‹ Histoire des croisades (volume 5)Chapitre 148 sur 209 · LIVRE XXII. 32j · texte numérisé non relu

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de ne se lmp corroucer , ni se trop esmouvoir en plaidant (i).

Ceux qui profitaient de cet ëtal de choses , et qui formaient la classe la plus éclairée de la société, ne songeaient guère à réformer les abus ; ceux qui maniaient l’épée n’y songeaient pas davantage , attendu qu’on ne pouvait impunément être injuste envers eux et qu’ils avaient toujours les moyens de se faire justice. La noblesse belliqueuse de l’Europe n’aurait point voulu surtout d’une justice qui n’eût pas présenté une image de la guerre. Les barons ne pouvaient se faire à l’idée que la législation fût une sauve-garde pour la société comme pour eux-mêmes. Ils ne reconnaissaient une injustice que lorsqu’ils avaient à en souffrir , et le ressentiment personnel était le seul motif qui pût les animer à la poursuite des coupables. Avec ces mœurs et ce caractère , les barons ne pouvaient renoncera l’usage des guerres privées que les Francs et les autres barbares avaient apportées avec eux en Europe. Chaque seigneur , qui se croyait attaqué dans son honneur ou dans ses biens, prenait les armes pour<défendre ses droits ou venger sa querelle. Tous les parens et les vassaux des deux parties belligérantes étaient obligés de prendre part à la guerre. Pendant plusieurs siècles, l’Europe fut désolée par ces guerres intestines. Les sanglantes discordes , qu’on se transmettait de gé-

(i) Voyez l’Ectiircisscmcnt sur les assises de Je’rusaloin , tom. II de iiolic Histoire, pag. 54a.

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nëralion en génération^ devinrent comme un élut liabituel pour lequel on invoquait des coutumes , des règlemensj et tandis que la société était sans lois , la guerre civile avait sa jurisprudence.

Il n’était pas facile de remédier à de si grands désordres. Comment désarmer la force et la dépouiller d’une prérogative qu’elle était toujours prête à défendre ? La société , telle qu’elle était alors, n’avait qu’une seule puissance capable de contre-balancer celle des passions guerrières qui désolaient l’Europe : c’était la force des idées religieuses et l’ascendant du christianisme. On invoqua contre les guerres privées l’autorité des conciles j on fit parler les saints ; on employa la superstition elle-même ; on eut recours à des visions , à des révélations, à des prodiges. L’Église déploya toutes ses menaces , et lança toutes ses foudres. Ces moyens suspendirent quelquefois les progrès du mai , mais le principe de la discorde subsistait toujours. On obtint , non qu’on renoncerait aux guerres privées, mais qu’elles seraient interrompues pendant quelques jours de la semaine ; et tout le bien que pût opérer la religion si puissante fut de faire adopter la trêve deDieu(i). C’est ici que les croisades secondèrent merveilleusement le zèle du clergé. Toutes les fois qu’on déclarait la guerre aux Sarrasins , les discordes s’apaisaient tout-àcoup, comme par miracle , et l’Europe restait

(i) Voyez sur la trêve de Dieu le i®*'. livre de notre Histoire. , ..

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