LIVRE XXII
fices ecclésiasliqucs, cl raiislocralic féodale s’emichissail des Liens de l’Eglise. Pour apaiser celle couleslalion, la cour de Rome menaça la noblesse de la priver des avanlagos qu’elle partageait avec le clergé, et les abus ou les usurpations réciproques restèrent comme ils étaient auparavant. Les chefs de la confédération formée contre la justice ecclésiastique ne tardèrent point d’ailleurs à partir avec saint Louis pour la croisade ; plusieurs y recueillirent les palmes du martyre: l’insloirc ne dit point que ceux qui revinrent dans leurs foyers, ou qui étaient restés en Oceident , aient fait de nouvelles tentatives pour limiter la juridiction du clergé.
Au lieu do faire entendre ainsi d’inutiles me-
naces, il nous semble que les comtes et les barons avaient un moyen plus simple et beaucoup plus sûr de conserver leur juridiction, c’était d’améliorer les lois, et de conformer leur justice à la marche générale des idées : mais ils mireut trop de conliance dans leur épée, et tandis qu’ils réclamaient
les privilèges d’un ordre de choses qui allait cesser d’être, un ordre de choses nouveau s’établis-
sait sans leur intervention et leur concours. Ce-
pendant les sociétés, qui marchaient de toutes paris vers des changemens, étaient violemment agitées ; les opinions nouvelles et les opinions anciennes se déclaraient une guerre opiniâtre; les peuples, qui ne croyaient plus aux pouvoirs qui tombaient en ruine , et qui ne croyaient j)as encore aux institutions naissantes, seiubluicnt tour-à-lour courir au-
33o HISTOIRE DES CROISADES,
tlevaul des nouveautés et s’etïVaycr à leur aspect. Vers la fin des croisades, une crise universelle se lit scnlir en Europe, et l’Occident, troublé par les révolu lions et les guerres civiles, fut au moment de reculer vers les ténèbres et le chaos du dixième siècle. Ce fut alorsque l’Allemagne invoqua l’institution d’une chambre impériale contre les désordres toujours croissans qui troublaient l’empire (i), et que l’ Aragon créa l’autorité du Jusliza (2) qui s’arma de la dictature suprême contre la licence. Dans tous les pays, il se forma des confréries , des associations contre les excès de l’anarcliie universelle. Ce fut en France surtout qu’on sentit davantage la nécessité d’appeler la justice an secours do la paix et de l’ordre public. Un nouvel oidre judiciaire naquit des besoins ou plutôt des périls de la société. Du sein des ruines sortit le. régime du parlement, devant lequel disparurent ou s’affaiblirent toutes les juridictions rivales, et qui devint comme la constitution du royaume. Les monarques retrouvèrent l’autorité législative qu’ils avaient perdue, et qui leur était si nécessaire pour protéger et diriger la civilisation naissante. Dèslors la couronne fut le centre de tout, et les peuples portèrent leurs regards vers cette royauté, d’où leur venaient la liberté et la justice.
Il serait difficile de dire avec précision quelle
(1) L’Europe nu moyen dge , par llallani, loin. IV, pajj;. g cl suiv.
(?.) Id. tom. I, pag. 4^2 cl suiv.