LIVRE XXII. 3J
lions, qu’elle ne pouvait être fréquemment invoquée; lorsqu’on Europe on entreprit de modifier la loi du combat judiciaire , on dut la première • .pensée de cette amélioration à la législation de Godefroi.
Au milieu de cet ordre de choses où l’eau , le feu et le fer dictaient des arrêts , on se demande comment les avocats et les légistes pouvaient trouver place ; mais il faut observer que toutes les causes ne se terminaient point par un combat ni par une épreuve , et que ces sortes de jugemens avaient aussi leurs formalités qu’il fallait remplir. On doit ajouter que beaucoup de procès se plaidaient devant la juridiction ecclésiastique , qui ne souffrait point que l’épée se mêlât de sa justice. Pour savoir ce qu’étaient les procèsetles plaidoiries vers lemilieu du douzième siècle, il faut entendre saint Bernard dans son livre : de Consideratione. Après avoir censuré avec amertume la manière de rendre la justice, adoptée de son temps, l’abbé de Clairvaux s’adresse au pape Eugène, occupé lui-même jour et nuit de juger des contestations qu’on apportait à son tribunal de toutes les parties du monde chrétien. « J’admire, lui dit-il, comment vos oreilles » religieuses peuvent supporter les disputes des » avocats, ces éternels combats de paroles, où Pin- )) nocence est souvent immolée , où le crime trouve H un sûr refuge , où la vérité perd toute sa can- » deur. Faites taire , ajoute le cénobite , ces lan- » gués de vipères , qui distillent le fiel de la satire » et le poison de la calomnie; fermez ces lèvres im-
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M pures, d’où découlent les flots de riiiiquité(i). » Saint Bernard ne parle pas seulement ici des procès • qui se plaidaient à la conr de Rome; il voit partout les mêmes abus, et dans sa colère sainte, il sup^flic . Je chef de l’Église d’étouffer enfin le monstre de la chicane , de délivrer les fidèles de cette peste générale ^ui dévorait le monde.
Dans tous les conciles de eette époque, on répétait les mêmes plaintes. Jacques de Vitry, qui vivait au commencement du treizième siècle, juge les légistes avec plus desévérité que saint Bernard (2). Il est probable que les avocats , tels que l’histoire nous les représente , ne parurent point dans les croisades ; quels avantages auraient-ils trouvés à la suite de ces armées, où tout le monde était misérable, où la justice d’ailleurs devait se rendre d’une manière trop expéditive pour laisser place à de longues procédures ! On se rappelle que dans la contestation relative aux dépouilles de la mosquée d’Gmar , Âruould de Roltès exposa ses griefs devant les chefs assemblés, et que Tancrède plaida lui-même sa cause (3). Les assises de Jérusalem recommandaient aux juges d’être sages , loyaux , bons justiciers ; aux avocats et aux plaideurs d’avoir l’esprit sain , de n’estre doutijs , ni ébahis , ni hâtifs^
(1) De Considcralione , liv. i®’’., chap. i.
(2) Hist. d/ Orient, liv. n, chap. ni.
(3) Raoul de Caen. ( Biblioth, des Crois.)