de notre Seigneur J.-C. , à qui ces lettres parviendront , salut et bénédiction apostolique.
Ayant appris la sévérité redoutable des jugemens que la •main divine vient d’exercer sur Jérusalem et la Terre- Sainte, nous avons été, nous et nos frères, pénétrés d’une telle horreur ,. affligés de douleurs si vives, que, dans l’incertitude pénible de ce que nous avions à faire en cette occasion, nous n’avons pu que partager les regrets du psaliniste, et nous écrier avec lui : « Seigneur! les nations ont » envahi ton héritage, elles ont souillé ton saint temple j
G3i PIÈCES JUSTIFICATIVES.
» JiTiiÿalem ii’esl plus qu’un jl('sert , et les corps de tes » saillis ont servi de pâture aux bâtes de la terre et aux » oiseaux du ciel ; » car à la suite des dissensions intestines que la mediancctd des hommes , par la suggestion du démon, avait fait naître dans la Terre-Sainte , voici qu’à l’improviste Saladin, à la tête d’une armée formidable, vient fondre sur elle. Le roi et les évêques, les Templiers et les Hospitaliers, les barons et le peuple vont à sa rencontre, portant avec eux la croix du Seigneur, cette croix qui, eu mémoire de la pa'sion du Christ qui y fut attaché, et qui y racheta le genre humain, était regarde^ comme le pins sûr rempart à opposer aux attaques des infidèles. Le combat s’engage ; les nôtres sont vaincus, la sainte croix tombe entre les mains des ennemis, le roi est fait prisonnier, les évêques sont massacrés , et ceux des chrétiens qui échappent à la mort ne peuvent éviter l’esclavage : la fuite en sauve à jieine quelques-uns, qui disent favoir vu périr sotrs leurs yeux la totalité des Templiers et des Hospitaliers. "Nous croyons inutiles , très chers frères , de vous rapporter comment , après la destruction de l’année , l’ennemi s’est répandu dans tout le royaume, s’csl rendu maître de la plupart di'S villes , à rcxce]>lion de quelques-unes qui résistent encore. C’est ici que nous croyons devoir direavéc le prophète : « Qui changera mes yeux en une fontaine de larmes, » pour pleurer nuit et jour le massacre de mon peuple? » Cependant, loin de nous laisser abattre et de nous diviser, nous devons bi -n nous persuader que ces revers ne sont dus qu’à la colère de Dieu contre la multitude de nos péchés; que la manière la plus eHicace d’en obtenir la rémission, sont les pleurs et les gémissemens; et qu’enfiri, apaisée par notre repentir, la miséricorde du Seigneur nous relèvera plus glorieux de l’abaissement dans lequel il nous .avait plongés. Qui pourrait, dis-je, retenir ses larmes iLans un si grand diisastre, non-seulement d’après les principes de notre divine religion, qui nous apprend à pleurer avec les affligés, mais encore d’après de simples motifs d’humanité, en
considérant la grandeur du péril, la férocité des barbares, altérés du sang des chrétiens, leurs efforts pour profaner b’S choses saintes et antiantir le nom du vrai Dieu dans une terre où il naquit ; tableaux qu’au reste l’imagination du lecteur se représentera mieux que nous ne pourrions les peindre. Non , la langue ne peut exprimer, les sens ne peuvent comprendre quelle a été notre afiliction, quelle doit être celle du peuple chrétien en apprenant que cette terre souffre maintenant ce qu’elle a soullért sous ses anciens habilans j cette terre illustrée par tant de prophètes , d’où les lumières du monde sont sorties , et , ce qui est encore plus grand et plus ineflable , où s’est incarné le Dieu créateur de toutes choses; où, par une sagtsse infinie et une incompréhensible miséricorde, il a bien voulu se soumettre aux infrinités de la chair, souffrir la faim , la soif, le supplice <le la croix , et , par sa mort et sa résurrection glorieuse , opérer notre salut. Nous ne devons donc pas attribuer nos désastres à l’injustice du juge qui châtie, mais bien à l’iniquité du peuple qui a péché , puisque nous voyons dans l’Ecriture que- lorsque les juifs revenaient au Seigneur, ils mettaient eu fuite leurs ennemis , et qu’un de ses anges suffit pour anéantir l’armée formidable de Senuachérib. Mais cette terre a dévoré ses habitans ; elle n’a pu jouir d’une longue tranquillité, et les transgresseurs de notre divine loi ne l’ont pas conservée long- temps, en donnant tous cet exemple et cette instruction à ceux qui ne soupirent qu’après la Jérusalem céleste, que ce n’est que par la pratique des bonnes œuvres et au milieu de tentations nombreuses que l’on peut y parvenir. Déjà précédemment le jienplo de ces contrées avait dû craindre ce qui lui arrive aujourd’hui , lorsque les infidèles s’étaient emparés d’une partie des villes frontières. Plût au ciel qu’alors il eût eu recours à la pénitence, et qu’il eût apaisé, par un repentir sincère, le Dieu qu’il avait offensé 1 car la vengeance de ce Dieu est toujours différée; il ne surprend pas le pécheur, il lionne du temps au repentir, jusqu’à ce qu’enfin sa mise-
