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qu’elle se peuplait davantage, qu’elle devenait plus industrieuse et plus riche, devait avoir la pensée ou plutôt le besoin de secouer le joug des seigneurs qui ne la protégeaient point, et de s’affranchir d’un régime qu’elle regardait comme l’ennemi de son repos et de sa prospérité.
Les villes de la Lombardie et d’une grande partie de l’Italie furent des premières qui échappèrent à la domination féodale( i ). Les empereurs d’Allemagne, comme nous l’avons vu , étaient presque toujours en querelle avec les papes. Les villes profitèrent de cette division pour s’arroger des droits que personne ne leur contesta j d’autres les obtinrent ou plutôt les achetèrent des empereurs, qui croyaient faire un bon marché en vendant ce qu’ils ne pouvaient refuser. Vers le milieu du onzième siècle, le clergé et la noblesse n’avaient déjà plus aucune influence dansles villes d’Italie. D’après le témoignage d’Othon de Frcisingue(a), auteur contemporain, l’Italie était remplie de villes libres qui avaient chacune obligéleur évoque à résider dans leurs murs ; à peine y avait-il un noble qui ne fût soumis aux lois et au gouvernement d’une cité. Nous avons dit dans un autre chapitre , que les croisades enrichirent les républiques italiennes , mais que les richesses d’Orient contribuèrent à les corrompre (3) j
(i) Muratori, Dissert. xlv.
(■i) Ollioii de Fieisinguo.
(3) Voyez notre ci|^>itrc sur l’haUe.
3o4 HISTOIRE DES CROISADES, ^
la plupart des villes libres d’Allemagne durent leur émancipation à la décadence de l’empire^ elles jetèrent moins d’éclat que celles d’Italie , mais ce qu’elles avaient acquis , elles le conservèrent plus long-temps ; loin de se faire la guerre entre ‘elles , elles cherchèrent leur force et leur appui dans des associations qui les défendirent à-la-fois des discordes intérieures et des entreprises de leurs plus puissants ennemis. Quelques-unes prirent part aux expéditions en Syrie , sans en tirer aucun avantage pour leur commerce. L’Angleterre , accablée par la conquête de Guillaume , ne vit aucune de ses villes réclamer l’indépendance , à l'époque des premières croisades. Les cités de la Grande-Bretagne , à l’exception de celle de Londres, qui avaient obtenu plusieurs privilèges , ne songeaient point à s’affranchir du pouvoir féodal. Les Bretons , comme au temps de Virgile, paraissaient encore séparés du reste du monde ; on peut dire que dans ce royaume la liberté ne fut pas l’affaire d’une ville ou d’un bourg , mais de la nation entière , et plus tard toute l’Angleterre se trouva libre. En Espagne, la guerre contre les Maures dut favoriser , comme nous l’avons dit , l’indépendance des communes. Il nous reste des monumens historiques du commencement du onzième siècle , qui prouvent que plusieurs cités espagnoles jouissaient à cette époque de certaines immunités (i). Mais les premières de ces
(j) ITallam, l’ Europe nu moyen âge, torn. I, pag. Sgi