‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 126 sur 209 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

sur lequel on avait trouvé, apres sa mort, iloiix sols faciles sous son aisselle (i). Ce fut un si grautl scandale dans le monastère, que le chapitre s’assembla comme pour une affaire où le salut de l’Eglisf se trouvait intéressé, et qu’on refusa la sépulture sainte au cénobile coupable du vice de propriété.

Jamais ces paroles : Ceci est à moi, ne furent prononcées dans un cloître, et les moines ne pouvaient employer le pronom possessif que pour dire mcni père et ma mère{2.y, l’amour même de la gloire était interdit aux cénobites, qui devaient quitter leur nom pour prendre celui d’un martyr ou d’un élu de Dieu. C’est au milieu de toutes ces abnégations que s’élevait la puissance d’un monaslère. Tandis que chaque moine ne se croyait que néant et poussière dans ce monde , il n’était point de couvent qui n’eût l’orgueil de la ville éternelle , et ne crût subsister jusqu’à la fin des siècles. Aussi dans la foule des solitaires , ne remarquait-on qu’un seul homme J et cet homme était l’abbé que les moines avaient choisi. Tous se glorifiaient de lui obéir à condition néanmoins qu’il n’obéirait lui-même à personne. Plus la puissance de leur abbé était grande, plus ils se croyaient libres. Tel était le respect qu’on avait pour lui , que les cénobites s’inclinaient toutes les fois qu’ils entendaient pi-onoucer son nom. Les peines et les récoin-

(i) J..’abl)d Guibcrl , De Vitu sud.

(a) Coulumci de Cluni. {Spicildgc de d’Achery , loni. 1.

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penses qu’il décernait venaient de Dieu ; lorsqu’il déployait la sévérité de sa justice , tout lemonastère répondait de l’exécution de ses juge- . meqs (i). Les plus coupables, ceux qu’il jugeait in- * dignes de sa miséricorde, étaient quelquefois battus de verges en présence du chapitre ; ils devaient se tenir debout à la porte de l’église péndant les offices ; ils devaient vivre sépares de leurs frères.

Aux jours de la discorde , les paroles du chef suprême exerçaient le plus souvent un empire absolu: s’il s’élevait contre son pouvoir une résistance opiniâtre, alors secouant la poussière de ses pieds, il maudissait ses enfans indociles , et cherchait un asile dans un autre monastère. Ses malédictions paternelles , et surtout son absence , qui était regardée comme un abandon du ciel , suffisaient presque toujours pour ramener l’obéissance et la paix.

Cependant cette autorité souveraine n’avait rien d’arbitraire , car tout se trouvait réglé d’avance.

Des traditions et des coutumes dirigeaient les moindres actions des cénobites j elles leur prescrivaient la manière de se rendre au chapitre et au réfectoire, la manière d’en sortir , comment ils devaient assister aux prières du jour et de la nuit , comment ils devaient se couper la barbe et les cheveux. 11 y avait des lois pour la parole ,

(i) S’il arrivait que le ccuobilc coupable vînt à se révolter contre la correctiou , ses frères du cloître s’élançaieut sur lui , sans attendre aucun ordre des supérieurs.

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