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ricnrdc lassée cède la place à sa justice. Mais nous qui , aa iiiiliou de la dissolution répandue sur ce pays , devons luire attention, non 'Seulement aux iniquités de ses habitans , mais encore aux nôtres et à celles de tout le peuple chrétien, et qui devons, de plus, craindre la perle de te qui reste encore de fidèles eu Judée , et les ravages dont les contrées voisines sont menacées , au milieu des dissensions qui régnent entre les rois et les princes chrétiens , entre, les villages et les villes; qui ne voyons de toutes parts que scandales et désordres , nous devons pleurer avec le prophète , et dire avec lui : « J a vérité , la science de Dieu , » ne sont pas sur la terre; je ne vois régner à leur place que » le mensonge , l’homicide , l’adultère et la soif du sang. » Parlout il est pressant d’agir, d’effacer ses jiéchés par une jiénileucc volontaire, et, par le secours d’une piété véritable , de revenir au Seigneur, afin que, corrigés de nos vices, et voyant la malice et la férocité de reniicmi, nous fassions , pour le soutien de la cause du Seigneur , ce que rinlidèle ne craint pas chaque jour d’alteiiler contre lui. Penser , nos très chers frères , pour quel objet vous êtes venus dans ce monde , et comment vous en devez sortir j songez que vous passerez ainsi <pie toutes chost;s. Employez donc le temps dont vous pouvez disposer en bonnes actions et à faire pénitence; donnez ce qui vous appartient, parce que vous ne vous êtes pas faits vous-mêmes , que vous n’avez rien en propre , et que la faculté de créer un ciron est au-dessus de toutes les puissances de la terre. Nous ne dirons pas : Renvoyez-nous, Seigneur ; mais bien : Permetlez-nous d’entrer dans le grenier céleste que vous possédez; placeznous au milieu de ces fruits divins qui ne craignent ni les injuj-cs du temps, ni les entreprises des voleius; nous travaillerons à reconquérir celle terre sur laquelle la vérité est descendue du ciel , et où elle n’a pas refusé d’essuyer l’opprobre de la croix pour notre salut. Nous n’aurons en vue ni l’amour des ricbessc^s, ni une gloire périssable, mais bien votre sainte volonté, ô mon Dieu! vous qui nous ave*
appris à aimer nos frères comme nous-mènics , cl Ji vous consacrer ces richesses, dont la disposition, après nous, est si souvent indépendante de notre volonté ! Il n’csl pas plus étonnant de voir cette terre frappée par la main de Dieu, qu’il ne l’est de la voir délivrée ensuite par sa miséricorde. La volonté seule du Seigneur pouvait la sauver; mais il ne nous est pas permis de lui demander pourquoi il en a agi ainsi ; peut-être a-t-il voulu nous éprouver et nous faire connaître que celui qui , lorsque le temps de la pénitence est arrivé, l’embrasse avec joie et se sacrifie pour scs frères , quoiqu’il meure jeune , embrasse un grand nombre d’années. Voyez de quel zèle étaient enflammés les Macliabées pour leur sainte loi et la délivrance de leurs frères, lorsqu’ils se précipitaient, sans hésiter, au milieu des plus grands périls, sacrifiant leurs biens et leur vie, et s’exhortanl mutuellement par ces discours ; « Préparons-nous, » inoutrons-nous courageux , parce qu’il vaut mieux périr » dans les combats que de voir les maux de noire nuiiou » et la profanation des choses saintes. » Et cependant ils vivaient sous la loi de Mo'ise , tandis que vous avez été éclairés par l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ et par l’exemple de tant do martyrs. Montrez donc du courage; ne craignez pas de sacrifier ces possessions terrestres qui doivent durer si peu , et eu échange desquelles on nous en promet d’éternelles, au-dessus de la portée des sens, et qui, au sentiment de l’apôtre, sont dignes de tous les sacrilices que nous devons faire pour les obtenir.
Nous promettons donc à tous ceux qui, le cœur contrit et l’esprit humilié, ne craindront pas d’entreprendre ce pénible v'oyage, et qui s’y détermineront par les motifs d’une foi sincère , et dans la vue d’obtenir la rémission de leurs péchés, une indulgence plénière de leurs fautes, et la vie éternelle qui doit s’ensuivre.
Soit qu’ils y périssent ou qu’ils en reviennent, qu’ils sachent que, par la miséricorde du Dieu tout-puissant, et par l'autorilé des saints apôtres Pierre cl Paul, cl la uôlte, ib
PIÈCES JVST1FICATIVF.S.
sont dispensés de toute autre pénitence qui leur aurait dtd imposée , pourvu toutefois qu’ils aient fait uue confession entière de leurs pe'chés.
