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talie comiaissaicnt si peu les parages de l’Espagne , qu’ils prirent les eûtes d’Aragon pour le pa^j’s des Maures. Cette première alliance entre des peuples éloignés , fut l’ouvrage d’une croisade préchée par le pape Pascal II, et secondée par un grand nombre de seigneurs et de chevaliers de la Provence et du Languedoc.
Les navigateurs de Lübeck , de Brême et du Dannernarck , après avoir essayé leurs forces dans des voyages lointains, profitèrent de l’expérience qu’ils avaient acquise , pour visiter les parages inconnus de la Baltique. Ces nouvelles entreprises présentèrent à leur zèle pieux et à leur ambition une mer plus voisine , et des nations sauvages qu’ils pouvaient soumettre à la religion et à leur empire commercial. Des expéditions maritimes se mêlèrent aux croisades prêcliées contre les peuples livrés encore au paganisme. A l’aspect de la croix et du pavillon des navigateurs , de riches cités s’élevèrent , et des régions barbares commencèrent à connaître les bienfaits de la civilisation.
Ce fut à cette époque que la navigation s’ouvrit une carrière nouvelle , et vit s’agrandir le théâtre de ses utiles travaux. Rien ne pouvait favoriser ses progrès comme la communication qui s’établit alors entre la Baltique , la Méditerranée , l’Océan espagnol et les mers du Nord. En réunissant les peuples dans la poursuite des mêmes avantages , elle multiplia leurs rapports, leurs liens , leurs intérêts, et redoubla leur émulation. Dans celte carrière ouverte à toutes les nations de l’Europe , les
'JTfi TITSTOIRE DES CROISADES.
<'onnais.sanccs praliqnos so rcclifiaient , s’iiccuniulaicnt etso répaiulaient pailout : oiuletcrrainala confi^uralion tlos cotes, la position des caps , des ports, dcsbaiesy des îles, etc. On explora le fond de la mer; on observa la direction des vents , des courans , des marées ; on s’éclaira sur tous les points de l’bydrograpliie, et bientôt se dissipa l’ignorance des onzième et douzième siècles , cette ignorance qui avait occasionné tant de naufrages que les chroniqueurs du temps des premières croisades racontent en frémissant , et dont ils ne trouvent la cause que dans la colère céleste (i).
Nous parlerions ici de l’invention de la boussole, si l’époque de cette invention pouvait être indiquée d’une manière précise. Un passage de Jacques de Vitry , que nous avons fait connaître dans les extraits des anciennes chroniques (2), ne permet pas de douter qu’on ne connût, au temps des croisades, les propriétés de l’aimant, et que, dès ce temps-là même , les navigateurs n’en tirassent un grand avantage dans leurs courses lointaines ; mais d’un autre côté, rien ne prouve qu’alors l’usage de la
(1) Foucher de Charlres , dans un siècle où la science de la navigation était encore un mystère pour les peuples de l’Occident, semble n’avoir pas été tOut-à-fait étranger à la manière de diriger les navires, à la connaissance des vents et des mers. Il dit lui-même qu’il avait lu les ouvrages de Solin. Voyez /a Chronique de Foucher, ch.ap. 78 et 79.
(a) J.ncques de Vitry, Coll, de Bongars. {Biblioth. des Crois.)
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boussole fût général. On peut croire qu’une si précieuse découverte était encore un secret pour le vulgaire, et que ceux qui se trouvaient en possession de ce secret, ne cherchaient qu’à en profiter pour leur intérêt , salis songer aux avantages qu’on pouvait en tirer pour les progrès de la navigation. Nous ajouterons que ce qui est arrivé pour la bous- ' sole est arrivé aussi pour la plupart des inventions de l’industrie , dont l’histoire peut rarement assigner l’époque , parce que leurs auteurs , par esprit de cupidité ou de jalousie , ne les ont point divulguées, les ont même quelquefois dérobées à la connaissance de leurs contemporains.
L’architecture navale se perfectionna pendant les croisades. On agrandit la forme des vaisseaux pour transporter la multitude des pèlerins. Les dangers attachés à des courses lointaines firent donner une construction plus solide aux navires destinés pour l’Orient. L’art de dresser plusieurs mâts dans un même vaisseau , l’art de multiplier les voiles et de les disposer de manière à marcher con-^ tre le vent, furent l’heureux fruit de l’émulation qui animait alors les navigateurs.
A l’époque de la troisième croisade , la science nautique avait déjà fait beaucoup de progrès. Gauthier Vinisauf, historien du pèlerinage de Philippe-Auguste et de Richard, donne, sur l’architecture navale chez les anciens et les modernes, des explications savantes qui pourraient ajouter aux lumières du temps présent. Quinze ans après la troisième guerre sainte, des flottes nombreuses, sor-
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tios (les porls de Gèues et de Venise , étonnèrent la Médilerranéc ; parmi les navires qui portaient en Orient les compagnons du comte de Flandre et du marquisde Montferrat, l’iiistoirea remarqué un vaisseau qui était si grand, qu’on l’appelait /ed/o«(ie. Le Vénitien Sanuti , dans l’ouvrage intitulé : Secrets des fidèles de la Croix, a consacré plusieurs chapitres à la construction des navires , aux moyens d’approvisionnér et d’armer les flottes 5 les observations et les projets qu’il soumet au pontife de Rome annoncent que l’art de la navigation était déjà très avancé au commencement du quatorzième siècle.
Ainsi l’activité et le génie de l'homme triomphaient de tous les obstacles, commandaient aux élémens , et prenaient possession de l’empire de la mer. Mais cet empire , comme celui de la terre , au moyen âge, était en proie au brigandage et à la violence -, les tempêtes , les vents contraires , les naufrages n’étaient pas les seuls maux qu’on eût à redouter dans de longs voyages. On ne connaissait, sur toutes les mers, que le droit du plus fort , et l’absence d’un code maritime ajoutait à tous les périls d’une longue navigation.
On sentit la nécessité d’une législation qui assurât les intérêts et la liberté des navigateurs (i) ; ce fut l’Espagne qui en fournit le premier modèle.
(i) M. Pardessus a publié, en i8'i8, le premier volume d’un ouvrage inlitulé : Collection des lois maritimes anterieures au dix-huitième siècle.