‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 101 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

de Grenade, jusqu’au règne de Ferdinand (i) et d’Isabelle. Ce fut seulement à celle époque que la monarchie espagnole sortit toute puissante du chaos des révolutions , et qu’elle réveilla dans les peuples cet enthousiasme guerrier et religieux qui acheva l’expulsion des Maures. Alors se termina celte lutte qui avait duré huit siècles , et dans laquelle, selon les auteurs espagnols , il se livra trois mille sept cents batailles. Tanldc combats, quinel’urent qu’unelongue croisade, durent être comme une école de bravoure et d’héroïsme : aussi, les Espagnols, dans le seizième et le dix-septièmesiècle, étaient-ils regardés comme la nation la plus brave et la plus belliqueuse de l’Europe. Les philosophes ont cherché à expliquer par l’influence du climat cet esprit de fierté et d’orgueil , ce caractère grave et austère , qui distinguent encore aujourd’hui la nation espagnole. 11 nous semble qu’on trouverait une explication plus naturelle de ce caractère national dans une guerre à -la-fois patriotique et religieuse, à laquelle concoururent vingt générations successives , et dont les périls durent inspirer tant de sérieuses pensées, tant de nobles sentimens.

Vers la fin des guerres contre les Maures , l’Espagne avait adopté l’inquisition avec plus de cha-

(i) Ferdinand III, dit \e saint cousin de saint Louis, et ces deux princes régnèrent à la même époque. Pendant que le monarque espagnol aciievait l’expulsion des Maures, le roi de France combattait au-delà des mers les nations musulmanes.

HISTOIRE DES CROISADES, leur que les autres nations chrétiennes ; je ne veux point répondre aux reproches de la philosophie moderne ; mais il me semble qu’on n’a point tenu compte assez des motifs qui devaient rendre plus excusables , en Espagne qu’ailleurs , ces défiances et ces sombres jalousies pour tout ce qui n’était pas la religion nationale. Comment pouvait-on oublier que l’étendard d’un culte étranger avait long-temps flotté sur la Péninsule, et que, pendant plusieurs siècles, des guerriers chrétiens avaient combattu, non seulement pour la foi de leurs pères , mais pour le sol de la patrie contre les infidèles ? D’après cette pensée , ne peut-on pas croire que, chez les Espagnols, l’intolérance religieuse , ou plutôt la liaine de toute religion étrangère , avait quelque chose en soi qui tenait moins d’une dévotion jalouse que d’un patriotisme inquiet et ardent?

L’Espagne ne prit part aux croisades que lorsque l’esprit de ces guerres saintes commença à s’affaiblir dans le reste de l’Europe. On doit dire cependant que ce royaume trouva quelques avantages dans les expéditions en Orient. Dans presque toutes les entreprises de la chrétienté contreles Musulmans de l’Asie, un grand nombre de croisés s’arrêtèrent sur les côtes d’Espagne pour combattre les Maures. Il y eut plusieurs croisades publiées en Occident contre les infidèles maîtres de la Péninsule. La célèbre victoire de Tolosa contre les Maures , fut le fruit d’une croisade prêchée en Europe, et surtout en France, par l’ordre du souverain pontife.

Digilized by Cooglc

Page 1