Les biens des croisés et de leurs familles resteront sous la protection spéciale des archevêques et évêques , et autres prélats de l’Eglise de Dieu.
On ne fera nulle recherche sur la validité des droits de possession d’un croisé à l’égard d’un bien quelconque, jusqu’à ce qu’on soit certain de son retour ou de son décès, et jusque-là ses propriétés seront protégées et respectées.
Il ne peut’ être tenu à payer des intérêts, s’il en est redevable envers quelqu’un.
Les croisés ne marcheront pas vêtus d’habits précieux , avec des chiens, des oiseaux , ou d’.iulres semblables objets, qui ne montrent que le luxe et l’ostentation; mais ils auront le nécessaire , sei'ont habillés simplement , et ressembleront plutôt à des hommes qui font pénitence qu’à ceux qui ne recherchent qu’mie vaine gloire.
Donne à Fcrrare, le 4 des kalcndes de' novembre.
Suit l’ordonnance d'un jeune général pour .apaiser la colère de Dieu , afin qu’il fasse recouvrer Jérusalem.
Jamais la colère du Juge suprême n’étant apaisée plus efficacement que lorsque nous cherchons à éteindre eu nous les désirs charnels ;
En ' conséquence , comme nous ne faisons aucun doute que les malheurs arrivés récemment à Jérusalem et à la Terre-Sainte, par suite de l’invasion des Sarrasins , n’aient été produits par les crimes des habilans et ceux du peuple chrétien , nous, d’après le conseil unanime de nos frères et l’approbation d’un grand nombre d’évêques , ordonnons que, d’aujourd’hui en cinq ansj on observera tous les vendredis le jeûne du carême pendant la journée. ■
• Ordonnons de plus , que , dans tous les lieux où le service divin est célébré, il le sera à neuf heures, et cela depuis l’avent du Seigneur jusqu'à sa nativité.
Tout le monde sans distinction s’abstenant de manger de, la chair le vendredi et le samedi de chaque semaine, nous et nos IVères nous en inUU'dirons encore l’usage le mardi, à moins que des infirmités personnelles , une fête ou quelque autre cause valable, ne nous en dispensent, espérant par -là que le Seigneur s’apaisera et nous laissera sa bénédiction.
Tels sont nos règlemens à ce sujet, et quiconque les enfreindra sera regardé comme transgresseur du jeûne du carême.
Donné à Ferrare, le 4 des kal^ndes de novembre.
No. V.
Extrait des Archives de l’Église d’Arles ; Testament de Raymond de Saint-Gilles , comte de Toulouse.
« Au nom de la Très-Sainte et Indivisible Trinité, moi Raymond de Saint-Gilles, pécheur fragile, mais confiant en la miséricorde de Dieu, voulant, à l’article de la mort, réparer les injustices <pie j’ai pu commettre contre l’église d’Arles, j’ai fait les dispositions suivantes : Je reconnais et confesse que les terres qui sont situées sur les bords du Rhône sont sous la juridiction de l’église d’Arles; en conséquence, je charge mes bis du soin de restituer à saint Isophim et à saint Thomas. Je laisse à l’église d’Arles et à l’évêque Gibelin, son pasteur, la terre que l’on nomme les Fourches, avec ses dépendances , les marais, les arbres fruitiers et non fruitiers, les vigiAj, les terres cultes et non incultes. Je restitue à ladite église toutes les redevances du port du Rhôue, droits de pâturage, et tous les revenus des terres. Eu outre , je rends et restitue à ladite église la quatrième partie des châteaux d’Alberon et de Tox, que mes ancêtres ont occupés, et qu’après eux j’ai possédés par ma propre faute. Je donne en outre à ladite église la quatrièinu partie de mes droits de pâturage.
» Je prie Bertrand, tous mes successeurs, mes hommes,
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.mes ami», si quelque empêchement s’opposait à l’accomplissement (le ma volonté, de le faire cesser par amour do Dieu, de moi , et par souvenir de mes bienfaits , et qu’ils SC montrent ainsi, en faisant cette restitution, de vrais amis , de fidèles vassaux. »
Ce testament a été fait auprès du mont des Pèlerins , dans la Syrie , régnant N. S. Jésus-Christ , le pape Pascal gouvernant la sainte église chrétienne, l’an i io5 de l’Incarnation du Seigneur, le i3 du mois de Janvier. Présentes très honnêtes personnes ( Iionestis personis ) , Aymois , évêque de Toulouse, Aycard de Marseille, Raymoud de Batli, le doyen de Porcher, Bertrand Porcelet, Guillaume Arucci , Pons de Fos, Rostaing de Port, Geoffroy de Pruis. Le comte Saint-Gerville l’a confirmé, et le comte Alphonse.
nx DU SECOND VOLUME.